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GOODWIN, ALBERT (Ginger), mineur de charbon et chef syndical, né le 10 mai 1887 à Treeton, Angleterre, quatrième enfant de Walter Goodwin, mineur de charbon, et de Mary Ann Brown ; célibataire ; tué d’un coup de feu le 27 juillet 1918 près de Cumberland, Colombie-Britannique.

En 1902, à l’âge de 15 ans, Ginger Goodwin commença à travailler à la houillère Cadeby dans la circonscription ouest du Yorkshire. Quatre ans plus tard, il immigra à Glace Bay, en Nouvelle-Écosse. Employé à la Dominion No. 2 Mine de la Dominion Coal Company Limited [V. James Ross], il participa à la longue grève de 1909–1910, par laquelle la United Mine Workers of America tenta en vain de se faire reconnaître. En 1910, il s’installa à Michel, en Colombie-Britannique, où la Crow’s Nest Pass Coal Company Limited exploitait plusieurs houillères. Il se distingua dans l’équipe locale de soccer, qui remporta en 1910 le championnat d’une ligue semi-professionnelle, la Crow’s Nest Pass Football League.

À la fin de 1910 ou au début de 1911, Goodwin s’établit à Cumberland, près de Nanaimo. Il joua à l’occasion dans l’équipe de soccer de Cumberland et travailla comme muletier et mineur à la mine n5 de la Canadian Collieries (Dunsmuir) Limited. Il prit part à la grève infructueuse que la United Mine Workers of America fit de 1912 à 1914 en vue d’obtenir la reconnaissance syndicale. La première mention de son engagement dans un syndicat date d’ailleurs de cette époque : il fut l’un des délégués de la section de Cumberland de la United Mine Workers of America au congrès du district n28 en 1913 et au congrès de la British Columbia Fédération of Labour en 1914. Au début de cette même année, il fut nommé organisateur au Parti socialiste du Canada. Comme la mine refusait de le reprendre après la grève, il fit des travaux de voirie à titre de suppléant. Il quitta Cumberland à la fin de 1915 et s’engagea comme conducteur de poneys à la No. 1 East Mine de la Crow’s Nest Pass Coal Company à Coal Creek.

Au début de 1916, Goodwin s’établit à Trail, où il travailla quelques mois comme fondeur à la Consolidated Mining and Smelting Company of Canada Limited. Candidat du Parti socialiste du Canada dans la circonscription de Trail aux élections provinciales de 1916, il se classa troisième avec 262 voix ; le vainqueur en récolta 626. Le 18 décembre 1916, il fut élu secrétaire à plein temps de la Trail Mill and Smeltermen’s Union, une section locale de l’International Union of Mine, Mill and Smelter Workers. L’année suivante, il accéda à la vice-présidence de la British Columbia Fédération of Labour, à la présidence du district n6 de l’International Union of Mine, Mill and Smelter Workers et à la présidence du Trail Trades and Labour Council. Son syndicat proposa sa nomination au poste de sous-ministre du département du Travail de la Colombie-Britannique, qui venait d’être fondé, mais on lui préféra un autre candidat, malgré l’appui des conseils des métiers et du travail de Victoria et de Vancouver.

Goodwin s’opposa à la Première Guerre mondiale par conviction politique : selon lui, les travailleurs devaient refuser de s’entretuer dans des conflits déclenchés pour des motifs économiques. Il répondit à la conscription, comme le prescrivait la loi, passa un examen médical et fut classé dans la catégorie D (temporairement inapte). Peu après, il déclencha une grève à Trail dans le but d’obtenir la journée de huit heures pour les ouvriers des hauts fourneaux. Le 26 novembre 1917, 11 jours après le début de la grève, il reçut un télégramme lui ordonnant de subir un autre examen médical. Le premier ministre du pays, sir Robert Laird Borden*, venait de déclarer qu’il était « improbable » que les hommes des catégories B, C, D et E soient envoyés à la guerre ; « seuls les hommes qui ont été classés dans la catégorie A peuvent être appelés à servir dans les tranchées », avait-il ajouté. Or, à la suite de son deuxième examen médical, Goodwin se retrouva dans la catégorie A (apte à combattre outre-mer). Il demanda une dispense en invoquant des raisons de santé et son utilité pour son syndicat, mais le tribunal d’exemption de Trail rejeta sa requête.

