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ROGERS, FRANK, militant politique et organisateur syndical, né vers 1878 ; il se maria et eut des enfants ; décédé le 15 avril 1903 à Vancouver.

En 1899, Frank Rogers était l’un des leaders des factions gauchistes de Vancouver. Membre du premier groupe socialiste de la ville, une section du Socialist Labor Party fondée en 1898, il le quitta l’année suivante parce que ses camarades renonçaient au syndicalisme – simple cataplasme, disaient-ils. Avec Will MacLain, il réunit ensuite les dissidents du groupe en un cercle qui, au début de 1900, devint le United Socialist Labor Party. Son programme contenait un certain nombre de « revendications immédiates », concession au réalisme politique que le Socialist Labor Party rejeta pour son opportunisme. Le United Socialist Labor Party, aux élections provinciales de 1900, présenta le premier candidat socialiste de l’histoire de la Colombie-Britannique, MacLain, et organisa, sous la direction de Rogers, les premières célébrations du Premier Mai à Vancouver.

Rogers joua aussi un rôle important dans le mouvement ouvrier de Vancouver. Il était débardeur et ne travailla jamais dans l’industrie de la pêche, mais c’est à titre de vice-président du syndicat des pêcheurs qu’il apporta sa contribution la plus notable au syndicalisme. Ce syndicat s’était organisé à New Westminster et à Vancouver à la fin de 1899 et au début de 1900. Au moment de la grève qui paralysa toute cette industrie, à l’été de 1900, Rogers était vice-président du syndicat, et on le reconnaissait comme le chef. La main-d’œuvre était multiraciale ; des Japonais détenaient environ la moitié des permis de pêche du Fraser. Rogers tenta d’unir les Japonais, les autochtones et les Européens qui travaillaient le long du fleuve, mais de graves dissensions continuaient de les opposer. Les grévistes réclamaient principalement la reconnaissance syndicale et l’établissement d’un prix fixe pour le saumon sockeye. Pour décourager les briseurs de grève, les bateaux du syndicat patrouillaient les pêcheries. La Fraser River Canners’ Association cria à l’intimidation. Une fois les négociations rompues, elle réussit à faire convoquer la milice. (Les trois juges de paix qui signèrent la requête étaient un propriétaire de conserverie, l’ancien associé d’une conserverie et un contremaître de conserverie.) La veille de la convocation, Rogers avait été arrêté pour intimidation, mais l’accusation fut retirée deux jours après. Comme beaucoup de Japonais étaient prêts à reprendre le travail et que la présence de la milice empêchait les manifestations, la Canners’ Association put se montrer ferme face au syndicat, qu’elle ne reconnut jamais officiellement. Les grévistes ayant obtenu un prix uniforme, ils acceptèrent de rentrer au travail au début d’août. Cette demi-victoire n’entama pas la popularité de Rogers. Il reçut une ovation et fut élu président du syndicat.

En 1901, une grève fort semblable à celle de 1900 interrompit la saison de la pêche au saumon sockeye. À nouveau porte-parole du syndicat, Rogers aboutit en prison, cette fois parce qu’on l’accusait d’avoir participé à l’enlèvement d’un groupe de Japonais et à leur abandon dans l’île Bowen. Même s’il ne fut jamais reconnu coupable, il passa environ quatre mois en prison avant d’être libéré sous caution. Après la grève de 1901, il ne s’occupa plus du syndicat ; en 1903, l’organisation n’existait plus, semble-t-il.

Rogers demeura néanmoins affilié au mouvement ouvrier. Au printemps de 1903, les employés de bureau de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique se mirent en grève. Ils trouvèrent des appuis à Vancouver, solide bastion syndical : les débardeurs et autres travailleurs des transports refusèrent de manutentionner les marchandises transportées par la compagnie. Rogers, actif au syndicat des ai-rimeurs, ne tarda pas à s’engager dans le conflit. Dans la nuit du 13 avril, lui-même et plusieurs autres allèrent jeter un coup d’œil à un rassemblement qui se tenait près de la voie ferrée, au pied de la rue Abbott. On tira sur eux. Rogers mourut des suites de ses blessures 36 heures après.

De l’avis de bien des gens, c’était un briseur de grève ou un constable spécial de la compagnie de chemin de fer qui avait tué Frank Rogers. Des preuves indirectes étayent cette déduction. Cependant, l’enquête conclut qu’il avait été assassiné par « un ou des inconnus ». La police accusa un employé non syndiqué du chemin de fer, James MacGregor, mais, le bien-fondé de l’accusation n’ayant pas été démontré au procès, on le relâcha. Certains socialistes se servirent du meurtre de Rogers pour appuyer leurs déclarations sur la lutte des classes. En pareil climat, les chefs syndicaux modérés avaient peu de chances de se faire entendre [V. Christopher Foley].

Jeremy Mouat

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Jeremy Mouat, « ROGERS, FRANK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rogers_frank_13F.html.

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Auteur de l'article:   Jeremy Mouat
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   1 octobre 2014