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MOLSON, ANNE (Molson), philanthrope, née le 8 avril 1824 à Québec, troisième enfant de William Molson* et d’Elizabeth Badgley ; décédée le 3 janvier 1899 à Atlantic City, New Jersey, et inhumée à Montréal.

Anne Molson naquit dans une famille mêlée de près à de nombreux et importants changements économiques et technologiques au Bas-Canada et présente dans les milieux industriels, bancaires, philanthropiques, éducationnels et politiques. Déterminé à faire instruire ses enfants de façon aussi « poussée et convenable que le pays pou[vait] le permettre », son père était disposé à envoyer son fils en Grande-Bretagne pour qu’il termine ses études, mais il n’était pas question de consentir à un effort semblable pour ses filles, Anne et Elizabeth Sarah Badgley. Le 9 juin 1845, Anne, qui avait 21 ans, épousa John Molson, son cousin germain âgé de 25 ans, fils de John Molson* l’aîné. On ne sait pas très bien si les deux pères avaient arrangé ce mariage, mais il présentait l’avantage certain de garder l’argent dans la famille. William Molson devait fournir plus de £300 par année pour l’entretien du couple ; de cette somme, Anne devait en gérer plus de £50. En outre, comme on devait considérer ses biens comme séparés de ceux de son mari, elle avait, en principe, plus de droits sur son argent que la vaste majorité des femmes mariées en communauté de biens. Son mari lui accorda explicitement « tout le pouvoir et l’autorité nécessaires pour l’administration libre et absolue » de ses biens. En l’espace de huit ans, Anne donna naissance à cinq enfants, dont trois parvinrent à l’âge adulte. En 1860, son beau-père mourut, et son mari hérita de la résidence de la rue Sherbrooke, à Montréal, Belmont Hall. Anne devint alors la maîtresse de ce manoir d’allure campagnarde, flanqué de vastes écuries en brique et en pierre, de grands jardins et d’une impressionnante entrée circulaire.

Une fois ses enfants parvenus à l’âge scolaire, Anne eut le temps de s’intéresser à autre chose. En 1864, disant agir au nom d’un homme qu’elle connaissait, elle proposa à son bon ami John William Dawson, directeur du McGill College, de faire le don d’une médaille. Ce dernier recommanda qu’elle soit offerte au meilleur étudiant en physique, en mathématiques et en sciences de la nature, ce qu’elle accepta avec plaisir. Elle choisit le modèle de la médaille, et son père insista pour qu’on lui donne le nom de la médaille d’or Anne-Molson. L’ironie d’avoir à honorer le meilleur étudiant dans une université qui n’admettait pas de femmes ne lui avait peut-être pas échappé. On commençait à exercer davantage de pressions à Montréal pour que le McGill College ouvre ses portes aux femmes. À l’été de 1870, Dawson et sa femme, en visite en Grande-Bretagne, recueillirent de l’information sur les programmes d’études supérieures pour les femmes. À leur retour, ils rédigèrent une proposition détaillée qui visait à établir un organisme modelé sur la Ladies’ Educational Association of Edinburgh. Par la suite, le 10 mai 1871, de nombreuses femmes de la haute bourgeoisie anglophone se réunirent à Belmont Hall pour former la Montreal Ladies’ Educational Association. Les responsables et les membres de cet organisme devaient tous être des femmes (à l’exception du trésorier et des membres honoraires masculins) ; on élut Anne présidente et son mari, trésorier.

L’association, qui déplorait le manque d’établissements scolaires publics qui pouvaient offrir aux filles une formation préparatoire à des études supérieures, organisa des cours (donnés par des professeurs du McGill College) qui ouvriraient la voie à l’obtention d’un diplôme. Elle projeta aussi l’établissement d’un collège pour femmes au McGill College. Les cours que l’association organisa commencèrent en 1871. On offrit d’abord des leçons de littérature française, de langue et de littérature anglaises, et de philosophie naturelle ; puis on ajouta l’astronomie, la logique, la chimie, la physiologie et de nombreux autres sujets. Au point de départ, les responsables voulaient éviter que les cours ne deviennent « purement populaires », mais l’addition, par la suite, de cours en nutrition, en cuisine, en consultation domestique et en soins infirmiers laisse supposer qu’on se réorienta, dans une certaine mesure, vers des domaines que l’on considérait particulièrement intéressants pour les femmes.

