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GIBBONS, sir GEORGE CHRISTIE, avocat, homme d’affaires et représentant du Canada, né le 2 juillet 1848 à St Catharines, Haut-Canada, fils de William Gibbons et d’Ann Sutton ; le 9 février 1876, il épousa à Montréal Elizabeth (Lizzie) Campbell Craig (décédée le 25 septembre 1914), et ils eurent trois filles et deux fils ; décédé dans cette ville le 8 août 1918 et inhumé au cimetière Woodland à London, Ontario.

George Christie Gibbons étudia à la St Catharines Grammar School, puis à l’Upper Canada College de Toronto. Il fit son stage de droit chez Warren Rock à London et fut reçu au barreau en 1869. En se spécialisant en droit financier et commercial, il se hissa rapidement parmi les principaux juristes de London. Membre du corps professoral de l’éphémère London Law School de 1885 à 1887, il fut nommé conseiller de la reine (provincial) en 1891 et élu président de la Middlesex Law Association en 1897.

Gibbons avait des intérêts dans beaucoup d’entreprises. En 1896, il fonda la London and Western Trusts Company Limited et en devint président. Il occupa aussi la présidence de la City Gas Company de London et fut membre du conseil d’administration de la London Life Insurance Company. Cofondateur du London Club et du London Hunt Club, il fut maître d’équipage et président honoraire du second de ces cercles. À divers moments, il occupa la présidence de la London Philharmonic Society et la présidence honoraire du Canadian Club de London. En 1908, il fit partie du premier conseil d’administration de la Western University of London. Bref, c’était un personnage clé d’une oligarchie prospère dont les membres étaient très liés entre eux mais qui avait aussi de bonnes relations à l’échelle provinciale et nationale. Il bâtit une majestueuse résidence, Lornehurst, en surplomb du parc Victoria, au centre de la ville. Elle incarnait les goûts et les aspirations de l’élite locale, où la famille Gibbons occupait une place de choix. Gibbons était un homme sociable, à l’aise et très compétent.

Éminent libéral, Gibbons ne brigua jamais les suffrages, mais ce fut grâce à ses relations avec les libéraux qu’il accéda à la scène internationale. Le 21 novembre 1905, sur la recommandation de Charles Smith Hyman, ministre des Travaux publics et député fédéral de London, le gouvernement de sir Wilfrid Laurier le choisit comme successeur de James Pitt Mabee à la présidence de la section canadienne de la commission internationale des voies navigables. Cet organisme était le résultat d’une entente anglo-américaine de 1903 prévoyant la nomination d’une commission formée de trois Canadiens et de trois Américains qui « étudier[ait] l’ensemble des [questions relatives aux] eaux adjacentes à la frontière des États-Unis et du Canada, l’effet des changements des niveaux d’eau sur les berges ainsi que le lieu d’aménagement et la construction d’une digue à l’extrémité du lac Érié ». La commission se réunit pour la première fois en mai 1905 ; ses travaux n’étaient pas bien avancés au moment où Gibbons y entra. Il produisit sans délai un rapport qui recommandait que « les droits riverains rattachés aux cours d’eau navigables ou aux eaux internationales [...] soient réglés par un traité quelconque » entre le Canada et les États-Unis.

Sur le moment, rien ne résulta de cette proposition radicale, mais, le 27 mars 1906, le président Theodore Roosevelt envoya au Congrès un rapport des commissaires américains qui décrivait en détail comment les plans visant à détourner de l’eau de la rivière Niagara pour produire de l’énergie électrique menaçaient la beauté des chutes du Niagara. Le Sénat et la Chambre des représentants furent saisis de projets de loi dont le but était de limiter ce détournement à la condition que le Canada fasse de même. Ces mesures ouvraient la voie à l’entente plus globale que Gibbons avait en tête et, plus tard en 1906, toute la commission internationale des eaux navigables réclama un traité. « Une loi, expliqua par la suite Gibbons, pouvait être révoquée dès la prochaine session du Congrès alors qu’un traité devait suivre son cours. »

