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BIDWELL, MARSHALL SPRING, avocat et homme politique, né le 16 février 1799 à Stockbridge, Mass., fils de Barnabas Bidwell* et de Mary Gray ; il épousa Clara Willcox, de Bath, près de Kingston, Haut-Canada, et quatre enfants naquirent de cette union ; décédé le 24 octobre 1872 à New York.

Le père de Marshall Spring, Barnabas Bidwell, qui avait été procureur général du Massachusetts, membre du Congrès et ardent partisan de Jefferson, fut forcé de quitter son état en 1810, après avoir été accusé de malversations. La famille s’installa à Bath, Haut-Canada, juste avant la guerre de 1812. Le jeune Bidwell fréquenta les écoles locales ; son père fut également son professeur à la maison, et c’est à lui qu’il devait la base de ses connaissances approfondies en droit. Quand il eut 17 ans environ, Marshall Spring fit un stage chez Daniel Washburn et Daniel Hagerman, avocats et avoués de Kingston, où vint bientôt s’installer la famille Bidwell. En 1821, il fut admis au barreau et connut tout de suite un succès remarquable et continu dans les salles d’audience.

Peu après 1820, ce fut la « question de la nationalité » qui attira d’abord l’attention du public sur Marshall Spring Bidwell et sur son père : les Américains qui étaient venus s’installer dans la colonie au cours des 25 dernières années devaient-ils, oui ou non, entamer une longue procédure de naturalisation avant de jouir des mêmes droits civils et politiques que les sujets britanniques. En 1821, la chambre d’Assemblée vota l’expulsion de Barnabas, élu député quelques semaines plus tôt, sous prétexte que les accusations que l’on avait autrefois portées contre lui au Massachusetts lui enlevaient tout droit à ce siège. On adopta par la suite une loi visiblement destinée à exclure Barnabas Bidwell de l’Assemblée. Sur ce, Marshall Spring décida de se présenter aux élections partielles qui eurent lieu par la suite, mais le directeur du scrutin le déclara non éligible. De nouveau, en 1823, cette question fut soulevée à la chambre qui reconnut alors que le jeune Bidwell était éligible et satisfaisait aux conditions d’allégeance exigées des députés. Lors d’une nouvelle élection partielle, en 1823, il n’en fut pas moins éliminé encore une fois par le directeur du scrutin, et l’Assemblée annula de nouveau l’élection. Finalement, aux élections générales de 1824, le directeur du scrutin autorisa le décompte des voix que Bidwell avait obtenues. Il fut élu et occupa son siège en dépit de la décision des conseillers juridiques britanniques, selon laquelle ni lui ni son père ne pouvaient être députés. Il représenta Lennox et Addington jusqu’à sa défaite en 1836.

La chambre d’Assemblée de 1824, pour la première fois dans l’histoire du Haut-Canada, était composée en majorité de membres qui désapprouvaient fortement le Conseil exécutif qu’on allait bientôt surnommer le « Family Compact ». Cette majorité était fermement décidée à effectuer des réformes au moyen de nouvelles lois. Dès le début, le jeune Bidwell, qui n’avait pas encore 30 ans, devint un des leaders de l’Assemblée, travaillant en étroite collaboration avec le médecin John Rolph* et avec son collègue de Lennox et d’Addington, Peter Perry*. Au cours des années 1825–1828, Bidwell proposa l’adoption de lois portant sur des sujets divers : droit pour les individus accusés au criminel d’être défendus par des avocats, répartition plus égale des biens des particuliers morts intestats, abolition de l’emprisonnement pour dettes, suppression de la peine du fouet et du pilori, autorité accrue de l’Assemblée sur les revenus et sur les postes, et libéralisation de la loi sur la célébration du mariage. Il appuya également des projets de lois sur la vente des « réserves » du clergé et l’affectation des sommes ainsi recueillies à la construction d’écoles, ainsi que des lois sur les jurys. Toutes ces mesures furent approuvées par la chambre d’Assemblée, session après session, mais chaque fois le Conseil législatif les rejeta. Bidwell joua également un rôle important dans la longue controverse sur la nationalité qui aboutit en 1828 à l’adoption d’une loi sur la naturalisation que les habitants d’origine américaine du Haut-Canada jugèrent acceptable.

