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O’BRIEN, LAURENCE, négociant, banquier, homme politique et fonctionnaire, né en 1792 à Clashmore, comté de Waterford (République d’Irlande) ; il épousa Margaret Manning de St John’s, Terre-Neuve, en 1853 ; décédé le 28 avril 1870 près de St John’s.

C’est probablement entre 1808 et 1810 que Laurence O’Brien quitta l’Irlande pour venir à Terre-Neuve. À cette époque, la prospérité que connaissaient les pêcheries de Terre-Neuve, par suite de la guerre, attirait les jeunes du sud de l’Irlande et du sud-ouest de l’Angleterre. O’Brien est peut-être venu à Terre-Neuve en qualité de mécanicien ou d’apprenti, quoique dans le Newfoundland Mercantile Journal de 1819 un certain Laurence O’Brien soit inscrit comme aubergiste. À la mort d’O’Brien, un de ses associés rappela qu’il s’était élevé dans la société à partir des plus bas niveaux.

Au milieu des années 20, la firme Laurence O’Brien and Company exploitait à St John’s le genre de commerce de gros et de détail que l’on appelait localement le « négoce ». Durant cette période, O’Brien, en qualité de négociant, importait diverses marchandises qu’il revendait comptant ou à crédit dans la région de St John’s. Selon l’usage, les négociants vendaient des marchandises à crédit aux pêcheurs durant la saison de la pêche moyennant une commission sur leurs prises de morue à l’automne et se portaient acquéreurs de morue séchée en vue de l’expédier outre-mer dans leurs propres navires ou de la vendre à des négociants plus importants. De plus, un négociant entreprenant achetait et vendait des navires pour le commerce d’exportation et pour la chasse au phoque. Dans les années 40, O’Brien était lui-même propriétaire d’un certain nombre de bateaux, soit entre quatre et huit.

Vint un temps où O’Brien, grâce à son vaste commerce de gros, importait du charbon de Sydney, Nouvelle-Écosse, des légumes de l’Île-du-Prince-Édouard, du bois de la Miramichi au Nouveau-Brunswick, de la mélasse de la Barbade, du sel pour les pêcheries, de Cadix, Espagne, et des produits manufacturés d’Angleterre. Son établissement de la rue Water avait grandi et comptait maintenant un quai, des entrepôts et un magasin de détail. Sur une partie des toits de ces bâtiments, il avait fait installer des claies pour le séchage de la morue. En 1833, et de nouveau en 1846, des incendies détruisirent les bâtiments d’O’Brien mais il les reconstruisit rapidement. Les intérêts d’O’Brien dans la pêche à la morue n’étaient pas considérables comparés aux intérêts des négociants importants comme Charles Fox Bennett*. Il expédiait de la morue outremer, dans ses propres navires et dans des navires étrangers, au Brésil, à Naples (Italie), à la Havane (Cuba), à Livourne (Italie) et à Veracruz (Mexique) ; il expédiait également de la morue salée aux États-Unis.

En 1850, les florissantes affaires d’O’Brien étaient fondées principalement sur la chasse au phoque dans laquelle il avait des intérêts depuis au moins 1837. Les investissements moindres que nécessitait la chasse au phoque, comparativement à la pêche côtière, à celle du Labrador ou du Grand Banc, permettaient aux deux firmes commerciales de taille moyenne qu’étaient celles d’O’Brien et de James Tobin* de constituer entre 15 et 20 p. cent de la flotte de la chasse au phoque annuelle dans les années 40, l’âge d’or de cette chasse à Terre-Neuve. Cependant, la participation d’O’Brien devint moins importante à la suite de la désastreuse chasse de 1848 qui le força à réduire sa flotte de moitié l’année suivante. Les firmes relativement modestes, comme celle d’O’Brien, ne disposaient pas de ressources financières leur permettant de se relever de leurs pertes aussi facilement que les grandes entreprises de Bowring Brothers ou Job Brothers and Company.

