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GUTHRIE, HUGH, avocat, homme politique et fonctionnaire, né probablement le 13 août 1866 à Guelph, Haut-Canada, fils de Donald Guthrie et d’Eliza Margaret McVicar ; le 19 décembre 1895, il épousa dans cette ville Maude (Maud) Henrietta Scarff (décédée en 1941), et ils eurent trois fils et une fille ; décédé le 3 novembre 1939 à Ottawa.
Le père de Hugh Guthrie, dont les ancêtres venaient des Highlands, vit le jour en Écosse, alors que sa mère naquit dans le Haut-Canada. Les Guthrie étaient de fervents presbytériens et des partisans libéraux convaincus. En 1930, le journaliste Michael Grattan O’Leary* noterait que « la famille Guthrie [avait] été élevée avec la Bible, le petit catéchisme [de Westminster] et les éditoriaux du Globe de Toronto ». Hugh reçut une éducation stricte. « Ma mère me fouettait à la maison », se rappellerait-il. Son père, un éminent avocat, représenta Wellington South comme député libéral à la Chambre des communes de 1876 à 1882, et à l’Assemblée législative de l’Ontario de 1886 à 1894.
Hugh Guthrie fréquenta la Guelph High School. Il emboîterait ensuite le pas à son père en se lançant dans le droit, puis dans la politique. Il étudia le droit à l’Osgoode Hall à Toronto, reçut son admission au barreau en 1888, et s’associa avec son père dans le cabinet Guthrie and Guthrie. (On le nomma conseiller du roi en 1902.) En 1900, il fut élu député libéral de Wellington South à la Chambre des communes. Rapidement, on le considéra comme l’un des jeunes hommes prometteurs du premier ministre sir Wilfrid Laurier* : en 1901, il eut l’honneur de prononcer l’allocution en réponse au discours du trône, et, seulement six ans plus tard, il devint président du comité permanent sur les chemins de fer, canaux et lignes télégraphiques de la Chambre. Pendant la campagne qui précéda les élections générales de 1911, il attira l’attention en promouvant, aux côtés d’autres candidats libéraux, la réciprocité avec les États-Unis. Plusieurs voyaient en lui un successeur potentiel du ministre de la Justice sortant, sir Allen Bristol Aylesworth*, en cas de réélection des libéraux. Le parti céda le pouvoir aux conservateurs de Robert Laird Borden, mais, en Ontario, Guthrie figura parmi les rares députés de sa formation épargnés par la vague conservatrice. Dans l’opposition, il joua un rôle de premier plan pour son parti et bon nombre d’observateurs le pressentirent pour la chefferie.
Les choses changèrent durant la Première Guerre mondiale. Guthrie croyait que le Canada avait le devoir de soutenir la cause britannique par tous les moyens nécessaires. À l’instar de nombreux autres libéraux anglophones, tel Newton Wesley Rowell*, il rompit avec Laurier en 1917, lorsque celui-ci n’approuva pas la décision du gouvernement de Borden de commencer la conscription des hommes pour le service militaire outre-mer. Guthrie fut le premier député libéral à appuyer publiquement la mesure. Le 19 juin, il s’adressa à la Chambre des communes et défendit son point de vue avec logique et passion. Il rappela à ses collègues le besoin urgent de renforts et déclara : « L’appel vient de tous les côtés ; il vient des hommes dans les tranchées et dans les hôpitaux, des soldats de retour, et peut-être aussi des morts. Il ne fait aucun doute que le peuple du Canada a pris l’engagement le plus solennel que des hommes ou des femmes puissent prendre de soutenir les hommes qui sont allés dans les tranchées ; nous ne pouvons en aucun cas nous soustraire à cette responsabilité, quoi que nous fassions. » Pendant son discours, il fit une lecture éloquente de In Flanders fields, célèbre poème du médecin militaire John McCrae*, également originaire de Guelph.
Le 4 octobre, peu avant la formation du gouvernement d’union, Borden désigna Guthrie solliciteur général (ce qui n’était pas encore un poste ministériel). À l’élection controversée du 17 décembre, Guthrie se présenta avec succès comme libéral unioniste dans Wellington South. Il prêta serment au cabinet en tant que solliciteur général le 5 juillet 1919 ; Borden le nomma ministre de la Milice et de la Défense le 24 janvier suivant. Guthrie ne réintégrerait jamais les rangs des libéraux. D’après l’écrivain Charles Arthur McLaren Vining, il lança avec esprit aux journalistes que « ceux qui voulaient de ses anciennes opinions pouvaient les récupérer ».
