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OUMASASIKOUEIE (connu des Français sous le nom de « La Grenouille »), Algonquin de la tribu de l’île aux Allumettes, traître et intrigant ; circa 1633–1636.

Oumasasikoueie joua un rôle peu honorable dans la rivalité commerciale entre les Indiens de la Nouvelle-France et les Agniers, à laquelle furent mêlés les Hollandais du fort Orange (Mémoire présenté par Kiliaen van Rensselaer). Il appartenait au groupe des Indiens que l’on appelait les Algonquins de Ille (île aux Allumettes, dite maintenant Morrison Island, dans l’Outaouais, près de Pembroke, en Ontario) et aussi les sauvages de Ille. Membres de la famille algonquine, ils portaient le nom de Kichesipirini, mais les Hurons les appelaient Ehonkehronons.

Ce capitaine rendit visite aux Jésuites de Québec le 1er avril 1633, leur présenta de la viande d’élan, engagea la conversation avec eux et déclara qu’il lui plairait que son fils fût élevé par les Jésuites, mais que sa femme n’était pas d’accord. La même année, le 10 juillet, un fils de la Grenouille tomba gravement malade à Québec. Le père de Brébeuf et le père de Nouë se rendirent à sa cabane, où ils trouvèrent l’enfant à l’article de la mort. Avec le consentement de ses parents, ils le baptisèrent sous le nom de François. Il mourut le lendemain soir.

La Relation des Jésuites de 1635 mentionne la Grenouille à propos d’une rumeur qui courait en Nouvelle-France au mois d’août, cette année-là : « On m’a rapporté, écrit l’auteur, le père Paul Le Jeune, je ne scay s’il est vray, qu’un certain Sauvage nommé la Grenouille, qui fait icy du Capitaine, a dit que les Hiroquois, avec lesquels il avait traitté la paix, les ont incités Des Algonquins de l’Île] à tuer quelques Hurons, & de prendre guerre avec eux ». La Relation ajoute : « Les plus avisez croient que c’est une ruse de ceux qui traittent avec ces Peuples, & qui s’efforcent par leur entremise de divertir les Hurons de commerce qu’ils ont avec nos François ; ce qui arriveroit, si nos Montagnais leur faisoient la guerre, & alors ils [les traitants] les attireroient à leurs Habitations, d’où s’ensuivront un tres-notable detriment pour Messieurs les Associez de la Compagnie de la Nouvelle France ». Bien que le rôle d’Oumasasikoueie n’apparaisse pas clairement, il semble avoir été l’instigateur du traité de paix de 1634 (favorable aux Hollandais) entre les Algonquins, les Montagnais, les Onontagués et les Agniers, traité que rompait bientôt une attaque des Iroquois contre les Algonquins le 10 août 1635.

On ne saurait, toutefois, douter de la méfiance que la Grenouille suscitait en Nouvelle-France. « Ce meschant homme, lit-on dans la Relation de 1636, avoit plus d’autorité que les Capitaines ; mesme son credit s’estendoit parmy toutes ces Nations. Ses desseins estoient de les divertir entièrement du commerce, & de l’amitié des François. Il avoit à cette fin traicté de paix avec ses ennemis ; mais Dieu, qui cognoissoit la malice de son cœur, l’a foudroyé, & a permis que les plus méchants des Sauvages [les Iroquois] se trouvassent envelopés dans ses crimes. Car voulant frayer le chemin chez l’Estranger par les terres de ses ennemis, qu’il croyoit avoir gagné, ils ont trempé leurs mains dans son sang, l’egorgeant miserablement avec tous ceux dont l’orgueil nous faisoit plus de resistance. »

Ainsi qu’il est indiqué ci-dessus, Oumasasikoueie fut trahi à son tour par les Iroquois qui, pensait-il, étaient en faveur de ses projets. Lui-même et certains de ses complices furent assassinés dans le pays iroquois, alors qu’ils cherchaient à ouvrir une route commerciale vers le fort Orange (Albany, N.Y.).

La date exacte de la mort d’Oumasasikoueie ne figure pas dans les documents, mais elle doit être antérieure au 18 juillet 1636, parce que, ce jour-là, M. Du Plessis-Bochart, qui rencontrait quelques centaines d’Indiens sur le Richelieu afin d’établir la paix avec les Iroquois, exonéra Makheabichtichiou, capitaine montagnais, de l’accusation d’avoir reçu des présents des Iroquois et d’avoir trahi Oumasasikoueie et ses compagnons. La femme d’Oumasasikoueie lui survécut ; le registre des baptêmes (1638–1640) de la mission de Saint-Joseph de Sillery renferme cette inscription : « Cecilia Natoukouabekoue, épouse de feu La Grenouille ».

Thomas Grassmann

Du Creux, History (Conacher), I : 148 note 3, 152–154.— JR (Thwaites), V : 179–181, 227–233, 239, 291 note 57 ; VIII : 59–61 ; IX : 95–97, 245 ; XX : 309.— Van Rensselaer Bowier manuscripts, ed. A. J. F. van Laer (Albany, N.Y., 1908), 235–250.

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Thomas Grassmann, « OUMASASIKOUEIE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/oumasasikoueie_1F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas Grassmann
Titre de l'article:   OUMASASIKOUEIE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   18 décembre 2014