O’Brien eut d’autres activités commerciales, dont la formation de la Bank of Newfoundland en 1844. Les principaux commerçants de St John’s n’étaient pas satisfaits de la politique de prêts très restrictive de la seule banque de Terre-Neuve, une succursale de la Bank of British North America. Les actions de la nouvelle banque furent souscrites, l’Assemblée en adopta la charte et la banque était prête à ouvrir mais il semble qu’à ce moment-là les administrateurs de l’ancienne banque prirent des mesures pour apaiser les commerçants : la Bank of Newfoundland fut en conséquence liquidée avant de commencer ses opérations. O’Brien joua aussi un rôle important dans la promotion de l’Union Bank, banque commerciale qui ouvrit en 1854 et dont la majorité des actions appartenait à des intérêts locaux. Il fut également membre des conseils d’administration de l’Equitable Fire Insurance Company, de Londres, de la Standard Life Assurance Company, de la Newfoundland Marine Insurance Company et de la Newfoundland Steam Tug Boat Company.

O’Brien eut un intérêt durable pour l’agriculture qu’il pratiquait lui-même dans son domaine de Rostellan, aux limites de la ville de St John’s. Il semble s’être intéressé tout particulièrement aux grains et il en exposa lors d’une exposition à Londres en 1862. Il fut président et membre du conseil de direction de la Société d’agriculture de St John’s pendant de nombreuses années.

En dépit de son origine modeste dans un milieu catholique, O’Brien, grâce à sa fortune croissante dans les années 30 et 40, entra en contact avec la collectivité mercantile majoritairement protestante, et son nom figurait de plus en plus souvent parmi les membres de comités formés à des fins d’intérêt public, comme la prévention du choléra. Cependant O’Brien occupait également une position importante au sein de la collectivité irlandaise catholique. Entre 1838 et 1857, il fut 11 fois président de la Benevolent Irish Society, organisme semi-charitable, semi-politique, et, après 1859, membre bienfaiteur de cette société.

L’importance d’O’Brien dans la collectivité de St John’s l’amena à s’occuper de politique dans la colonie. Comme d’autres Irlandais catholiques, O’Brien avait appuyé le mouvement en faveur d’un gouvernement représentatif à Terre-Neuve. Il avait été l’un des 67 éminents partisans de la création d’une législature locale qui avaient signé un avis public de convocation à une assemblée prévue pour septembre 1831 afin de discuter de la lenteur de l’adoption à la chambre des Communes britannique du projet de loi sur la législature locale. O’Brien avait joué un rôle de premier plan à l’assemblée qui rédigea les résolutions destinées à la chambre des Communes [V. Thomas Holdsworth Brooking ; John Rochfort].

En 1840, lorsque Patrick Morris*, l’un des chefs réformistes partisans d’un gouvernement représentatif, accepta de faire partie du Conseil de Terre-Neuve, un des sièges de St John’s à l’Assemblée devint vacant. Au début, O’Brien se contenta d’appuyer James Douglas comme candidat réformiste. Mais, soit par ambition personnelle, soit sous l’influence de l’évêque Michael Anthony Fleming*, O’Brien changea d’idée et se porta lui-même candidat. Comme il n’y avait que deux candidats libéraux en lice, la plupart des commerçants appuyèrent le candidat protestant, Douglas, tandis que John Kent* et le clergé catholique de St John’s appuyèrent O’Brien. O’ Brien remporta la victoire avec une majorité de huit voix seulement sur un total de 3 000 au cours d’élections animées et violentes.

