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WHITBOURNE, sir RICHARD, marin, marchand, colonisateur, écrivain, gouverneur de la colonie de Sir William Vaughan à Terre-Neuve, né à Exmouth, dans le Devonshire ; circa 1579–1628.

Dès l’âge de 15 ans, Whitbourne était embarqué à bord d’un navire marchand visitant la plupart des ports de l’Europe occidentale. En 1579, il fit son premier voyage à Terre-Neuve pour y chasser la baleine et trafiquer avec les Indiens. Il retourna dans l’île à plusieurs reprises par la suite et fut le témoin tant de l’annexion prononcée par Sir Humphrey Gilbert en 1583 que du raid de Sir Bernard Drake contre des navires de commerce portugais en 1585. Il commandait son propre navire et trois autres vaisseaux contre l’Armada en 1588 et reçut plus tard des lettres de félicitations du grand amiral, Lord Howard. Whitbourne fit d’autres voyages à Terre-Neuve ; en 1612, il fut fait prisonnier par « ce fameux maître – pirate » Peter Easton et, deux ans plus tard, il fut témoin des pertes infligées aux pêcheurs par Henry Mainwaring.

Au début de 1615, le Conseil d’Amirauté le chargeait officiellement d’organiser des tribunaux maritimes à Terre-Neuve pour enquêter sur les abus commis par les pêcheurs. C’était pour sévir contre ces mêmes désordres que John Guy, gouverneur de la plantation anglaise, avait édicté diverses lois en 1611. Whitbourne recueillit les témoignages de 170 capitaines de bateaux de pêche anglais, mais, à en juger par les controverses subséquentes entre les colons et les pêcheurs, son intervention ne fut pas plus efficace que celle de Guy ; de fait, on se demande vraiment ce qu’on aurait pu attendre de plus d’un seul homme.

Dès lors, l’intérêt de Whitbourne pour Terre-Neuve déborde le cadre strictement commercial. En 1612, 1614 et 1616, il avait là des navires qu’il voulait diriger sur la Méditerranée avec leur poisson. Or, il commença à s’intéresser à la colonisation de l’île et prit la défense des planters contre les pêcheurs – attitude assez extraordinaire de la part d’un homme du Sud-Ouest de l’Angleterre qui avait été lui-même pêcheur. Vers 1617, il est consulté par William Vaughan, le premier spéculateur indépendant à acheter, à la Compagnie de Londres et de Bristol, des terres situées dans l’île. Vaughan envoie ses premiers colons à Renewse cette année-là, et, en 1618, Whitbourne va les rejoindre en qualité de gouverneur. Insouciants, les colons n’avaient même pas construit d’abri satisfaisant. Bien que ses plans aient été entravés lorsqu’un de ses navires fut attaqué « par un capitaine anglais opérant pour son compte » qui accompagnait Sir Walter Raleigh, il réussit à réorganiser la colonie.

Si l’entreprise de Vaughan continua d’exister pendant quelques années, elle ne fut guère florissante, et Whitbourne semble s’en être dissocié dès 1620, année où il publia son premier Discourse and discovery of New-found-land. Il avait d’abord soumis son livre et un projet d’établissement d’une colonie au Privy Council. Un comité chargé d’étudier l’opportunité d’aider à établir une plantation ne formula aucun vœu ; il approuva cependant l’impression du livre et demanda aux archevêques de Canterbury et d’York de le distribuer dans toutes les paroisses pour récompenser Whitbourne de ses services et l’indemniser des pertes qu’il avait subies à Terre-Neuve.

