DCB/DBC Mobile beta
+

ROGERS, ROBERT (il est possible qu’au début de sa carrière il ait signé Rodgers), officier et auteur, né le 8 novembre 1731 à Methuen, Massachusetts, fils de James et de Mary Rogers ; il épousa, le 30 juin 1761, Elizabeth Browne à Portsmouth, New Hampshire ; décédé le 18 mai 1795 à Londres.

Alors que Robert Rogers était tout jeune, sa famille déménagea dans le district de Great Meadow, dans le New Hampshire (près de l’actuel Concord), de sorte qu’il grandit dans un établissement de pionniers où l’on était en contact constant avec les Indiens et exposé à des raids en temps de guerre. Il fréquenta des écoles de village et apprit quelque part à écrire un anglais direct et vigoureux, bien que mal orthographié. Encore jeune garçon, il fit du service – sans toutefois participer à l’action – dans la milice du New Hampshire, au cours de la guerre de la Succession d’Autriche. Il dit dans ses Journals que, de1743 à 1755, ses « poursuites » (mot qu’il ne précise pas) le familiarisèrent tant avec les colonies britanniques que françaises. On note avec intérêt qu’il savait le français. Il fut mêlé à une bande de faux-monnayeurs en 1754 ; on l’accusa, mais l’affaire n’alla jamais devant les tribunaux.

En 1755, commença la carrière militaire proprement dite de Rogers. Il recruta des hommes en vue de la levée de troupes de la Nouvelle-Angleterre qui devaient servir sous les ordres de John Winslow. Cependant, quand on eut autorisé la formation d’un régiment du New Hampshire, il les y incorpora ; lui-même fut nommé capitaine dans ce corps d’armée et reçut le commandement d’une compagnie. Le régiment fut envoyé sur le Hudson supérieur et mis sous les ordres du major général William Johnson. On recommanda Rogers à Johnson comme étant un soldat doué pour les tâches d’éclaireur ; aussi mena-t-il, avec de petits groupes, une série d’expéditions de reconnaissance dans la région des forts français de Saint-Frédéric (près de Crown Point, New York) et de Carillon (Ticonderoga). Quand son régiment fut licencié, à l’automne, il resta de service, et, tout au cours du dur hiver de 1755–1756, il continua de diriger des opérations de reconnaissance. En mars 1756, William Shirley, commandant en chef par intérim, lui ordonna de lever une compagnie de rangers en vue d’effectuer des missions de reconnaissance et de renseignements dans la région du lac Champlain. Si Rogers n’inventa pas ce type d’unité (une compagnie de rangers servait en Nouvelle-Écosse dès 1744 sous les ordres de John Gorham*), il finit par être identifié particulièrement avec les rangers de l’armée. Trois autres compagnies de rangers furent formées en 1756, dont l’une était commandée par le frère de Rogers, Richard (qui mourut l’année suivante).

Robert Rogers s’attira de plus en plus de renommée par sa conduite audacieuse, bien qu’on puisse soutenir qu’il rapporta parfois de ses expéditions des renseignements de nature à induire en erreur. En janvier 1757, avec 80 hommes, il entreprit d’aller reconnaître, à travers la neige, les forts français du lac Champlain. Il y eut à cette occasion de violents combats, au cours desquels les pertes furent élevées de part et d’autre ; Rogers lui-même fut blessé. On lui avait alors confié l’autorité sur toutes les compagnies de rangers, et, cette même année, il écrivit pour l’armée ce qu’on pourrait appeler un manuel sur l’art de combattre dans les bois, qu’on trouve dans l’édition de ses Journals. En mars 1758, une autre expédition, en direction du fort Saint-Frédéric, faite sur l’ordre du colonel William Haviland, malgré les avis défavorables de Rogers, aboutit à un grave échec pour les rangers. La haute réputation dont Rogers jouissait auprès du commandement britannique n’en souffrit pas, cependant, et, le 6 avril 1758, le major général Abercromby, nouveau commandant en chef, lui donna une commission officielle de capitaine d’une compagnie de rangers, en même temps que de « major des rangers au service de Sa Majesté ». Cet été-là, Rogers, avec quatre compagnies de rangers et deux compagnies d’Indiens, participa à la campagne du lac George (lac Saint-Sacrement) et du lac Champlain, qui se terrnina par la désastreuse défaite d’Abercromby devant le fort Carillon. Un mois plus tard, le 8 août, Rogers, à la tête d’une troupe de quelque 700 hommes formée d’éléments divers, fit face, au cours d’une violente escarmouche, près du fort Ann, New York, à un parti inférieur en nombre, formé de Français et d’Indiens, sous les ordres de Joseph Marin de La Malgue, et l’obligea à battre en retraite.

