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PETITOT, ÉMILE (nommé à la naissance Émile-Fortuné ; connu aussi sous le nom d’Émile-Fortuné-Stanislas-Joseph), prêtre et père oblat de Marie-Immaculée, explorateur et érudit, né le 3 décembre 1838 à Grancey-le-Château, France, fils de Jean-Baptiste Petitot, horloger, et de Thérèse-Julie-Fortunée Gagneur ; décédé le 13 mai 1916 à Mareuillès-Meaux, France.

La famille d’Émile Petitot avait quitté Marseille pour Grancey-le-Château en 1837 et elle y retourna en 1840. Émile étudia au petit séminaire et au collège du Sacré-Cœur. À 17 ans, il commença à tenir un journal qui faisait état de sa passion pour les langues, les sciences naturelles et l’histoire.

À Marseille, les Petitot logèrent à différentes adresses près du vieux port et fréquentèrent probablement l’église Saint-Joseph, consacrée par Mgr Charles-Joseph-Eugène de Mazenod. En 1816, celui-ci avait fondé le groupe des missionnaires de Provence, qui fut élevé dix ans plus tard au rang dé congrégation et prit le nom d’oblats de Marie-Immaculée. En 1841, à l’occasion d’une visite à Mazenod, l’évêque de Montréal, Ignace Bourget*, lui demanda de l’aide ; dès la même année, les premiers oblats arrivèrent en Amérique du Nord britannique. Une vingtaine d’années plus tard, il y en avait 53 dans la province du Canada et 30 dans le Nord-Ouest, qui œuvraient auprès de la population autochtone.

Peut-être attiré par la popularité de Mazenod et par le défi des missions, Petitot, qui avait accédé aux ordres mineurs en 1859, entra chez les oblats en septembre 1860. Après deux ans de formation à Notre-Dame-de-l’Osier, il fut ordonné à Marseille le 15 mars 1862. Douze jours plus tard, il s’embarqua pour le Canada et le Nord-Ouest ; il relaterait ce voyage dans En route pour la mer glaciale, publié à Paris en 1888. Tout de suite après avoir reçu une préparation sommaire à Montréal, le jeune prêtre partit pour l’Ouest avec le convoi de trappeurs de la Hudson’s Bay Company. En août 1862, il parvint à son poste, à la mission Providence (Fort Providence, Territoires du Nord-Ouest), sur le Grand lac des Esclaves. Sa vie de missionnaire forme la matière d’un livre paru en 1891, Autour du Grand lac des Esclaves.

Dès ses premiers contacts avec les autochtones, Petitot acquit la conviction que l’alcool et les armes à feu menaçaient leur survie et que connaître leurs langues était essentiel pour les convertir. Il commença à compiler des dictionnaires des divers dialectes dénés – ceux des Platscotés-de-chien, des Peaux-de-Lièvres, des Chipewyans et des Loucheux – puis de la langue des Tchiglits, ou Inuit du Mackenzie. Son supérieur immédiat, l’évêque Vital-Justin Grandin*, nota en avril 1863 qu’il manquait vraiment de maturité, car l’exploration l’intéressait plus que l’évangélisation. Pourtant, il lui avait confié en mars la charge de la mission du fort Résolution (Fort Résolution, Territoires du Nord-Ouest) ; en août 1864, il le muta au fort Good Hope (Fort Good Hope), sur le Mackenzie, afin de le placer sous la surveillance du père Jean Séguin. Là, Petitot se mit à critiquer ses collègues et renoua une liaison à caractère sexuel avec un garçon – un domestique originaire de Providence. Sa conduite amena son nouveau supérieur, Mgr Henri Faraud*, à l’excommunier temporairement en 1866, mais cette mesure ne le guérit pas. À compter de 1868, Petitot eut des accès de folie pendant l’hiver : il avait des hallucinations, courait à moitié nu par des températures de –40 °F et tenta d’assassiner le père Séguin.

De 1865 à 1879, à partir du fort Good Hope, Petitot se rendit huit fois dans la région du Grand lac de l’Ours, dont deux fois pour des séjours infructueux chez les Inuit du Mackenzie près de l’Arctique. Il a raconté ces voyages dans les Grands Esquimaux (1887), Quinze ans sous le cercle polaire [...] (1889) et Explorations de la région du Grand lac des Ours (1892), qu’il a présenté comme la conclusion de Quinze ans.

Au cours de ces voyages et d’autres déplacements, malgré les dangers extrêmes et les difficultés matérielles, Petitot traça des cartes de ses itinéraires, fit des croquis du paysage et de la vie des autochtones, et nota des détails sur les langues et les traditions. La concurrence des missionnaires anglicans, particulièrement William Carpenter Bompas*, le chagrinait, mais les rebuffades et menaces des Dénés et des Inuit ne le décourageaient pas. Selon lui, les Dénés étaient des vestiges des dix tribus chassées d’Israël ; les Inuit étaient « un peuple dégradé » et « le plus abandonné de la terre ». Il notait la sensibilité des autochtones aux épidémies européennes, mais voyait dans leur mort l’occasion pour lui de les diriger vers le ciel.

