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McLENNAN, RODERICK (R.), athlète, entrepreneur, homme d’affaires et homme politique, né le 1er janvier 1842 à Glen Donald, canton de Charlottenburgh, Haut-Canada, troisième des sept enfants de Roderick McLennan et de Hannah MacDonald ; décédé célibataire le 8 mars 1907 à Cornwall, Ontario.

Venus d’Écosse, les deux grands-pères de Roderick McLennan s’installèrent dans le comté de Glengarry, dans le Haut-Canada. Son père était fermier et servit dans la milice du comté pendant la rébellion de 1837–1838. Roderick fréquenta l’école à Glen Donald. Lui-même et ses frères, tous bien bâtis et agiles, se distinguaient dans les épreuves de force et les courses à pied qui agrémentaient les pique-niques des cultivateurs. Vers l’âge de 17 ans, Roderick sauta par-dessus trois chevaux placés côte à côte : ce fut son premier exploit. Il s’attaqua ensuite au lancer du marteau, se servant d’abord d’un boulet de canon auquel était fixée une poignée. Il battait tous les concurrents de la région.

À compter du début des années 1860, McLennan travailla à la construction des chemins de fer dans les Maritimes, le Minnesota et l’État de New York, mais il ne délaissa pas le sport. Aux célébrations de l’anniversaire de la reine à Cornwall en 1865, dans deux des trois épreuves de lancer du marteau, il l’emporta sur le champion des jeux écossais, Thomas Jarmy, de Guelph, qui était manchot, et gagna 1 000 $. Pendant l’été, il disputa des prix modestes en faisant, aux États-Unis, au Canada et dans les Maritimes, la tournée des jeux calédoniens, qui en étaient alors à leurs débuts. Il établit plusieurs records au lancer du marteau : 216 pieds avec un poids de 12 livres à Cornwall, 285 pieds avec un poids de 10 livres à Buffalo, dans l’État de New York, et 180 pieds avec un poids de 16 livres aux jeux internationaux de Charlottetown. La foule aimait le jeune McLennan, dont les journaux vantaient la force extraordinaire et la distinction. Surnommé par certains le « bon géant » de Glengarry, il devint communément connu sous le nom de Big Roty. Vers cette époque, il ajouta une initiale à son nom pour se distinguer de son père.

McLennan refit de la compétition aux jeux calédoniens de Toronto et de Montréal en août 1870 parce que l’Écossais Donald Dinnie, champion mondial de presque tous les jeux écossais, lui avait lancé un défi. Cependant, les deux hommes ne s’affrontèrent jamais, car Dinnie refusait d’exécuter le lancer autrement que dans le style « écossais » traditionnel, alors que McLennan était disposé à employer aussi bien le nouveau que l’ancien style. À Toronto, McLennan, qui mesurait alors 6 pieds 2 pouces et pesait 205 livres, remporta le championnat américain de lancer du marteau de 18 livres, battant ses frères Farquhar et Alexander R. Deux ans plus tard, de retour à Toronto pour les jeux calédoniens, il affronta ses trois frères, Farquhar, Alexander et Angus R., au lancer du poids et au lancer du marteau, et établit des records mondiaux dans cette dernière épreuve. Ses exploits figurèrent dans plus d’un livre de records et il fut proclamé champion du monde plusieurs fois.

C’est aux fêtes de l’anniversaire de la reine célébrées à Cornwall en 1877, après une absence de quatre ans, que McLennan fit son dernier lancer. À la fin du programme d’athlétisme, pour couronner la journée, il devait lancer de toutes ses forces le lourd boulet de fer. Le projectile frappa Ellen Kavanagh, jeune ouvrière d’une usine locale de textile qui s’était aventurée sur le terrain. Elle mourut sur le coup. Accablé, McLennan renonça pour toujours au lancer du marteau.

De 1866 à 1870, McLennan avait travaillé sur des chantiers ferroviaires et des chantiers de canalisation en Nouvelle-Écosse. Pendant un temps, il vécut à New Glasgow, où en février 1866, il se joignit aux francs-maçons de l’Albion Lodge. En 1870, il prit part à la construction du chemin de fer Intercolonial près de Saint-Germain-de-Rimouski (Rimouski, Québec), apparemment à titre de contremaître. Vers la même année, il s’installa à Toronto, où il se fit entrepreneur. De mars 1872 à 1873, Francis Shanly* retint ses services pour construire, dans la baie Géorgienne, huit milles du chemin de fer Midland.

