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DESBRISAY, THOMAS, administrateur colonial, fonctionnaire et homme politique, né en 1732 ou 1733, à Dublin vraisemblablement, fils de Theophilus DesBrisay (baptisé Samuel-Théophile de La Cour de Brisay) et de Magdalen de Vergese d’Aubussargues ; vers 1753, il épousa Ellen Landers (Landen), et ils eurent 16 enfants ; décédé le 25 septembre 1819, à l’âge de 86 ans, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Descendant de huguenots, Thomas Desbrisay appartenait à « l’une des branches les plus anciennes d’une très respectable famille ». Nommé enseigne dans le 35e d’infanterie (Donegall’s Regiment) à l’âge de dix ans, il atteignit le grade de capitaine dans la Royal Irish Artillery le 8 février 1760. Sa carrière militaire prit fin le 31 juillet 1769, au moment où il reçut une commission de lieutenant-gouverneur, secrétaire et greffier de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard). Dix années devaient s’écouler avant qu’il n’assumât ses fonctions. Ayant acquis des terres dans l’île, il s’occupa pendant quelques années à tenter de recruter des colons en Irlande. Mais, en 1773, le gouvernement britannique, ne voulant point encourager l’émigration, lui défendit expressément de poursuivre ses efforts dans ce sens.

Croyant apparemment que Desbrisay était sur le point d’arriver, le gouverneur Walter Patterson* l’avait nommé, le 8 juillet 1771, juge de paix du comté de Queens. Trois ans plus tard, Patterson dirait, de ce lieutenant-gouverneur absent, qu’il était « tout à fait impropre à détenir quelque poste que ce [fût] au service de Sa Majesté ». Il accusa Desbrisay d’avoir tenté d’intervenir pour modifier la juste répartition des fonds coloniaux ; en outre, il avait hypothéqué ses propriétés, et, sans lever les hypothèques, avait vendu des parcelles de terre à de futurs colons des îles Britanniques, lesquels se trouvèrent par la suite ruinés à cause des dépenses de la traversée, d’une part, et de la perte de l’argent versé pour l’achat de leur terre, d’autre part, les titres qu’ils en avaient reçus de Desbrisay étant sans valeur. On garda néanmoins Desbrisay comme lieutenant-gouverneur, et, à l’été de 1779, il reçut du secrétaire d’État aux Colonies américaines l’ordre d’assumer ses fonctions.

Patterson était absent de la colonie quand Desbrisay y arriva le 10 octobre ; ce dernier prit donc en main le gouvernement, en sa qualité de plus haut fonctionnaire de la colonie. Pendant une période de neuf mois, il concéda quelque 400 lots de la couronne dans Charlottetown Royalty, s’attribuant à lui-même et à des membres de sa famille 58 lots urbains et 58 pâturages. Le gouvernement britannique considéra que la conduite de Desbrisay justifiait sa destitution, mais accepta la proposition de Patterson de forcer plutôt Desbrisay et les autres qui avaient acquis des lots à remettre la majeure partie de ceux-ci à la couronne en plein tribunal. Le rôle joué par Desbrisay dans cette affaire explique sans doute pourquoi les demandes remarquablement nombreuses d’avancement qu’il adressa à Londres restèrent sans réponse. Sa haine pour Patterson, qui avait mis sa conduite à jour, dut croître encore quand, en 1781, le gouverneur acquit la propriété d’une grande partie des terres vendues au mois de novembre de cette année-là parce que leurs propriétaires n’en avaient pas payé les redevances.

Lors de la réorganisation de l’administration coloniale, en 1784, le poste de gouverneur de l’île Saint-Jean fut éliminé. Patterson devint en conséquence lieutenant-gouverneur, et Desbrisay perdit son poste et, en même temps, son siège au conseil de l’île. Il fut, toutefois, nommé greffier du conseil le 22 janvier 1785. Ne voulant pas « siéger, comme greffier, au dernier échelon d’un corps dont [il avait été] nommé président par Sa Majesté », Desbrisay reçut l’autorisation de faire exécuter les devoirs de sa tâche par un adjoint. C’est Charles Stewart qui fut choisi pour ce poste. La présence aux réunions du conseil d’un greffier qui n’était pas membre de cet organisme, coutume qui allait être maintenue après la mort de Desbrisay, constituait un écart par rapport aux traditions britanniques, et la Chambre haute de l’Île-du-Prince-Édouard fut unique à cet égard. En 1789, Desbrisay fut renommé au conseil par le lieutenant-gouverneur Edmund Fanning.

