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TODD, WILLIAM, trafiquant de fourrures et chirurgien, né entre 1784 et 1787 en Irlande ; il épousa à la façon du pays une prénommée Marianne (décédée entre 1830 et 1835), puis le 20 août 1839, dans la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba), Elizabeth Dennett ; décédé au même endroit le 22 décembre 1851.

William Todd entra au service de la Hudson’s Bay Company en 1816 et passa ses deux premières années à Cumberland House (Saskatchewan) à titre de commis et de chirurgien. À l’été de 1819, il se porta volontaire pour accompagner Colin Robertson* dans la campagne qu’il allait mener contre la North West Company dans la région de l’Athabasca, et il passa l’hiver au fort Wedderburn (Alberta). Robertson déplorait que Todd n’ait pas une grande expérience de la traite des fourrures mais, à la fin de la saison, il conclut que, de tous les hommes placés sous sa direction, Todd était le seul à sembler apte à travailler dans la région de l’Athabasca et à s’être conduit avec fermeté. Robertson fit en particulier valoir l’ascendant que Todd avait acquis sur les Chipewyans à titre de chirurgien : le succès avec lequel il avait soigné des cas de coqueluche donna en effet à la Hudson’s Bay Company un certain avantage sur la North West Company dans ses relations avec les autochtones. Après un congé d’un an, Todd passa l’année 1821–1822 dans le district du bas de la rivière Rouge, demeura à York Factory (Manitoba) de 1822 à 1827 et séjourna au fort Vancouver (Vancouver, Washington), dans le district de la Colombie, de 1827 à 1829. Il retourna dans la colonie de la Rivière-Rouge en 1829 et servit à titre de commis à Brandon House (Manitoba).

Au cours de ces années, Todd se fit reconnaître comme un médecin adroit, attentif et extrêmement scrupuleux en matière d’honneur et d’étiquette. Par contre, on ne le jugeait pas particulièrement utile comme trafiquant. Puis en 1830, George Simpson, gouverneur de la Hudson’s Bay Company, changea brusquement d’avis sur ses compétences et, soulignant son rôle dans la campagne de l’Athabasca, il recommanda qu’il soit promu chef de poste. L’année suivante, on lui confia la responsabilité du district du haut de la rivière Rouge à titre de chef de poste au fort Ellice (Fort Ellice). En 1833, il prit la succession de l’agent principal Donald McKenzie comme responsable de la Rivière-Rouge. L’année suivante, on lui confia le district de la rivière du Cygne ; sa base d’opérations se trouvait au fort Pelly (Fort Pelly, Saskatchewan), et c’est là qu’il demeura jusqu’à sa retraite, si l’on excepte une année passée au fort Severn (Fort Severn, Ontario) et deux ans de congé.

Todd eut une carrière peu mouvementée comme trafiquant. En revanche, il fut probablement le plus célèbre chirurgien de l’Ouest avant 1850. Au début des années 1830, il soigna le gouverneur Simpson et sa femme, Frances Ramsay Simpson, qui s’étaient installés à la Rivière-Rouge à l’été de 1830. En décembre, Mme Simpson commença une grossesse difficile et, même si la colonie comptait deux médecins, Richard Julian Hamlyn et John Burin*, Simpson n’avait aucune confiance en eux et fit venir Todd de Brandon House. Le 1er janvier 1831, Todd était arrivé et il veilla attentivement sur Mme Simpson jusqu’à la naissance de son fils, en septembre. Il soigna aussi le gouverneur Simpson qui, inquiet de l’état de sa femme, souffrait de dépression et d’anxiété et redoutait que des crises récurrentes d’apoplexie ne le frappent de nouveau. Habitué de subir une saignée chaque fois qu’il craignait l’une de ces crises, Simpson demanda à Todd de lui administrer ce traitement. Celui-ci refusa, convaincu que l’intervention avait été pratiquée trop souvent avant son arrivée et que, si elle était répétée, la santé de Simpson s’en trouverait sérieusement affaiblie. Finalement, quand la tension causée par l’état de sa femme se relâcha, le gouverneur se rétablit ; Todd estima que, grâce à ses conseils, il lui avait probablement sauvé la vie.

