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TOMISON, WILLIAM, trafiquant de fourrures, né vers 1739 dans l’île South Ronaldsay, Écosse ; décédé célibataire au même endroit le 26 mars 1829.

La carrière de William Tomison, qui couvre un demi-siècle, illustre les forces et les faiblesses de ces hommes qui ont représenté la Hudson’s Bay Company au moment où elle étendait son territoire de traite du littoral de la baie d’Hudson vers l’ouest, faisant ainsi concurrence aux audacieux trafiquants de Montréal. Les succès et les échecs de Tomison furent ceux de la compagnie à l’époque où elle s’efforçait de s’adapter aux nouvelles conditions dans lesquelles elle se retrouva une fois tirée de son « sommeil devant la mer de glace ».

On connaît peu de chose des premières années de la vie de Tomison dans les Orcades, si ce n’est qu’il était d’origine modeste et qu’il ne reçut aucune formation scolaire. En 1760, à l’âge de 20 ans, il entra au service de la Hudson’s Bay Company à titre d’ouvrier. Pendant les sept premières années, il fut affecté au poste d’York Factory (Manitoba) ou à son poste secondaire, Severn House (Fort Severn, Ontario), où il attira l’attention d’Andrew Graham* qui en avait la charge. Ce fut sans aucun doute grâce aux encouragements et à l’aide de ce dernier que le jeune Orcadien acquit une éducation élémentaire et pratique. Vers 1767, il était devenu commis aux vivres sous les ordres de Graham.

En 1767 et de nouveau en 1769, Tomison fut envoyé à l’intérieur des terres pour hiverner avec les Indiens. Lors de son premier voyage, il s’installa près de la rive est du lac Winnipeg (Manitoba) et découvrit avec honte qu’il était incapable de dissuader les Indiens de vendre leurs meilleures peaux aux trafiquants de Montréal, déjà bien implantés dans la région. Pendant le second hiver, Tomison traversa de l’autre côté du lac Winnipeg et parcourut les territoires au sud et à l’ouest du lac Manitoba. Les comptes rendus qu’il fit de ces deux voyages constituent les premiers récits cohérents sur l’ampleur des activités des trafiquants canadiens dans cette région, devenue depuis le sud du Manitoba. Grâce à ces expériences, il acquit une connaissance de la langue et des coutumes indiennes que peu de ses compagnons de travail pouvaient égaler et qui ne manqua pas d’attirer l’attention du gouverneur et du comité de Londres de la Hudson’s Bay Company. Il leur fut recommandé comme un homme de valeur qui connaissait les méthodes de la traite des fourrures et qui était « tout particulièrement aimé des autochtones ».

Pendant les six années qui suivirent, Tomison demeura à Severn House à titre de commis aux vivres. En 1776, le conseil de York Factory l’envoya assister Matthew Cocking*, qui dirigeait Cumberland House (Saskatchewan). Promu chef de poste de l’intérieur en 1778, Tomison veilla à appliquer la nouvelle politique du conseil, qui consistait à bâtir des postes près de ceux des trafiquants canadiens. Robert Longmoor* fut envoyé à cette fin en septembre, mais le mauvais temps l’obligea à passer l’hiver à l’établissement des trafiquants canadiens sur la Saskatchewan-du-Nord. L’année suivante, Tomison et lui fondèrent Hudson House (près de Brightholme, Saskatchewan), le premier d’une série de postes construits par la compagnie conformément à sa politique expansionniste. Les recettes des postes de l’intérieur montèrent en flèche et Tomison ne reçut, à bien dire, que des éloges de ses supérieurs. Philip Turnor*, arpenteur de la Hudson’s Bay Company, rapporta à Londres que, sans Tomison, les activités de la compagnie à l’intérieur des terres « perdraient complètement leur dynamisme ». Deux crises devaient toutefois mettre sérieusement à l’épreuve le caractère et les qualités de chef de Tomison. Au cours de l’hiver de 1781–1782, les tribus autochtones des Plaines furent décimées par la petite vérole. Malgré les efforts de Tomison et des autres trafiquants pour enterrer les morts et prendre soin des survivants, la maladie continua à faire des victimes. Le récit que Tomison fit de cette catastrophe et de ses conséquences demeure le rapport le plus complet sur cette épouvantable épidémie, la première qui aurait ravagé les populations indigènes des Plaines. Bien des Indiens qui participaient à la traite étaient morts, et les trafiquants de la Hudson’s Bay Company et des compagnies canadiennes rivales connurent une baisse considérable dans les collectes de fourrures. Les chances de reprise de la Hudson’s Bay Company furent sérieusement compromises par suite de la prise d’York Factory par le comte de Lapérouse [Galaup*] en août 1782. Lorsque Tomison et ses hommes y arrivèrent à l’été de 1783, ils trouvèrent le fort détruit et le poste abandonné. Forcés de retourner à l’intérieur des terres sans ravitaillement, ils connurent un hiver difficile. La nécessité de mendier des provisions aux trafiquants canadiens rivaux, tel William Holmes*, le rendit encore plus dur à supporter.