Son amour-propre blessé n’est pas sans expliquer l’irritation de Desbrisay devant certains faits : on recommanda à sa place Phillips Callbeck* en 1781 pour assumer le commandement d’une compagnie chargée de la défense de la colonie ; l’ancien juge en chef Peter Stewart demanda d’avoir préséance sur lui aux réunions du conseil, en 1801 ; et William Townshend fut nommé commandant en chef temporaire de la colonie, en 1813, en dépit du fait qu’il était lui-même le plus ancien conseiller. En 1818 encore, année où Desbrisay fut décrit comme « infirme et âgé au point d’avoir atteint l’âge de la retraite », le lieutenant-gouverneur Charles Douglass Smith* affirmait que « ce serait blesser le vieil homme si jamais on le retirait du conseil ». À cause de la faiblesse de sa vue, Desbrisay se fit aider par son petit-fils Theophilus dans l’exercice de ses tâches de secrétaire et de greffier, au cours des quelque 15 dernières années de sa vie. Il finit par croire que Theophilus avait droit à ces postes et chercha à obtenir que celui-ci lui succédât, malgré la forte opposition du lieutenant-gouverneur Smith, qui croyait, devant tant de charges accordées par favoritisme, que ses recommandations ne comptaient pour rien. Les efforts de Desbrisay échouèrent quand le ministère des Colonies, notant l’« inconvénient de rendre un poste particulier héréditaire au sein de quelque famille que ce fût », se déclara disposé à examiner la possibilité de nommer Theophilus à un autre emploi.

Le 29 septembre 1819, Smith notait que le fils de Thomas Desbrisay, Theophilus DesBrisay*, rector de la paroisse protestante de Charlotte, « avait dû la veille présider aux funérailles de son propre père ». Theophilus et une de ses sœurs s’étaient tous deux mariés dans la famille de Peter Stewart ; un autre fils de Thomas et un de ses petits-fils avaient épousé des filles du révérend Mather Byles. La famille eut une influence sur les affaires de la colonie, et plus tard de la province, pendant de nombreuses années. L’arrière-petit-fils de Thomas, aussi prénommé Theophilus, fut maire de Charlottetown de 1867 à 1872 et de 1875 à 1877.

F. L. Pigot

Huguenot Soc. of London (Londres), Henry Wagner coll. of Huguenot pedigrees (ms).— P.E.I. Heritage Foundation (Charlottetown), Compiled family files, Desbrisay, nos 8, 18 (photocopies).— PRO, CO 226/1 : 33, 127s. ; 226/2 : 41–45 ; 226/5 : 65s. ; 226/6 : 30s. ; 226/7 : 44–46, 54, 136–139 ; 226/8 : 35–37 ; 226/9 : 98–100 ; 226/17 : 103s. ; 226/18 : 239s. ; 226/22 : 203 ; 226/29 : 149s. ; 226/31 : 62–64 ; 226/34 : 100s. ; 226/35 : 21s., 250–252, 255s., 394–397.— R. J. Dickson, Ulster emigration to colonial America, 1718–1775 (Londres, 1966).— Historic highlights of Prince Edward Island (Charlottetown, 1955).— Frank MacKinnon, « Some peculiarities of cabinet government in Prince Edward Island », Canadian Journal of Economics and Political Science (Toronto), 15 (1949) : 310–321.

Bibliographie générale

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F. L. Pigot, « DESBRISAY, THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/desbrisay_thomas_5F.html.

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Auteur de l'article:   F. L. Pigot
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   22 août 2014