La dernière activité syndicale de Goodwin consista à assister en janvier 1918 au congrès de la British Columbia Fédération of Labour. On proposa sa candidature à la présidence, mais il refusa de se présenter. Un tribunal rejeta son appel contre la conscription le 20 janvier 1918. Son recours fut entendu en dernière instance par Lyman Poore Duff*, du Central Appeal Tribunal, qui le rejeta le 15 avril 1918. Goodwin reçut l’ordre de se présenter aux casernes de l’armée, mais il se cacha dans les montagnes à l’ouest de Cumberland avec d’autres résistants. Des amis leur apportaient des vivres.

Le 27 juillet, le constable Daniel Campbell, de la Police du dominion, abattit Goodwin d’un seul coup de feu. Campbell faisait partie d’une équipe de trois policiers chargés de retracer les hommes qui cherchaient à se soustraire à la Loi concernant le service militaire. Il déclara que Goodwin avait pointé un fusil sur lui et invoqua la légitime défense. Les obsèques de Goodwin eurent lieu le 2 août à Cumberland ; la procession qui suivit sa dépouille s’étendait sur un mille de longueur. Le même jour eut lieu à Vancouver la première grève générale de l’histoire de la Colombie-Britannique, à cause de sa mort. La police provinciale accusa Campbell d’homicide involontaire et produisit des témoins qui rapportèrent à l’enquête préliminaire qu’il avait juré d’« avoir » les fugitifs « morts ou vifs ». À la demande de la défense, le procès aux assises d’automne se tint à Victoria plutôt qu’à Nanaimo. Réuni à huis clos, le jury d’accusation rendit un arrêt de non-lieu, c’est-à-dire qu’il refusa un renvoi de Campbell au procès.

La grève que Goodwin avait dirigée à Trail s’était achevée sur un échec le 20 décembre 1917, mais en avril suivant, le gouvernement provincial accorda la journée de huit heures à tous les ouvriers des hauts fourneaux, mesure qui entra en vigueur le 31 mars 1919.

La controverse suscitée par la mort d’Albert Goodwin n’a cessé d’engendrer des spéculations et des soupçons. En outre, elle a attiré l’attention sur sa courte vie et sur son accession rapide aux hautes sphères du mouvement syndical. Les écrits qui subsistent de lui critiquent sommairement le capitalisme, appellent à édifier une société plus juste en remplaçant la propriété privée des moyens de production par la production en vue de l’usage, non du profit, et témoignent de l’antimilitarisme qui l’amenait à exhorter les travailleurs de tous les pays à ne pas participer aux guerres économiques. Pour réaliser la société nouvelle, il préconisait « l’éducation, l’organisation et l’agitation » ainsi que l’élection de syndiqués aux assemblées législatives. En recourant à la rhétorique marxiste, il parlait des esclaves du salariat qui « se soulèveraient et renverseraient la classe des maîtres ». Ses textes avaient parfois des accents utopistes, par exemple quand il décrivait l’après-capitalisme comme « le nouvel âge où la liberté économique, le bonheur et la joie [fleuriraient] pour les travailleurs du monde entier ». Son activité syndicale, comme celle de Frank Henry Sherman* en Alberta, dénote toutefois du pragmatisme et une volonté d’obtenir à court terme un redressement des injustices. Le courage et la conviction avec lesquels Goodwin résista au militarisme sous le régime de la conscription, avec des conséquences qui lui seraient fatales, ont été appréciés davantage en temps de paix qu’en temps de guerre.

Roger Stonebanks

Les écrits d’Albert Goodwin comprennent plusieurs articles dans le Western Clarion (Vancouver) : « The iron heel » (10 août 1912), « Capitalism the leveller » (16 août 1913), « Christians and socialists » (9 mai 1914) « Civilization » (janv. 1917), et « Nationalism and internationalism » (juin 1917), ainsi qu’un rapport sur le chômage causé par le capitalisme (11 avril 1914) et un essai sur les lois économiques qui régissent les classes (juill. 1916). Une lettre de Goodwin concernant les perspectives en matière de politique et d’éducation dans la passe du Nid-du-Corbeau a paru dans le District Ledger (Fernie, C.-B.) le 16 mars 1914, et un autre, à propos du capitalisme et de la guerre, a été publié dans le British Columbia Federationist (Vancouver) le 2 nov. 1917. De plus, un discours prononcé par Goodwin au Rex Theatre de Vancouver a été reproduit sous le titre « Socialism, the only hope » dans le Vancouver Daily World, 20 août 1917.

