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BAIRD, JAMES, homme d’affaires et homme politique, né le 30 novembre 1828 à Saltcoats, Écosse, fils de Hugh Baird et de Margaret Anderson ; le 3 décembre 1857, il épousa à St John’s Anne Boyd, et ils eurent trois fils et une fille ; décédé dans cette ville le 30 mai 1915.

James Baird débarqua à Terre-Neuve en 1844 et fut l’assistant d’un drapier jusque vers 1853, année où il fonda son propre commerce d’importation et de drap avec son frère David. En 1868, des inconnus fracassèrent les vitrines de leur commerce. Il s’agissait apparemment de membres d’une association de commis de magasin qui se vengeaient ainsi de ce que la Baird Brothers avait été la première à défier une entente réduisant les heures d’affaires. Quatre ans plus tard, James Baird ouvrit sous son propre nom une entreprise où le rejoignit par la suite son neveu James Gordon. Dès le début des années 1880, cette entreprise faisait aussi le commerce des produits d’épicerie et des marchandises sèches, en gros et au détail, vendait des vins et des spiritueux et approvisionnait l’industrie de la pêche.

La compagnie se lança dans l’exportation du poisson avec prudence, seulement vers 1885, et n’exerça cette activité que durant quelques années. Cette décision fut judicieuse. Baird perdit ses installations dans l’incendie qui détruisit une bonne partie de St John’s en 1892, mais il fut en mesure d’en reconstruire de bien plus grosses et survécut à l’effondrement du système bancaire de l’île, survenu deux ans plus tard [V. James Goodfellow* ; Augustus William Harvey*]. Mieux encore, sa compagnie put profiter des difficultés financières d’un certain nombre de grandes entreprises. Elle réintégra le commerce du poisson en acquérant l’actif de plusieurs entreprises en faillite, dont la Thorburn and Tessier, propriété de l’ancien premier ministre de la colonie sir Robert Thorburn*. Au xxe siècle, elle deviendrait un important exportateur de poisson. Dès 1901, Gordon, qui avait administré les affaires de son oncle, était associé à part entière de la firme, qui portait alors le nom de Baird, Gordon and Company. Après la mort de Gordon en février 1908, cette dernière prit le nom de James Baird Limited, et les fils de Baird en devinrent associés gérants. En octobre de cette année-là, un incendie détruisit encore une fois les installations de l’entreprise, mais elles furent reconstruites en grande partie.

Avec les marchands Moses Monroe* et Augustus William Harvey, James Baird se signala en créant des industries locales à St John’s. Il détenait des actions d’une fabrique de bottes et chaussures, d’une usine de lainages, d’une manufacture de vêtements, d’une boulangerie, d’une fonderie de clous et de la Colonial Cordage Company, entreprise lancée par Monroe. On le retrouvait aussi dans l’industrie de la pêche à la baleine et de la chasse au phoque. Pendant la grève des chasseurs de phoque en 1902, il fit partie du comité qui négocia au nom des propriétaires [V. Simeon Kelloway*]. Il fut aussi président de la St John’s Gas Light Company, qui de l’avis général était, dès 1914, le plus sûr des investissements locaux à Terre-Neuve.

James Baird est réputé dans l’histoire de la colonie principalement à cause de son rôle dans l’affaire Baird et al. c. Walker. On l’a même surnommé pour cette raison « le [John] Hampden de Terre-Neuve ». En 1889, il avait acheté l’hypothèque d’une conserverie de homard située sur la côte ouest de l’île, où la France détenait traditionnellement des droits de pêche. L’année suivante, sir Baldwin Wake Walker, officier de la marine britannique, ferma la conserverie en raison de l’arrangement conclu par la France et la Grande-Bretagne pour cette saison de pêche. L’entente interdisait de construire, à compter du 1er juillet 1889, de nouvelles conserveries de homard sur ce qui s’appelait la « côte française », à moins qu’ils n’obtiennent l’autorisation des commandants de la marine britannique et française. Walker avait fermé la conserverie par suite d’une requête des Français, ceux-ci affirmant que l’usine avait été construite après cette date. En 1890, Baird intenta devant la Cour suprême de Terre-Neuve une poursuite en dommages-intérêts de 5 000 $ contre Walker, car la fermeture de la conserverie lui avait infligé des pertes. En intentant ce procès, peut-être avec l’appui d’autres marchands de la rue Water, il espérait, peut-on supposer, mettre en évidence la façon dont le gouvernement libéral de sir William Vallance Whiteway* avait appliqué l’entente et, ainsi, le plonger dans l’embarras. En mars 1891, le juge en chef sir Frederic Bowker Terrington Carter* et sir Robert John Pinsent* tranchèrent en faveur de Baird. Walker, déclarèrent les juges, n’était pas légalement habilité à fermer la conserverie. La loi impériale qu’il avait invoquée n’était plus en vigueur et, tant que le gouvernement de la Grande-Bretagne n’en aurait pas adopté une autre, ce gouvernement ne pourrait pas appliquer l’entente et tenir les Terre-Neuviens à l’écart de la côte française. Au nom du gouvernement impérial, Walker en appela au comité judiciaire du Conseil privé de Londres. Cette fois encore, Baird gagna.