Les doutes qu’entretenaient les Britanniques sur l’efficacité des rangers et les fréquents écarts de discipline de ces derniers amenèrent, cette même année, la mise sur pied du 80e d’infanterie (l’infanterie légère de Gage), une unité de l’armée régulière destinée à la guerre d’embuscades. Les rangers n’en étaient pas moins considérés comme essentiels, du moins pour le moment, et le major général Amherst, qui devint commandant en chef à la fin de 1758, était, autant que ses prédécesseurs, convaincu de l’excellence de Rogers pour ce qui était de commander des irréguliers. Six compagnies de rangers accompagnèrent Wolfe* à Québec, en 1759, et six autres, commandées par Rogers lui-même, faisaient partie de l’armée d’Amherst, qui avait emprunté la route du lac Champlain. En septembre, Amherst donna à Rogers l’ordre d’entreprendre une expédition qui le mènerait loin à l’intérieur du Canada, et dont l’objectif était la destruction du village abénaquis de Saint-François-de-Sales (Odanak). Même si les habitants avaient été avertis de son approche, Rogers entra par surprise dans le village et l’incendia. Il affirma avoir tué « au moins deux cents » Indiens, mais les rapports de source française donnent des chiffres beaucoup moins élevés. Sa troupe se retira en empruntant la rivière Connecticut, pourchassée de près et souffrant de la faim. Rogers lui-même, faisant preuve de détermination et d’une grande énergie, descendit la rivière sur un radeau jusqu’au premier établissement anglais, pour envoyer des provisions à ceux qui le suivaient, mourant de faim. L’expédition coûta la vie à environ 50 hommes, officiers et soldats. En 1760, Rogers et 600 rangers formaient l’avant-garde de l’armée de Haviland qui marcha sur le Canada en suivant la ligne du lac Champlain. Il était présent à la capitulation de Montréal.

Immédiatement après que les Français se furent rendus, Amherst ordonna à Rogers d’aller avec deux compagnies de rangers prendre possession des postes français de l’Ouest. Rogers quitta Montréal le 13 septembre, avec ses hommes, dans des baleinières. Passant par les postes en ruine où seraient plus tard érigées Kingston et Toronto (ce dernier endroit étant « propre à l’établissement d’un comptoir », selon ce qu’il rapporta à Amherst) et se rendant au fort Pitt (Pittsburgh, Pennsylvanie) pour y recevoir les ordres du général de brigade Monckton, qui commandait dans l’Ouest, il atteignit Détroit, le seul fort qui eût une importante garnison française, à la fin de novembre. Après s’en être emparé, aux dépens de François-Marie Picoté de Belestre, il tenta de se rendre à Michillimakinac (Mackinaw City, Michigan) et au fort Saint-Joseph (Niles), où se trouvaient de petites troupes françaises, mais il en fut empêché par les glaces du lac Huron. Il affirmera plus tard, dans A concise account of North America (mais non pas dans le rapport qu’il rédigea peu après ces événements), que dans le cours de sa marche dans l’Ouest il rencontra Pondiac*, qui le reçut amicalement et l’ « escorta » à Détroit.

À la fin des hostilités en Amérique du Nord, les compagnies de rangers furent licenciées. Rogers fut nommé capitaine d’une des compagnies indépendantes de réguliers qui avaient été longtemps stationnées en Caroline du Sud. Par la suite, il échangea cette nomination pour une semblable dans une compagnie indépendante à New York ; mais les compagnies de New York furent licenciées en 1763, et Rogers fut mis à la demi-solde. Quand éclata le soulèvement de Pondiac, il rallia les troupes sous les ordres du capitaine James Dalyell (Dalzell), aide de camp d’Amherst, qui étaient envoyées en renfort à la garnison assiégée de Détroit [V. Henry Gladwin]. Rogers y combattit les Indiens pour la dernière fois, avec un courage et une adresse dignes de sa réputation, dans la sortie de Détroit le 31 juillet 1763.