Doris Goodwin, de Conisbrough, South Yorkshire, Angleterre, nous a fourni des détails sur la famille.  [r. s.]

AN, RG 76, C, 1(b), Pretoria, 2 sept. 1906.— BCARS, Add. {{mss}} 15 ; Add. {{mss}} 2500 ; GR 419, vol. 217, 1918, file 79 ; GR 684, box 1, file 6 : 11a ; GR 1327, no 151/18 (mfm) ; GR 1566, R. v. Daniel Campbell, 1918 (mfm).— GA, M1561, file 427.— General Register Office (Londres), Reg. of births, Treeton (Yorkshire), 10 mai 1887.— PRO, RG 12/3757 (New Fryston, Yorkshire) (mfm au West Yorkshire Record Office, Wakefield Headquarters, Wakefield, Angleterre).— Sheffield Arch. (Sheffield, Angleterre), St Helen’s (Treeton, Yorkshire), RBMS.— British Columbia Federationist, 17 juill. 1914, 7 sept., 14, 28 déc. 1917, 1er févr., 22 mars, 9 août 1918.— Comox Argus (Courtenay, C.-B.), 1er août 1918.— Cumberland News (Cumberland, C.-B.), 24 oct. 1911.— Daily Colonist (Victoria), 2–3, 8–9 août 1918.— Daily News (Nelson, C.-B.), 21 nov., 1er déc. 1917, 21 janv. 1918.— District Ledger„ 23 avril, 21 mai, 18, 25 juin, 9 juill., 1er oct. 1910, 28 févr–18 avril 1914.— Islander (Cumberland), 10 juin, 9 sept., 21 oct. 1911, 17 juill. 1915.— Nanaimo Free Press (Nanaimo, C.-B.), 17 déc. 1913.— Rossland Daily Miner (Rossland, C.-B.), 18 juill. 1916.— Trail News (Trail, C.-B.), 4, 18 janv., 17 mai, 2 août 1918.— Vancouver Daily Province, 2–3 août 1918.— Vancouver Daily Sun, 2–3 août 1918.— Vancouver Daily World, 2–3 août 1918.— Victoria Daily Times, 6 sept. 1917, 2–3 août, 1er–2 oct. 1918.— Western Clarion, 20 juin 1914.— Annuaire, N.-É., 1907–1908.— C.-B., Provincial Secretary, Voters’ lists (Victoria), 1911, Comox constituency ; 1916, Trail constituency.— CPG, 1917.— M. B. Fox, United we stand : the United Mine Workers of America, 1890–1990 (Washington, 1990).— J. E. MacFarlane, The Bag Muck Strike, 1902–1903 (Doncaster, Angleterre, 1987).— Mary McRoberts, « The routing of radicalism : the 1917 Cominco strike », Ascendant Historian (Victoria), 3 (1985) : 66–107 (exemplaire conservé à la Univ. of Victoria Library).— Susan Mayse, Ginger : the life and death of Albert Goodwin (Madeira Park, C.-B., 1990).— Miners’ Magazine (Denver, Colo), avril 1917.— John Norris, « The Vancouver Island coal miners, 1912–1914 : a study of an organizational strike », BC Studies, n45 (printemps 1980) : 56–72.— Stanley Scott, « A profusion of issues : immigrant labour, the World War, and the Cominco strike of 1917 », le Travailleur (Halifax), 2 (1977) : 54–78.— A. J. Wargo, « The great coal strike : the Vancouver Island coal miners’ strike, 1912–14 » (mémoire de {{b.a}}., Univ. of B.C., Vancouver, 1962).

Bibliographie générale

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Roger Stonebanks, « GOODWIN, ALBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/goodwin_albert_14F.html.

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Auteur de l'article:   Roger Stonebanks
Titre de l'article:   GOODWIN, ALBERT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   2 septembre 2014