Les deux verdicts en faveur de Baird représentèrent une grande victoire politique et constitutionnelle pour Terre-Neuve, qui était engagée depuis longtemps dans une querelle avec la France et la Grande-Bretagne au sujet des droits traditionnels de pêche des Français sur son territoire. Cette querelle ne s’achèverait qu’en 1904 par la conclusion d’une entente franco-britannique sur plusieurs questions relatives aux colonies. L’affaire Baird eut également pour effet, dans les années 1890, d’aider l’opposition, écrasée en 1889 par la victoire électorale de Whiteway sur sir Robert Thorburn et dirigée officieusement par Moses Monroe, à se mobiliser de nouveau. En 1898, le gouvernement tory nouvellement élu de sir James Spearman Winter nomma Baird au Conseil législatif.

Tout comme Thorburn et James Goodfellow, James Baird faisait partie de ces marchands d’origine écossaise qui, en raison de la diversité de leurs investissements commerciaux et industriels, exercèrent une influence considérable sur l’économie de Terre-Neuve à la fin du xixe siècle. Par ailleurs, il fut actif dans nombre d’organisations communautaires, tel le St John’s Athenæum, et fut durant de nombreuses années trésorier de l’église presbytérienne St Andrew.

Melvin Baker

Daily News (St John’s), 31 mai 1915.— Evening Telegram (St John’s), 25 oct., 30 nov. 1908, 31 mai 1915.— Royal Gazette and Newfoundland Advertiser (St John’s), 8 déc. 1857.— Baird et al. v. Walker (1891), Newfoundland Reports (St John’s), 7 : 490–508. « Births, deaths, marriages in Newfoundland newspapers », Gert Crosbie, compil. (texte dactylographié, 10 vol., Maritime Hist. Arch., Memorial Univ. of Nfld, St John’s, s.d.), 2 (1851–1859).— The crown vs. the directors of the Union Bank of Newfoundland ; evidence and exhibits, taken and produced at the preliminary investigation before His Honour Judge Conroy, jp, stipendiary magistrate ([St John’s, 1895]), 41s. J. K. Hiller, « A history of Newfoundland, 1874–1901 » (thèse de ph.d., Univ. of Cambridge, Angleterre, 1971), 196–209. « Hon. James Baird, m.l.c. [...] », Newfoundland Quarterly (St John’s), 3 (1903–1904), no: 9. J. L. Joy, « The growth and development of trades and manufacturing in St. John’s, 1870–1914 » (mémoire de m.a, Memorial Univ. Of Nfld, 1977). K[eith] Matthews, « Profiles of Water Street merchants » (texte dactylographié, 1980 ; exemplaire conservé au Centre for Newfoundland Studies, Memorial Univ. of Nfld).— Newfoundland men [...], H. Y. Mott, édit. (Concord, N.H., 1894).— Notable events in the history of Newfoundland, [P. K.] Devine et [M. J.] O’Mara, compil. (St John’s, 1900), entrées du 30 nov. 1828, 23 avril 1868 et 30 nov. 1908. D. W. Prowse, A history of Newfoundland from the English, colonial, and foreign records (Londres et New York, 1895 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972). F. F. Thompson, The French Shore problem in Newfoundland an imperial study (Toronto, 1961).— Walker v. Baird and another, [1892] Law Reports, Appeal Cases (Londres) 491–497, Canadian Reports, Appeal Cases (Toronto), 10 262–271 (Conseil privé).

Bibliographie générale

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Melvin Baker, « BAIRD, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/baird_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   Melvin Baker
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   29 août 2014