De 1864 à 1878, Petitot contribua largement à la conception de la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Espérance et à la décoration de l’intérieur, de l’autel surtout, avec des peintures et boiseries. L’ouvrage a une telle valeur artistique qu’il a été restauré par des professionnels et que l’église a été classée monument historique national en 1977.

En 1874, après avoir passé 12 ans dans le Nord, Petitot eut la permission d’aller en France superviser l’impression de son œuvre maîtresse, le Dictionnaire de la langue dènè-dindjié [...] (Paris et San Francisco, 1876), qui comparait trois dialectes et contenait une grammaire déné. On le connaissait déjà dans les cercles savants : il avait publié deux opuscules importants dans les années 1860 et ses longues lettres à son supérieur général avaient paru en livraisons périodiques dans la revue des oblats, Missions de la Congrégation des missionnaires oblats de Marie Immaculée. L’attention et les honneurs qu’il reçut de la presse et de sociétés savantes en 1875 furent tels que l’on peut presque parler d’une visite triomphale. Dans la capitale française, la Société d’anthropologie de Paris et la Société philologique l’admirent comme membre. Il prit la parole devant la Société de géographie de Paris, lui donna la carte de l’ouest de l’Arctique canadien qu’il avait dessinée à la main et reçut une médaille d’argent. Le ministère français de l’Instruction publique lui décerna les palmes académiques et le titre d’officier d’académie. En juillet, à Nancy, au cours d’une conférence internationale sur la préhistoire du Nouveau Monde, il fit valoir des analogies de langues, de coutumes et de croyances à l’appui de l’hypothèse selon laquelle les Inuit étaient d’origine asiatique, et non pas nord-américaine, ce qui accrut encore sa notoriété et lui valut d’être admis comme membre de l’académie Stanislas de cette ville. Ensuite, jusqu’en mars 1876, il se consacra à la publication de son Dictionnaire. Bien qu’il se soit montré parfois opiniâtre et querelleur pendant son séjour, les autorités oblates de France ne soupçonnèrent pas ses désordres mentaux.

Pendant la plus grande partie de sa vie missionnaire, Petitot souffrit d’une hernie abdominale et de désordes intestinaux graves et récurrents. Après son retour au fort Good Hope en 1876, il devint de plus en plus critique et chicanier envers les autres missionnaires, en particulier Mgr Faraud. Pour des raisons de santé, on le muta plus au sud en 1879, dans la région de Cold Lake (Alberta et Saskatchewan), où il aurait des tâches moins exigeantes. À la fin de 1881, au fort Pitt (Fort Pitt, Saskatchewan), il « épousa » une femme d’âge mûr, Margarite (Margarita) Valette, connue aussi sous le nom de Nikamousis (Nicamous).

Le comportement de Petitot était désormais si imprévisible que, au début de 1882, les oblats l’emmenèrent de force dans l’est du pays et le placèrent dans un asile près de Montréal, l’asile de Longue-Pointe. Durant des mois, il souffrit d’hallucinations et de paranoïa. Sa famille, à Marseille, harcelait le père supérieur des oblats pour qu’on le ramène en France. Il put sortir en mai 1883 et fut renvoyé à Marseille, où il tenta vainement durant un an de gagner sa vie comme correcteur d’épreuves. La même année, la Royal Geographical Society de Londres lui décerna le prix nommé en l’honneur de sir George Back*, explorateur de l’Arctique, ce qui lui remonta peut-être le moral.

À Paris de 1884 à 1886, Petitot fit encore de la correction d’épreuves. En 1884, impatient de retrouver Nikamousis et encouragé par l’évêque Bompas, il offrit sans succès à diverses autorités de l’Église d’Angleterre au Canada et en Grande-Bretagne d’œuvrer comme missionnaire anglican dans le Nord-Ouest. Le 19 avril 1886, les oblats le relevèrent de ses vœux ; le 5 octobre, il fut nommé curé de Mareuil-lès-Meaux. Il s’intéressa à la préhistoire de cette région et rédigea des articles sur son archéologie. Il avait participé en 1883 à la fondation de la Société de géographie de Marseille ; à Mareuil-lès-Meaux, il adhéra à la Société littéraire et historique de la Brie et prit part à la Conférence d’archéologie du diocèse.