McLennan travailla ensuite au Canada Southern Railway, puis alla dans l’Ouest, pour le compte de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, superviser la construction de la partie sud de l’embranchement de Pembina, qui fut inauguré en décembre 1878. Quittant Winnipeg, il s’installa en 1880 à Rat Portage (Kenora, Ontario) où il s’associa avec un marchand de l’endroit, William L. Baker, pour approvisionner les entrepreneurs dont la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique avait retenu les services. En 1883–1884, lui-même entreprit plusieurs tronçons de ce chemin de fer en terrain difficile, au nord du lac Supérieur. Malgré les longues querelles qui l’opposèrent à la compagnie au sujet du paiement de ses services, ces travaux firent de lui un homme riche : en 1885, on estimait ses biens à 500 000 $. Pendant un procès contre la compagnie, alors qu’il prétendait ne pas avoir de quoi rémunérer ses employés et faire face aux travaux supplémentaires qu’il avait entrepris, son comptable tenait un livre de caisse secret pour dissimuler sa véritable situation financière. Il est possible toutefois que sa réputation d’entrepreneur ait souffert de ces litiges et des allégations de fraude que la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique lança à son endroit. Il eut beau présenter plusieurs soumissions, il n’exécuta plus de travaux ferroviaires. La Winnipeg and Hudson’s Bay Railway Company lui confia bien la construction d’un tronçon, mais le marché arriva à échéance avant le début des travaux. Ses adversaires prétendirent par la suite que, durant la campagne qu’il mena pour se faire élire à l’Assemblée législative de l’Ontario, en 1886, il avait promis d’embaucher des habitants du comté de Glengarry pour l’exécution de ce contrat en sachant pertinemment qu’il n’aurait aucun emploi à leur offrir.

On peut aussi supposer que McLennan se désintéressa de sa carrière d’entrepreneur à mesure qu’il s’engageait en politique. En juin 1882, au cours de la campagne fédérale, il visita Glengarry pour prononcer des allocutions en faveur du député de l’endroit, Donald Macmaster, son solicitor et son mentor en politique. En 1887, après la défaite de Macmaster, sir John Alexander Macdonald* lui demanda de contester l’élection du libéral Patrick Purcell, autre riche entrepreneur ferroviaire. La fortune et les bonnes dispositions de McLennan avaient attiré l’attention du premier ministre, qui lui demandait souvent des faveurs pour les conservateurs. Apparemment, McLennan s’empressait de le satisfaire.

Glengarry était une circonscription au climat politique chargé, et McLennan ne s’y fit pas élire sans peine. En 1883 et en 1886, il brigua sans succès le siège provincial. Après sa première défaite, il se réinstalla dans la région, dans une grande maison d’Alexandria, et s’employa à gagner l’appui des électeurs en devenant leur banquier. En août 1885, avec George Brown, ex-directeur de la Banque d’Ontario à Winnipeg, il fonda une banque privée, la McLennan and Brown. Peut-être parce qu’elle ne rapportait guère, il la vendit à la Banque Union du Canada dès novembre 1886. Néanmoins, il continua de prêter beaucoup. Il détenait des billets à ordre de plusieurs centaines de fermiers, en échange de quoi, assez évidemment, il escomptait leur soutien. De 1885 à 1891, la somme de ce qu’on lui devait atteignait en moyenne 57 986,21 $ par an.

McLennan accéda à la présidence de la Glengarry Liberal-Conservative Association en 1885, ce qui consolida sa position au sein du parti. De plus, il élargit ses assises en acquérant des intérêts dans plusieurs journaux. En avril 1886, après avoir acheté le Cornwall Reporter et le Cornwall News, il les fusionna pour en faire le Cornwall Standard. En décembre 1885, avec Macmaster, il avait transformé un petit journal libéral d’Alexandria, le Glengarry Review and Eastern Ontario Advertiser, en un organe conservateur, le Glengarrian. Ses journaux allaient contribuer fortement à ses succès et à ceux de son parti dans Glengarry, mais ils allaient aussi l’impliquer dans la controverse. En 1887 par exemple, le rédacteur en chef du Glengarrian, C. J. Stillwell, fut reconnu coupable d’avoir diffamé Patrick Purcell.

