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MARKLAND, GEORGE HERCHMER (Herkimer), fonctionnaire, né en 1789 ou en 1790 à Kingston, Haut-Canada, fils unique de Thomas Markland* et de Catherine Herchmer (Herkimer) ; son épouse Anna mourut en 1847 ; décédé le 17 mai 1862 à Kingston.

George Herchmer Markland, fils d’un éminent négociant de Kingston, reçut son éducation de John Strachan a Cornwall. En 1810, le révérend John Stuart* écrivait qu’il était « un jeune homme bien et même très bien », qui souhaitait devenir ministre de l’Église d’Angleterre. La même année, John Beverley Robinson décrivit Markland, qui avait alors 20 ans, comme « un brave type, particulièrement sympathique » ; il ajouta cependant : « Je souhaiterais voir un individu de son âge un peu plus viril et aux manières et à l’élocution un peu moins féminines. » Markland n’entra pas dans les ordres. Au cours de la guerre de 1812, il servit comme enseigne dans une compagnie de la milice de Frontenac dirigée par son oncle, Lawrence Herchmer (Herkimer).

En 1820, Markland disputa, sans succès, les élections dans la circonscription électorale de Kingston à son compatriote tory, Christopher Alexander Hagerman*. Quelques semaines après sa défaite, il fut nommé au Conseil législatif, probablement grâce à l’influence de Strachan. Deux ans plus tard, à l’âge de 32 ans, il fut nommé membre honoraire du Conseil exécutif, puis membre régulier en 1827. Il fut aussi nommé au conseil provincial de l’éducation en 1822. Même si Markland passa plusieurs années en Angleterre au milieu des années 20, son absence du Haut-Canada ne ralentit pas son ascension au sein du gouvernement. En 1828, on lui confia la charge de secrétaire-receveur de l’Upper Canada Clergy Corporation qui gérait la location des « réserves » du clergé. Au cours de la même année, il devint secrétaire-archiviste à King’s College, institué en 1827 ; il participa par la suite, avec sir John Colborne, à la création d’Upper Canada College. De 1831 à 1838, il fut également secrétaire et trésorier du conseil chargé de recueillir les fonds de la vente des terres dont les revenus étaient destinés à l’éducation et, de 1828 à 1836 il arbitra, pour le compte du Haut-Canada, le partage des recettes de douane entre le Haut et le Bas-Canada. Dans les postes de confiance qu’il occupa et en qualité de conseiller exécutif et législatif, Markland accorda tout son appui aux objectifs que poursuivait Strachan en matière de religion et d’éducation. En 1836 par exemple, lui, Peter Robinson* et Joseph Wells* constituaient le Conseil exécutif qui sanctionna la dotation de 43 cures anglicanes par Colborne. En mai 1833, il atteignit l’apogée de sa carrière lorsqu’il fut nommé inspecteur général des comptes publics. Il œuvra avec diligence et efficacité comme il l’avait fait dans les autres postes à responsabilité financière ; il fut, selon toute apparence, un fonctionnaire modèle et l’émule de ses collègues.

En juin 1838, des rumeurs circulèrent à Toronto voulant que les habitudes de Markland soient « indignes de sa situation de fonctionnaire ». Le lieutenant-gouverneur sir George Arthur* décida de mener une enquête sur Markland et il chargea de ce soin des membres du Conseil exécutif : Robert Baldwin Sullivan*, William Allan*, Augustus Warren Baldwin, John Elmsley et William Henry Draper*. Markland reconnut qu’une enquête était nécessaire pour faire reconnaître son innocence et tenta d’obtenir Strachan comme seul enquêteur. Markland fut accusé, surtout à partir de preuves indirectes, d’avoir eu des relations sexuelles avec plusieurs jeunes gens. Deux témoins affirmèrent au cours de l’enquête qu’il avait acheté le licenciement de plusieurs jeunes soldats et qu’il avait subvenu aux besoins d’un étudiant en droit en échange de faveurs anticipées, même si ceux qui avaient accepté son soutien financier nièrent avoir eu avec lui des relations illicites. L’étudiant en droit, Frederick Creighton Muttlebury, déclara avoir mis un terme à sa dépendance financière de l’inspecteur général en raison de l’attitude de plus en plus audacieuse et possessive de Markland mais il nia également toute « criminalité » de la part de Markland. Margaret Powell, préposée à l’entretien des édifices gouvernementaux, prétendit que Markland avait souvent invité des jeunes gens le soir à son bureau et qu’une fois, alors qu’elle écoutait à sa porte, elle avait entendu « des mouvements qui l’avaient convaincue de la présence dans la pièce d’une personne de sexe féminin avec qui une autre avait des rapports », mais seuls Markland et un jeune tambour sortirent du bureau. Un autre témoin affirma qu’au cours d’une promenade dans la banlieue de la ville en 1835 « Markland avait [...] posé sa main de façon indécente sur la personne de mon frère ». Markland affirma son innocence à Arthur et défendit ses interventions de bienveillance individuelles mais ne chercha pas à se disculper. On abandonna discrètement l’enquête qui avait duré une semaine en échange de la démission de Markland du poste d’inspecteur général. Sa carrière ruinée, Markland retourna vivre dans un isolement presque total à Kingston. Au cours du mois qui suivit, pressé par ses collègues officiers, il abandonna ses brevets de colonel de la milice de Frontenac. Il avait démissionné du Conseil exécutif en 1836 et ne fut pas rappelé au Conseil législatif en 1841 ; il n’assuma plus aucune charge publique.