Petitot passa ses dernières années dans ce petit village à écrire ses cinq volumes autobiographiques et à publier de nombreux articles sur le Nord-Ouest canadien, sa géographie et ses richesses naturelles, ses habitants et leur culture. En 1909, avec plusieurs milliers d’autres Français, il fit un pèlerinage à Rome afin d’assister à un événement politique d’importance, la béatification de Jeanne d’Arc. Amateur de choses anciennes, il profita pleinement de son séjour pour voir des monuments et des églises ; il publierait une longue description de sa visite. Au moins depuis 1898, sa nièce Isabelle lui servait de gouvernante, bien qu’elle ait été en piètre santé. Lui-même souffrait d’une dégénérescence des artères des jambes qui le réduisit à une quasi-immobilité quelque temps avant sa mort, survenue le 13 mai 1916.

La bibliothèque d’Émile Petitot, ses derniers manuscrits et les objets façonnés qu’il avait recueillis dans l’Ouest canadien disparurent, mais son successeur à Mareuil-lès-Meaux découvrit dans l’église un manuscrit, « Souvenirs de jeunesse », qui raconte ses excursions. Non seulement les études linguistiques et ethnographiques de Petitot ont-elles contribué à la recherche sur le Nord canadien, mais ses récits de voyage – et ses cartes, qui fournirent des données géographiques de base avant l’arrivée de la photographie aérienne – ont été importantes pour l’histoire du Canada. Des îles et des cours d’eau situés dans les Territoires du Nord-Ouest portent l’un ou l’autre de ses noms. En 1975, le gouvernement du Canada a dévoilé une plaque à sa mémoire à Mareuil-lès-Meaux.

John S. Moir

Les œuvres littéraires d’Émile Petitot, manuscrites et imprimées, ont été souvent copiées et sont dispersées dans des bibliothèques et fonds d’archives canadiens. On trouve certains documents originaux de correspondance et de famille aux Arch. générales des oblats de Marie-Immaculée, Rome, ou chez des parents de Petitot en France. On peut toutefois consulter les originaux ou des copies de tous ces documents aux Arch. Deschâtelets, oblats de Marie-Immaculée, à Ottawa. Des photocopies de toute la documentation sur Petitot recueillie par Donat Savoie pour le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (voir ci-dessous) ont été versées aux Northwest Territories Arch., à Yellowknife.

Une liste dressée par Petitot mentionnant 41 de ses publications, classées par sujet, figure sous le titre « Relevé des œuvres de Petitot dressé par l’auteur lui-même à la fin de sa vie », dans Émile Petitot (1838–1916) : missionnaire dans l’Arctique canadien, explorateur et anthropologue, curé de Mareuil-lès-Meaux (Meaux, France, 1974), 29–31, tiré à part du Bull., 24 (1973), de la Soc. d’hist. et d’art du diocèse de Meaux. Ce tiré à part comprend aussi trois essais sur Petitot : Donat Savoie, « Émile Petitot, missionnaire dans l’Arctique canadien » (pp. 1–8) ; J.-B. Molin, « Petitot, « explorateur » et anthropologue en France » (pp. 9–17) ; et L[ambert] M[uller], « l’Abbé Émile Petitot, curé de Mareuil-lès-Meaux » (pp. 18–28), qui confirme que Petitot est mort en 1916.

Le périodique Missions de la Congrégation des missionnaires oblats de Marie Immaculée (Marseille, et autres lieux) contient de longs rapports et des lettres de Petitot rédigés pendant ses années de service missionnaire actif et qu’on peut consulter à partir d’un index général. La seule étude récente sur Petitot, Simonetta Ballo Alagna, Emile Petitot : un capitolo de storia delle esplorationi canadesi (Gênes, Italie, 1993), traite presque exclusivement de ses explorations, mais comprend des traductions en italien de 13 lettres tirées de sa correspondance avec Mgr Faraud.

Deux volumes d’extraits de textes et de dessins imprimés ou manuscrits de Petitot ont été publiés par le Canada, dép. des Affaires indiennes et du Nord canadien, Bureau des recherches scientifiques sur le Nord, sous le titre les Amérindiens du Nord-Ouest canadien au 19e siècle selon Émile Petitot, Donat Savoie, édit. (Ottawa, 1970) ; le volume premier, les Esquimaux, renferme une longue bibliographie des publications et lettres manuscrites de Petitot. E. Otto Höhn a traduit les Grands Esquimaux (1887), la dernière des quatre monographies de Petitot sur ses voyages dans l’Arctique canadien ; cette traduction a paru sous le titre Among the Chiglit Eskimos (Boreal Institute for Northern Studies, Occasional Pub., n° 10, Edmonton, 1981). Les activités de Petitot dans le Nord-Ouest canadien sont mentionnées dans de nombreuses études sur la région, et sa carrière missionnaire est largement traitée dans Robert Choquette, The Oblate assault on Canada’s northwest (Ottawa, 1995).  [j. s. m.]

Bibliographie générale

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John S. Moir, « PETITOT, ÉMILE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/petitot_emile_14F.html.

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Auteur de l'article:   John S. Moir
Titre de l'article:   PETITOT, ÉMILE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   29 août 2014