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McGILLIVRAY (Dalcrombie), JOHN, trafiquant de fourrures, gentleman-farmer, juge de paix, fonctionnaire, propriétaire foncier et homme politique, né vers 1770 à Strathnairn, Écosse, fils de Farquhar MacGillivray of Dalcrombie et d’Elizabeth Shaw of Dores ; vers 1796, il épousa à la façon du pays une Indienne, et ils eurent un fils et une fille, puis le 23 février 1819 Isabella McLean, fille de Neil McLean*, et de ce mariage naquirent quatre fils et quatre filles ; décédé le 13 octobre 1855 à sa ferme, près de Williamstown, Haut-Canada.

Né dans les Highlands à la fin du xviiie siècle, à une époque importante de l’évolution économique et sociale de cette région, John McGillivray connaissait bien le mode traditionnel de vie gaélique, ainsi que le monde moderne des affaires. Les Dalcrombie appartenaient à la branche cadette des chefs du clan McGillivray et avaient pris une part active au mouvement jacobite. Encore enfant, John apprit la langue de son milieu, le gaélique, ainsi que les chants de sa terre natale, qu’il exécuta plus tard à la grande joie des Highlanders de Montréal. En outre, il reçut, en anglais, une solide éducation écossaise à l’école primaire. Les Highlands offraient peu de possibilités aux jeunes gens promis à un bel avenir, et c’est pourquoi lorsque William McGillivray*, cousin éloigné et associé de la North West Company, vint dans l’Inverness-shire lors d’un congé en 1793–1794, John décida vraisemblablement de l’accompagner en Amérique du Nord.

Le 18 juillet 1794, la North West Company l’engagea en qualité de commis pour une durée de sept ans. Il travailla dans le département du bas de la rivière aux Anglais (fleuve Churchill), sous la conduite d’Alexander Fraser*, et fut affecté à la rivière Rat (rivière Goose, Saskatchewan) en 1797. En septembre 1798, il construisit une maison au lac Pelican et, à l’hiver de 1801, il fit obstruction aux activités du poste de la Hudson’s Bay Company au lac Sturgeon (lac Cumberland). L’offensive de la North West Company, visant à protéger le commerce lucratif de la région de l’Athabasca mis sur pied par Peter Pond*, fut lancée à la rivière Churchill et le long de la rivière Saskatchewan, où l’opiniâtre opposition des Canadiens accapara tous les efforts de la Hudson’s Bay Company et la tint éloignée de la région à l’ouest de, l’Athabasca. Cependant, dans le département du base de la rivière aux Anglais, ainsi que Fraser l’avoua à Alexander Mackenzie* en 1799, les perspectives de la North West Company n’étaient « pas très reluisantes, les Anglais [s’étant] plantés solidement à cet endroit ». Les rapports entre les trafiquants de la région n’avaient rien d’amical. Au printemps de 1798, un employé endetté de la North West Company ayant déserté pour passer au service de la Hudson’s Bay Company à Granville House (sur le lac Granville, Manitoba), McGillivray réagit en s’emparant de trois ballots de fourrures sous la garde de Thomas Linklater. Pour accomplir cette saisie, McGillivray, selon le trafiquant William Auld* de la Hudson’s Bay Company, « dut réitérer ses ordres avant que ses hommes ne lui obéissent et, finalement, il leur donna l’exemple ». De tels procédés illustrent la façon habituelle dont on réglait privément les griefs à la North West Company, imitant en cela une pratique courante au sein de la société des Highlands.

En 1801, McGillivray devint associé hivernant de la North West Company à Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota) ; c’est probablement à cette époque qu’il fut envoyé à la rivière Athabasca, un petit département au sud de celui de l’Athabasca, de plus grande étendue. Ce qui est certain, cependant, c’est que de 1806 à 1810 il dirigea, de son poste situé au Petit lac des Esclaves (Alberta), le moins grand de ces deux départements. Après avoir pris un congé durant l’hiver de 1810–1811, il alla travailler au fort Dunvegan (sur la rivière de la Paix, à 118° 40´ de longitude ouest), où il assuma la direction de l’important département de l’Athabasca, succédant à Donald McTavish*. En 1815–1816, la Hudson’s Bay Company mit sur pied une imposante expédition, dirigée par John Clarke, qui se rendit dans la région de l’Athabasca. McGillivray fit en sorte que les hommes de la Hudson’s Bay Company soient isolés des Indiens, mettant ainsi un terme à l’activité commerciale des nouveaux venus en les matant par la faim.