En 1764, Rogers connut de sérieux problèmes financiers. Il avait, au moins temporairement, fait face à des difficultés pour obtenir le remboursement des sommes qu’il avait dépensées pour ses rangers ; et l’échec d’une entreprise de traite en association avec John Askin*, à l’époque du soulèvement de Pondiac, empira sa situation. Selon Gage, il perdit aussi de l’argent au jeu. En 1764, il fut arrêté pour dettes à New York, mais il s’échappa bientôt après.

Rogers se rendit en Angleterre en 1765, avec l’espoir d’obtenir de l’aide pour l’exploration et l’expansion en direction de l’Ouest. Il présenta une requête pour obtenir l’autorisation de mettre sur pied une entreprise de recherche d’un passage du Nord-Ouest par l’intérieur des terres. Cette dernière idée lui avait peut-être été mise en tête par le gouverneur Arthur Dobbs, de la Caroline du Nord. Pour lui permettre de poursuivre ce projet, il demanda d’être nommé commandant de Michillimakinac, et, en octobre 1765, Gage, qui commandait alors en Amérique, reçut instructions d’avoir à lui donner ce poste. Rogers devait aussi recevoir une commission de capitaine dans les Royal Americans, qu’il paraît n’avoir jamais eue.

Pendant son séjour à Londres, Rogers publia au moins deux livres. L’un fut ses Journals, un récit de ses campagnes qui reproduit un bon nombre de ses rapports et les ordres qu’il reçut, et qui est une contribution valable à l’histoire de la guerre de Sept Ans en Amérique du Nord. L’autre, A concise account of North America, est une sorte de géographie historique du continent, brève et vivante, qui doit beaucoup aux connaissances particulièrement étendues, et de première main, de Rogers. Ces deux ouvrages sont clairs et vigoureux, productions plutôt extraordinaires, au demeurant, pour un auteur de son niveau d’instruction. Sans doute obtint-il beaucoup d’aide, sur le plan éditorial, de son secrétaire, Nathaniel Potter, un diplômé du College of New Jersey (Princeton University), qu’il avait rencontré peu avant de quitter l’Amérique pour l’Angleterre ; l’image que donna de Rogers sir William Johnson, en 1767, en le décrivant comme « un homme très illettré », était probablement, et au mieux, une malicieuse exagération. Les deux livres de Rogers furent bien accueillis par les critiques de Londres. Un accueil moins amical attendait Ponteach ; or the savages of America : a tragedy, pièce en vers blancs publiée quelques mois plus tard. Anonyme, cette œuvre semble avoir été généralement attribuée à Rogers. John R. Cuneo a suggéré, d’une façon plausible, que les scènes d’ouverture, dépeignant des trafiquants et des chasseurs blancs en train de dépouiller des Indiens, pourraient bien être un reflet de l’influence de Rogers, cependant qu’il est difficile de le relier à la tragédie artificielle et ampoulée qui leur fait suite. Sans doute, pour reprendre les mots de Francis Parkman, il « eut quelque part » à la composition de la pièce. La Monthly Review : or, Literary Journal qualifie brutalement Ponteach d’« une des plus absurdes productions de ce genre que nous ayons vues » et dit du « réputé auteur » que, « en se faisant barde et en écrivant une tragédie, il fait tout juste aussi bonne figure qu’un rimailleur de Grubstreet qu’on mettrait à la tête de la troupe de rangers nord-américains de notre auteur ». On ne semble pas avoir tenté déjouer cette pièce au théâtre.

Sa mission à Londres ayant obtenu, dans l’ensemble, un succès remarquable, Rogers rentra en Amérique du Nord au commencement de 1766. Sa femme et lui arrivèrent à Michillimakinac en août, et il ne perdit pas de temps avant de faire partir deux groupes d’explorateurs, sous les ordres de Jonathan Carver et de James Tute, ce dernier ayant l’ordre précis de chercher le passage du Nord-Ouest. Rien de notable ne sortit de leurs tentatives.