Borden prit sa retraite en 1920. Pour lui succéder, Guthrie avait une préférence pour le ministre des Finances, sir William Thomas White*. À l’arrivée d’Arthur Meighen* comme premier ministre, il accepta toutefois loyalement de rester à la tête du ministère de la Milice et de la Défense. La popularité personnelle de Guthrie lui permit de demeurer député de Wellington South aux élections du 6 décembre 1921, malgré le fait que la coalition de Meighen, appelée Parti libéral et conservateur national, était en train de se diviser et fut réduite à un statut de tiers parti, derrière les libéraux renaissants de William Lyon Mackenzie King* et le nouveau Parti progressiste agraire de Thomas Alexander Crerar* [V. Thomas Wakem Caldwell]. Dans l’opposition, les forces dirigées par Meighen reprirent le nom de Parti libéral-conservateur, devenu historique sous sir John Alexander Macdonald*. Les conservateurs revinrent au pouvoir pour une courte période, en 1926, en raison d’un scandale au ministère des Douanes et Accises [V. Jacques Bureau] qui coûta l’appui de la Chambre aux libéraux. Quand le gouverneur général lord Byng n’accéda pas à sa demande de dissolution anticipée du Parlement, King démissionna. Meighen redevint premier ministre et réunit à la hâte un cabinet de ministres intérimaires ; Guthrie, qui en faisait partie, hérita des portefeuilles de la Justice et de la Défense nationale. Le gouvernement de Meighen fut rapidement défait en Chambre et un remaniement ministériel s’ensuivit. Guthrie, alors ministre titulaire, resta à la Défense nationale durant la campagne électorale générale subséquente. Le 14 septembre, les libéraux de King remportèrent une victoire décisive et Meighen, qui perdit son siège, démissionna bientôt de la chefferie du parti. La remarquable emprise de Guthrie sur Wellington South demeura intacte.
Un rassemblement de députés et de candidats défaits eut lieu en octobre. Étonnamment, on y choisit Guthrie comme chef intérimaire du parti. Ce résultat en surprit plus d’un, non pas à cause d’un manque d’expérience – il était le doyen des élus conservateurs, avec ses 26 années consécutives à la Chambre des communes –, mais parce qu’il avait siégé durant les 17 premières en tant que libéral. Guthrie dirigea le parti avec dignité et compétence au Parlement et présida le comité organisateur de son premier congrès national d’investiture, en octobre 1927. Même sans campagne officielle, Guthrie fut très en vue comme candidat. En plus de son vécu parlementaire inégalé, il présentait une image attrayante sur une estrade. Le journaliste conservateur Arthur Rutherford Ford* se rappellerait : « C’était un personnage impressionnant, grand, digne, majestueux, et toujours impeccablement habillé. Il avait l’allure d’un homme d’État. C’était un brillant orateur à la voix mélodieuse. » Guthrie ne servit pas sa cause, cependant : à son coup de marteau de président à Winnipeg, il souhaita aux délégués la bienvenue à « ce congrès national libéral ». Lorsque des rires éclatèrent, il se corrigea vite en parlant plutôt du « congrès national libéral-conservateur ». Toutefois, le mal était fait. Cette gaffe, combinée au fait qu’il préconisait de se concentrer sur la conquête de sièges non pas au Québec, mais dans l’Ouest canadien, scella son sort. Malgré un appui solide du caucus, Guthrie arriva deuxième, derrière Richard Bedford Bennett*, avocat et député de Calgary West.
Ce résultat déçut Guthrie, mais ne le dévasta pas. O’Leary noterait à son sujet qu’« il ne fit jamais de la politique le but suprême de [sa] vie ». Lecteur vorace d’histoire, de biographies et de romans policiers, Guthrie collectionnait également les antiquités avec passion. Il servit fidèlement au sein du cabinet fantôme de Bennett et fit campagne dans les provinces des Prairies pour les élections de 1930, qui ramenèrent les conservateurs au pouvoir. En récompense, il reçut le portefeuille de la Justice, ainsi que, du nouveau premier ministre, une confiance et un respect qu’il accorda à peu de membres du cabinet. En 1931, Guthrie dirigea la délégation canadienne à la Société des nations à Genève et, ensemble, Bennett et lui se chargèrent des dernières dispositions relatives à l’adoption du statut de Westminster par le Parlement britannique.