En participant à la fondation de l’association, Anne avait peut-être été inspirée par une croyance abstraite aux droits des femmes, mais sa véritable motivation était plus élémentaire : comme d’autres membres du conseil, elle inscrivit sa fille Edith aux cours et en suivit elle-même quelques-uns. Les femmes de l’association estimaient que, même si elles ne suivaient pas de cours, le fait que leurs filles y assistent leur permettait « de maintenir leur intérêt au travail et de ne pas être complètement à la remorque dans la course vers la connaissance ». L’intérêt d’Anne pour cette cause fut cruellement détourné par la mort d’Edith en septembre 1872, à l’âge de 19 ans. La peine et les problèmes de santé qu’elle éprouva par la suite l’éloignèrent des activités de l’association et, en décembre 1873, elle démissionnait de son poste de présidente. Les membres du comité rappelèrent à cette occasion que « l’existence même et la plupart des progrès de l’association » étaient attribuables à son énergie et à sa discrétion. Nommée membre honoraire à vie et « vice-protectrice », elle continua à assister aux réunions de façon sporadique.

Les membres de l’association se réunirent pour la dernière fois, sous la présidence d’Anne, en 1885 ; l’année précédente, on avait commencé à admettre des femmes au McGill College. Anne fit adopter une motion de remerciement à l’égard de Dawson, pour sa série de conférences, ses conseils et son « intérêt soutenu ». D’ailleurs, la série de conférences ne fut probablement pas la seule activité issue de la collaboration de ces deux personnes. Dès 1881, Dawson avait parlé à Anne du financement de cours pour les femmes au McGill College. En juin, elle répondit : « [Si c’était] en mon pouvoir, je le ferais avec grand plaisir [...] mais [...] je ne suis pas seule maître d’utiliser l’argent comme je le voudrais et ne peux donc pour le moment que vous assurer de mes prières les plus ferventes. » Cependant, il se peut fort bien qu’elle ait fait davantage car, en 1884, un ami de la famille, Donald Alexander Smith*, donna, à l’improviste, l’argent qui permit l’admission des femmes.

Anne s’occupa aussi de divers organismes de charité de Montréal, dont la Société bienveillante des dames de Montréal et la « Maternité », et elle fut présidente honoraire de la Société d’art décoratif de Montréal. Avec le concours de trois autres personnes, elle et son mari, tous deux anglicans, contribuèrent à l’établissement de la congrégation St Martin.

Anne Molson mourut « plutôt soudainement » au début de janvier 1899, quelques jours après avoir quitté Montréal pour des vacances à Atlantic City. Membre d’une famille bien établie, elle partageait certains intérêts et soucis communs, en même temps que les avantages matériels et sociaux que pouvaient offrir la richesse et un rang élevé. Toutefois, comme elle évoluait dans un milieu familial et social qui considérait son rôle comme secondaire, elle ne put œuvrer que dans les champs d’activité auxquels étaient confinées les femmes. Même si elle fit d’importantes tentatives pour élargir les horizons des femmes de la classe moyenne, elle se heurta à des contraintes dues à son sexe, qu’elle subit avec discrétion.

Bettina Bradbury

Anne Molson n’a pas laissé de journal intime et elle n’est presque pas mentionnée dans les volumineuses archives de la famille Molson. Des fragments de sa vie privée doivent être reconstruits à partir de registres paroissiaux, d’archives notariales et de recensements de la ville de Montréal.  [b. b.]

AN, MG 28, III 57, 22 : file 28 ; RG 31, C1, 1861, 1871, 1881, Montréal.— ANQ-M, CE1-63, 27 avril 1846, 2 août, 17 nov. 1847, 25 août 1851 ; CN1-175, 7 juin 1845.— ANQ-Q, CE1-61, 28 avril 1824.— McGill Univ. Arch., MG 1022 ; MG 1053.— Handbook for the city of Montreal and its environs [...] (Montréal, 1882).— Margaret Gillett, We walked very warily : a history of women at McGill (Montréal, 1981).— S. E. Woods, The Molson saga, 1763–1983 (Scarborough, Ontario, 1983).

Bibliographie générale

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Bettina Bradbury, « MOLSON, ANNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/molson_anne_12F.html.

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Auteur de l'article:   Bettina Bradbury
Titre de l'article:   MOLSON, ANNE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   28 juillet 2014