Johnson, qui était devenu surintendant des Affaires des Indiens du Nord, et Gage, tout autant, détestaient manifestement Rogers, à qui ils ne faisaient pas confiance ; Gage, on n’en peut douter, lui en voulait d’avoir eu recours aux autorités de Londres par-dessus sa tête. En apprenant la nomination de Rogers, Gage écrivait à Johnson : « Il est sauvage, vain, de peu d’entendement, et aussi de peu de principes ; mais en même temps, il a une part de roublardise, n’a aucune modestie ou véracité, et pas de scrupules [...] Il mérite qu’on reconnaisse en quelque manière sa bravoure et sa promptitude au service, et si on l’avait placé sur la liste de paie régulière, pour lui donner un revenu qui lui permît de vivre, on aurait bien fait. Mais il n’est pas propre à cet emploi, et de plus il ne parle aucune langue indienne. Il a fait beaucoup d’argent pendant la guerre, qui a été dissipé à satisfaire sa vanité et à jouer, et il est endetté de quelques milliers de livres ici [à New York]. » Presque aussitôt, Gage reçut une lettre qu’on avait interceptée et qu’on pouvait interpréter comme une indication que Rogers était peut-être en train de comploter avec les Français. Rogers était ambitieux, certainement, et il est clair qu’il désirait se tailler une sorte de fief semi-indépendant dans l’Ouest. En 1767, il jeta sur le papier un plan selon lequel Michillimakinac et les territoires qui en dépendaient devraient être érigés en « gouvernement civil », avec gouverneur, lieutenant-gouverneur et un conseil de 12 membres choisis parmi les principaux marchands qui trafiquaient dans la région. Le gouverneur et le conseil relèveraient, en toutes matières civiles et indiennes, directement du roi et du Conseil privé d’Angleterre. Ce plan fut envoyé à Londres, et Rogers adressa au Board of Trade une requête par laquelle il demandait le poste de gouverneur. Un tel projet était bien fait pour échauffer davantage encore l’hostilité de Gage et de Johnson et il n’aboutit point. Rogers se querella avec son secrétaire, Potter, et celui-ci fit rapport que son ancien patron songeait à passer du côté des Français si ses plans pour un gouvernement séparé n’étaient pas approuvés. Fort d’un écrit sous serment de Potter à ce sujet, Gage ordonna que Rogers fût arrêté et accusé de haute trahison, ce qui fut fait en décembre 1767 ; au printemps, Rogers fut ramené dans l’Est, les fers aux pieds. En octobre 1768, il subit son procès devant un conseil de guerre, à Montréal, sous les accusations d’avoir formé le « dessein [...] de passer aux Français [...] et d’exciter les Indiens contre Sa Majesté et son gouvernement » ; d’ « avoir entretenu une correspondance avec les ennemis de Sa Majesté » ; et d’avoir désobéi aux ordres en dépensant de l’argent dans « des intrigues et des projets coûteux » et parmi les Indiens. Bien que ces accusations eussent été appuyées par Benjamin Roberts, l’ancien commissaire du département des Affaires indiennes à Michillimakinac, Rogers fut acquitté. Il paraît vraisemblable qu’il n’ait été coupable d’aucun crime plus grave que d’avoir tenu des propos peu sérieux. Le roi approuva le verdict l’année suivante, mais en notant qu’il y avait eu « de bonnes raisons de soupçonner [...] une correspondance inconvenante et dangereuse ». Rogers ne fut pas remis en poste à Michillimakinac. Cet été-là (1769), il alla en Angleterre, cherchant à y obtenir réparation et à se faire rembourser diverses sommes qu’il affirmait lui être dues. Il n’obtint guère satisfaction et passa plusieurs périodes en prison pour dettes – la plus longue, de 1772 à 1774. Il poursuivit Gage pour l’avoir emprisonné à tort, entre autres préjudices ; plus tard, la poursuite fut retirée, et Rogers obtint la demi-solde de major. Il rentra en Amérique en 1775.