Malgré ces contretemps, Tomison obtint quelques succès au début des années 1780. L’épreuve et l’obligation dans laquelle il fut de ne compter que sur lui-même lui permirent de transformer un groupe inexpérimenté d’ouvriers des Orcades en une équipe de canotiers et d’hivernants aguerris, dotés d’un remarquable esprit de corps. Il sut donner à cette équipe une forme d’organisation sociale et une discipline moins rigides et plus égalitaires que celles qui prévalaient dans les postes de la baie d’Hudson. Par suite de la disparition des associés traditionnels de la Hudson’s Bay Company, il était plus facile de traiter directement avec les Indiens plus à l’ouest, et Tomison ne tarda pas à en saisir l’occasion. En 1786, les échanges commerciaux qu’il avait avec les Gens-du-Sang et les Peigans étaient déjà lucratifs et pratiquement exclusifs.

Cette année-là, Tomison fut promu agent principal d’York Factory et reçut l’ordre inusité de demeurer encore à l’intérieur des terres de façon à pouvoir surveiller les opérations contre les Canadiens. Il emboîta résolument le pas à la North West Company dans l’établissement de nouveaux postes. Il continua aussi à envoyer des hommes jeunes et prometteurs, comme David Thompson* et Peter Fidler, passer l’hiver chez les Peigans pour se familiariser avec leurs coutumes et leur langue tout en consolidant les liens commerciaux. Sous sa direction, la traite connut ainsi un franc succès. Sa réputation et son influence au sein de la compagnie semblaient être à leur apogée lors du congé qu’il prit à Londres en 1789.

Cependant, les conflits et l’amertume qui devaient gâcher les dernières années de la longue carrière de Tomison couvaient déjà. L’isolation relative dans laquelle il se trouvait en demeurant dans les postes de l’intérieur avait renforcé son penchant naturel pour la solitude et l’austérité spartiate. Il ne se montra guère intéressé à établir des relations avec ses collègues ; en retour, ceux-ci prirent en aversion sa parcimonie et sa rigidité croissante et, finalement, en furent profondément choqués. Lorsqu’il revint à York Factory en 1790, il avait perdu beaucoup de pouvoir et son autorité ne s’étendait plus qu’aux postes de l’intérieur. De plus, dans une tentative importante pour briser le monopole que les Canadiens exerçaient dans la région de l’Athabasca, la compagnie avait demandé à Turnor d’y mener une expédition en compagnie notamment de Fidler et de Malchom Ross*. La coordination des activités à l’intérieur des terres eut à souffrir de cette division d’autorité et les relations entre les fonctionnaires supérieurs s’envenimèrent à mesure qu’ils durent rivaliser pour obtenir des hommes, des canots, des articles de traite et des provisions. Tomison, qui voulait à tout prix défendre ses intérêts dans la région de la Saskatchewan et refusait d’appuyer les projets de ses collègues, fit l’objet de critiques de plus en plus fortes. Il réagit en se coupant encore davantage de la compagnie des autres fonctionnaires. Pendant ce temps, Ross et Thompson poursuivaient l’expédition commencée par Turnor dans l’Athabasca. Tomison fit obstacle à leur tentative pour trouver une route plus courte et plus directe vers le lac Athabasca, et l’expédition se termina finalement dans l’enchevêtrement des lacs et rivières au nord-ouest du lac du Caribou (lac Reindeer). Lorsque Tomison retourna à Londres en 1796, ses pairs crurent qu’il avait finalement perdu la confiance du gouverneur et du comité de Londres et que sa longue carrière venait de se terminer.

