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ECUIER, CHARLES, prêtre, sulpicien et musicien, baptisé le 20 novembre 1758 à Montréal, fils de Jean Ecuier et de Marie-Josephte Cimère ; décédé le 29 mai 1820 à Yamachiche, Bas-Canada.

Les parents de Charles Ecuier vinrent au Canada durant la guerre de Sept Ans ; son père était soldat dans le régiment de Béarn. Ils s’établirent à Montréal, où ils eurent au moins cinq enfants. Ecuier fréquenta probablement l’école primaire tenue par le séminaire de Saint-Sulpice à Montréal. De 1771 à 1778, il fit ses études secondaires au collège fondé à Longue-Pointe (maintenant partie de Montréal) par le sulpicien Jean-Baptiste Curatteau* et établi en 1773 à Montréal, où il prit le nom de collège Saint-Raphaël. De 1778 à 1780, il poursuivit des études de philosophie au petit séminaire de Québec et, le 15 août 1780, il entreprit sa théologie au grand séminaire de Québec. Pour lui permettre d’accéder au sacerdoce, ses parents le dotèrent, le 7 août 1781, d’une rente viagère de 150 shillings en hypothéquant le patrimoine familial, lequel comprenait une terre de sept arpents avec verger, située à Côte-Saint-Antoine (Westmount), le tout évalué à 20 000#. Ecuier fut ordonné prêtre à Montréal, le 5 avril 1783, par l’évêque de Québec, Mgr Briand*.

Fortement marqué par ses premiers maîtres, les sulpiciens, Ecuier se joignit à eux et commença dès le mois de mai 1783 à faire du ministère dans la paroisse Notre-Dame de Montréal. Il fut chargé plus spécifiquement de la confrérie de la Sainte-Famille, association pieuse de dames, et succéda à Étienne Montgolfier* comme aumônier des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, charge qu’il remplit de 1788 à 1790. Agrégé au séminaire de Saint-Sulpice le 21 octobre 1788, il fut nommé membre de l’assemblée des assistants du séminaire le 2 septembre 1789. Selon Gabriel-Jean Brassier*, assistant du supérieur, Ecuier ne ménagea pas ses forces, et sa santé s’en ressentit. Au cours de l’été de 1790, son médecin, François-Xavier Bender, recommanda une nomination à une cure de campagne comme seul remède aux maux dont avait souffert le sulpicien durant les six derniers mois. Le 18 septembre, Ecuier quitta le séminaire de Saint-Sulpice et, le 11 octobre, il prit en charge la paroisse Saint-Joachim (à Pointe-Claire).

Cette paroisse rurale comptait environ 150 familles, dont une cinquantaine habitaient le village. Ecuier espérait améliorer certains comportements immoraux parmi ses paroissiens, mais tous n’étaient pas prêts à répondre à ses désirs. De plus, des désaccords existaient au sein de la fabrique quant aux responsabilités, aux tâches et aux salaires à répartir entre le sacristain et les religeuses de la Congrégation de Notre-Dame. En septembre 1793, à l’occasion de la fête patronale de la paroisse, il y eut un affrontement violent entre le curé et certaines de ses ouailles, et des menaces de voies de fait furent proférées ; le curé refusa de célébrer la fête prévue. Le vicaire général Brassier blâma sévèrement les paroissiens, mais suggéra tout de même à Mgr Hubert* de changer Ecuier de paroisse. Au début d’octobre 1793, ce dernier prit donc possession de la cure de la paroisse de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie (à Repentigny). À son arrivée, il ne sut où loger, le presbytère étant en ruine. Mais cette situation ne le découragea pas. Il fit réparer les bâtiments de la fabrique et repeindre l’intérieur de l’église. En 1799, la fabrique décida de faire construire un jubé, afin de s’assurer une meilleure source de revenus. Malgré ces travaux importants, les revenus dépassèrent les dépenses durant tout le séjour du sulpicien dans cette paroisse.

Ecuier comparut deux fois en Cour du banc du roi. En octobre 1797, le marchand James Woolrich lui réclama le paiement d’un compte ; Ecuier l’acquitta avec les intérêts et les frais en mars 1799. Sa poursuite contre Joseph Poitevin d’Anglebert et son épouse Marie-Anne Garnom fut plus retentissante. Il s’agissait de vagues parents français à qui Ecuier avait prêté des sommes d’argent et rendu toutes sortes de services et qu’il soupçonnait de vouloir quitter précipitamment le pays. Le sulpicien réclama une saisie et un huissier évalua les biens mis sous séquestre à £94. Mais le couple répliqua, demandant £100 en dommages et intérêts. Dans le petit village, la dispute fit du bruit. Il n’y eut pas de jugement, mais Ecuier et le vicaire général Jean-Henri-Auguste Roux* écrivirent à l’évêque de Québec, Mgr Denaut, que le différend s’était terminé à l’avantage du curé en février 1799.

À la fin d’octobre 1802, Ecuier fut nommé à la cure plus importante de Yamachiche et il sut ramener la paix dans cette paroisse fortement divisée par des querelles sous ses prédécesseurs. Il fit embellir l’église, édifier un nouveau presbytère en 1804, une sacristie, un jubé et un logis pour le maître d’école en 1807. Malgré un physique un peu sévère d’homme fort et gros, au teint hâlé et à la figure quelque peu rébarbative, et en dépit d’un manque évident d’éloquence, Ecuier sut gagner la confiance de ses paroissiens grâce à l’animation liturgique et musicale. Musicien accompli, il aurait laissé un Sanctus, un Magnificat et plusieurs motets et psaumes d’une valeur musicale remarquable. Il exerça aussi une influence heureuse dans le milieu clérical ; il se fit le protecteur de John Holmes*, protestant converti au catholicisme en 1817, qui devint un prêtre éminent, membre du séminaire de Québec.

Malade, Charles Ecuier cessa son ministère en février 1820 et mourut le 29 mai suivant. Le vicaire général François-Xavier Noiseux* et de nombreux prêtres et ecclésiastiques assistèrent à ses funérailles, témoignage de l’estime qu’ils lui portaient. Inhumé à Yamachiche, sous le sanctuaire de l’église d’alors, Ecuier repose maintenant dans le cimetière de la paroisse.

Bruno Harel

AAQ, 1 CB, VII : 4 ; IX : 161 ; 71–31 CD, I : 81 ; 303 CD, I : 20.— ANQ-M, CN1-158, 7 août 1781 ; P–10, 30 oct. 1797, cause no 64 ; févr. 1798, cause no 32.— AP, Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie (Repentigny), Cahier des délibérations de la fabrique ;Sainte-Anne (Yamachiche), Cahiers des délibérations de la fabrique, 1789–1843 ; Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 1812–1820.— Arch. de la chancellerie de l’archevêché de Montréal, 355.104, 793–3, 794–1, 799–1 ; 355.110, 793-2,-3,-4.— ASSM, 21 ; 24, Dossier 5 ; Dossier 6.— Le séminaire de Québec (Provost), 465.— Allaire, Dictionnaire. Gauthier, Sulpitiana, 202.— Napoléon Caron, Histoire de la paroisse d’Yamachiche (précis historique) (Trois-Rivières, Québec, 1892).— Helmut Kallmann, A history of music in Canada, 1534–1914 (Toronto, 1960), 40.

Bibliographie générale

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Bruno Harel, « ECUIER, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ecuier_charles_5F.html.

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Auteur de l'article:   Bruno Harel
Titre de l'article:   ECUIER, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   17 avril 2014