La législature dans laquelle O’Brien entra en 1841 était un champ de bataille où s’affrontaient les membres élus de l’Assemblée et les membres du Conseil qui, eux, étaient nommés. L’adoption de lois importantes restait en plan depuis que le Conseil utilisait son pouvoir pour amender les projets de loi provenant de l’Assemblée ou leur opposer son veto dans le but de nuire au fonctionnement du gouvernement représentatif que les conseillers réprouvaient. De fait, en 1841, ils refusèrent d’adopter 19 projets de loi, nommément les projets de loi sur les élections et sur les crédits budgétaires. Cette année-là O’Brien fut au nombre des quatre délégués que l’Assemblée envoya à Londres pour défendre sa cause contre le Conseil devant le ministre des Colonies, lord John Russell. À la suite d’une enquête du parlement britannique, les deux corps politiques furent, en 1842, amalgamés en une seule chambre composée de 15 membres élus et de 10 membres nommés. La structure de la nouvelle législature donnait au gouverneur sir John Harvey* la haute main sur les débats grâce à une combinaison de fonctionnaires nommés, en particulier le président James Crowdy, et de commerçants conservateurs élus. Cette mainmise fut amèrement dénoncée par O’Brien et d’autres membres réformistes, et en 1843 le gouverneur Harvey nomma O’Brien au Conseil exécutif dans un geste de conciliation à l’égard des réformistes.

Quoiqu’il assistât aux séances du parlement régulièrement, O’Brien ne joua pas un rôle important dans les débats, laissant à Morris, Kent et William Carson* le soin de diriger les réformistes. Fidèle à sa carrière commerciale, il appuya l’augmentation des droits de douane en vue de protéger les fabricants de Terre-Neuve. Toutefois, contrairement à ses collègues protestants engagés dans le commerce, il insista sur les droits des catholiques à une plus juste représentation et à un plus grand nombre de postes au gouvernement.

Après l’expiration de la période d’essai de la législature amalgamée, en 1848, Terre-Neuve revint à l’ancien régime, soit une Assemblée élue et un Conseil législatif nommé. O’Brien fut réélu dans St John’s la même année. Cependant, en 1850, il résigna ses fonctions à l’Assemblée pour accepter un poste au Conseil législatif afin de combler le siège laissé vacant par la mort de Patrick Morris l’année précédente.

La position d’O’Brien au Conseil et son prestige croissant dans le milieu des affaires à St John’s lui permirent de jouer un rôle unique auprès de ses confrères durant la période qui déboucha sur l’avènement du gouvernement responsable en 1855. Lors d’une assemblée spéciale de la Commercial Society of St John’s, le 16 février 1852, O’Brien fut le seul commerçant éminent à refuser d’appuyer une résolution de Charles Fox Bennett et Thomas Row condamnant le gouvernement responsable parce que susceptible de favoriser la domination de l’exécutif par l’évêque catholique John Thomas Mullock plutôt que par l’Assemblée. En mars de la même année, O’Brien fut le seul à s’opposer à ce que le Conseil adopte une résolution pour exprimer son opposition au gouvernement responsable. Il fit la critique des structures du gouvernement représentatif, les taxant d’imparfaites, défendit le droit des Terre-Neuviens à un gouvernement responsable, ce qui avait déjà été accordé aux colonies voisines, et demanda que les catholiques et les méthodistes wesleyens reçoivent une part équitable du « patronage » gouvernemental. À l’avènement du gouvernement responsable en 1855, O’Brien reçut sa récompense et fut nommé président des deux conseils, législatif et exécutif, créés par le nouveau régime. Par conséquent, il fut l’administrateur de la colonie en 1863, avant l’arrivée du gouverneur sir Anthony Musgrave*.

