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ROSEBRUGH, ABNER MULHOLLAND, chirurgien, inventeur, auteur et réformateur social, né le 8 novembre 1835 dans le canton de Dumfries, Haut Canada, dernier fils de Thomas Rosebrugh, fermier, et d’une prénommée Johanna ; le 27 juin 1865, il épousa à Toronto Ellen Bielby Reeve, sœur de William Albert Reeve*, et ils eurent deux fils et quatre filles ; décédé dans cette ville le 26 novembre 1914.

Abner Mulholland Rosebrugh était méthodiste wesleyen et descendant de loyalistes. Il commença ses études de médecine à l’âge de 18 ans à la Toronto School of Medicine de John Rolph*, où l’un de ses frères aînés, John Wellington Rosebrugh, obtiendrait son doctorat en 1855. Pendant ses cinq années à l’école, Abner aurait reçu une solide formation d’éminents professeurs tels Walter Bayne Geikie, Charles V. Berryman, William Thomas Aikins*, William Canniff* et Rolph. Les étudiants étaient occupés de huit heures du matin à neuf heures du soir par des cours magistraux (chirurgie, anatomie, physiologie, chimie, matière médicale, obstétrique, maladies féminines et infantiles, pathologie et médecine légale), de même que par des démonstrations à l’hôpital et d’autres tâches. Faire la preuve d’une année de travail dans un hôpital général était également une condition d’obtention du diplôme. Malgré un chambardement à l’école en 1856 [V. William Thomas Aikins], Rosebrugh obtint son doctorat en médecine au Victoria College de Cobourg en 1859, et alla poursuivre ses études à New York et à Londres.

Dès 1863, Rosebrugh était de retour au Canada et avait un cabinet à Toronto. La même année, il rouvrit le Toronto Free Dispensary, où l’on soignait les personnes démunies. Rosebrugh était l’un des premiers médecins spécialistes de l’Ontario – en chirurgie ophtalmique – et se passionnait pour la technique. Après avoir mis au point en 1864 un instrument combinant un ophtalmoscope et un appareil-photo, lui-même et l’opticien torontois Charles Potter purent photographier le fond de l’œil ; ils étaient parmi les premiers à y parvenir. Rosebrugh conçut également un nouveau type de pile à usage médical et écrivit beaucoup sur l’action thérapeutique de l’électricité. Le traitement par électricité galvanique et faradique tomba en discrédit par la suite, mais, dans la seconde moitié du xixe siècle, on l’appliquait à une large gamme de problèmes nerveux et de douleurs chroniques. Rosebrugh présenta une communication sur un substitut de la pompe stomacale devant la section de médecine du Canadian Institute et perfectionna une technique d’administration du chloroforme en la rendant plus sûre. On lui attribue aussi le mérite d’avoir été le premier à Toronto à se faire installer une ligne téléphonique (elle reliait sa maison et celle de Potter), et d’avoir découvert un moyen de transmettre simultanément des messages téléphoniques et télégraphiques par le même fil. La Compagnie canadienne de téléphone Bell adopta cette méthode.

En 1867, Rosebrugh ouvrit le Toronto Eye and Ear Infirmary, qui devint bientôt l’un des établissements médicaux les plus spécialisés de la ville. Subventionné par la province à compter de 1868, cet hôpital subsistait aussi grâce à des dons de citoyens torontois. De 1867 à 1873, le beau-frère de Rosebrugh, Richard Andrews Reeve, y travailla également, puis il s’en alla à cause d’un désaccord sur des questions professionnelles. Rosebrugh pratiquait à l’hôpital divers types d’interventions chirurgicales à l’oreille et à l’œil, dont des iridectomies et des opérations de la cataracte. Il le faisait gratuitement parce qu’il était préoccupé par la clientèle pauvre. En outre, il donnait des cours au département de médecine du Victoria College.

En raison de ses activités à l’hôpital, Rosebrugh fit la connaissance de John Woodburn Langmuir, le fonctionnaire ontarien responsable de l’application du Charity Aid Act de 1874, qui renforçait le soutien public aux hôpitaux. C’est ainsi qu’il s’engagea à fond dans la réforme de l’assistance sociale. En 1874, il fit partie du premier conseil d’administration d’un organisme d’assistance et d’orientation pour les détenus, la Prisoners’ Aid Association de Toronto. Cette société veillait à ce que les prisonniers en voie de libération aient des vêtements convenables, les aidait à trouver du travail et, au besoin, leur procurait un moyen de transport pour rentrer chez eux. En outre, Rosebrugh fut vice-président de la National Conference of Charities and Correction, fonda l’Ontario Association for Reformation of Inebriates et suggéra au National Council of Women of Canada de s’intéresser aux femmes faibles d’esprit en âge de procréer. Cette suggestion fut l’une des premières manifestations de la montée du mouvement eugénique au Canada.

