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SMILEY, ROBERT REID, imprimeur, journaliste et homme d’affaires, né en 1817 en Irlande, fils de Samuel Smiley et d’une prénommée Agnes ; le 2 novembre 1847, il épousa Margaret Switzer ; décédé le 10 mai 1855 à Hamilton, Haut-Canada.

Robert Reid Smiley était encore enfant lorsqu’il immigra, avec ses parents, à Kingston, dans le Haut-Canada. Il fut apprenti imprimeur au Kingston Herald, où il parvint au rang de prote ; plus tard, il occupa la même fonction au British Whig. En 1844, au moment où le siège du gouvernement était transféré à Montréal, Smiley alla s’installer dans cette ville où il fut employé par les imprimeurs J. Starke and Company et rédigea des articles sur des sujets politiques pour différents journaux.

À cette époque, paraissait à Hamilton un journal ultra-tory, le Hamilton Gazette, and General Advertiser dirigé par George Perkins Bull*. Le ton de ce journal était modéré, et ses intérêts se portaient de plus en plus vers la théologie. Un groupe d’hommes d’affaires conservateurs influents, dont faisait peut-être partie sir Allan Napier MacNab*, désiraient un journal où ils pourraient exprimer leurs opinions avec autant de vigueur et d’agressivité que Solomon Brega dans son journal réformiste Journal and Express. Un membre du groupe, l’épicier droguiste Edwin Dalley, eut des entretiens avec Smiley à Montréal ; ce dernier accepta de mettre sur pied un journal à Hamilton après que Dalley eut fait savoir qu’il fournirait tout le soutien financier nécessaire. Smiley partit pour Hamilton avec ses jeunes frères, John Gibson et Hugh Creighton.

Le premier numéro du Hamilton Spectator, and Journal of Commerce, journal semi-hebdomadaire de quatre pages, sortit le 15 juillet 1846. En mai 1850, on ajouta une édition hebdomadaire « pour diffusion en région rurale » et, deux ans plus tard, on entreprit la publication d’un quotidien. Toutes ces initiatives se révélèrent prospères. En 1850, le tirage de l’édition semi-hebdomadaire rivalisait avec ceux du Globe et du British Colonist de Toronto. Le jour de la mort de Smiley, le Spectator commença à paraître dans un nouveau format plus grand que l’ancien, témoignant ainsi de l’influence qu’il exerçait d’un bout à l’autre de la vaste région s’étendant à l’ouest de Toronto. La clé de ce succès résidait dans le travail énorme fourni par Smiley, dans ses excellentes dispositions pour les affaires et dans la portée et la vigueur de ses écrits.

La ligne de conduite de la rédaction du Spectator était considérée comme conservatrice modérée. Les attaques du journal contre les réformistes furent aussi violentes et injurieuses que toute autre attaque visant les réformistes du Haut-Canada ; le Spectator se montra particulièrement impitoyable dans sa critique virulente de Louis-Hippolyte La Fontaine*, qu’il accusa d’être un dictateur. Son conservatisme ne prenait un ton modéré que lorsqu’il se limitait aux questions de rapports entre l’Église et l’État. En 1847, par exemple, Smiley approuva la solution de compromis proposée par le gouvernement de Henry Sherwood pour régler la question de l’université. En 1850, il condamna la reprise des discussions au sujet des réserves du clergé, considérant qu’il s’agissait d’un moyen mis de l’avant par le gouvernement pour tenter de distraire l’attention du public de la loi pour l’indemnisation des pertes subies pendant la rébellion ; plus tard, il changea cependant d’avis et appuya la sécularisation des réserves du clergé. Il était lui-même presbytérien de l’Église d’Écosse et critiquait les privilèges et les prétentions de l’Église d’Angleterre ; il se montrait hostile à l’Église libre et fier de l’unanimité avec laquelle sa secte votait tory.

Cependant, si les gens de l’époque considéraient le Spectator comme conservateur modéré, ils le tenaient aussi pour le porte-parole du leader ultra-tory MacNab. Cette situation n’était pas aussi paradoxale qu’elle le semble. Depuis la fin des années 1840, l’ultra-torysme de MacNab était davantage une affaire d’anciennes associations et de pressions exercées sur lui en tant que chef de parti qu’une question de convictions profondes. D’autre part, Smiley était plus extrémiste que MacNab dans ses critiques envers le gouverneur en chef lord Elgin [Bruce*], La Fontaine et Francis Hincks*. En 1853, Smiley nia publiquement que MacNab ait exercé une influence sur le Spectator ou qu’il ait eu des intérêts financiers dans le journal. En privé, il ne cachait pas sa méfiance à l’égard du chevalier MacNab et critiquait son égoïsme. Et pourtant, le Spectator appuya MacNab avec une constance remarquable, tant au niveau de la région que du pays. Par exemple, il fit preuve d’une hostilité acharnée à l’endroit de William Henry Draper*, un des leaders des gouvernements conservateurs modérés de 1843 à 1847, de son successeur, Henry Sherwood, et d’Ogle Robert Gowan*, tous ennemis politiques et rivaux du tory de Hamilton. En 1854, Smiley, en partie influencé par son amitié pour John Sandfield Macdonald*, préconisa une alliance entre les conservateurs, d’une part, et les réformistes du Haut-Canada indépendants ou membres de l’opposition, d’autre part ; mais, lorsque MacNab fit entrer les conservateurs au gouvernement avec non seulement les modérés du Bas-Canada, mais aussi avec les partisans de Hincks, que Smiley avait critiqués, le rédacteur en chef fit immédiatement volte-face. Le Spectator devint, dans le Haut-Canada, le principal organe des conservateurs au sein de la nouvelle coalition de groupes politiques.

