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HAVEN, JENS, fondateur de la première mission morave au Labrador, né le 23 juin 1724 à Wust, Jutland, Danemark ; il épousa le 12 avril 1771 Mary Butterworth de l’établissement morave de Fulneck (près de Pudsey, West Yorkshire, Angleterre), et ils eurent deux fils ; décédé le 16 avril 1796 à Herrnhut, Saxe (République démocratique allemande).

Né dans une famille de cultivateurs luthériens, Jens Haven fut dans sa jeunesse apprenti à Copenhague chez un menuisier qui appartenait à l’Église morave. En juin 1748, après avoir terminé son apprentissage, Haven fut admis dans l’établissement morave de Herrnhut où il resta dix ans. Comme il s’était porté volontaire pour travailler dans des missions étrangères, il fut envoyé à la mission inuit du Groenland en 1758. Il passa quatre ans à la nouvelle base de Lichtenfels (près de Fiskenæsset) avant de retourner à Herrnhut en congé au début de 1763.

Même avant d’aller au Groenland, Haven avait acquis la conviction que c’était son destin de fonder une mission chez les Inuit du Labrador ; les moraves avaient déjà tenté de le faire en 1752 mais sans succès [V. John Christian Erhardt*]. Au début de 1764, Haven demanda aux autorités moraves la permission, qu’ils lui accordèrent, d’aller au Labrador, territoire qui relevait depuis 1763 du gouverneur de Terre-Neuve. En février, sans savoir un mot d’anglais, il partit pour Londres à pied où, grâce aux bons offices de la congrégation morave de l’endroit, il obtint une entrevue avec le nouveau gouverneur de Terre-Neuve, Hugh Palliser, qui arrangea sa traversée à St John’s. Palliser espérait que Haven pourrait aider à mettre un terme aux conflits endémiques entre Inuit et Blancs du détroit de Belle-Isle et du sud du Labrador qui entravaient gravement l’exploitation d’un site de pêche.

Haven passa l’été de 1764 au détroit. Par suite de longues conversations avec les Inuit, il fut à même de fournir à Palliser un rapport détaillé de la situation qui y prévalait ainsi qu’une analyse fidèle des raisons profondes qui occasionnaient des flambées de violence. Le gouverneur et les moraves reçurent avec satisfaction les résultats de l’expédition menée par Haven. Palliser signala que « l’on pourrait tirer bon profit de cet homme l’année prochaine » ; de leur côté, les moraves jugèrent qu’une mission au Labrador était possible et même nécessaire. En 1765, sous les auspices de Palliser, Haven retourna dans le détroit sur un navire que commandait Francis Lucas*. L’accompagnaient trois autres moraves dont l’un, Christian Larsen Drachart, pouvait également parler la langue inuit. Les moraves désiraient essentiellement trouver un emplacement afin d’y construire une maison pour la mission, mais du fait que Palliser avait décidé de les employer comme interprètes pour aider à conclure une sorte de pacte avec les Inuit, ils se virent limités dans leur liberté de mouvement. Courroucées par l’attitude de Palliser, les autorités moraves décidèrent qu’il n’y aurait d’autres expéditions au Labrador que lorsqu’elles auraient reçu les concessions sollicitées en février 1765. Ni Palliser ni le Board of Trade n’étaient prêts à accorder ces concessions ; la situation semblait sans issue. Haven passa les années 1766 et 1767 dans les établissements moraves de Fulneck et de Zeist (Pays-Bas).

Au début de 1768, Haven reçut la permission de faire pression à nouveau sur le Board of Trade pour obtenir une concession et il retourna à Londres. À la suite de négociations prolongées, un arrêté en conseil de mai 1769 accordait à l’Église morave 100 000 acres de terre au Labrador [V. Mikak]. En 1770, Haven, accompagné de Drachart et de Stephen Jensen, fit à nouveau voile à destination du Labrador. En août, ils choisirent une terre dans la région de Nuneingoak qu’ils achetèrent aux Inuit de l’endroit. Les indigènes accueillirent avec enthousiasme Haven qu’ils appelèrent Jens Ingoak, l’ami des Inuit.

Haven retourna à Londres en 1770 et passa l’hiver et le début du printemps à travailler à la préfabrication de la maison de la mission, se maria et prit part aux derniers préparatifs en vue de l’établissement de cette mission en 1771. Les missionnaires, au nombre de 14, avaient à leur tête, non pas Haven, mais Christoph Brasen, un chirurgien danois. Haven avait été écarté, probablement à cause de « l’impétuosité et la rudesse naturelles de [son] tempérament » et de sa tendance à être « ardent et autoritaire ». Le 12 août 1771, les missionnaires commencèrent à bâtir une maison sur leur terre du Labrador ; ils l’appelèrent Nain.

Haven passa les 13 années suivantes au Labrador, hormis un congé en 1777–1778. Il joua un rôle de premier plan dans la vie spirituelle de la mission et fit d’importants voyages d’exploration le long de la côte septentrionale du Labrador. En 1776, il construisit une base à Okak dont il fut responsable jusqu’en 1781 ; à cette date, il fut rappelé à Nain pour surveiller la préparation d’un établissement à Hoffenthal (Hopedale) qu’il érigea en 1782 et où il séjourna deux ans. En 1784, vieilli, sans force, sa vue commençant à baisser, il revint à Herrnhut où il vécut jusqu’à sa mort en 1796. Il souffrit de cécité pendant les six dernières années de sa vie.

Ce fut grâce à l’obstination de Haven qu’une mission fut fondée au Labrador. Selon la remarque d’un contemporain, c’était « un Mauerbrecher [...], un aventurier téméraire dans diverses situations critiques ». Mais, en même temps, son caractère colérique et son esprit braqué sur un unique objectif en firent un collègue difficile. Il avait conscience de ces défauts qu’il combattit d’ailleurs ; néanmoins, sans eux, la mission ne serait jamais devenue une réalité.

J. K. Hiller

Les manuscrits concernant l’établissement des missions moraves au Labrador sont conservés aux Moravian Church Archives à Bethlehem, Pennsylvanie, et à Londres. Ces dépôts contiennent des journaux, des lettres, des procès-verbaux, des plans, des cartes et des registres. Les APC (MG 17, D1) possèdent ces documents sur microfilm. Jens Haven est l’auteur de la plus grande partie du « Memoir of the life of Br. Jens Haven, the first missionary of the Brethren’s Church to the Esquimaux, on the coast of Labrador », Periodical accounts relating to the missions of the Church of the United Brethren, established among the heathen (Londres), II (1798) : 99110.  [j. k. h.]

PRO, CO 194/16. Daniel Benham, Memoirs of James Hutton, comprising the annals of his life, and connection with the United Brethren (Londres, 1856). Hiller, Foundation of Moravian mission.— W. H. Whiteley, The establishment of the Moravian mission in Labrador and British policy, 176383, CHR, XLV (1964) : 2950.

Bibliographie générale

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J. K. Hiller, « HAVEN, JENS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/haven_jens_4F.html.

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Auteur de l'article:   J. K. Hiller
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   20 avril 2014