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MACKAY, ALEXANDER McLELLAN, homme d’affaires et homme politique, né en 1834 dans le comté de Pictou, Nouvelle-Écosse ; le 18 octobre 1859, il épousa à Pictou Elizabeth O’Neill, et ils eurent cinq filles, dont l’une mourut en bas âge, et quatre fils ; décédé le 24 novembre 1905 à St John’s.

Après avoir enseigné un moment, Alexander McLellan Mackay fut télégraphiste à Halifax, à Hamilton dans le Haut-Canada et à New York. En janvier 1857, il se rendit à Terre-Neuve à titre de surintendant local de la New York, Newfoundland and London Telegraph Company. Cette société, qui allait fusionner en 1873 avec l’Anglo-American Telegraph Company, exploitait alors une ligne qui traversait Terre-Neuve ainsi qu’une liaison avec le Cap-Breton [V. Frederic Newton Gisborne*]. Elle en était à la troisième année d’un monopole qu’elle exercerait pendant 50 ans sur l’utilisation de cette ligne qui allait d’un bout à l’autre de la péninsule d’Avalon jusqu’à St John’s. À son arrivée, Mackay trouva la ligne rompue et l’équipe de travail démoralisée. Il fit reconstruire la ligne, qui deviendrait un maillon important du réseau de l’Anglo-American après la pose d’un câble transatlantique jusqu’à Heart’s Content en 1866.

En 1885, Mackay fit installer à St John’s le premier réseau public de téléphone de Terre-Neuve. Deux ans auparavant, il avait réussi à empêcher la Compagnie canadienne de téléphone Bell d’obtenir une franchise sur l’île. Pour cela, il avait menacé d’interrompre le service sur les lignes télégraphiques du gouvernement, qu’il administrait depuis 1877, fait valoir que le droit d’exploiter un service téléphonique revenait à l’Anglo-American en vertu de sa franchise télégraphique et affirmé que, si nécessaire, il poursuivrait la société Bell en justice pour faire respecter le monopole de son entreprise. En 1885, il aida aussi le marchand Moses Monroe* à mettre sur pied la St John’s Electric Light Company.

Mackay participait à la vie sociale et culturelle de St John’s. Actif dans la franc-maçonnerie, il fut grand maître provincial de 1867 jusqu’à sa mort. En 1877, il promut avec d’autres l’unification de la congrégation presbytérienne St Andrew, à laquelle il appartenait, et de l’Église libre [V. Moses Harvey]. En octobre 1883, il participa à la fondation d’un cercle de marchands, le City Club, dont il fut président jusqu’en 1905.

Partisan de William Vallance Whiteway et de sa politique ferroviaire, Mackay fut élu sans opposition en 1878 dans la circonscription de Burgeo and LaPoile. De 1882 à 1884, il fut ministre sans portefeuille dans le cabinet de Whiteway. Il fit partie du groupe d’hommes politiques qui quittèrent le parti de Whiteway l’année suivante, après l’émeute de Harbour Grace, qui opposa catholiques et protestants. Au scrutin général qui suivit la démission du premier ministre, Mackay se présenta sous la bannière de Robert Thorburn et fut élu encore une fois sans opposition. Il ne se porta pas candidat lorsque Whiteway revint en politique, en 1889. Whiteway le fit entrer au Conseil législatif le 24 décembre de la même année. Il le nomma aussi à la Commission des pêches de Terre-Neuve, dont le président était Augustus William Harvey, et au conseil d’administration de la Newfoundland Savings’ Bank.

En 1892, une commission placée sous la présidence du secrétaire de la colonie, Robert Bond*, enquêta sur le système public de télégraphie. Seize ans auparavant, le gouvernement avait décidé de relier St John’s à divers points de l’île. L’Anglo-American avait posé les lignes et le gouvernement avait payé les travaux. En vertu du contrat qui la liait au gouvernement, la compagnie devait entretenir les lignes publiques et serait indemnisée pour tout déficit d’exploitation. En avril 1891, le gouvernement, répondant à une offre de Mackay, avait accepté que celui-ci administre personnellement les lignes publiques pendant un an, pour des honoraires de 18 000 $. En mai suivant, le gouvernement le nomma surintendant général du réseau. Mackay supervisait toujours les lignes appartenant à l’Anglo-American.

Au cours de l’enquête de 1892, Mackay déclara avoir conclu lui-même le contrat pour construire les lignes gouvernementales dans les années 1870, puis, à la fin des années 1880, d’autres lignes qu’il administrait moyennant une commission prélevée sans autorisation. Les commissaires découvrirent que les comptes du gouvernement étaient mêlés aux comptes de l’Anglo-American et au compte en banque personnel de Mackay. Ils conclurent qu’il avait détourné des fonds publics, et falsifié des pièces justificatives et des reçus. En mars 1893, le gouvernement publia les conclusions de la commission et retira à Mackay la gestion du télégraphe public. Les événements politiques qui survinrent dans la colonie lui évitèrent des sanctions plus sévères. En avril 1894, ayant contesté avec succès la victoire remportée l’année précédente par les libéraux [V. Whiteway], les tories reprirent le pouvoir. Le nouveau secrétaire de la colonie, Alfred Bishop Morine*, étudia le rapport d’enquête et le qualifia de « document scandaleux et grossièrement partisan ». Il dit à Mackay que le gouvernement entendait réexaminer tant l’objet de l’enquête que la manière dont cette dernière avait été faite. Cependant, par suite du krach bancaire en décembre [V. James Goodfellow* ; Augustus William Harvey], le pouvoir revint aux libéraux, qui eurent fort à faire étant donné la pénible situation financière de la colonie.