Les deux hommes mirent aussi en œuvre des mesures répressives contre les agitateurs politiques qui, en pleine grande dépression, s’opposaient au gouvernement fédéral. L’outil le plus controversé employé par l’« État coercitif Bennett-Guthrie », comme le qualifia le chercheur Kenneth William Kirkpatrick McNaught, fut l’article 98 du Code criminel, qui permit au gouvernement de persécuter des organisations prétendument séditieuses et de faire fi de l’habituelle présomption d’innocence. Interrogé sur l’utilisation de cette disposition par son ministère pour emprisonner des membres du Parti communiste de Timothy Buck* et pour expulser des immigrants, Guthrie répondit : « L’article 98 n’est en aucun cas une entrave pour toute personne sensée. » Son point de vue sur ce sujet contrastait fortement avec celui de ses anciens collègues libéraux.
Les opinions de moins en moins libérales de Guthrie se révélèrent également dans sa querelle prolongée avec la députée progressiste Agnes Campbell Macphail* ; première femme élue à la Chambre des communes, elle représentait la circonscription de Grey Southeast, à proximité de Wellington South. Ils avaient croisé le fer en 1922, à l’occasion d’un débat parlementaire sur les droits des femmes, puis au cours de la campagne électorale de 1926, pendant laquelle Guthrie l’avait qualifiée de sympathisante bolchevique. Leur conflit le plus critique concerna la réforme des prisons, en 1934 et 1935. Agnes Campbell Macphail exigeait une enquête publique approfondie sur les conditions épouvantables dans les pénitenciers, demande à laquelle l’intransigeant ministre de la Justice s’opposa. Pour tenter de la décrédibiliser, Guthrie eut recours à un procédé diffamatoire : il fit remarquer qu’un des prisonniers si ardemment défendus par la députée avait été condamné pour « un crime bestial », ce qui, à l’époque, désignait un acte homosexuel.
En 1935, quatre années de gouvernance dans un contexte de bouleversements économiques, sociaux et politiques sans précédent avaient ébranlé le premier ministre et la plupart des membres de son cabinet, dont Guthrie. Même s’il souffrait de problèmes cardiaques, Bennett choisit de rester chef, temporairement ragaillardi par la popularité de ses discours à la radio sur le New Deal. Guthrie persévéra loyalement, et apporta des modifications au Code criminel conformes aux recommandations de réforme de la commission royale sur les écarts de prix, présidée par son ancien collègue au cabinet Henry Herbert Stevens*. Tout en présentant ces changements, Guthrie avoua cependant douter de leur constitutionnalité. Lorsque Stevens rompit avec les conservateurs et créa le Parti de la reconstruction, plus radical, Guthrie demeura avec Bennett.
En juin, Guthrie appuya la décision du premier ministre d’arrêter la Marche sur Ottawa, composée d’un millier de grévistes ; issus des camps de secours de l’Ouest, ceux-ci avaient pris des trains vers l’est pour faire part de leurs doléances au gouvernement fédéral. En s’exprimant devant la Chambre le 13 juin, Guthrie donna deux justifications à la réaction du gouvernement : d’abord, la marche était « sous la direction de certains éléments communistes » ; ensuite, elle constituait « une tentative délibérée de perturbation de la paix, de l’ordre et du bon gouvernement du Canada par des moyens illégaux ». La Gendarmerie royale à cheval du Canada arrêta par la force les marcheurs à Regina, où, le 1er juillet, une émeute entraîna la mort d’un détective de la ville, Charles Millar ; il y eut des centaines de blessés, dont le manifestant Nicholas John Schaack, qui deviendrait la deuxième victime.
Après la clôture de la session parlementaire, le 11 août, Guthrie démissionna du cabinet. Bennett récompensa sa loyauté indéfectible par une nomination au poste de commissaire en chef de la Commission des chemins de fer. Guthrie ne se porta pas candidat aux élections générales du 14 octobre, à l’issue desquelles les conservateurs subirent une cuisante défaite au profit des libéraux. Pour la première fois en 35 ans, une personne autre que Guthrie représenterait Wellington South à la Chambre des communes.