Les passions s’échauffèrent et la division entre les partis s’affirma en 1827, avec la « charte ecclésiastique » du révérend John Strachan* qui exagérait la puissance de l’Église d’Angleterre dans le Haut-Canada et accusait les ministres méthodistes d’être des agents d’américanisation, ainsi qu’avec la charte de l’université, que Strachan avait obtenue en Angleterre et qui faisait du conseil d’administration de King’s College l’apanage des anglicans. L’Assemblée créa immédiatement une commission d’enquête, présidée par Marshall Spring Bidwell, avec mission d’étudier le danger d’une « domination ecclésiastique ». Son rapport de 1828 reflète sans doute fort exactement les tendances politiques de Bidwell. On y déclarait que les habitants du Haut-Canada éprouvaient « une grande aversion » pour une Église établie et pour de « fausses distinctions entre hommes d’un même rang », qu’ils réclamaient un système d’enseignement débarrassé de différences « fondées sur les croyances ou sur l’appartenance à une religion donnée », et que l’université ne devait pas être « une école de politique ou de sectarisme ». Le 28 mai 1828, Bidwell écrivait à son collègue réformiste, William Warren Baldwin*, que la province connaissait une crise parce que le gouvernement « exerçait le pouvoir sans en assumer les vraies responsabilités, ni sans rendre de comptes à ses administrés » et que « le pouvoir, en pareilles circonstances, entraîne toujours des abus, et ne saurait que corrompre ses détenteurs ». Le 8 septembre suivant, il déclarait à Baldwin : « Je serais heureux de discuter avec vous et avec M. Rolph des mesures qu’il conviendrait d’adopter pour débarrasser la province des maux qu’elle doit au Family compact [...]. C’est tout le système et l’esprit même de l’administration actuelle qui doivent disparaître. » Le 7 janvier 1829, il écrivit aussi à John Neilson*, journaliste québécois et réformiste modéré, que ce ne serait pas en faisant appel au gouvernement britannique que l’on parviendrait à effectuer les changements nécessaires, mais qu’il fallait que le peuple du Canada « agisse de façon unanime et n’adopte une telle attitude que s’il lui est possible de la défendre raisonnablement et honnêtement ».

Lors des élections de 1828, les réformistes du Haut-Canada accrurent leur majorité à l’Assemblée et Bidwell fut élu orateur (président). À cette époque où il n’y avait pas de cabinet ou de gouvernement responsable, l’orateur n’était pas un fonctionnaire impartial qui présidait aux délibérations mais un homme politique actif et partisan. L’élection de Bidwell en faisait le chef de son parti, et il en était de même pour Louis-Joseph Papineau, élu orateur du Bas-Canada. Ces fonctions l’empêchaient toutefois de proposer des lois et de voter ; il est ainsi impossible de savoir exactement jusqu’à quel point Bidwell contribua aux mesures adoptées par le parlement pendant sa brève existence, en 1829–1830. Il est toutefois probable qu’il favorisait fortement les projets de lois visant l’abolition de la prison pour dettes, la vente des réserves du clergé, la libéralisation de la loi régissant la célébration du mariage, ainsi que de nombreuses résolutions dirigées contre le lieutenant-gouverneur, sir John Colborne*, et l’exécutif du gouvernement.

Lors des élections de 1830, il y eut tant de changements que les réformistes furent en minorité ; Bidwell redevint leader du parti réformiste à la chambre. Bidwell et ses partisans arrivèrent souvent, même minoritaires, à faire adopter par l’Assemblée les lois qu’ils préconisaient, comme, par exemple, celle sur les successions ab intestat. Un journal tory commentait ce fait curieux en ces termes : « M. Bidwell, malgré l’infériorité de son parti, que ce soit en nombre ou en compétence, a acquis une influence qui dépasse celle de tout autre membre de l’Assemblée actuelle [...]. Le parti au pouvoir [...] n’a pas de chef réel, ni d’entente, ni de plan d’action commun [...] tandis que le parti que dirige M. Bidwell [...] forme un groupe dense et bien entraîné dont les membres sont toujours à leur poste et toujours prêts à suivre leur chef. » Cependant, les réformistes furent souvent battus et, en particulier, chaque fois qu’il s’agissait d’un vote sur l’expulsion de William Lyon Mackenzie*. Bidwell insista pour que l’on accordât « le plus de latitude possible à la liberté de presse » dans une province où l’exécutif avait une « telle influence ». Au moment de la dernière expulsion, il accusa la majorité conservatrice de « donner à M. Mackenzie une trop grande importance aux yeux des propriétaires fonciers, qui le considèrent comme un martyr dans la cause de leurs droits civils. Et par là-même, ajoutait-il, vous donnez l’Assemblée en spectacle ! Vous faites tort à sa réputation en empêchant les enquêtes sur les sujets auxquels elle doit s’intéresser, en traitant des problèmes urgents de la façon la plus négligente et la plus hâtive, et en vous jouant des fonctions importantes qu’on vous a donné mission d’exercer ». Le plus haut fait de Bidwell durant cette session fut de proposer, au début de 1834, d’adresser au roi, une protestation contre le rejet par le gouvernement britannique des lois sur les opérations de banque adoptées par la législature du Haut-Canada. Cette proposition que Mackenzie surnomma « la dernière Déclaration d’indépendance » fut adoptée à la quasi-unanimité puisqu’un seul député s’y opposa.

