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TARIEU DE LA NAUDIÈRE, CHARLES-FRANÇOIS (appelé aussi Charles-François-Xavier), officier dans les troupes de la Marine, seigneur, né le 4 novembre 1710 à Sainte-Annede-la-Pérade (La Pérade, Québec), fils de Pierre-Thomas Tarieu de La Pérade, seigneur de La Pérade, et de Marie-Madeleine Jarret* de Verchères, décédé à Québec le 1er février 1776.

Charles-François Tarieu de La Naudière servit durant plus de 30 ans dans les troupes de la Marine sans toutefois atteindre par les armes la gloire dont la légende entoura sa mère, la célèbre Madeleine de Verchères, à la suite de ses exploits de jeunesse au fort de Verchères. Celle-ci n’avait pourtant pas négligé la réputation de son fils en racontant qu’à l’âge de 12 ans, en 1722, il lui avait sauvé la vie alors qu’elle était attaquée par quatre sauvagesses.

Tarieu de La Naudière commença jeune une carrière bien classique, gravissant régulièrement les échelons, à l’instar des autres officiers, fils des grandes familles de la colonie. Nommé enseigne en second en 1727, il fut promu enseigne en pied en 1734, lieutenant en 1742 et choisi aide-majorde Québec en 1743. La même année, il se liait à une famille éminente de la colonie en épousant à Québec, le 6 janvier, Louise-Geneviève, fille d’un ancien capitaine dans les troupes de la Marine, Henri-Louis Deschamps* de Boishébert. On ne connaît rien des activités militaires de Tarieu de La Naudière au cours de ses 20 premières années de service. Il semble qu’en 1746 il faisait partie de l’expédition dirigée par Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay en vue de bloquer Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse, mais il ne prit pas part à l’attaque de Grand-Pré en février 1747 [V. Arthur Noble*]. Il fut chargé cette année-là de quelques missions par le gouverneur Beauharnois * et, au printemps de 1748, il fut envoyé chez les Miamis où il était important que la présence française soit bien assurée militairement, après les troubles provoqués dans l’Ouest par la bande d’Orontony*. Il semble qu’il ait assez bien rempli sa mission auprès des Indiens puisqu’à son retour à Québec, à l’été de 1749, le nouveau gouverneur, La Jonquière [Taffanel*], demanda pour lui une gratification de 2 000#, qui lui fut cependant refusée. Mais il avait obtenu le rang de capitaine au mois de mai.

Le début des années 1750 marque une pause dans la carrière militaire de Tarieu de La Naudière. Il reçut en concession, le 1er mars 1750, la seigneurie de Lac-Maskinongé, bientôt connue également sous le nom de Lanaudière. Mais il n’eut guère le goût ou le loisir de s’occuper de ses terres et se tourna plutôt vers le commerce. Possédant des intérêts dans un navire, il s’associa en 1753 au commissaire de la Marine, Jean-Victor Varin de La Marre, pour faire venir des marchandises de France. L’année suivante, il formait une société avec son beau-frère Jean-François Gaultier* afin d’exploiter le poste de la baie des Châteaux (sur le détroit de Belle-Isle) dont ce dernier était concessionnaire. On sait aussi qu’il fut en relations avec les négociants Jean-Baptiste Amiot* et Pierre Révol*; en octobre 1756, il participa à une réunion des créanciers de Révol qui venait de faire faillite et lui devait près de 3 000#.

Mais commençaient les années cruciales de la guerre de Sept Ans et Tarieu de La Naudière était de nouveau absorbé par ses activités militaires. Au printemps de cette même année 1756, il se trouvait en Acadie, chargé de distribuer des vivres aux nombreux habitants qui avaient dû se réfugier dans les bois. Il participa activement aux opérations de harcèlement que menait son beau-frère, Charles Deschamps de Boishébert, contre les Anglais qui s’étaient établis le long de la rivière Saint-Jean. Sa présence, l’année suivante, au siège du fort George (appelé aussi fort William Henry ; aujourd’hui Lake George, New York) n’est pas certaine, mais il se trouvait à Carillon (Ticonderoga, New York) le 8 juillet 1758. Son comportement fut remarqué par Montcalm*, qui exprima sa satisfaction dans une lettre adressée au gouverneur Vaudreuil [Rigaud] le lendemain de la bataille. C’est peut-être à cette appréciation que Tarieu de La Naudière doit la croix de Saint-Louis qui lui fut décernée en janvier 1759.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau chevalier n’accomplit pas de prouesses guerrières au cours des mois suivants. Il eut d’abord l’idée, puis la responsabilité, de construire des « cajeux », radeaux porteurs de canons, pour enrayer l’avance de la flotte anglaise qui remontait le Saint-Laurent. François-Louis Poulin* de Courval, qui fit changer les plans des cajeux, l’assista dans cette tâche. Parti le 22 mai pour l’île aux Coudres, Tarieu de La Naudièren n’eut pas le temps de mener l’opération à bien. Dès le 27, les Anglais débarquèrent dans l’ île et Tarieu de La Naudière battit peu glorieusement en retraite, faisant brûler les cajeux déjà construits et tout ce qui aurait pu être utilisé par l’ennemi. Il arriva à Québec le 1er juin. Des problèmes de vivres pour l’armée commençaient à se poser, les secours apportés de France par Jacques Kanon* étant insuffisants. Il fallut avoir recours à des expédients et, le 7 juin, Vaudreuil et l’intendant Bigot chargèrent La Naudière de réquisitionner les bœufs et taureaux du gouvernement de Québec. À la fin de juillet, le gouvernement de Trois-Rivières tomba aussi sous le coup de l’ordonnance. C’était là une tâche peu héroïque, mais délicate et nécessaire, qui suscita l’ironie de l’auteur anonyme d’un journal du siège : « un coup de corne n’est pas si à craindre qu’un coup de canon ». Tarieu de La Naudière participa sans doute, à la tête de ses hommes, aux deux dernières grandes batailles de la guerre, sur les plaines d’Abraham en 1759 et à Sainte-Foy l’année suivante.