À l’été de 1836, Simpson affecta temporairement Todd à York Factory, car une mystérieuse maladie s’y était déclarée. Cette affection, connue sous le nom de « mal d’York Factory », était apparue chaque printemps depuis 1834 et touchait surtout les fonctionnaires du fort. Souffrant d’abord de coliques, de vomissements et d’agitation, les malades étaient ensuite atteints de convulsions et de dépression, perdaient la raison et, dans les cas les plus graves, mouraient. À l’été de 1836, les hommes du fort s’alarmaient de la récurrence et de la gravité du mal, et les fonctionnaires malades, dont le chirurgien du poste, Elzeard H. Whiffen, furent évacués. Les hommes qui restaient, très confiants en la compétence médicale de Todd, applaudirent la décision de Simpson de l’envoyer à York Factory. Malheureusement pour tous, Todd contracta lui-même le terrible mal moins d’une semaine après son arrivée et eut en septembre quatre crises violentes qui l’affaiblirent au point que l’on crut sa vie en danger. Il fut décidé que lui aussi devait partir. Mais auparavant, semble-t-il, il prit les précautions qu’il jugeait nécessaires pour mettre fin au règne de la terreur. Hélas, on ignore à quelle cause il imputait la maladie et quelles mesures il prit pour la combattre. Il affirma avoir été le dernier à en être atteint. Même s’il s’en remit, il ne recouvra jamais entièrement la santé et demeura maladif le reste de ses jours.

À l’été de 1837, Todd était de retour au fort Pelly, où il assumait la responsabilité du district de la rivière du Cygne, lorsqu’il entendit parler d’une affection maligne qui s’était déclarée parmi les Indiens qui fréquentaient le fort Union (à la frontière du Dakota du Nord et du Montana), sur le Missouri. Même si les comptes rendus se contredisaient sur certains points, Todd conclut que, s’il y avait vraiment maladie, ce devait être la variole. Sans attendre une confirmation de ses soupçons, il lança un vaste programme d’inoculation du virus de la vaccine. C’était la première fois que l’on recourait à la vaccination jennérienne dans l’Ouest. Non seulement Todd administra-t-il lui-même le vaccin, mais il montra aux chefs indiens et aux guérisseurs à le faire, leur remit des doses et leur dit d’inoculer tous ceux qu’ils rencontraient et qui n’avaient pas été traités. Il envoya aussi du vaccin dans d’autres postes de la Hudson’s Bay Company, au nord. Par sa rapidité, Todd sauva la vie d’un nombre incalculable d’Indiens du district de la rivière du Cygne et des forêts au nord de la rivière Saskatchewan, et devint encore plus célèbre parmi les autochtones, qui le considéraient déjà comme un homme aux remèdes puissants.

William Todd demeura chef de poste responsable du district de la rivière du Cygne jusqu’au printemps de 1851 ; il demanda alors d’être mis à la retraite soit avec un congé de trois ans, soit avec une promotion d’agent principal. Le conseil du département du Nord de la Hudson’s Bay Company accepta qu’il prenne sa retraite après un an de congé, mais refusa la promotion qu’il demandait. De santé fragile et, selon Eden Colvile*, gouverneur de la Hudson’s Bay Company, devenu opiomane, il s’installa à la Rivière-Rouge, où il mourut en décembre 1851. Il laissait dans le deuil sa deuxième femme, Elizabeth, de même que trois enfants nés de son premier mariage et sept de son second. Pendant sa longue carrière, Todd avait acquis une renommée considérable comme médecin, tant parmi les employés de la compagnie que parmi les populations autochtones des régions où il travaillait. Ses critiques l’accusaient d’avoir une haute estime de ses compétences médicales, mais les faits démontrent qu’en cela il avait raison.

Arthur Ray

PAM, HBCA, A.11/51 : fos 4–7 ; A.34/1 : fo 42d (mfm aux APC) ; B.135/c/2 : fos 54–57, 65 (mfm aux APC) ; B.154/a/27 : fo 19 ; B.239/a/148 : fos 41–48 ; B.239/z/26 : fos 143–144 ; D.4/22 : fo 53d ; D.5/25, fos 390–391.— HBRS, 1 (Rich) ; 2 (Rich et Fleming) ; 3 (Fleming) ; 19 (Rich et Johnson).— Simpson, « Character book », HBRS, 30 (Williams), 151–236.— G. C. Ingram, « The Big House, Lower Fort Garry », Lieux hist. canadiens : cahiers d’archéologie et d’hist. (Ottawa), no 4 (1970) : 134–141.— A. J. Ray, « Smallpox : the epidemic of 1837–38 », Beaver, outfit 306 (automne 1975) : 8–13.

Bibliographie générale

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Arthur Ray, « TODD, WILLIAM (mort en 1851) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/todd_william_1851_8F.html.

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Auteur de l'article:   Arthur Ray
Titre de l'article:   TODD, WILLIAM (mort en 1851)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   2 septembre 2014