Aux élections de 1893, Mackay avait soutenu les tories, que dirigeaient alors Monroe et Walter Baine Grieve*. À la fin de l’année, un journal libéral, l’Evening Telegram, affirma que, pendant la campagne, Mackay avait utilisé le système télégraphique gratuitement au profit du Parti conservateur et que les libéraux avaient dû « adopter leur propre code pour éviter la publicité ». Mackay poursuivit le journal en diffamation et, en juin 1894, sir James Spearman Winter*, de la Cour suprême, trancha en sa faveur, en imposant à la partie adverse 600 $ de dommages-intérêts plus les frais.

En mai 1896, le gouverneur, sir Herbert Harley Murray, résolu à améliorer l’image du Conseil législatif, dont plusieurs membres avaient été accusés de conspiration et de vol après le krach bancaire, força Mackay à quitter sa place de conseiller. Quatre ans plus tard, Mackay remporta la victoire dans le district de Port de Grave sous la bannière conservatrice. Cependant, le gouvernement libéral de Robert Bond revint au pouvoir. Mackay fut réélu en 1904 ; son district fut l’un des deux seuls à élire des candidats conservateurs.

L’Anglo-American Telegraph Company, dont le monopole devait prendre fin en 1904, se vit encore gravement menacée à l’aube du nouveau siècle. Lorsque, en 1901, Guglielmo Marconi* envoya de l’Angleterre à St John’s le premier message de télégraphie sans fil, la compagnie menaça de lui intenter des poursuites s’il établissait un central transatlantique à Terre-Neuve. Mackay fut incapable de faire prolonger le monopole de sa compagnie en 1904. Le gouvernement Bond fit adopter une loi qui plaçait tous les services télégraphiques sous l’autorité des Postes de Terre-Neuve, mais autorisait celles-ci à conclure des ententes avec l’Anglo-American. Bond visait la prise en charge des lignes de la compagnie, mais les négociations se rompirent en mai. Le gouvernement posa alors dans la péninsule d’Avalon une deuxième ligne qui reliait St John’s aux autres lignes publiques et réduisit de 60 % le tarif des communications internes. Ce faisant, Bond réussit à briser le monopole de la compagnie. Il avait espéré réduire aussi le tarif des communications avec l’étranger, mais en fait, l’Anglo-American fut autorisée à conserver ce secteur, plus lucratif.

Alexander McLellan Mackay avait fait une jaunisse en mai 1904 et ne s’en était jamais remis tout à fait. Sa carrière avait tourné autour de l’Anglo-American Telegraph Company, dont il avait protégé vigoureusement les intérêts. Pour le remercier de son dévouement, Frederic Newton Gisborne, Cyrus West Field et Peter Cooper, administrateurs de la compagrue, lui avaient remis un jour un « joli coffret d’argenterie ».

Melvin Baker

Outre les sources citées ci-dessous, nous avons consulté un document non publié, « The political career of Robert Bond », rédigé par James K. Hiller, de la Memorial Univ. of Nfld, St John’s, pour une collection d’essais sur l’histoire de Terre-Neuve au xxe que préparent actuellement le professeur Hiller et Peter F. Neary.  [m. b.]

PANS, RG 32, 162, 17 oct. 1859.— PRO, CO 194/234, Murray à Chamberlain, 22 janv. 1896, particulièrement la pièce no 6, Morine à Mackay, 2 juin 1894 ; CO 199/86 (Nfld, Blue book, 1890 ; copie aux PANL).— Daily News (St John’s), 25, 27 nov. 1905.— Evening Herald (St John’s), 12 mars 1890, 25 juin 1894, 24 nov. 1905.— Evening Telegram (St John’s), 21, 24 nov. 1893.— Presbyterian Witness, 22 oct. 1859.— The book of Newfoundland, J. R. Smallwood et al., édit. (6 vol., St John’s, 1937–1975), 1 : 329.— I. L. Dickinson et al., « A history of telecommunications in Newfoundland, 1849–1949 » (essai préparé pour Engineering 6101, Memorial Univ. of Nfld, 1979), app.G.— Encyclopedia of Nfld (Smallwood et al.), 1 : 692–707.— Hiller, « Hist. of Nfld ».— Nfld Quarterly, 5 (1905–1906), no 3 : 18s. (notice nécrologique rédigée par Daniel Woodley Prowse*).— D. W. Prowse, Hist. of Nfld (1895), 641.— T.-N., House of Assembly, Journal, 1893, app. : 105s., 397, 510–518.

Bibliographie générale

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Melvin Baker, « MACKAY, ALEXANDER McLELLAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mackay_alexander_mclellan_13F.html.

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Auteur de l'article:   Melvin Baker
Titre de l'article:   MACKAY, ALEXANDER McLELLAN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   21 novembre 2014