Les réformistes remportèrent à nouveau la victoire aux élections de 1834 et, une fois encore, Bidwell fut élu orateur, en dépit des accusations de Christopher Hagerman* qui prétendait qu’il était « déloyal [...] et entretenait des rapports d’ordre politique avec des personnes qui souhaitaient séparer cette province de la mère patrie ». Comme dans les années 20, l’Assemblée adopta les projets de lois du programme réformiste et ajouta une loi visant à légaliser le vote par scrutin ; encore une fois, le Conseil législatif rejeta toutes ces mesures. Mais alors que la province connaissait la prospérité qui marqua le milieu des années 30, des signes d’une division croissante se manifestaient entre la majorité réformiste dirigée par Perry et Bidwell et un petit groupe de radicaux agrariens menés par Mackenzie. La majorité accorda son appui à des projets de lois sur la construction de canaux ou la fondation de banques à charte et de compagnies d’assurance, projets auxquels Mackenzie s’opposa avec véhémence. Après que Mackenzie eut déposé en 1835 son volumineux Seventh report on grievances, Perry chercha à s’en dissocier et il est probable qu’alors il se faisait également l’interprète de Bidwell. L’année précédente, lors d’une assemblée politique, Perry avait déclaré que « personne n’a jamais autant blâmé à certains moments la violence dont fait preuve parfois M. Mackenzie que M. Bidwell et moi-même ».

Au début de 1836, les remous qui agitaient la politique provinciale s’intensifièrent avec l’arrivée d’un nouveau lieutenant-gouverneur, sir Francis Bond Head, envoyé par le ministère des Colonies avec mission de trouver une solution aux griefs énumérés par Mackenzie dans son rapport. Dénué d’expérience politique et un peu inconstant, Head, qui ne connaissait rien du Haut-Canada, fut stupéfait d’apprendre au cours d’une entrevue personnelle avec Bidwell que la population avait d’autres griefs qui ne figuraient pas dans les 553 pages du rapport de Mackenzie. À partir de ce jour, Head se méfia de Bidwell, sans comprendre qu’un fossé se creusait graduellement entre ce dernier et Mackenzie et que les deux hommes envisageaient la réforme sous un jour très différent.

Estimant qu’il fallait agrandir le Conseil exécutif, Head nomma trois nouveaux membres en février 1836 : John Henry Dunn* et deux réformistes éminents, Robert Baldwin* et John Rolph. Toutefois, les espoirs des réformistes s’évanouirent bientôt car, moins d’un mois plus tard, le Conseil exécutif tout entier donnait sa démission, sous prétexte que le lieutenant-gouverneur ne les consultait pas suffisamment. Il s’ensuivit une âpre querelle entre Head et l’Assemblée, où prédominaient les réformistes. Ces derniers adoptèrent des adresses au roi et à la chambre des Communes britannique ; signées par Bidwell en sa qualité d’orateur, elles se plaignaient toutes du lieutenant-gouverneur comme d’un despote et d’un fourbe. L’Assemblée vota l’arrêt des crédits et, peu après, Bidwell porta au journals de la chambre d’Assemblée une lettre de l’orateur du Bas-Canada, Papineau, qui déclarait que « l’état de la société dans toute l’Amérique exige [ait] que son gouvernement [prît] une forme qui se [rapprochât] le plus possible de celle qu’avaient adoptée, dans leur sagesse, les législateurs du pays voisin ». Pour sa part, Head, après avoir dissous le parlement, plongea la province dans une des campagnes électorales les plus mouvementées de son histoire. Il était convaincu que son sort était d’ « être condamné à lutter contre la démocratie sur le sol américain » et que Marshall Spring Bidwell était le chef de ses adversaires « républicains ».