Les deux premiers gouvernements du nouveau régime furent formés de membres du parti libéral et dirigés par Philip Francis Little* et John Kent. O’Brien en fit partie en qualité de membre sans portefeuille tout en conservant son poste de président du Conseil législatif. Apparemment, il participa très peu à l’élaboration de la politique libérale, mais il continua de défendre son parti dans le milieu des affaires. Lors de la révocation du gouvernement de Kent par le lieutenant-gouverneur, sir Alexander Bannerman, en 1861, le chef conservateur, Hugh William Hoyles*, tenta d’attirer des libéraux catholiques dans son nouveau gouvernement. Seul O’Brien accepta cette offre et il continua de faire partie du gouvernement de Hoyles durant les élections controversées et les émeutes de 1861 [V. Mullock], et durant les dix années d’acrimonie qui suivirent. En 1866, Frederic Bowker Terrington Carter* forma un gouvernement de coalition composé de trois membres du gouvernement de Hoyles, dont O’Brien, et de quatre libéraux, dont Kent et Ambrose Shea*. O’Brien était encore membre du gouvernement au moment de sa mort en 1870.

Laurence O’Brien gravit tous les échelons qui séparent un pauvre émigrant d’un commerçant à l’aise en adoptant les méthodes implacables des autres commerçants, qu’ils fussent Anglais ou Irlandais, protestants ou catholiques. Lors de l’élection partielle de 1840, Robert John Parsons* écrivit dans le Patriot qu’il était « dur en affaires » et que son seul atout comme candidat à l’élection se « trouvait être le coffre-fort [dont le contenu] avait été extorqué des pêcheurs et des mécaniciens de Terre-Neuve ». O’Brien n’oublia pas cette calomnie : en 1849 il présenta une pétition signée par un certain nombre des électeurs de Parsons à St John’s, insinuant, à tort semble-t-il, que Parsons avait fait un mauvais usage des fonds qu’il avait reçus après le grand incendie de 1846. À mesure que ses affaires prospérèrent, O’Brien eut de moins en moins de choses en commun avec ses collègues réformistes et se rapprocha de ses pairs à la Chambre de commerce et au Conseil législatif, les hommes d’affaires protestants. Cependant, il avait des intérêts dans des fermes, peut-être dans l’espoir de devenir un jour gentleman-farmer plutôt que de passer ses années de retraite dans les îles britanniques comme se proposaient de le faire un grand nombre de ses collègues protestants. Parmi les hommes d’affaires et les hommes politiques éminents de Terre-Neuve, O’Brien fut l’un des premiers à se considérer comme un Terre-Neuvien et non pas comme un Anglais ou un Irlandais transplanté temporairement à Terre-Neuve.

David J. Davis

Church of St John the Baptist (Roman Catholic) (St John’s), marriage register, 1853.— MTCL, R. H. Shepherd, Three months in Newfoundland, {{ms }}relié à l’ouvrage de [Henry Winton], A chapter in the history of Newfoundland for the year 1861 (St John’s, 1861).— PANL, GN 1/1, 10 juin 1840, 16 mars 1843.— R. B. McCrea, Lost amid the fogs : sketches of life in Newfoundland, England’s ancient colony (Londres, 1869).— T.-N., Blue book, 1845–1857 ; House of Assembly, Journal, 1851, app., Evidence taken before the select committee on the St. John’s Hospital, 194s.— Newfoundlander, 1827–1852, 1870.— Newfoundland Mercantile Journal (St John’s), 1819, 1826.— Patriot (St John’s), 1840, 1849–1850.— Public Ledger, 1827, 1870.— Royal Gazette (St John’s), 1840–1853.— Times and General Commercial Gazette (St John’s), 1850, 1867.— Centenary volume, Benevolent Irish Society of St. John’s, Newfoundland, 1806–1906 (Cork, Irlande, [1906]), 1–100.— Garfield Fizzard, The amalgamated assembly of Newfoundland, 1841–1847 (thèse de {{m.a}}., Memorial University of Newfoundland, St John’s, 1963), 21–109.— Greene, Influence of religion in the politics of Nfld., 1850–61.— Gunn, Political history of Nfld., 66–159.— Prowse, History of Nfld. (1895), 458–460.

Bibliographie générale

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David J. Davis, « O’BRIEN, LAURENCE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/o_brien_laurence_9F.html.

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Auteur de l'article:   David J. Davis
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   16 septembre 2014