Toutefois, ce fut surtout en tant que membre de la commission royale d’enquête sur les prisons et maisons de correction en Ontario que Rosebrugh contribua à la réforme de l’assistance sociale. Il obtint ce poste en 1890 sur la recommandation de Langmuir. Le rapport de la commission – un des « plus remarquables documents sur l’assistance sociale [produits] au Canada », a-t-on dit – examinait en profondeur les origines sociales du crime, de l’alcoolisme, de la délinquance juvénile, de l’incarcération et de la misère chez les enfants. Une de ses principales conclusions était qu’une grande partie de la criminalité en Ontario s’enracinait dans la piètre formation reçue par les enfants à la maison. Outre le témoignage d’un grand nombre de citoyens ontariens, les commissaires entendirent Thomas John Barnardo, fondateur d’une série de refuges pour enfants en Angleterre. Ils recommandèrent notamment que chaque comté de l’Ontario crée une association qui s’occuperait des enfants vulnérables et sans foyer. C’est ainsi que naîtraient le Children’s Fresh Air Fund et la Children’s Aid Society de Toronto.

Les grandes tendances et préoccupations de la médecine de l’époque se manifestent dans la carrière d’Abner Mulholland Rosebrugh. Il assista à deux phénomènes étroitement liés l’un à l’autre : la spécialisation de la médecine et l’intensification du recours à la technologie. Ses activités témoignent de l’inquiétude croissante que suscitait la « dégénérescence » de la fibre morale de la société victorienne, surtout parmi les « classes inférieures ». Son fils Thomas Reeve Rosebrugh, doué lui aussi pour la mécanique, fut professeur de génie électrique à la University of Toronto de 1889 à 1936. Un pavillon de génie porte leur nom.

J. T. H. Connor

Les publications d’Abner Mulholland Rosebrugh comprennent « A new ophthalmoscope for photographing the posterior internal surface of the living eye ; with an outline of the theory of the ordinary ophthalmoscope » et « The optical defects of the eye and their treatment by the scientific use of spectacles », dans Canadian Journal (Toronto), nouv. sér., 9 (1864) : 81–92 et 11 (1866–1867) : 1–31 ; Strabismus : its pathology and treatment (Toronto, 1867 ; exemplaire aux AO) ; Chloroform and a new method of administering it (Toronto, 1869 ; une édition a aussi paru à New York la même année) ; On some practical points in the treatment of those forms of eye disease of most frequent occurrence in general practice (Toronto, 1876) ; « Electro-therapeutic apparatus », « Electro-therapeutics », « Electricity in the treatment of special diseases », et « A new medical battery », dans le Canada Lancet (Toronto), 12 (1879–1880) : 327–330, 355–358 ; 13 (1880–1881) : 161–167 ; 14 (1881–1882) : 97–101, 129–132 ; et 15 (1882–1883) : 193–195, respectivement ; « Photographing the retinal image impressed on the living fundus oculi », dans Canadian Practitioner (Toronto), 12 (1887) : 165–167 ; et Recent advances in electro-therapeutics : electricity in gynecology (Toronto, 1888).

AO, RG 22-205, no 494 ; RG 80-27-2, 67 : 82.— UTA, A73-0026/374(64), /386(32–34).— Victoria Univ. Arch. (Toronto), 87.143V (Victoria Univ., Registrar’s office, student records), no 1 (reg., 1851–1852) ; 87.251V (Victoria Univ., reg. of graduates of all faculties during the Cobourg period).— Globe, 28 nov. 1914.— Canada Lancet, 5 (1872–1873) : 266 ; 6 (1873–1874) : 56–58, 122.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— W. G. Cosbie, The Toronto General Hospital, 1819–1965 : a chronicle (Toronto, 1975).— Willoughby Cummings, « The problem of the feeble minded », Public Health Journal (Toronto), 5 (1914) : 229s.— Dominion Medical Journal (Toronto), 2 (1869–1870) : 48s.— L. D. Fraser, « Phoenix : medicine at Victoria, 1854–1892 », Vic-Report (Toronto), 2 (1974), no 5 : 6s.— Ontario, Commission appointed to enquire into the prison and reformatory system of Ontario, Report of the commissioners (Toronto), 1891.— H. G. Simmons, From asylum to welfare (Downsview [North York], Ontario, 1982).— R. B. Splane, Social welfare in Ontario, 1791–1893 ; a study of public welfare administration (Toronto, 1965).— Victoria College, Calendar (Cobourg, Ontario), 1856–1884, par la suite Victoria Univ., Calendar (Cobourg ; Toronto), 1884–1893.

Bibliographie générale

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J. T. H. Connor, « ROSEBRUGH, ABNER MULHOLLAND », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rosebrugh_abner_mulholland_14F.html.

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Auteur de l'article:   J. T. H. Connor
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   19 avril 2014