La négociation de l’entente s’intégra à un processus visant à résoudre divers litiges canado-américains. En mai 1906, le secrétaire d’État Elihu Root avait identifié 16 questions pendantes, dont 12 figuraient déjà à l’ordre du jour de la haute commission anglo-américaine de 1898–1899, qui avait échoué dans sa mission, et 4 autres, dont le différend sur les eaux limitrophes, avaient surgi depuis. Une ronde intensive de négociations dans laquelle le gouverneur général, lord Grey, joua un rôle actif mais discret, s’ensuivit, mais dès la fin de 1906, les pourparlers étaient au point mort. Ils reprirent, encore une fois avec la participation de Grey, après l’arrivée à Washington de James Bryce, ambassadeur de Grande-Bretagne, au début de 1907. Bryce fit des relations canado-américaines sa priorité absolue. Sa stratégie consistait à contourner la lourde machine diplomatique et à servir d’intermédiaire entre Laurier et Root.

Quand Bryce visita Ottawa en 1907, Laurier l’attaqua en public en déclarant que, dans le passé, la diplomatie britannique avait placé l’amitié des États-Unis au-dessus des intérêts du Canada. En privé, cependant, Laurier fut plus conciliant et, en mai, il admit que la commission internationale des voies navigables devait formuler un plan en vue de réglementer les eaux limitrophes. Dans les faits, cette tâche fut confiée non pas à l’ensemble de la commission mais à Gibbons et à son homologue américain, l’avocat George Clinton.

Les deux hommes firent des progrès rapides et, dès septembre, Gibbons fut en mesure de faire parvenir un projet d’entente à Laurier. Celui-ci estima, à première vue, que le document contenait « une très heureuse solution à une question très dangereuse », mais tous les détails ne le satisfaisaient pas, et il demanda à Gibbons de négocier une révision. Gibbons crut un moment être sur la bonne voie, puis, en décembre 1907, Root remit en question l’idée même d’une commission permanente, recommandation centrale du plan Gibbons–Clinton, et proposa à la place de régler les questions au cas par cas. Selon Bryce, Root adoptait cette position parce qu’il craignait, avec raison, d’avoir du mal à faire accepter le projet Gibbons–Clinton par le Sénat. Cependant, Gibbons ne se laissa pas fléchir. « Je pense que maintenant, dit-il à Laurier, vous devez insister fermement sur [l’établissement] d’une commission permanente. » Laurier agréa et Bryce se fit dire de « plaider en faveur du traité tel [qu’il était] rédigé ».

En février 1908, Gibbons retourna poursuivre les discussions à Washington. Root avait préparé un nouveau projet qui prévoyait une commission permanente, mais il s’agissait d’une commission d’étude sans pouvoirs décisionnels. Gibbons collabora avec Bryce afin d’améliorer ce document et rédigea, pour qu’il y soit inclus, un article selon lequel les deux gouvernements pourraient soumettre à l’arbitrage exécutoire de ladite commission tout différend qui surgirait entre eux, qu’il soit lié ou non aux eaux limitrophes. Root fit valoir qu’il faudrait amender cet article pour rendre la participation des États-Unis conditionnelle à « l’avis et [au] consentement » du Sénat.

Toutefois, Laurier n’était pas d’humeur à faire des compromis. En juin 1908, comme Bryce et Root n’avaient pas progressé davantage, Gibbons alla porter à Washington un long mémoire résumant la position du Canada. En l’absence de Bryce, il rencontra Root face à face ; cette réunion, tenue le 17 juin, leur permit de sortir de l’impasse. Root reconnaissait désormais la nécessité d’établir des principes fixes au moins sur les eaux des Grands Lacs et de créer une commission permanente pour les appliquer. Un nouveau projet d’entente fut prêt en décembre 1908, mais Laurier manifesta des hésitations. Gibbons crut que le premier ministre n’était pas sûr qu’il avait bien négocié et demanda d’être remplacé si le projet était vraiment inacceptable. Il eut cependant gain de cause et, le 11 janvier 1909, Bryce fut autorisé à apposer ses initiales sur le document, ce qu’il fit le jour même. L’article 7 du traité international sur les eaux limitrophes prévoyait la création de l’International Joint Commission ; l’article 8 stipulait que le Canada et les États-Unis auraient des « droits égaux et semblables » sur l’utilisation de toutes les eaux limitrophes. Une pénible ronde de ratification suivit, car des doutes réapparaissaient dans les deux capitales, mais les parties échangèrent finalement leurs accords formels à Washington en mai 1910.

