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WILSON, EDWARD FRANCIS, ministre de l’Église d’Angleterre, éducateur, ethnologue et auteur, né le 7 décembre 1844 à Islington (Londres), fils de Daniel Wilson et de Lucy Sarah Atkins ; le 3 juin 1868, il épousa à Langford, Gloucestershire, Angleterre, Frances (Fanny) Spooner, et ils eurent six filles et cinq fils ; décédé le 11 mai 1915 à Victoria.

Edward Francis Wilson naquit dans une famille aisée et connue depuis longtemps dans les cercles évangéliques d’Angleterre. Son grand-père paternel était évêque de Calcutta ; son père était un ministre important de l’Église d’Angleterre. Sa voie semblait donc toute tracée : études à Oxford, ordination, ministère dans une paroisse d’Angleterre. Au lieu de cela, il étudia l’agriculture auprès d’un agent foncier et, après avoir entendu parler du Haut-Canada par deux ecclésiastiques en tournée de collecte en Angleterre – Benjamin Cronyn*, l’évêque de Huron, et son archidiacre, Isaac Hellmuth* –,immigra dans la colonie en 1865. Cependant, trois jours après son arrivée, il décida de devenir missionnaire. Cet été-là, au cours d’un séjour de plusieurs semaines dans une réserve, il « s’enticha des Indiens » et choisit d’œuvrer auprès d’eux. Après deux ans d’études au Huron College de London, il retourna en Angleterre, où il fut fait diacre le 22 décembre 1867. Six mois plus tard, il épousa Frances Spooner, issue elle aussi d’une famille d’ecclésiastiques.

Wilson retourna dans le diocèse de Huron sous les auspices de la Church Missionary Society, où sa famille était active depuis plusieurs générations. Après une tournée du diocèse, il décida d’établir sa mission à Sarnia. Il y avait une réserve de Sauteux aux abords de cette localité et une autre à une trentaine de milles, à Kettle Point. Le révérend Henry Vérin, depuis longtemps secrétaire de la Church Missionary Society, encourageait la création de congrégations gouvernées par les autochtones et la formation d’un clergé autochtone qui remplacerait un jour les missionnaires. Wilson ne semble pas avoir été tout à fait convaincu des mérites de ce plan, bien qu’il ait préparé deux jeunes Sauteux au travail de catéchistes et qu’un autre Sauteux, John Jacobs, ait été ordonné en 1869 et placé à la tête de la mission de Kettle Point. L’évêque Cronyn, lui, s’opposait fermement à l’idée d’une Église autochtone séparée ; « [cela], dit-il dans une lettre à Vérin, déferait ce que nous avons toujours tenté de faire, [soit] l’union des Indiens avec les autres sujets sans distinction de race ». En plus, ce qui est peut-être encore plus important, Cronyn ne croyait pas que les autochtones sauraient administrer les biens de l’Église.

Des missionnaires méthodistes, catholiques et autres œuvraient dans la région de Sarnia depuis des années, et la majorité de la population amérindienne était déjà convertie au christianisme. La rivalité et les querelles entre Églises étaient intenses. En 1869, Wilson et sa femme visitèrent Sault-Sainte-Marie et, non loin de là, la réserve de la rivière Garden, où le missionnaire sauteux Henry Pahtahquahong Chase* les reçut. Wilson trouva « quelque chose de très attrayant et fascinant à cette première visite dans la contrée sauvage d’Algoma ». Deux ans plus tard, il résolut de monter vers le nord et de s’y installer. La Church Missionary Society aurait souhaité qu’il aille au Manitoba, mais elle accepta de subvenir à ses besoins durant un an à la rivière Garden. Encouragé par le chef sauteux Shingwauk (Augustin Shingwauk ; Little Pine) et son frère Bukhwujjenene, Wilson conçut le projet de construire une école pour jeunés Amérindiens. En 1872, pendant qu’il récoltait des fonds en Angleterre avec Bukhwujjenene, la Church Missionary Society l’informa qu’elle ne souhaitait pas « établir une mission permanente chez les Indiens du Canada ». Wilson devait régler ses affaires à la rivière Garden et se rendre au Manitoba. Il choisit plutôt de rompre avec cette société et obtint la promesse d’une subvention annuelle de la Colonial and Continental Church Society, qui finançait des écoles dans toutes les colonies britanniques. Le Shingwauk Industrial Home ouvrit ses portes à la rivière Garden le 22 septembre 1873. Six jours plus tard, un incendie rasa cet établissement. Wilson, d’une ténacité à toute épreuve, amassa de l’argent pour construire une autre école plus près de Sault-Sainte-Marie ; l’établissement fut inauguré par Mgr Frederick Dawson Fauquier* et Isaac Hellmuth en août 1875. Au début, quelques filles y logèrent, mais quatre ans plus tard, on ouvrit non loin de là un pensionnat féminin, le Wawanosh Home, baptisé en l’honneur du chef Joshua Wawanosh, de la réserve de Sarnia.

