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MURRAY, sir HERBERT HARLEY, gouverneur de Terre-Neuve, né le 4 novembre 1829 à Bromley (Londres), fils de George Murray, évêque de Rochester, et de lady Sarah Maria Hay-Drummond, fille du 10e comte de Kinnoull ; le 12 juillet 1859, il épousa Charlotte Letitia Caroline Arbuthnot (décédée en 1884), et ils eurent au moins trois fils et trois filles ; fait chevalier commandeur de l’ordre du Bain en 1895 ; décédé le 11 mars 1904 à Londres.

Herbert Harley Murray fit ses études au Christ Church College d’Oxford et entra dans la fonction publique en 1852. Secrétaire particulier du comte de Derby, il fut ensuite fonctionnaire à la Trésorerie et, à ce titre, servit en Irlande de 1870 à 1882. Par la suite, il passa aux Douanes, qu’il présida de 1889 à 1894. Terre-Neuve entra dans sa vie l’année suivante : il se vit confier l’administration de la caisse de secours constituée par suite de l’effondrement des deux banques de la colonie en décembre 1894 [V. James Goodfellow*].

La crise bancaire avait engendré une vague de faillites commerciales et de suspensions de paiements, et même le gouvernement de Terre-Neuve éprouvait de graves difficultés financières. Le gouverneur, sir John Terence Nicholls O’brien, brossa un sombre tableau de la situation. Le gouvernement britannique, tout en refusant de garantir un emprunt, comme le lui demandait la colonie, et en écartant l’idée d’une subvention directe, décida de constituer une caisse spéciale et d’en confier la gestion à un commissaire. Nommé à la mi-mars 1895, Murray arriva à Terre-Neuve au début d’avril. Travaillant de concert avec des comités déjà formés par lady O’Brien et le clergé, il dépensa quelque 57 600 $ en travaux publics, prêta 15 421 $ aux pêcheurs côtiers et garantit 33 400 $ afin de permettre aux goélettes de partir pour le Labrador et le Banc de Terre-Neuve. Selon lui, on avait beaucoup exagéré la gravité de la situation ; aussi fut-il très prudent dans la distribution des fonds. Néanmoins, il permit à beaucoup de pêcheurs de s’équiper pour leur départ, et à peu près tout le monde, semble-t-il, fut satisfait de son travail. On apprit donc avec plaisir qu’il allait devenir gouverneur à la suite d’O’Brien, qui partit en juillet.

Certains hommes politiques de la colonie avaient cependant des réserves, et ils n’avaient pas tort, car Murray se révéla l’un des gouverneurs les plus intraitables et les plus tracassiers de Terre-Neuve. Sa compétence financière s’avéra utile, mais il n’avait aucune expérience politique ni coloniale, et de toute évidence, il partageait la conviction d’O’Brien – et celle du ministère des Colonies à l’époque – que, politiquement parlant, Terre-Neuve était un cloaque de vice et d’incompétence. D’un naturel despotique, il se voyait comme un directeur d’école plutôt que comme un gouverneur présidant un gouvernement responsable. Le journaliste Henry Beckles Willson* avait raison d’écrire que Murray « compren[ait] fatalement mal la colonie, ses besoins et, surtout, sa politique ». L’histoire de son mandat ne fut qu’une suite de frictions entre lui et ses ministres – une interminable chicane au cours de laquelle il eut généralement l’appui du ministère des Colonies, alors dirigé par Joseph Chamberlain. En 1897, celui-ci écrivit : « L’état du self-government de Terre-Neuve semble être un scandale. »

Les différends qui opposèrent Murray au gouvernement libéral de sir William Vallance Whiteway, au pouvoir jusqu’en novembre 1897, portaient principalement sur trois points : les nominations au Conseil législatif, les procès des ex-administrateurs des banques défuntes et la réforme de la législation électorale. Murray força un conseiller qu’il jugeait inapte à démissionner et tenta de nommer de nouveaux membres au conseil sans consulter le gouvernement. Il espérait ainsi faire de la Chambre haute un bastion de respectabilité qui réprimerait les prétendus excès des élus. Un de ces excès, d’après lui, était le retard que Whiteway mettait à traduire en justice les anciens administrateurs des banques. On ne peut dire qu’il avait tort, car Whiteway se faisait tirer l’oreille. Cependant, la conduite du premier ministre n’autorisait pas le gouverneur à se montrer abusif. Il le fut particulièrement dans ses commentaires sur le projet de loi présenté en mars 1897 par le gouvernement pour modifier le Corrupt Practices Act de 1889 de façon à empêcher la répétition d’une situation semblable à celle de 1893–1894, où un grand nombre de députés libéraux avaient été privés de leur siège en raison de malversations électorales. Devant les dépêches de Murray et les représentations hypocrites des tories, le gouvernement britannique finit par refuser de sanctionner la loi, mesure tout à fait inhabituelle puisqu’elle portait sur une question interne.