La guerre de la Révolution américaine faisait alors rage. Rogers, qui n’entendait rien à la politique, aurait pu combattre d’un côté ou de l’autre, mais pour lui la neutralité était impensable. Sa commission britannique lui attira la suspicion des rebelles. Il fut arrêté à Philadelphie, puis relâché sur sa promesse qu’il ne servirait pas contre les colonies. En 1776, il sollicita une commission du Congrès continental, mais le général George Washington, qui ne lui faisait pas confiance, l’emprisonna. Il s’échappa et offrit ses services au quartier général britannique à New York. En août, on le désigna pour lever et commander, avec le grade de lieutenant-colonel commandant, un bataillon qui parait avoir été connu à ce moment comme le Queen’s American Rangers. Le 21 octobre, cette unité sans expérience fut attaquée par les Américains près de Mamaroneck, New York. Un poste avancé de rangers fut débordé, mais le gros de la troupe de Rogers tint ferme, et l’ennemi dut se retirer. Au début de 1777, un inspecteur général, nommé pour faire rapport sur les unités loyalistes, trouva celle de Rogers dans une piètre condition, et celui-ci fut mis à la retraite avec demi-solde. Les Queen’s Rangers, nom sous lequel cette unité finit par être connue, se conduisirent plus tard avec distinction sous les commandants de l’armée régulière, en particulier sous John Graves Simcoe*.

La carrière militaire de Rogers n’était pas encore terminée. À son retour d’une visite en Angleterre, en 1779, il reçut une commission du général sir Henry Clinton – qui y fut peut-être encouragé par Londres – pour la levée d’une unité formée de deux bataillons, à recruter dans les colonies américaines, mais à organiser au Canada, et connue sous le nom des King’s Rangers. Les cadres du régiment ne furent jamais complétés, et il ne combattit jamais non plus. La lourde tâche du recrutement tomba en grande partie sur les épaules du frère de Rogers, James, également officier des rangers de la guerre de Sept Ans. Robert, devenu ivrogne et inefficace, n’était pas au-dessus de tout mensonge au sujet du nombre des hommes recrutés. Le gouverneur Haldimand écrivit, à son sujet : « il est une disgrâce pour le service et, à la fois, est incapable de faire en sorte qu’on lui fasse confiance ». Rogers était à Québec en 1779–1780. À la fin de 1780, faisant route vers New York sur un navire, il tomba aux mains d’un corsaire américain et fit un long séjour en prison. En 1782, il était de retour à l’arrière des lignes britanniques. À la fin de la guerre, il partit pour l’Angleterre, quittant peut-être New York avec l’armée britannique lors de l’évacuation finale de 1783.

Ses dernières années, Rogers les vécut en Angleterre, dans les dettes, la pauvreté et l’ivrognerie. Une partie de son temps se passa de nouveau en prison pour dettes. Il vivait de sa demi-solde, qui parfois était en partie réservée à des créanciers. Il mourut à Londres, « dans ses appartements du Borough [Southwark] », manifestement intestat ; des lettres pour l’administration de sa succession, évaluée à £100 seulement, furent accordées à John Walker, qu’on dit être son logeur. Sa femme avait obtenu le divorce par une loi de la législature du New Hampshire en 1778 ; elle avait affirmé que, lorsqu’elle le vit pour la dernière fois, une couple d’années auparavant, « il était dans une situation telle que, de même que sa tranquillité et sa sécurité la forcèrent alors à l’éviter et à fuir, de même la décence maintenant lui interdisait d’en dire plus sur un sujet si inconvenant ». Leur seul enfant, un garçon nommé Arthur, resta avec sa mère.

Cette extraordinaire carrière qui finissait ainsi, dans une sordide obscurité, avait atteint son sommet pendant la guerre de Sept Ans, avant que Rogers eût 30 ans. La légende américaine a quelque peu grossi ses exploits, car il a souvent connu des échecs aussi bien que des succès dans ses combats contre les Français et leurs alliés indiens dans la région du lac Champlain. Mais c’était un homme d’une grande énergie et d’un grand courage (et, on doit le dire, d’une grande cruauté), qui avait une sorte de génie pour la guerre d’embuscades. Aucun autre homme de la « frontière », dans les colonies américaines, ne réussit aussi bien à faire face aux formidables francs-tireurs de la Nouvelle-France. Que cet homme fût aussi l’auteur de livres à succès laisse entrevoir chez lui une combinaison tout à fait inhabituelle de qualités. Sa personnalité reste énigmatique. Une grande partie des faits cités contre lui viennent de ceux qui le détestaient ; mais il est assez évident que son caractère moral était loin d’être au niveau de ses aptitudes. L’eût-il été, cet homme aurait figuré comme l’un des Américains les plus remarquables d’une génération remarquable.