Wilson dirigerait ces deux pensionnats jusqu’à ce qu’il abandonne définitivement le travail missionnaire au début de 1893. Il construisit aussi des écoles à Elkhorn, au Manitoba, dans les années 1880 ; une autre fut bâtie à Medicine Hat (Alberta) mais n’ouvrit jamais. À Shingwauk, on instruisait les garçons et on les préparait à un métier. « Nous ne souhaitons pas les désindianiser tout à fait [...], écrivait Wilson. Ils forment une fière et grande nation à leur manière. » Néanmoins, on les destinait à être « placés en apprentissage chez des Blancs et à devenir en fait des Canadiens ». Les garçons portaient un uniforme d’allure militaire, et leur horaire était très strict. Ils ne devaient parler que l’anglais, sauf à l’heure du thé. À Wawanosh, on préparait les filles à devenir domestiques. Convaincu que les adultes autochtones exerçaient une influence néfaste sur leurs enfants, Wilson préconisait la scolarité obligatoire et le raccourcissement des vacances d’été. Malgré ses efforts, ses écoles n’étaient pas une réussite parfaite. Les élèves restaient rarement jusqu’à la fin du programme de cinq ans, certains s’enfuyaient, et peu de diplômés trouvaient un emploi dans le métier auquel on les avait préparés.

Wilson avait publié un manuel sur la langue des Sauteux dans les années 1870, mais il ne s’intéressa guère à l’histoire autochtone et à l’ethnologie avant 1885 environ. Le soulèvement des Métis et des Amérindiens survenu cette année-là sous le commandement de Louis Riel* et la déception croissante que lui inspirait son travail d’éducateur l’amenèrent à réexaminer ses positions. En juillet, au cours d’un voyage dans le Nord-Ouest, il assista à la conclusion du procès de Riel et rendit visite à Faiseur d’Enclos [Pitikwahanapiwiyin*] en prison. Il se mit à lire les grands anthropologues de son temps et à correspondre avec eux. Horatio Emmons Hale*, qui avait présenté un bilan favorable de la culture autochtone dans son édition de The Iroquois book of rites (1883), l’influença beaucoup, de même que l’auteure américaine Helen Maria Fiske Hunt Jackson, qui avait montré dans un ouvrage fouillé, A century of dishonor [...] (1881), comment les États-Unis avaient traité les autochtones. Au cours d’un long voyage qui le mena dans le sud-ouest des États-Unis en 1888, Wilson fut particulièrement impressionné par les Cherokees de l’Oklahoma. Même s’ils avaient adopté des aspects de la culture européenne, ces Amérindiens conservaient leur propre gouvernement, leurs écoles, leur système judiciaire et la propriété collective de leurs terres.

Wilson en vint à penser que c’était peut-être une erreur de retirer aux autochtones leur autonomie et de promouvoir leur assimilation. Dans « My wife and I : a little journey among the Indians » et dans une série d’articles sur les « Indian Tribes », textes parus dans les périodiques Our Forest Children (1887–1890) et Canadian Indian (1890–1891), dont il était rédacteur en chef, il mit en valeur beaucoup d’aspects positifs de la culture autochtone et imputa aux Blancs la responsabilité du « problème indien ». Fort probablement, on peut lui attribuer aussi quatre articles parus de mars à juin 1891 dans le Canadian Indian sous le pseudonyme de Fair Play. Ces articles combattent l’assimilation forcée et préconisent un haut degré d’autonomie gouvernementale pour les autochtones. « La paix de notre pays serait-elle menacée d’une quelconque manière, se demande l’auteur, si l’on permettait aux Indiens civilisés de l’Ontario d’avoir leur propre siège de gouvernement – leur Ottawa, pourrait-on dire, leur lieutenant-gouverneur et leur Parlement ? » À l’appui de ses arguments, Fair Play évoque les voyages de Wilson dans le sud-ouest des États-Unis, particulièrement ses observations sur les Cherokees, et cite les écrits de Hale. Ces articles allaient tellement à l’encontre de l’opinion de l’époque (et du travail de Wilson au Shingwauk Industrial Home et au Wawanosh Home) qu’on ne s’étonne guère qu’ils aient été publiés sous un pseudonyme.

Au moment de la parution des articles de Fair Play, Wilson tentait d’organiser une conférence des chefs autochtones en Ontario sous le parrainage de la Canadian Indian Research and Aid Society, qu’il avait fondée en 1890. Il fit parvenir aux chefs une liste de questions sur la propriété des terres, la préservation des langues autochtones et l’administration des affaires autochtones. Au moins un chef lui répondit de manière favorable, mais les autres, craignant que ce soit « simplement une ruse de la part du gouvernement pour leur arracher ce qu’ils avaient à dire », refusèrent d’assister à la conférence, qui n’eut jamais lieu.