En 1622 parut une seconde édition du Discourse et Whitbourne publia aussi A discourse containing a loving invitation [...] to all Adventurers [...] for the advancement of his Majesties most hopeful Plantation in the New-found-land. Il dédia cet ouvrage à Lord Falkland, dont le projet d’établissement d’une colonie à Renewse l’intéressait. En décembre 1622, il écrivait à Falkland pour le conseiller sur l’organisation financière et les nécessités pratiques du projet. Il lui recommandait de débuter modestement en 1623 avec 12 colons seulement, tous artisans ou pêcheurs. Entre 1622 et 1626, il visita deux fois la colonie, que gouvernait Sir Francis Tanfield. En 1625, Whitbourne fut créé chevalier par Falkland, mais, dès novembre 1626, il cherchait un nouvel emploi. Dans une requête adressée au duc de Buckingham, il faisait état de ses services antérieurs à Terre-Neuve et se disait apte à occuper un emploi là ou ailleurs ; sa requête était appuyée par plusieurs gentilshommes éminents du Sud-Ouest de l’Angleterre. On le retrouve en octobre 1627 occupant le poste de lieutenant à bord du Bonaventure, que commande Sir John Chudleigh. On ignore la date du décès de Whitbourne, mais il vivait encore en 1628 lorsque Robert Hayman publia un poème à la louange de ses livres.

Les œuvres de Whitbourne constituent un apport intéressant à la littérature naissante de Terre-Neuve. Elles visaient toujours à stimuler l’intérêt pour l’île et en particulier à montrer que sa colonisation serait profitable tant pour l’individu que pour la nation. Cependant leur caractère particulier réside non pas dans leur objet, mais dans leur contenu ; il y eut d’autres propagandistes, mais aucun écrivain de l’époque n’avait l’expérience et les connaissances de Whitbourne, non plus que son aptitude à communiquer l’enthousiasme. « Qu’est-ce que le monde peut produire, écrivait-il, pour sustenter l’homme, qu’on n’y trouve pas [à Terre-Neuve] ? Voulez-vous respirer de l’air pur (l’élément vital par excellence) ? Il est là. Vous attendez-vous que la terre produise devant vous en abondance la nourriture et les autres nécessités de la vie ? Elles sont là. Quelles mers sont plus poissonneuses ? Quels rivages, mieux pourvus d’eau douce et d’eau salée ? Les pénuries qu’on trouve dans d’autres royaumes n’existent pas ici. » (Discourse (1622), 75.) Il fournit à ses contemporains une grande richesse de détails sur la géographie, le climat et les ressources de l’île, outre des conseils pratiques sur la colonisation et les pêcheries ; il a même inclus un état exact du coût d’équipement d’un bateau de pêche de 100 tonneaux monté par 40 planters. Pour l’historien, il est une source précieuse et vivante, reflétant l’état des connaissances géographiques et fournissant des renseignements importants sur les méthodes de pêche et l’organisation des pêcheries, de même que sur le vaste commerce du poisson et des huiles.

Gillian T. Cell

Whitbourne est l’auteur des ouvrages suivants : A discourse and discovery of New-found-land (London, 1620), dont il existe une ébauche de la main même de Whitbourne au BM, Add. MSS, 22 564 ; A discourse and discovery of New-found-land : as also an invitation [...] (London, 1622) [dont des extraits figurent dans Westward Hoe for Avalon, ed. T. Whitburn (London, 1870)] ; (autre édition, 1623) ; A discourse containing a loving invitation [...] (London, 1622) [dont un bref passage est reproduit dans M. Carroll, The seal and herring fisheries of Newfoundland (Montréal, 1873)].— Il existe deux lettres de Whitbourne à Lord Falkland : BM, Sloane MS 3 827, ff.15–18, 67–68v.— Autres sources manuscrites : BM, Add. MSS, 11 033, ff.18–19v— PRO, S.P. 16/31, 81 ; C.O. 1/4 ; P.C. 2/29, 30, 31.— V. aussi : DNB.— R. Hayman, Quodlibets, lately come over from New Britaniola (London, 1628).— Prowse, History of Nfld.— W. A. Shaw, The knights of England (2 vol., London, 1906).

Bibliographie générale

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Gillian T. Cell, « WHITBOURNE, sir RICHARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/whitbourne_richard_1F.html.

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Auteur de l'article:   Gillian T. Cell
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   2 octobre 2014