Les réformistes subirent une défaite cuisante en 1836, et Bidwell ne fut pas réélu. En plus de la tendance générale qui était défavorable à son parti, il y eut probablement quelques raisons personnelles pour expliquer sa défaite dans la circonscription de Lennox et Addington. Il s’était récemment installé à Toronto, afin de pouvoir mieux s’occuper de sa clientèle juridique, fort nombreuse, et les électeurs canadiens ont souvent manifesté leur désapprobation aux candidats qui ne résident pas dans leur circonscription. De plus, Bidwell ne fit apparemment pas une campagne très active, car l’atmosphère échauffée qui régnait alors lui déplaisait. De toute façon, écrivit-il à Robert Baldwin, « douze années de dur labeur ont épuisé mes forces et mes espoirs [...] et je n’avais pas la moindre envie de courir au-devant des ennuis ni d’engager des dépenses ». Bidwell, comme les autres réformistes, attribua également sa défaite aux méthodes déloyales de ses adversaires. Il résolut de se retirer de la vie politique et ne prit aucune part aux événements des 18 mois qui suivirent et qui aboutirent à la rébellion de décembre 1837.

Durant cette retraite politique, Bidwell, sans le savoir, fut la cause d’une violente dispute entre Head et le ministère des Colonies qui amena finalement le gouverneur à donner sa démission. Dans une dépêche datée du 5 avril 1837, Head refusa de rendre à George Ridout le poste dont il l’avait privé, et refusa de nommer Bidwell juge. Il déclara que les capacités de ce dernier « en matière juridique sont [...] supérieures à celles d’un au moins de ceux que j’ai nommés, et sa moralité est irréprochable [...] mais, si prêt que je sois à rendre hommage aux compétences d’une personne, je ne peux m’empêcher de croire que le bien-être et l’honneur de cette province dépendent de ce que Sa Majesté ne donne jamais un poste important à un homme qui manque de loyauté ». Le 14 juillet, lord Glenelg insista pour que l’on offrît à Bidwell le prochain poste déjuge qui deviendrait vacant à la Cour du banc du roi ; le 10 septembre Head « décida d’assumer la grave responsabilité de refuser formellement de nommer M. Bidwell juge, ou de rendre à M. George Ridout le poste de juge [qu’il] lui a [vait] enlevé ». Le 24 novembre, Glenelg informa Head que sa démission avait été acceptée. Le ministre des Colonies considérait l’indiscipline de Head dans l’affaire Ridout comme particulièrement grave, mais il ne fait aucun doute que Bidwell, sans le vouloir, joua un rôle dans le rappel du lieutenant-gouverneur.

Mais Head allait pouvoir se venger. Avant que la dépêche de Glenelg ne parvînt à Toronto, Mackenzie avait donné le signal de la rébellion et avait perdu la partie. Parmi les dépouilles que les rebelles avaient abandonnées en se dispersant, il y avait un étendard portant l’inscription suivante : « bidwell, and the glorious minority ! 1837, and a good beginning ». Il s’agissait là en réalité d’une bannière électorale datant de 1831, dont on avait falsifié la date. Un jour ou deux plus tard, Head montra l’étendard à Bidwell et lui dit que, étant donné le climat actuel de l’opinion publique, il ne pouvait lui garantir la vie sauve ni protéger ses biens, mais qu’il était prêt à lui donner un sauf-conduit s’il quittait la province. Bidwell, que Egerton Ryerson* devait plus tard dépeindre sous les traits d’un homme « renfermé, timoré, nerveux même », nia avoir pris part à la rébellion, mais accepta toutefois l’offre que lui faisait le gouverneur de quitter le Haut-Canada pour toujours. Il traversa le lac Ontario le 9 décembre 1837 et alla s’installer dans l’état de New York. Il avait, dans ses papiers, un mot écrit à la hâte par son vieil adversaire, Christopher Hagerman, disant « je vous connais depuis si longtemps – et j’oserai dire si intimement – et j’éprouve tant de respect pour vous, à titre dé voisin et d’ami, respect qui me vient de la connaissance que j’ai de votre aimable caractère dans les sphères de la vie où n’intervient pas la controverse politique, que je ne puis vous dire adieu, pour toujours peut-être, sans émotion ».