En 1891, McLennan jouissait enfin de bases politiques solides. Il battit le candidat libéral Jacob Thomas Schell, marchand de bois d’Alexandria, et devint ainsi député fédéral de Glengarry. Ses livres de comptes indiquent que sa campagne lui coûta 11 869,49 $. En avril cependant, une requête contestant son élection fut déposée à la Cour d’appel de l’Ontario. Il occupa quand même son siège à la Chambre des communes, où il prononça son premier discours le 17 juillet. Quand le tribunal entendit la requête, en octobre, il affirma ne savoir rien, ou presque, de l’organisation et des frais de sa campagne. Son témoignage ne convainquit personne. Pire, un de ses agents avoua au procès avoir « payé la traite » aux électeurs. En décembre, le tribunal invalida l’élection. En prévision du scrutin complémentaire de janvier 1892, sir Charles Tupper*, sir John Sparrow David Thompson* et George Eulas Foster* vinrent d’Ottawa pour appuyer McLennan. Lui-même était trop malade pour faire campagne, mais il triompha d’Archibald McArthur et accrut sa majorité. Selon ses livres, sa campagne lui avait coûté 4 702,99 $.

Pendant l’audition de la requête, McLennan avait eu des démêlés avec le président de la Glengarry Liberal-Conservative Association, John Alexander Macdonell* of Greenfield. Catholique, celui-ci était choqué que McLennan ait retenu les services de l’avocat D’Alton McCarthy*, député fort en gueule qui avait critiqué le parti et s’était mis à dos les catholiques et les Canadiens français en s’en prenant aux garanties linguistiques de l’Acte des Territoires du Nord-Ouest et à l’Acte relatif au règlement de la question des biens des jésuites. Macdonell s’inquiétait de la réaction des partisans conservateurs de Glengarry, dont bon nombre étaient des catholiques francophones ou écossais. L’animosité entre McLennan et Macdonell était telle qu’ils en vinrent à se poursuivre mutuellement en justice pour faire payer à l’autre ce que l’audition de la requête en annulation leur avait coûté. Sir John Sparrow David Thompson eut beau admonester Macdonell, la querelle ne s’apaisa pas. Elle domina le congrès libéral-conservateur de Glengarry en 1894, où les deux hommes se disputèrent le mérite d’avoir eu l’idée de réclamer l’installation d’une maison de correction fédérale dans le comté. Elle durait encore pendant la campagne électorale de 1900.

McLennan dut aussi compter avec la popularité grandissante des Patrons of Industry [V. George Weston Wrigley] à partir de 1894. Cette année-là, leur candidat dans Glengarry, David Murdoch McPherson, fut élu à l’Assemblée ontarienne. Voyant son avenir politique menacé, McLennan devint leur plus féroce adversaire. Aux élections fédérales de 1896, il livra une lutte impitoyable à leur candidat, James Lockie Wilson, que soutenaient les libéraux. Dans l’espoir de déloger McLennan, ceux-ci avaient accepté de ne pas présenter de candidat. Non seulement McLennan diffusa-t-il des renseignements néfastes pour Wilson et la direction des Patrons, mais il se servit de ses journaux pour les condamner et fit pression sur l’Empire, journal conservateur de Toronto dans lequel il avait des intérêts, pour qu’il n’imprime pas de comptes rendus favorables des activités des Patrons. Ses efforts furent couronnés de succès : il remporta la plus forte majorité de sa carrière, 734 voix.