Smiley s’intéressait également aux affaires municipales. Il travailla ardemment à promouvoir le progrès de la ville, faisant pression pour obtenir des améliorations telles que des rues éclairées. Il fut l’un des premiers membres du conseil d’administration de la Hamilton Gas Light Company, lors de sa fondation en 1850. Il soutint la Great Western Railway Company, dont le centre d’opérations était à Hamilton, tout au long de ses débuts difficiles : il rendait compte fidèlement de l’avancement des travaux, faisait valoir ses perspectives d’avenir et la défendait contre les concurrents. À un certain moment, le Grand Tronc, cette œuvre de Hincks en voie de devenir un colosse, menaça le monopole dont jouissait la Great Western à l’ouest de Toronto ; le Spectator en fut outré et, par la suite, Smiley s’opposa vigoureusement à toute proposition de fusion des deux compagnies rivales. Il se tint d’abord à l’écart des luttes complexes et féroces qui déchirèrent la Great Western en 1853 et 1854 ; finalement, il se prononça énergiquement contre Isaac Buchanan*, marchand très en vue de Hamilton, qui, avec Charles John Brydges*, dominait le conseil d’administration. La proposition de Buchanan et de Brydges d’acquérir l’Erie and Ontario Railroad Company, en même temps que des biens immeubles s’y rattachant, était l’une des raisons qui expliquaient la position de Smiley, car cela signifiait que la croissance de Niagara (Niagara-on-the-Lake) se serait faite aux dépens de Hamilton. Une autre raison était le fait que MacNab s’opposait à Buchanan et à Brydges.

On sait peu de chose de la vie privée de Smiley. On l’a décrit comme « un jeune homme au teint pâle, de petite taille, de faible corpulence et qui n’avait pas du tout une santé robuste ». Un enfant naquit de son mariage, un fils qui mourut en octobre 1850. Cette année-là, Smiley acheta un terrain dans la partie est de Hamilton sur lequel il construisit une grande maison dans le style des villas toscanes. Achevée en 1854, cette résidence était mieux connue sous le nom de Smiley’s Castle que sous son véritable nom, Rose Arden. Smiley profita de son château pendant six mois seulement, avant de mourir de consomption. En 1851, un voyage à l’étranger semblait avoir enrayé la maladie. Smiley projetait d’ailleurs de partir de nouveau ; il avait été nommé commissaire honoraire à l’Exposition universelle de Paris de 1855. Mais il mourut le 10 mai de cette année-là, quelques heures après avoir quitté son travail au journal. Parmi les personnes qui assistèrent à ses imposantes funérailles, on comptait des francs-maçons, des Oddfellows et des membres de la Typographical Society. Les éloges qu’il reçut après sa mort furent particulièrement nombreux et chaleureux.

Parmi les biens que Robert Reid Smiley légua à sa femme et à ses frères, certains avaient été acquis en moins de dix ans : un journal qui rapportait des bénéfices (et qui a survécu jusqu’à aujourd’hui), une imprimerie à vapeur de première classe, un atelier de reliure, du matériel d’imprimerie et de lithographie, l’Ancaster Woollen Mill et l’une des plus belles résidences de la ville de Hamilton.

Donald Robert Beer et Katharine Greenfield

AO, RG 22, sér. 155, testament de R. R. Smiley.— APC, MG 19, A2, sér. 2, 3, part. 2, Smiley à Ermatinger, 20 mars 1850, 15 févr. 1851.— HPL, Arch. file, C. R. McCullough papers : 1–6 (photocopies) ; Clipping file, Newspapers – Canada, Canadian journalism ser., xvii–xix ; Hamilton biog. ; Hamilton – Newspaper, general, « A bit of local news history » ; Scrapbooks, Richard Butler, « Saturday musings », 2 : 9, 53, 63 ; 3 : 40, 98, 126, 147, 201–202, 219 ; 4 : 18–19 ; H. F. Gardiner, 216 : 10 ; Hamilton Spectator, 1 : 16 ; Historic houses in Hamilton, 1, part. 2.— British Colonist (Toronto), 1850.— British Whig, 1840.— Christian Guardian, 19 juin 1850.— Daily Spectator, and Journal of Commerce, 5, 28 août, 15 sept. 1854, 15, 17 mai 1855.— Globe, 1850.— Hamilton Gazette, and General Advertiser, 1845.— Hamilton Spectator, and Journal of Commerce, 15 juill. 1846–10 mai 1855, particulièrement 21 juill. 1847, 22 juin 1850.— Journal and Express (Hamilton), 1845.— Kingston Herald, 1840.— Death notices of Ontario, W. D. Reid, compil. (Lambertville, N.J., 1980).— DHB, 1 : 24, 30, 37, 58, 135–144, 182–183.— Marriage notices of Ontario, W. D. Reid, compil. (Lambertville, 1980).— Montreal directory, 1843.— Hamilton Spectator, 15 juill. 1896, 16 juill. 1921, 15 juill. 1936.— E. S. Vickers, « The Victorian buildings of Hamilton », Wentworth Bygones (Hamilton), 7 (1967) : 50–51.

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Donald Robert Beer et Katharine Greenfield, « SMILEY, ROBERT REID », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/smiley_robert_reid_8F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
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