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CHARTIER DE LOTBINIÈRE, MICHEL-EUSTACHE-GASPARD-ALAIN, officier dans l’armée et dans la milice, seigneur, juge de paix et homme politique, né le 31 août 1748 à Québec, fils de Michel Chartier* de Lotbinière et de Louise-Madeleine Chaussegros de Léry ; décédé le 1er janvier 1822 à Montréal et inhumé le 5 janvier suivant dans l’église de Vaudreuil, Bas-Canada.

Michel-Eustache-Gaspard-Alain Chartier de Lotbinière était destiné à une carrière militaire. Pendant le siège de Québec en 1759, à peine âgé de 11 ans, il fait ses premières armes comme cadet dans la deuxième compagnie d’artillerie et, en 1760, au moment où l’armée française est cantonnée à Montréal, il reçoit un brevet d’enseigne en second. Mais la Conquête change brusquement son destin. Chartier de Lotbinière accompagne son père en France en 1760 et y poursuit ses études avec l’ambition de servir dans la cavalerie française. Les revers de fortune de sa famille l’obligent à revenir au pays probablement en 1763. Il continue ses études pendant quelques années et, en 1768, il reçoit une commission d’arpenteur. Mais bientôt les circonstances l’associent étroitement à l’administration des seigneuries de son père. Déjà propriétaire des seigneuries de Lotbinière et d’Alainville, ce dernier a acquis, pendant son séjour en France, les seigneuries de Vaudreuil, de Rigaud, de Rigaud De Vaudreuil, de Villechauve et de Hocquart. Ces acquisitions l’ont criblé de dettes et, en 1770, il est contraint de vendre ses biens. Michel-Eustache-Gaspard-Alain réussit cependant à conserver dans la famille une bonne partie de ces propriétés. Avec l’aide financière d’un ami, Charles-François Tarieu* de La Naudière, il achète la seigneurie de Lotbinière le 15 février 1770, puis les seigneuries de Vaudreuil, de Rigaud et de Rigaud De Vaudreuil le 14 septembre 1771 ; il revendra cette dernière dès 1772 à Gaspard-Joseph Chaussegros* de Léry. Grâce à ses vastes propriétés, à son nom prestigieux et à ses alliances familiales, Chartier de Lotbinière prend alors place parmi les seigneurs canadiens les plus influents.

Si Michel Chartier de Lotbinière est incapable de s’adapter à la nouvelle situation politique du pays, son fils, au contraire, multiplie les marques de loyauté envers la couronne britannique et gagne graduellement la confiance et la protection des administrateurs coloniaux. Une confidence faite en 1786 laisse voir son opportunisme et son attitude vis-à-vis du Régime anglais : « Je suis destiné à vivre avec les Anglais, écrit-il à son père, mon bien-être est sous leur domination, je dépends entièrement d’eux, il est donc de ma politique de m’accommoder aux circonstances. » Au moment de l’invasion américaine en 1775, il est un des premiers seigneurs canadiens à offrir ses services au gouverneur Guy Carleton*. Il participe à la défense du fort Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu) sous les ordres de François-Marie Picoté* de Belestre et de Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne* de Longueuil. Il est fait prisonnier en novembre ; conduit d’abord à Albany, dans la colonie de New York, puis à Bristol, en Pennsylvanie, il demeure en captivité jusqu’en décembre 1776. À la suite d’un échange de prisonniers militaires, il passe l’hiver de 1776–1777 à New York pour regagner Québec au printemps suivant. Ses services lui vaudront le rang de capitaine et une demi-solde qui lui sera versée jusqu’à sa mort. Ayant mérité la confiance du gouverneur Carleton, il est nommé juge de paix pour le district de Montréal en 1777. En 1794, il obtient le grade de lieutenant-colonel du bataillon de milice de Vaudreuil. Promu colonel de ce même bataillon en 1803, il se retire de la milice en juillet 1818.