Cette décision contribua sans aucun doute à la défaite des libéraux aux élections de 1897. Le nouveau gouvernement, dirigé par sir James Spearman Winter*, espérait peut-être avoir de meilleures relations avec le gouverneur. Si c’était le cas, il allait vite déchanter. Le différend survint en 1898, à l’occasion de la négociation d’un nouveau contrat par lequel, dans les faits, le gouvernement vendait le chemin de fer de Terre-Neuve à Robert Gillespie Reid et lui octroyait des terres et des concessions supplémentaires. Ce contrat, Murray le critiqua dès le début. Il signa la loi seulement une fois que Londres lui eut dit de le faire, et pendant l’été de 1898, il appuya la campagne du nouveau chef libéral, Robert Bond*, contre la nouvelle entente. On fit circuler des pétitions pour que le gouvernement britannique refuse de sanctionner la loi et que Murray soit maintenu en poste (son départ avait été annoncé). Celui-ci les envoya à Londres avec des commentaires favorables, sans les soumettre au cabinet, comme l’exigeait la coutume. Il aurait souhaité que le gouvernement impérial intervienne et fasse savoir que, comme lui, il estimait que la question du contrat devait faire l’objet d’une élection. Loin d’être disposé en ce sens, le ministère des Colonies commençait à s’inquiéter de son activité partisane.

Sans attendre la décision de Londres, Murray décida d’aider les adversaires du contrat en ébranlant le gouvernement Winter. Il obligea Alfred Bishop Morine*, peut-être le membre le plus puissant du cabinet, à démissionner, sous le motif (pourtant connu de lui depuis quelque temps déjà) que, au moment de la négociation du contrat, il était le solicitor de Reid et se trouvait donc en conflit d’intérêts. Instable depuis son avènement, le gouvernement fut secoué mais réussit à garder le pouvoir jusqu’au début de 1900. Murray, lui, avait quitté Terre-Neuve en janvier 1899.

Le ministère des Colonies fut en partie à blâmer pour la conduite de sir Herbert Harley Murray, car il ne prit pas suffisamment de mesures pour le freiner. En dernière analyse cependant, la source du problème était le manque de sympathie du gouverneur à l’endroit de la colonie et de ses difficultés. Ce solitaire (il était veuf) porté au cynisme et à l’amertume, jetait autour de lui des regards méfiants et dédaigneux. « [Son] idée fixe, se plaignait Morine, était que ses conseillers légitimes étaient des fourbes et des canailles ; il repoussait leur avis et conférait avec leurs ennemis [...] Sir Herbert voulait tout mener à son idée [...] et il n’était jamais disposé à tenir compte de la sincérité de quiconque différait d’opinion avec lui. » Il eût mieux valu que, en cette période critique de son histoire, Terre-Neuve ait un gouverneur plus éclairé.

James K. Hiller

PRO, CO 194/230 : 218–222, 368–370 ; 194/232 : 418–419, 439, 451 ; 194/233 : 415 ; 194/237 : 301.— Evening Herald (St John’s), 25 sept. 1895, 27 juill. 1899.— Evening Telegram (St John’s), 1er, 6 juill., 25 sept. 1895.— Times (Londres), 12 mars 1904.— Burke’s genealogical and heraldic history of the peerage, baronetage and knightage, Peter Townend, édit. (105e éd., Londres, 1970).— J. K. Hiller, « Hist. of Nfld », 320–331, 337–343, 348–353 ; « The railway and local politics in Newfoundland, 1870–1901 », Nfld in 19th and 20th centuries (Hiller et Neary), 123–147.— Oxford men & their colleges [...], Joseph Foster, compil. (Oxford, 1893).— A. A. Parsons, « Governors 1 have known », Nfld Quarterly, 20 (1920–1921), n° 3 : 4.— Who’s who (Londres), 1900 : 743.— Who was who, 1897–1915 (1988).— Beckles Willson, The truth about Newfoundland, the tenth Island [...] (Londres, 1901), 46.

Bibliographie générale

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James K. Hiller, « MURRAY, sir HERBERT HARLEY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/murray_herbert_harley_13F.html.

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Auteur de l'article:   James K. Hiller
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   24 avril 2014