Guthrie succomba à la maladie le 3 novembre 1939 ; il exerçait encore ses fonctions. À propos de son héritage politique, ses contemporains relevèrent en premier lieu sa remarquable longévité à titre d’élu. Il représenta les citoyens de Wellington South durant trois décennies et demie. Il siégea comme libéral pour les 17 premières de ces années et, pendant la majeure partie de cette période, il crut sincèrement aux valeurs traditionnelles grits et réformistes ontariennes de George Brown*, Alexander Mackenzie*, Edward Blake* et sir Oliver Mowat* : la liberté individuelle, le gouvernement limité et le commerce sans entraves. Les convictions de Guthrie devinrent plus conservatrices durant la Première Guerre mondiale, lorsque les troupes canadiennes et britanniques combattirent et se sacrifièrent pour une cause commune dans les tranchées de l’Europe occidentale. Son service ministériel dans le gouvernement d’union contribua à son changement de point de vue. En 1921, il n’était plus libéral, mais libéral-conservateur. Même sa position sur le commerce et les tarifs était celle d’un protectionniste conservateur ; au cours de la campagne de 1930, il fit valoir que les producteurs canadiens, tant agricoles que manufacturiers, méritaient d’avoir accès à leur marché intérieur. Ce changement d’attitude résultait, du moins en partie, de l’urbanisation et de l’industrialisation qu’avait connues Guelph au fil de sa carrière.
Hugh Guthrie avait des opinions traditionnelles et conservatrices au sujet de la loi et l’ordre. Il croyait qu’il fallait préserver « la paix, l’ordre et le bon gouvernement », selon la célèbre formule utilisée dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Comme avocat et libéral de longue date, il avait assimilé la liberté au respect des lois créées démocratiquement. À titre de ministre de la Justice dans le gouvernement conservateur de Bennett, il appliqua vigoureusement ce principe au cœur d’une période de turbulence généralisée. L’expulsion d’agitateurs immigrants, l’incarcération de personnes soupçonnées d’appartenir au communisme et le maintien de dures conditions de détention relevaient, de son point de vue, du devoir des forces de l’ordre dans un pays libre : peu reluisant, mais nécessaire. Conformément à ce qu’on pouvait attendre d’un grit passé chez les conservateurs, Guthrie en vint à voir le Canada comme un pays dans lequel les Canadiens français avaient des droits traditionnels au Québec seulement, et où l’on faisait bon accueil aux immigrants seulement s’ils s’assimilaient pacifiquement et rapidement à la population majoritaire anglo-celtique. Ces opinions, assez typiques des Canadiens de sa culture, de son origine ethnique et de sa classe sociale, deviendraient moins acceptables pour les générations suivantes. Guthrie était un homme politique accompli et largement respecté en son temps ; il n’était pas un prophète visionnaire aux idées en avance pour son époque.
Il n’existe aucune collection notable de papiers personnels ou de documents officiels de Hugh Guthrie. BAC conserve quelques dossiers d’intérêt dans les fonds R. B. Bennett (R11336-0-7-F) et Arthur Meighen (R14423-0-6-F). Des doutes subsistent quant à l’année de naissance de Guthrie : les recensements de 1901 et de 1911 mentionnent 1867, mais la plupart des sources primaires (notamment son acte de mariage) et secondaires indiquent 1866.
Ancestry.com, « Mariages, Ontario, Canada, 1826 à 1940 », Hugh Guthrie et Maude Henrietta Scarff, Wellington, 19 déc. 1895.— BAC, R233-177-0-F, Ontario, dist. Wellington Sud (134), sous-dist. Guelph (45) : 7 ; R233-37-6-F, Ontario, dist. Wellington Sud (126), sous-dist. Guelph (E), div. 15 : 17.— Pierre Berton, The Great Depression, 1929–1939 (Toronto, 1990).— Canada, Chambre des communes, Débats, 19 juin 1917, 14 févr. 1933, 13 juin 1935.— Terry Crowley, « Agnes Macphail, Canadian politics, and Guelph politicians », Historic Guelph : the Royal City (Guelph, Ontario), 31 (1992–1993) : 32–47.— A. R. Ford, As the world wags on (Toronto, 1950).— L. A. Glassford, Reaction and reform : the politics of the Conservative Party under R. B. Bennett, 1927–1938 (Toronto, 1992).— Kenneth McNaught, A prophet in politics : a biography of J. S. Woodsworth (Toronto, 1959).— M. G. O’Leary, « Cabinet portraits, Hugh Guthrie », Maclean’s, 1er oct. 1930 : 10, 48, 50.— R. T. L. [Charles Vining], Bigwigs : Canadians wise and otherwise (Toronto, 1935).
Larry A. Glassford, « GUTHRIE, HUGH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 mars 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/guthrie_hugh_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/guthrie_hugh_16F.html |
| Auteur de l'article: | Larry A. Glassford |
| Titre de l'article: | GUTHRIE, HUGH |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 18 mars 2026 |