En 1892, Wilson annonça qu’il allait se retirer du travail missionnaire. Ses motifs ne sont pas tout à fait clairs. Des ennuis de santé, « une certaine lassitude », le sentiment de ne pas avoir l’appui d’Edward Sullivan*, l’évêque d’Algoma (dont Wilson avait certainement espéré le poste en 1882) sont autant de facteurs qui influèrent sur sa décision. Il partit pour la Colombie-Britannique et s’installa en 1894 dans l’île Salt Spring à titre de ministre de la communauté blanche. En outre, il exploitait une ferme et un verger dans l’île. De 1903 à 1908, il rédigea ses mémoires, qu’il illustra de dessins, comme bon nombre de ses articles. Il mourut à Victoria en 1915 après avoir passé plusieurs années en Californie pour des raisons de santé. Lui-même et sa femme ont été inhumés dans l’île Salt Spring.

Edward Francis Wilson mérite d’échapper à l’oubli pour plusieurs raisons : il tenta de mettre en œuvre le plan de Vérin et de la Church Missionary Society sur l’Église autochtone, fonda des pensionnats importants pour l’éducation des autochtones et contribua aux débuts de l’ethnologie canadienne. En outre, et c’est peut-être là son apport le plus durable, il fut l’un des premiers à promouvoir auprès des Blancs les notions d’autonomie gouvernementale et de continuité culturelle pour les peuples autochtones.

David A. Nock

Les publications d’Edward Francis Wilson comprennent The Ojebway language : a manual for missionaries and others employed among the Ojebway Indians (Toronto, [1874 ?] ; réimpr., s.d.) et Missionary work among the Ojebway Indians (Londres, 1886). De plus, Wilson a écrit des articles pour Algoma Missionary News and Shingwauk Journal, 1876–1889, Our Forest Children, 1 (1887)–4 (1890), et Canadian Indian, 1, nos 1–12 (oct. 1890–sept. 1891), tous publiés à Sault-Sainte-Marie, Ontario. Une autre source de documentation très utile consiste en son journal autobiographique, qu’on peut consulter sur microfilm aux AO (F 975) et à plusieurs autres endroits, notamment aux EEC, General Synod Arch., Toronto. Une version éditée, Chalice in the wilds : memoirs of a Victorian missionary, A. P. Farr, édit., va paraître chez Braemar Books, Victoria.

On trouve la correspondance de Wilson pendant les années 1868–1872 aux AN, MG 17, B2, C, C.PL.3 ; C.1/M.7–8 (mfm). Sa vaste correspondance datant des années 1874–1888, quand il était à Sault-Sainte-Marie, est contenue dans la série Shingwauk Indian Home records, aux EEC, Diocese of Algoma Arch. (Sault-Sainte-Marie) ; on peut aussi la consulter sur microfilm aux AO (F 444). Malheureusement ces volumes ne contiennent pas de documentation sur les années après 1890.

On trouve un résumé contemporain de la carrière de Wilson dans [C. H. Mockridge], « Historical sketches : no 45, Rev. E. F. Wilson », Canadian Church Magazine and Mission News (Hamilton, Ontario), 4 (1890) : 49–51. Sa vie jusqu’en 1893 est racontée en détail dans D. A. Nock, A Victoria missionary and Canadian Indian policy : cultural synthesis vs. cultural replacement (Waterloo, Ontario, 1988), et l’on trouve de la documentation sur ses années en Colombie-Britannique dans Bea Hamilton, Salt Spring Island (Vancouver, 1969).

AN, RG 31, C1, 1901, Salt Spring Island, C.-B.— Paulette Mes, « Reverend Wilson and the Ojibway grammar », This Magazine (Toronto), 10 (1976), no 1 : 15–17.— P B. Moore, « Edward Francis Wilson, missionary to the Ojibway Indians » (mémoire de b.th., Huron College, London, Ontario, 1959).— D. A. Nock, « E. F. Wilson and the social construction of text », dans D. A. Nock, Star wars in Canadian sociology : exploring the social construction of knowledge (Halifax, 1993), 99–114 ; « The Indian conference that never was », Ontario Indian (Toronto), 5 (1982), no 2 : 39–45 ; « A white man’s burden : a portrait of E. F. Wilson, missionary in Ontario, 1868–1885 » (mémoire de m.a., Carleton Univ., Ottawa, 1973).— J. D. Wilson, « A note on the Shingwauk Industrial Home for Indians », Canadian Church Hist. Soc., Journal (Toronto), 16 (1974) : 66–71.

Bibliographie générale

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David A. Nock, « WILSON, EDWARD FRANCIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/wilson_edward_francis_14F.html.

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Auteur de l'article:   David A. Nock
Titre de l'article:   WILSON, EDWARD FRANCIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   19 avril 2014