McGillivray n’était pas aussi connu que ses collègues explorateurs David Thompson et Simon Fraser*, mais il joua un grand rôle dans la rude concurrence que se livraient la Hudson’s Bay Company et la North West Company. Pendant plus de 20 ans, il accomplit un travail efficace dans des régions de bon rapport où l’opposition était forte. McGillivray était un homme droit, convaincu de sa propre intégrité et de sa valeur ; il était guidé par des normes « d’urbanité et de décorum dignes » d’un gentleman. Toutefois, d’autres associés de la North West Company critiquèrent sa façon d’administrer le département de l’Athabasca. Par exemple, Archibald Norman McLeod* prétendit qu’on « ne [l’]aurait pas laissé [là] aussi longtemps [...] s’il ne s’était pas appelé McGillivray ». Les remarques de McLeod selon lesquelles McGillivray était trop lent et « inapte à diriger une opposition » laissent entendre que ce dernier n’était pas aussi brutal que certains de ses collègues, lesquels étaient incapables, toutefois, de nommer un homme plus compétent pour faire le travail.

À son arrivée au fort William (Thunder Bay, Ontario) le 20 août 1816, deux mois après le massacre de Seven Oaks (Winnipeg) [V. Cuthbert Grant], McGillivray fut fait prisonnier par lord Selkirk [Douglas*] et envoyé sous bonne garde, trois jours plus tard, dans l’Est, où il rejoignit les autres associés de la North West Company arrêtés auparavant. McGillivray nia toute participation à l’affaire de Seven Oaks et plaida son impuissance, en tant qu’individu, à modifier les pratiques de la compagnie. Les accusations portées contre lui furent abandonnées, et il passa l’hiver suivant en Grande-Bretagne. En 1817, George Keith prit la direction du département de l’Athabasca. McGillivray retourna dans l’Ouest, se rendant jusqu’au lac à la Pluie (Ontario) où il organisa le départ des convois. Malheureusement, le rhumatisme minait sa santé, et, prenant de l’âge, il quitta la North West Company en 1818 pour aller s’établir dans le Haut-Canada.

En achetant une ferme de £1 450 près de Williamstown et en épousant Isabella McLean, McGillivray entra dans la gentry du comté de Glengarry, laquelle était fondée sur les liens de parenté. En outre, McGillivray s’établit avec succès comme chef de file de la communauté des Highlanders. Une fois à la retraite, il occupa diverses fonctions dans la communauté, y compris celles de juge de paix et de commissaire de la Cour des requêtes. Presbytérien, il exerça une grande influence au sein de la congrégation St Andrew [V. John McKenzie] et fut nommé conseiller presbytéral le 7 juillet 1822. McGillivray avait des propriétés un peu partout dans la partie est du Haut-Canada et, en 1840, il offrait aux immigrants « des emplacements très avantageux [...] à vendre ». Il agit aussi en qualité de conseiller financier et de représentant de l’évêque catholique Alexander McDonell*. Dans le comté de Glengarry, McGillivray prit plaisir à assister aux réunions culturelles et fraternelles de la Highland Society of Canada, et sa maison était bien connue des visiteurs pour sa proverbiale et « bienveillante hospitalité des Highlands ».

Seuls deux épisodes importants vinrent troubler la retraite paisible de McGillivray. Avec son voisin Alexander Fraser, il siégea au Conseil législatif du Haut-Canada, de décembre 1839 jusqu’à la dissolution de cet organisme en février 1841. Consterné par « le sentiment d’égoïsme » qui animait « certains individus [de Toronto] avides de puissance », McGillivray se rangea avec les tories modérés qui étaient en faveur de l’union des Canadas et d’un règlement négocié concernant les réserves du clergé [V. William Morris]. Selon ses propres paroles, il aida volontiers à « abattre les puissantes colombes » du conseil qui avaient « eu leur propre période d’abondance ». Puis, en 1852, il fit un bref séjour en Écosse afin de prendre possession du domaine de Dunmaglass et de se faire reconnaître chef du clan McGillivray, titre qui fut officiellement accordé à son fils en 1857.

Comme il était approprié pour un gentleman des Highlands, John McGillivray, une fois devenu adulte, mena une vie aventureuse, se livrant même à des rapines, mais il s’assagit par la suite et éleva ses enfants comme des Écossais. Bien qu’il n’ait pas été originaire de la même partie de l’Inverness-shire que la plupart des colons du comté de Glengarry, le fait qu’il descendait d’un chef de clan et qu’il avait réussi sa carrière de trafiquant de fourrures lui valut d’être considéré comme chef de file au sein de la communauté. Des hommes tels que McGillivray et Fraser servirent de médiateurs entre la population gaélique du comté et le reste de la société du Haut-Canada. Enfin, l’accession à la position traditionnelle de chef de clan vint couronner à juste titre la vie de McGillivray.

Marianne McLean

APC, MG 19, A35 ; B1 ; C1 ; E1 (transcriptions) ; MG 24, 13 ; RG 4, B46.— PAM, HBCA, B.42/a/124 ; B.118/a/1 ; F.1/1 (mfm aux APC).— HBRS, 26 (Johnson).

Bibliographie générale

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Marianne McLean, « McGILLIVRAY, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcgillivray_john_8F.html.

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Auteur de l'article:   Marianne McLean
Titre de l'article:   McGILLIVRAY, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   2 septembre 2014