Aux Communes, McLennan intervenait rarement dans les débats, mais on le respectait en raison de ses connaissances sur les marchés de chemins de fer et de travaux publics. Pendant quelque temps, il gravit les échelons du parti. Sir Mackenzie Bowell* le pressentit pour le poste de ministre des Chemins de fer et Canaux après que la plupart des membres de son cabinet eurent démissionné en janvier 1896, mais finalement on n’eut pas besoin de lui car presque tous les ministres dissidents ne tardèrent pas à revenir [V. John Fisher Wood*]. En tant que député d’arrière-ban, McLennan défendit plusieurs causes. De 1891 à 1900, il présenta des projets de loi d’intérêt privé, soit pour protéger les salaires des ouvriers employés aux ouvrages publics, empêcher les entrepreneurs étrangers d’obtenir ces marchés, ou fixer le prix des billets de train de deuxième classe à un niveau abordable pour les travailleurs. En 1891, il s’occupa en particulier de l’indemnisation des miliciens vétérans de la répression des rébellions de 1837–1838 et présida un comité chargé d’étudier la question. Bon nombre de députés et d’anciens combattants des comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry appuyèrent son intervention, mais ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement ontarien n’y donnèrent suite. Il abordait quelquefois des questions agricoles, et il mena une campagne qui visait à protéger le marché britannique du cheddar canadien en resserrant le contrôle de la qualité et en indiquant l’âge et la pureté du produit. Bien que la plupart de ses projets de loi n’aient pas été partisans, il fut par moments un censeur efficace du gouvernement libéral de Wilfrid Laurier*, au pouvoir à compter de 1896, et surtout de ses marchés ferroviaires, à propos desquels il disait qu’il en aurait entrepris certains pour cinq fois moins cher.

Selon la plupart des témoignages, McLennan représentait bien sa circonscription. Sa principale réussite fut d’obtenir que le gouvernement promette en 1894 de construire à Alexandria une maison de correction de 1 000 places. La construction ayant été retardée, on l’accusa d’avoir obtenu une vaine promesse, du genre de celle qu’il avait faite des années auparavant à propos des emplois de la Winnipeg and Hudson’s Bay Railway Company. Se sentant trahi, il blâma le ministre de la Justice sir Charles Hibbert Tupper* en septembre 1895 et lui fit bien savoir que, si les choses n’avançaient pas, il ne se présenterait pas aux élections suivantes. Les travaux commencèrent en mai 1896, mais ils furent interrompus après la victoire des libéraux, et en 1897, le projet fut annulé.

En 1900, McLennan se présenta à nouveau dans Glengarry, mais il le fit à contrecœur car sa santé était mauvaise. Schell récolta les suffrages de la population francophone et le battit. Au cours de la campagne, qui avait été souvent virulente, McLennan avait été accusé – avec malveillance et sans raison, affirmait-il – d’être l’ennemi des francophones et des catholiques. Après avoir quitté la politique active, il continua d’aider le parti libéral-conservateur en temps d’élections.

McLennan n’avait pas, semble-t-il, de doctrine politique bien définie. Ses idées et ses actes lui étaient dictés par le contexte socio-politique de sa circonscription. Sous certains rapports, se faire élire dans Glengarry était déjà un exploit, et McLennan acquit une certaine maîtrise à ce jeu. Il menait ses campagnes avec soin et était en outre un excellent candidat pour cette circonscription composite. Non seulement était-il franc-maçon et presbytérien, ce qui représentait un atout auprès des électeurs protestants, mais sa mère était catholique et il cultivait l’évêque catholique d’Alexandria, Alexander MacDonell, avec qui il était en bons termes et dont il sollicitait souvent l’avis. Il s’efforçait de garder ses distances par rapport aux controverses religieuses, linguistiques et ethniques qui divisaient la population largement écossaise et francophone des comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry. Il fit des gains chez les électeurs francophones, mais n’arriva pas à conserver leur appui une fois que Laurier fut devenu premier ministre. Comme il ne parlait pas français, il faisait venir, de Montréal ou de Hull, de bons orateurs qui prononçaient des discours en son nom à toutes les assemblées politiques. Il était généreux pour sa circonscription, donnant aux francophones comme aux anglophones, aux protestants comme aux catholiques, et il créa un fonds qui permettrait à un habitant de Glengarry d’étudier au Queen’s College de Kingston.