La première chambre d’Assemblée du Bas-Canada constituée en 1792 comprend un très grand nombre de propriétaires de seigneuries ; Chartier de Lotbinière est un de ceux-là. En même temps que son beau-frère Pierre-Amable De Bonne*, il se fait élire député de la circonscription d’York qui recouvre les seigneuries de Vaudreuil et de Rigaud. Son nom est associé d’une façon toute spéciale aux débats parlementaires de la première session qui consacrent l’usage du français dans les travaux et les rapports de la chambre. Dans un discours, rapporté dans la Gazette de Québec le 31 janvier 1793, il demande que l’anglais et le français soient également reconnus dans la chambre : « Le plus grand nombre de nos Électeurs, étant placés dans une situation particulière, nous sommes obligés de nous écarter des règles ordinaires et sommes contraints de réclamer l’usage d’une langue qui n’est pas celle de l’empire ; mais aussi équitables envers les autres que nous espérons qu’on le sera envers nous-mêmes, nous ne voudrions pas que notre langage vint à bannir celui des autres Sujets de Sa Majesté. » Dans le tableau qui occupe actuellement une place d’honneur au-dessus du fauteuil présidentiel de l’Assemblée nationale à Québec, le peintre Charles Huot a imaginé la première chambre d’Assemblée au moment où Chartier de Lotbinière prononçait ce discours. Le 28 janvier 1794, Chartier de Lotbinière est élu à l’unanimité président de la chambre en remplacement de Jean-Antoine Panet*, nommé juge à la Cour des plaids communs, et il occupe dignement cette fonction jusqu’à la dissolution de la première chambre d’Assemblée en 1796. Il entre alors au Conseil législatif où il siégera jusqu’à sa mort.

Michel-Eustache-Gaspard-Alain Chartier de Lotbinière avait épousé à Trois-Rivières, le 13 décembre 1770, Josette Tonnancour, fille de Louis-Joseph Godefroy* de Tonnancour ; cette dernière mourut à Vaudreuil le 28 juillet 1799 sans laisser d’enfant. Le 15 novembre 1802, il épousa en secondes noces Mary Charlotte Munro, fille de John Munro*, membre du Conseil législatif du Haut-Canada et veuve du capitaine Paul Dennis. Six enfants naquirent de ce mariage, mais seules trois filles survécurent à leur père. Marie-Louise-Josephte épousa Robert Unwin Harwood* en 1823 et hérita de la seigneurie de Vaudreuil. Marie-Charlotte se maria en 1821 avec William Bingham, fils d’un sénateur américain que Chartier de Lotbinière avait connu pendant sa captivité, et elle reçut en partage la seigneurie de Rigaud. Julie-Christine épousa en 1828 Pierre-Gustave Joly et hérita de la seigneurie de Lotbinière.

Marcel Hamelin

ANQ-Q, P-44 ; P-163 ; P-239 ; P-351 ; P1000-21-378.— « Lettre de M. de Meloizes à l’hon. M. E. G. A. Chartier de Lotbinière », BRH, 52 (1946) : 181–183.— « Lettre de M. Fresnay Desmeloises à M. E. A. Charlier de Lotbinière », BRH, 52 : 180–181.— « Lettre de Mr. Juchereau Duchesneau à l’hon. M. E. G. A. Chartier de Lotbinière », BRH, 52 : 184–185.— « Lettres du marquis de Lotbinière à son fils », BRH, 49 (1943) : 377–378.— « Une lettre d’amour de M. de Lotbinière fils », BRH, 41 (1935) : 632.— Nicole de La Chevrotière, Chartier de Lotbinière, Gaspard Alain, 1748–1822 ; Gaspard Alain Chartier de Lotbinière : correspondance ([Québec, 1981]).— C.-A. [de Lotbinière-] Harwood, l’Honorable M. E. G. A. Chartier de Lotbinière (Montréal, 1910).— Sylvette Nicolini-Maschino, « Michel Chartier de Lotbinière : l’action et la pensée d’un Canadien du 18e siècle » (thèse de {{ph.d}}., univ. de Montréal, 1978).— L.-L. Paradis, les Annales de Lotbinière, 1672–1933 (Québec, 1933).— Gérard Parizeau, la Seigneurie de Vaudreuil et ses notables au début du {{XIX}}e siècle ; essai sur le milieu (Montréal, 1984).— F.-J. Audet et Édouard Fabre Surveyer, « l’Honorable M.-E.-G.-A. Chartier de Lotbinière », la Presse, 16 juill. 1927 : 26–27.— J.-J. Lefebvre, « Michel-Eustache-Gaspard-Alain Chartier de Lotbinière (1748–1822) », ANQ Rapport, 1951–1953 : 371–411.— C.-A. de Lotbinière-Harwood, « l’Honorable M. E.-G.-A. Chartier de Lotbinière », BRH, 40 (1934) : 67–103.

Bibliographie générale

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Marcel Hamelin, « CHARTIER DE LOTBINIÈRE, MICHEL-EUSTACHE-GASPARD-ALAIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chartier_de_lotbiniere_michel_eustache_gaspard_alain_6F.html.

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Auteur de l'article:   Marcel Hamelin
Titre de l'article:   CHARTIER DE LOTBINIÈRE, MICHEL-EUSTACHE-GASPARD-ALAIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   2 octobre 2014