Le quasi-exil de Markland ne mit pas fin à ses ennuis. En 1841, un comité de la chambre d’Assemblée, présidé par John Simcoe Macaulay*, découvrit que les comptes de Markland, pour les années 1831 à 1838 pendant lesquelles il avait été trésorier du conseil chargé de recueillir les fonds destinés à l’éducation, accusaient un déficit de quelque £5 000. Il ne nia pas sa responsabilité dans l’affaire ; le gouvernement fut remboursé par des paiements occasionnels, et son testament comportait certaines dispositions à cet effet. Au milieu des années 40, Markland évita de justesse une poursuite civile intentée par le conseil de King’s College pour sa participation à l’affectation des fonds du collège à la construction d’Upper Canada College. Strachan intervint en sa faveur et convainquit le conseil que Markland avait tout simplement agi sous les ordres de sir John Colborne.

En 1838, Markland était une figure dominante du « Family Compact », ne cédant probablement que le premier rang à John Beverley Robinson parmi les protégés de Strachan. Son déclin politique et social fut précipité. La presse contemporaine ne fit aucunement allusion au scandale et le récit de l’affaire provient de rapports officiels. Il ne reste aujourd’hui que quelques lettres de Markland éparpillées dans la correspondance de ses amis et associés. On ne pourra probablement jamais vérifier si les accusations portées contre lui en 1838 sont vraies ou le résultat de rumeurs et d’allusions malveillantes. Les témoins qui comprenaient deux cultivateurs, un jardinier, un soldat, un fonctionnaire et une femme de ménage de même qu’un négociant, un étudiant en droit et un commis du gouvernement semblèrent aussi scandalisés de la familiarité avec laquelle Markland, un gentleman, traitait les représentants de la classe prolétaire, que de la nature de la conduite dont il était accusé. On ne connaît même pas les circonstances exactes qui ont entouré ses détournements des fonds destinés à l’éducation. Il peut tout simplement avoir été coupable d’un manque de diligence dans la tenue des livres, faute courante chez les fonctionnaires canadiens du xixe siècle. Son départ précipité peut l’avoir empêché de solder ses comptes, ce qui lui valut finalement les accusations portées contre lui. Le décès de ses pairs au Family Compact fut l’occasion de grands éloges dans la presse réformiste et conservatrice mais celui de Markland en 1862 ne fut souligné que par une notice nécrologique identique de deux lignes dans le Daily British Whig de Kingston et le Globe de Toronto. Presque un siècle plus tard, William Stewart Wallace* parlait de « la noirceur extrême » qui avait assombri la carrière de Markland.

R. J. Burns

APC, RG 1, E1, 56, pp.22s., 25s., 299 ; 57, p.78 ; E3, 50, pp.210–311 ; RG 5, A1, 201, pp.110 995–111 001, 111 051–111 053 ; 203, pp.112 399–112 403 ; 204, pp. 113 075–113 077 ; C1, 61, p.485 ; 62, p.515 ; 63, p.664 ; 66, p.1097 ; 140, p.8 980 ; 143, p.9 239 ; 540, p.182 ; RG 9, I, B7, 10, pp.51, 56, 58 ; 11, pp.285–292a.— PAO, Irving (Æmilius) papers, box 59, pkg.62, item I, Markland mortgage ; Macaulay (John) papers, J. B. Robinson to Macaulay, 24 juill. 1810 ; G. H. Markland to Macaulay, 2 mai 1824, 23 sept. 1825, 10 avril 1843 ; Macaulay to Ann Macaulay, 5, 31 août 1838 ; John Kirby to Macaulay, 25 nov. 1838 ; Macaulay to J. Kirby, 27 janv. 1839 ; Strachan (John) papers, letterbook, 1844–1849, Strachan to G. H. Markland, 29 déc. 1845 ; Strachan to Henry Boys, 28 févr. 1848 ; RG 22, ser. 6–2, Frontenac County Surrogate Court, will of George Herchmer Markland, 30 juill. 1858.— St. George’s Anglican Church (Kingston, Ont.), parish register of burials, 5 janv. 1857–5 nov. 1924, n° 271, 19 mai 1862 ; vestry book, 1835–1849, 23 mars 1841.— A. N. Bethune, Memoir of the Right Reverend John Strachan, D.D., LL.D., first bishop of Toronto (Toronto et Londres, 1870), 16s.— Canada, prov. du, Legislative Assembly, Journals, 1841, 1, app.K.K. ; 1854–1855, 11, app.S.S.— The parish register of Kingston, Upper Canada, 1785–1811, A. H. Young, édit. (Kingston, Ont., 1921).— Church, 11 juin 1847.— Daily British Whig (Kingston, Ont.), 19 mai 1862.— Globe, 22 mai 1862.— Upper Canada Gazette (Toronto), 4 oct. 1838.— Directory of the city of Kingston, for 1857–1858 [...], Thomas Flynn, compil. (Kingston, Ont., 1857).— Wallace, Macmillan dictionary.— Wilson, Clergy reserves of U.C., 99–101, 123.— Alison Ewart et Julia Jarvis, The personnel of the Family Compact, 1791–1841, CHR, VII (1926) : 209–221.— W. D. Reid, Johan Jost Herkimer, U.E., and his family, OH, XXXI (1936) : 215–227.— W. S. Wallace, Two early officers of the university, University of Toronto Monthly, XXVII (1926–1927) : 207s.— S. F. Wise, Tory factionalism : Kingston elections and Upper Canadian politics, 1820–1836, OH, LVII (1965) : 205–223.

Bibliographie générale

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R. J. Burns, « MARKLAND, GEORGE HERCHMER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/markland_george_herchmer_9F.html.

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Auteur de l'article:   R. J. Burns
Titre de l'article:   MARKLAND, GEORGE HERCHMER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   24 juillet 2014