Dès lors, Gibbons fut auréolé de la gloire d’avoir négocié un traité qui demeure fondamental dans les relations canado-américaines. En 1911, il reçut de George V le titre de chevalier. Grâce à sa perspicacité et à sa persévérance, non seulement avait-il joué un rôle déterminant dans la signature d’une entente cruciale, mais il avait contribué à rendre possible la présence de diplomates représentant directement le Canada à Washington et ailleurs. Lui-même et ses collègues d’Ottawa avaient réussi à faire admettre que, dans ses relations avec son gigantesque voisin, la solution d’avenir pour le Canada consistait à soustraire les questions importantes au monde de la diplomatie et de la politique de la force et à les confier à des organismes permanents et bilatéraux agissant selon des principes convenus.

L’arrivée de la guerre en 1914 renversa la tendance que Gibbons, Bryce et une foule d’autres avaient tenté d’imprimer aux relations internationales en préconisant de placer le règlement des litiges sous le règne du droit. Pendant les hostilités, Gibbons œuvra à la Croix-Rouge à London et continua de s’intéresser de près aux affaires du Parti libéral. Aux élections corrosives de 1917, son fils George Sutton se présenta comme candidat libéral pour Laurier, mais il perdit au profit de l’unioniste Hume Blake Cronyn.

À la mort de sir George Christie Gibbons, on estima sa succession à 897 118 $. Ses dons étaient destinés surtout à des membres de sa famille et à des domestiques, mais il laissa 1 000 $ à chacune des œuvres de charité suivantes, toutes à London : la Children’s Aid Society, le Protestant Orphans’ Home, le Mount Hope Orphanage and Refuge, tenu par les Sisters of St Joseph, et la Women’s Christian Association. Sa mémoire se perpétue à London grâce au parc Gibbons, espace dégagé et agréable que ses enfants survivants donnèrent à la ville. Ce parc est attenant à la branche nord de la Thames, rivière qui se jette dans des eaux limitrophes. On trouve aussi, à London, Gibbons Lodge, la maison d’une de ses filles, Helen Beresford Gibbons. Achetée en 1961 par la University of Western Ontario, cette charmante demeure est maintenant la résidence du recteur.

Peter Neary

AN, MG 26, G ; MG 30, E71.— ANQ-M, CE1-68, 9 févr. 1876.— Arch. privées, F. H. Armstrong (London, Ontario), London research coll.— Annuaire, London, 1897–1898, 1913.— F. H. Armstrong, The Forest City : an illustrated history of London, Canada ([Northridge, Calif], 1986).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898 et 1912).— [D. J.] Hughes et T. H. Purdom, History of the bar of the county of Middlesex [...] (London, 1912).— The London Hunt and Country Club : a distinguished tradition, Brandon Conron, édit. (London, 1985).— J. E. Middleton et Fred Landon, The province of Ontario : a history, 1615–1927 (5 vol., Toronto, 1927–[1928]), 3 : 57–59.— Orlo Miller et Brandon Conron, The London Club (London, 1980).— Peter Neary, « The embassy of James Bryce in the United States, 1907–13 » (thèse de ph.d., Univ. of London, Angleterre, 1965) ; « Grey, Bryce, and the settlement of Canadian–American differences, 1905–1911 », CHR, 49 (1968) : 357–380.— J. J. Talman et Ruth Davis Talman, « Western » – 1878–1953 : being the history of the origins and development of the University of Western Ontario during its first seventy-five years (London, 1953).— H. E. Whitney, « Sir George Gibbons, Canadian diplomat, and the Boundary Waters Treaty », Inland Seas (Cleveland, Ohio), 29 (1973) : 99–109.— Who’s who and why, 1917–1918.

Bibliographie générale

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Peter Neary, « GIBBONS, sir GEORGE CHRISTIE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gibbons_george_christie_14F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   1 septembre 2014