Cette lettre personnelle n’empêcha pas Hagerman, quelques semaines plus tard, d’accuser Bidwell dans le Patriot de Toronto. Il affirma que Bidwell avait quitté le Haut-Canada après que Head lui eut donné le choix entre recevoir ouvertes et lues les lettres qui arriveraient à son adresse au bureau de poste de Toronto, ou de les recevoir réadressées et cachetées, s’il quittait la province. Cette accusation amena Ryerson, le plus puissant polémiste de la province, à entrer en lice pour défendre Bidwell. Ryerson avait été l’adversaire de Bidwell de 1833 à 1836, mais il était à présent convaincu que l’ancien orateur avait été banni « à cause de ses capacités et de ses opinions », et non à cause de ses actes, et que dès qu’un peuple permettait à ses dirigeants « de persécuter et de punir [les gens pour] leurs opinions [...] il signait du même coup l’arrêt de mort de sa propre liberté et devenait esclave ». Le blâme jeté par Ryerson sur Head est aujourd’hui le verdict même de l’histoire.

La plupart des exilés les plus influents de 1837 revinrent au Canada mais ce ne fut pas le cas de Bidwell. Par deux fois au moins, dans les années 40, on tenta de le faire revenir, mais en vain. Il garda des liens avec de nombreux Canadiens et ses futurs associés de New York le considéraient comme une autorité sur les questions canadiennes. En 1872, peu avant sa mort, il fit une brève visite à Toronto où, un dimanche matin, il accompagna Ryerson à l’église.

Peu de temps après avoir quitté la province, Bidwell eut par deux fois l’occasion de rencontrer les gouverneurs. En mars 1838, alors qu’il était à Albany pour faire sa demande d’admission au Barreau de New York, il rencontra par hasard sir George Arthur*, le successeur de Head, qui s’était arrêté pour saluer le gouverneur, William L. Marcy, avant de poursuivre sa route vers Toronto. Cette rencontre ayant lieu à la résidence du gouverneur, elle persuada tout de suite Arthur que Bidwell était bien indigne de confiance, tandis que l’ancien orateur fut convaincu, après un entretien avec sir George Arthur, « qu’il n’y avait aucune libéralité à attendre de lui ». Peu après, alors qu’il passait par New York, en route pour l’Angleterre, Head invita Bidwell à lui rendre visite. Leur conversation fut d’abord empreinte d’une courtoisie un peu guindée mais, lorsque Head lui fit part de sa correspondance avec Glenelg au sujet du poste de juge, Bidwell, d’habitude d’humeur fort douce, s’exclama que son bannissement avait été « extrêmement arbitraire, injuste et cruel ». Il en était sans doute arrivé à la conclusion que Head l’avait forcé à partir afin de marquer un point contre le ministère des Colonies.

Lorsque Bidwell quitta le Haut-Canada, il avait encore les deux tiers de sa carrière devant lui. Au début, il fut déprimé et pessimiste, écrivant à ses amis qu’il était « trop vieux pour s’établir dans un pays étranger » où il n’avait jamais exercé sa profession. Néanmoins il fut bientôt autorisé à exercer le droit à la fois par la Cour suprême de l’état et par la Cour de la chancellerie. Après s’être installé à New York, il entra dans l’étude de George W. Strong, dont il devint l’associé. Après la mort de ce dernier, Bidwell continua d’exercer sa profession, devenant le plus ancien associé de l’étude, avec le fils de Strong, George Templeton, et plus tard avec le cousin de ce dernier, Charles Edward. L’étude Strong, Bidwell, and Strong devint l’une des plus respectées de la métropole, et Bidwell fut bientôt connu comme un des hommes de loi les plus érudits qui ait jamais plaidé devant les tribunaux américains, un expert des lois régissant les biens immobiliers. Dans son journal, George Templeton Strong déclare : « Nous nous reposions tous sur lui, trop pour notre bien d’ailleurs. Au lieu d’étudier un problème, j’allais généralement trouver Bidwell qui me donnait tout de suite un résumé de toutes les causes s’y rapportant et m’énumérait les considérations des deux parties. Il aimait le droit comme une science pure. » Un autre de ses associés rapporte que Bidwell avait « souvent dit qu’il trouvait beaucoup plus distrayant de remonter à la source de quelque principe juridique, en étudiant les rapports du xviie siècle, que de lire les romans les plus passionnants ». Il donna souvent des conférences à Columbia Law School, et, en 1858, Yale University lui décerna le grade de docteur en droit.