McLennan possédait des intérêts dans diverses entreprises, et il en partageait un bon nombre avec sa coterie d’amis et de collègues conservateurs de l’Albany Club de Toronto, du St James Club de Montréal et du Rideau Club d’Ottawa. Il encouragea son associé Hugh John Macdonald*, le fils de sir John, à investir dans des entreprises comme la Great Northern Gold Mining and Development Company of Rat Portage. Ayant mis sur pied en 1906 la Peace River Coal and Coke Company, il persuada sir Charles Tupper, sir Charles Hibbert Tupper et plusieurs hommes d’affaires de Cornwall d’investir dans les concessions de cette société en Colombie-Britannique. Membre du conseil d’administration de la Compagnie d’assurance sur la vie, dite des Manufacturiers, à compter de 1888, de la Toronto General Trusts Company et de l’Atlantic and Lake Superior Railway Company, il investit des sommes importantes dans plusieurs entreprises de Cornwall, par exemple l’Eastern District Loan Company, dont il fut président. Membre du conseil de fondation de la Farmers Bank of Canada, il en fut président honoraire mais ne participa guère à son administration.

Pour l’essentiel, les investissements de McLennan étaient constitués d’hypothèques sur des propriétés, des fermes et des églises de Glengarry (141 557 $ en 1891) et de billets à ordre signés par des résidents de la région (20 152 $ en 1891). En outre, il investit beaucoup dans l’immobilier, surtout dans des localités de Glengarry et du Nord-Ouest situées en bordure du chemin de fer canadien du Pacifique. Il possédait de grands terrains à Rat Portage, à Regina et à Winnipeg ; actionnaire de la Glengarry Ranche Company de New Oxley (Alberta), il vendit ses intérêts à Donald Mann*. Au moment de sa mort, ses biens immobiliers étaient imposants : on les évalua à 74 141 $ en Ontario, à 166 815 $ au Manitoba et à 10 516 $ en Saskatchewan.

Parmi tous ses investissements, ses journaux étaient ceux dont McLennan s’occupait le plus. Il surveillait moins le contenu du Glengarrian que du Glengarry Standard, mais des conflits l’opposèrent aux rédacteurs en chef des deux publications, généralement à propos de politique. En 1892 par exemple, le rédacteur en chef et copropriétaire du Glengarrian, A. E. Powter, se plaignit à McLennan que, à force de taper sur les grits, il avait fait chuter les revenus de publicité, provoqué la fondation d’un journal libéral (le Glengarry News) et privé le Glengarrian des marchés d’imprimerie promis par le gouvernement. McLennan tenta plusieurs fois de vendre le Standard au cours des années 1890, puis il refusa toute offre d’achat et continua d’y jouer un rôle actif. Il écrivait des articles sur le milieu politique d’Ottawa, fournissait au rédacteur en chef, W. G. Gibbens, des renseignements embarrassants sur ses adversaires politiques et lui disait souvent de s’abstenir de commenter les querelles interconfessionnelles, les controverses sur la langue française et la question des écoles séparées. Bien que ses journaux aient été d’utiles instruments politiques, ils représentaient un lourd fardeau financier.

En dehors de la politique et des affaires, le principal souci de McLennan était la milice, et il participait à ses camps annuels. Sa nomination au grade de major du 59th (Stormont and Glengarry) Battalion of Infantry fut annoncée en 1888 et il fut promu lieutenant-colonel commandant en 1897. Il quitta son commandement en 1900.

McLennan était riche et ne se privait de rien. De 1885 à 1891, son train de maison et ses dépenses personnelles s’élevèrent à 78 054 $. En 1899, il quitta Alexandria pour s’installer à Cornwall dans une vaste résidence agrémentée d’un grand jardin tiré au cordeau. Il employait un cocher, une gouvernante, un secrétaire particulier, un comptable et plusieurs hommes de loi pour s’occuper de ses investissements immobiliers et de ses affaires juridiques. En temps d’élections, il retenait les services d’un sténographe qui notait ses discours ; c’était une nécessité dans Glengarry, car les journaux libéraux de la circonscription le citaient souvent afin de le mettre dans l’embarras. Tant chez lui qu’à Ottawa, il donnait de grandes réceptions pour ses amis politiques et autres. Avec l’âge, il devint corpulent ; dans les années 1890, le diabète et la grippe russe firent souvent sentir leurs effets débilitants sur lui. En 1900, il se blessa à un pied, blessure qui se gangrena par la suite. Il mourut chez lui en 1907, une semaine après une intervention au cours de laquelle on lui avait amputé une partie du pied. Il laissait 49 000 $ à ses frères et sœurs, 66 500 $ à ses neveux et nièces et le reste de sa fortune, environ 274 000 $, à son neveu de 11 ans, Alexander Roderick McLennan, qu’il avait recueilli quelques années auparavant.