Ces années de guerre avaient aussi été des années de vie mondaine très active pour les officiers français et canadiens. La maison de Tarieu de La Naudière était, à Québec, un des lieux de rendezvous de la bonne société. Sa compagnie et celle de sa femme étaient fort appréciées au cours des mois d’hiver, notamment par Montcalm qui avait beaucoup d’estime pour Mme de La Naudière et qui décrivit un jour M. de La Naudière à Bourlamaque* comme « le meilleur de [ses] is ».

Au lendemain de la Conquête, Tarieu de La Naudière fit un séjour en France dont on ignore les raisons et la durée. Sa femme mourut pendant son absence, en juillet 1762. Il revint au pays l’été suivant et, le 12 janvier 1764, il épousa Marie-Catherine, fille de Charles Le Moyne* de Longueuil, deuxième baron de Longueuil, de beaucoup sa cadette, qui donna naissance à dix enfants. Au cours des dernières années de sa vie, Tarieu de La Naudière utilisa une partie de sa fortune à des acquisitions de seigneuries : en 1767, il acheta aux religieuses de l’Hôpital Général de Québec le fief et seigneurie de Saint-Vallier et, en 1769, la seigneurie de Saint-Pierreles-Becquets, qui appartenait à Charles Levrard. Entre-temps, il avait cédé ses droits sur la seigneurie de Lac-Maskinongé à son fils Charles-Louis*, né de son premier mariage.

Ses rapports avec l’administration britannique furent excellents. En 1766, il signa, avec d’autres seigneurs du district de Québec, l’adresse destinée au gouverneur Murray à l’occasion de son départ. Lorsqu’en 1769 le gouverneur Guy Carleton* demanda à Londres que les membres de la noblesse canadienne puissent entrer au Conseil de Québec, il suggérait, parmi 12 noms, celui de Tarieu de La Naudière. Effectivement, ce dernier devint membre du Conseil législatif créé en 1775 par l’Acte de Québec, pour la première fois ouvert aux catholiques. Il n’eut guère le temps d’y siéger puisqu’il mourut le 1er février 1776 à l’Hôpital Général de Québec.

Issu d’une grande famille de la colonie, Tarieu de La Naudière eut une carrière sans éclat dans ce métier des armes auquel il s’était destiné. Il aurait même été, d’après un rapport rédigé en 1761 ou en 1762, un « Officier très médiocre »,. mais « riche ». Il avait su, comme d’autres, concilier la carrière militaire avec des activités plus lucratives de négociant et fit, après la Conquête, très bon ménage avec les nouveaux administrateurs de la colonie, chemin que ses enfants, notamment Charles-Louis et Xavier-Roch*, suivirent.

Marie-Céline Blais

ANQ-MBF, État civil, Catholiques, Sainte-Anne-de-la-Pérade (La Pérade), 5 nov. 1710.— ANQ-Q, Greffe de J.-C. Paner, 30 oct. 1756.— Accord entre M. de Lanaudière et M. Varin (16 octobre 1753), BRH, XXXVI (1930) : 395.— APC Rapport, 1899, suppl., 29 ; 1905, I, vie partie : 131, 279, 339.-Charles-François-Xavier Tarieu de Lanaudière et la campagne de 1759, BRH, XXXII (1926) :691–695.— Coll. de manuscrits relatifs à la N.-F., IV :170.— Coll. des manuscrits de Lévis (Casgrain), III : 114, 144 ; IV : 104s. ; V :194, 277 ; VI : 94 ; VII : 67, 113, 422, 525, 527, 529.— Découvertes et établissements des Français dans l’ouest et dans le sud de l’Amérique septentrionale [...] mémoires et documents inédits, [1614–1754], Pierre Margry, édit. (6 vol., Paris, 1879–1888), VI : 667s.— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 1759–1791 (Shortt et Doughty ; 1921), II : 579.— Inv. de pièces du Labrador (P.-G. Roy), II : 100–103.— Journal du siège de Québec (Æ. Fauteux), ANQ Rapport, 1920–1921, 142–144, 149, 156, 163, 175, 208, 220.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), X : 722, 894.— Æ. Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis, 168.— Le Jeune, Dictionnaire.— P.-G. Roy, Inv. concessions, III : 237, 268s. ; IV : 226 ; Inv. jug. et délib., 1717–1760, VI : 43.— Tanguay, Dictionnaire.— Thomas Chapais, Le marquis de Montcalm (1712–1759) (Québec, 1911), 352s., 495, 547.— Frégault, La guerre de la Conquête, 330.— P.-G. Roy, La famille Tarieu de Lanaudière (Lévis, Québec, 1922).— Henri Têtu, La rue Port Dauphin à Québec, BRH, II (1896) : 78.

Bibliographie générale

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Marie-Céline Blais, « TARIEU DE LA NAUDIÈRE, CHARLES-FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tarieu_de_la_naudiere_charles_francois_4F.html.

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Auteur de l'article:   Marie-Céline Blais
Titre de l'article:   TARIEU DE LA NAUDIÈRE, CHARLES-FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   2 octobre 2014