Selon William M. Evarts, Bidwell décida que « les circonstances qui l’avaient amené à abandonner » le Haut-Canada le forçaient à « s’abstenir de toute participation à la vie politique américaine ». G. T. Strong fit également remarquer, à la mort de Bidwell, combien il était « étonnant que cette famille, après tant d’années passées à New York, n’y ait pas lié d’amitiés ni établi de relations, surtout si l’on pense au caractère chaleureux de ce bon Bidwell, à sa cordialité et à sa sociabilité [...]. Je pense que les convictions puritaines de ce pauvre Bidwell l’avaient conduit à considérer comme des plaisirs coupables les visites, les thés, toutes ces petites manœuvres de la vie en société, et cela en dépit de ses goûts personnels ». Durant toute sa vie, Bidwell demeura un fervent presbytérien et un défenseur de la tempérance ; pendant les années qu’il passa à New York, il accorda un appui fidèle à l’American Bible Society et à d’autres organisations et institutions charitables ou religieuses.

C’est Bidwell lui-même qui évalue le mieux sa carrière dans le Haut-Canada, dans une lettre datée du 29 avril 1838 : « Mon seul crime a consisté à tenter de façon loyale, honnête et désintéressée, par des voies constitutionnelles, et dans l’exercice de mes fonctions publiques, d’améliorer les conditions de vie et de défendre les droits du peuple du Haut-Canada. Si mes idées avaient prévalu, il n’y aurait pas eu de rébellion. »

G. M. Craig

APC, FM 24, B1 (Papiers de la famille Neilson).— MTCL, Baldwin papers.— PAO, Marshall S. Bidwell papers.— Arthur papers (Sanderson).— F. B. Head, A narrative (Londres, 1839) ; republié sous le titre, A narrative with notes by William Lyon Mackenzie, S. F. Wise, édit. (« Carleton Library series », n° 43, Toronto, Montréal, 1969).— In memoriam, Marshall Spring Bidwell (New York, I 872).— Journal of the House of Assembly of Upper Canada, 1821–1836.— [A. E. Ryerson], Sir. F. B. Head and Mr. Bidwell : the causes and circumstances of Mr. Bidwell’s banishment [...] by a United Empire Loyalist (Kingston, Ont., 1838).— The seventh report from the select committee of the House of Assembly of Upper Canada on grievances [...] (Toronto, 1835).— [G. T. Strong], The diary of George Templeton Strong, Allan Nevins et M. H. Thomas, édit. (4 vol., New York, 1952).— J. G. Brown, Marshall Spring Bidwell and the reform movements in Upper Canada, 1822–1837 (thèse de m.a., Queen’s University, 1934).— Canadian portraits ; C.B.C. broadcasts, R. G. Riddell, édit. (Toronto, 1940).— Craig, Upper Canada.— Dent, Upper Canadian rebellion.— Sister Dominic (Genevieve Slawuta), Marshal [sic] Spring Bidwell, a Reform leader in Upper Canada (thèse de {{m.a}}., University of Ottawa, [1968]).— Aileen Dunham, Political unrest in Upper Canada, 1815–1836 (Londres, 1927).— Sissons, Ryerson.— W. R. Riddell, The Bidwell elections : a political episode in Upper Canada a century ago, Ont. Hist., XXI (1924) : 236–244.— C. B. Sissons, The case of Bidwell ; correspondence connected with the « withdrawal » of Marshall Spring Bidwell from Canada, CHR, XXVII (1946) : 368–382.

Bibliographie générale

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G. M. Craig, « BIDWELL, MARSHALL SPRING », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bidwell_marshall_spring_10F.html.

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Auteur de l'article:   G. M. Craig
Titre de l'article:   BIDWELL, MARSHALL SPRING
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   25 octobre 2014