Roderick R. McLennan représente bien ceux qui acquirent la renommée à titre d’entrepreneurs ferroviaires à la faveur de l’activité fébrile qui régna dans ce secteur au Canada dans la seconde moitié du xixe siècle. Sans doute en partie grâce à sa réputation de champion d’athlétisme et à sa présence physique, Big Rory en imposait autant aux employeurs qu’aux employés. Son travail dans les chemins de fer lui permit non seulement d’amasser une fortune, mais aussi de faire la connaissance d’hommes influents, pour la plupart des conservateurs, comme lui, dont il allait devenir et rester l’allié. Attiré par la politique, il y demeura non à cause des bénéfices qu’il pouvait en retirer, mais parce qu’il goûtait cette forme de notoriété. Né dans Glengarry, il resta très attaché à son comté et y retourna pour jouer, auprès de ses concitoyens, le rôle de banquier, de représentant politique et, à maints égards, de chef de clan.

Alexander Reford

Les papiers de Roderick R. et Farquhar D. McLennan qui se trouvent aux AO, F 238, et qui renferment les papiers personnels et d’affaires de R. R. McLennan de 1883 à 1907, constituent l’une des séries de documents les plus complètes sur un député d’arrière-ban à la Chambre des communes à la fin du xixe siècle.

McLennan est l’auteur d’une brochure, To the surviving veterans of 1837–8–9 [...] the following brief statement of the efforts [...] made to obtain a suitable recognition of their services is respectfully dedicated (Alexandria, Ontario, 1892).

AN, MG 26, F : 10140–10141 ; MG 28, 11120, registre des lettres de Van Horne, 6 : 974 ; 14 : 216 ; 19 : 736 (copies).— AO, F 647, MU 26792682 ; RG 22, Ser. 198, no 3026.— Cornwall Reporter (Cornwall, Ontario), 26 mai, 2 juin 1877.— Cornwall Standard, 1886–1907.— Empire (Toronto), 18 juill. 1891.— Examiner (Charlottetown), 18, 28 août, 15 sept. 1865.— Freeholder (Cornwall), 1865–1892.— Gazette (Montréal), 12 août 1872.— Glengarrian (Alexandrie), 1886–1887, 1896.— Globe, 1870–1893.— Halifax Citizen, 31 août 1865.— Montreal Herald, 18771879.— Ottawa Citizen, 26 mai 1877.— Ottawa Evening Journal, 4 nov. 1892.— Thunder Bay Sentinel (Prince Arthur’s Landing, par la suite Port Arthur [Thunder Bay], Ontario), 18821891.— Toronto Daily Mail, 18721881.— World (Toronto), 10 mars 1895.— Canada, Chambre des communes, Débats, 17 juill. 1891, 11 avril 1894, 22 avril, 12, 18 juin 1895, 2930 janv. 1896, 8 avril 1897, 12 avril 1899.— Canadian Sporting News (Toronto), 11 mai 1895 (exemplaire aux AO, F 238).— Canadian sportsman’s annual (Toronto), 1888.— H. A. Fleming, Canada’s Arctic outlet : a history of the Hudson Bay Railway (Berkeley, Calif., 1957 ; réimpr., Westport, Conn., 1978), 22–27.— [J. W.] G. MacEwan, The battle for the Bay (Saskatoon, 1975), 62–70.— R. [C.] MacGillivray et Ewan Ross, A history of Glengarry (Belleville, Ontario, 1979).

Bibliographie générale

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Alexander Reford, « McLENNAN, RODERICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mclennan_roderick_13F.html.

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Auteur de l'article:   Alexander Reford
Titre de l'article:   McLENNAN, RODERICK
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   16 septembre 2014