Quelle ne fut pas la consternation de ses collègues lorsque Tomison reprit ses fonctions de chef des postes de l’intérieur en 1797. George Sutherland*, qui avait pris sa place sur la Saskatchewan, fut humilié publiquement par Tomison en 1798 et quitta la compagnie. La même année, Joseph Colen*, agent principal d’York Factory, fut rappelé par le comité de Londres pour rendre compte de son administration des affaires à la baie d’Hudson. La responsabilité de la traite dans l’Athabasca fut transférée au fort Churchill (Churchill, Manitoba) et, une fois de plus, la Saskatchewan, région si chère à Tomison, dont les postes s’étendaient de Cumberland House à Edmonton House (près de Fort Saskatchewan, Alberta), reprit le premier rang aux yeux des administrateurs à York Factory. La victoire fut cependant plutôt éphémère. Les bénéfices de la traite commencèrent à décliner après 1797. Les postes concurrents avaient drainé les ressources jusqu’aux Rocheuses et l’entrée de nouvelles compagnies canadiennes, telles que la New North West Company (appelée parfois la XY Company), marqua le début d’un chapitre nouveau et plus pénible encore dans l’histoire des rivalités qui s’exerçaient dans la traite des fourrures. Affligé d’une santé chancelante, de plus en plus pointilleux et rigide, Tomison dépensa plus d’énergie en discussions futiles qu’en mesures efficaces contre le déclin de la traite. En 1799, il retourna de nouveau en Angleterre.

Après une visite aux Orcades, Tomison semblait cependant trouver l’idée de retaite moins attrayante. Il persuada donc le gouverneur et le comité de l’envoyer dans la région de la Saskatchewan pour un autre mandat, au cours duquel il devait essayer de nouveau de pénétrer dans la région de l’Athabasca en utilisant Cumberland House comme avant-poste. La guerre créait des conditions peu favorables à la mise en application rapide de ce programme. Par contre, en 1802, il fut possible de réunir les hommes et l’approvisionnement nécessaires et d’envoyer Fidler au nord, vers le lac Athabasca. Tomison demeura à Cumberland House où la nouvelle génération de fonctionnaires et les Indiens, qui considéraient sa répugnance croissante à leur fournir du brandy comme un signe de mesquinerie, l’évitaient de plus en plus. Il se retira en 1803 mais, une fois de plus, la perspective de ne jouer qu’un rôle de gouverneur retraité dans son île natale l’ennuya bien vite. En 1806, n’exigeant pour tout salaire qu’un pourcentage des bénéfices, il convainquit la compagnie de l’autoriser à mener, en son nom, une nouvelle expédition dans l’Athabaska. Cette proposition, qui allait à l’encontre des règles établies par la compagnie, ne devait toutefois pas se concrétiser : la reprise des hostilités entre la Grande-Bretagne et la France empêcha Tomison de recruter les hommes dont il avait besoin pour l’expédition. Il retourna quand même à la baie d’Hudson dans l’espoir de recouvrer la santé et, pendant les quatre années qui suivirent, il occupa successivement plusieurs postes subalternes au nord-est de Cumberland House. Les fonctionnaires de la compagnie et la plupart des Indiens l’évitaient toujours. En 1810, il rentra finalement chez lui pour y demeurer.

William Tomison passa ses dernières années à Dundas House, résidence imposante qu’il s’était fait construire dans sa paroisse natale. Depuis 1793, il fournissait des fonds pour le maintien d’une école et autres œuvres charitables dans la paroisse, mais ses relations avec ses voisins semblent avoir été marquées surtout par la froideur et les chicanes. Comme il n’avait pas d’héritiers, il laissa une grande partie de la fortune considérable qu’il avait amassée au cours de sa vie frugale, pour la fondation d’une école gratuite au profit des pauvres de son île natale.

John Nicks

Orkney Arch., Orkney Library (Kirkwall, Écosse), 346Y.— PAM, HBCA, A.5/1–3 ; A.6/10–15 ; A.11/116–117 ; B.49/a/13–22 ; B.198/a/1–18 ; B.239/a/48–95 ; B.239/b/36–58.— HBRS, 14 (Rich et Johnson) ; 15 (Rich et Johnson) ; 26 (Johnson) ; 27 (Williams).— Journals of Samuel Hearne and Philip Turnor, J. B. Tyrrell, édit. (Toronto, 1934 ; réimpr., New York, 1968).— J. S. Nicks, « The Pine Island posts, 1786–1794 : a study of competition in the fur trade » (thèse de {{m.a}}., Univ. of Alberta, Edmonton, 1975).— Rich, Hist. of HBC (1958–1959), 2.— J. S. Clouston, « Orkney and the Hudson’s Bay Company », Beaver, outfit 267 (déc. 1936) : 4–8 ; (mars 1937) : 39–43 ; outfit 268 (sept. 1937) : 37–39.— E. W. Marwick, « William Tomison, pioneer of the fur trade », Alberta Hist. Rev. (Edmonton), 10 (1962) : 1–8.— J. S. Nicks, « William Tomison, a quintessential Orcadian servant ? an analysis of his leadership style » (communication faite à la Scottish Studies Conference, Saskatoon, Saskatchewan, 1979).

Bibliographie générale

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John Nicks, « TOMISON, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tomison_william_6F.html.

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Auteur de l'article:   John Nicks
Titre de l'article:   TOMISON, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   25 juillet 2014