C. P. Stacey

Les ouvrages de Robert Rogers ont tous été réimprimés : les Journals of Major Robert Rogers [...] (Londres, 1765) l’ont été dans une édition de F. B. Hough (Albany, N.Y., 1883) avec en appendice les documents relatifs aux dernières années de la carrière de Rogers, dans une réimpression avec une introduction de H. H. Peckham (New York, [1961]), et en fac-similé (Ann Arbor, Mich., [1966]). Son ouvrage A concise account of North America [...] (Londres, 1765) a été réimprimé (East Ardsley, Angl., et New York, 1966) de même que la pièce de théâtre qu’on lui a attribuée, Ponteach ; or, the savages of America : a tragedy (Londres, 1766) ; celle-ci d’abord avec une introduction et une biographie de Rogers par Allan Nevins (Chicago, 1914) et ensuite dans Representative plays by American dramatists, édité par M. J. Moses (3 vol., New York, 1918–[1925]), I : 115–208. Une partie de cette pièce a paru dans l’ouvrage de Francis Parkman, The conspiracy of Pontiac and the Indian war after the conquest of Canada (2 vol., Boston, 1910), app.B.

Les manuscrits ou les copies de manuscrits concernant Rogers sont déposés aux APC, MG 18, L4, 2, pkt. 7 : MG 23, K3 : à la Clements Library. Thomas Gage papers, American sertes ; Rogers papers, et au PRO, Prob. 6/171, f.160 ; TS 11/387, 11/1 069/4 957.

Les ouvrages suivants contiennent des écrits de Rogers ou des écrits s’y rapportant : The documentary history of the state of New-York [...], E. B. O’Callaghan, édit. (4 vol., Albany, 1849–1851), IV ; Gentleman’s Magazine, 1765, 584s. ; Johnson papers (Sullivan et al.) ; « Journal of Robert Rogers the ranger on his expedition for receiving the capitulation of western French posts », V. H. Paltsits, édit., New York Public Library, Bull., 37 (1933) : 261–276 ; London Magazine, or Gentleman’s Monthly Intelligencer, XXXIV (1765) : 630–632, 676–678 ; XXXV (1766) : 22–24 ; Military affairs in North America, 1748–65 (Pargellis) ; Monthly Review : or, Literary Journal (Londres), XXXIV (1766), 1re partie : 9–22, 79s., 242 ; NYCD (O’Callaghan et Fernow), VII ; VIII ; X ; « Rogers’s Michillimackinac journal », W. L. Clements, édit., American Antiquarian Soc., Proc. (Worcester, Mass.), nouv. sér., 28 (1918) : 224–273 ; Times (Londres), 22 mai 1795 ; Treason ? at Michilimackinac : the proceedings of a general court martial held at Montréal in October 1768 for the trial of Major Robert Rogers, D. A. Armour, édit. (Mackinac Island, Mich., 1967).

K. L. Roberts, auteur d’un populaire roman historique intitulé Northwest passage (Garden City, N.Y., 1937 ; nouv. éd., 2 vol., 1937), serait en bonne partie responsable du grand culte que les Américains de la dernière génération ont voué à Rogers. On peut trouver des biographies de Rogers dans le DAB et le DNB. Le livre de J. R. Cuneo, Robert Rogers of the rangers (New York, 1959), constitue une excellente étude biographique qui s’appuie sur un large éventail de sources souffrant toutefois d’un manque de documentation précise sur Rogers. V. aussi : Luca Codignola, Guerra e guerriglia nell’america coloniale : Robert Rogers e la guerra dei Bette anni, 1754–1760 (Venise, 1977), qui contient une traduction en italien des Journals de Rogers ; H. M. Jackson, Rogers’ rangers, a history ([Ottawa], 1953) ; Pargellis, Lord Loudoun, et « The four independent companies of New York », Essays in colonial history presented to Charles McLean Andrews by his students (New Haven, Conn., et Londres, 1931 ; réimpr., Freeport, N.Y., 1966), 96–123 ; J. R. Cuneo. « The early days of the Queen’s Rangers, August 1776–February 1777 », Military Affairs (Washington), XXII (1958) : 65–74 ; Walter Rogers, « Rogers, ranger and loyalist », SRC Mémoires, 2e sér., VI (1900), sect. ii : 49–59.  [c. p. s.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

C. P. Stacey, « ROGERS, ROBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rogers_robert_4F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/rogers_robert_4F.html
Auteur de l'article:   C. P. Stacey
Titre de l'article:   ROGERS, ROBERT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   20 octobre 2014