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PAINCHAUD, JOSEPH (baptisé Joseph-Louis), médecin, chirurgien et philanthrope, né le 12 juin 1819 à Québec, fils de Joseph Painchaud*, médecin, et de Marie-Geneviève Parant, et neveu d’Alexis Painchaud ; décédé probablement le 7 avril 1855, vraisemblablement près de Tonila, Mexique.

Joseph Painchaud grandit dans la vaste demeure de son père, sise à l’angle de la rue des Pauvres et de la ruelle de l’Arsenal à Québec. Troisième d’une famille de sept enfants, de santé délicate, il réclamait de sa mère des soins attentifs ; cependant, il ne fut pas élevé avec moins de sévérité que ses frères et sœurs. Son père s’était assuré par sa pratique médicale une confortable aisance et avait ainsi pu mettre sa famille à l’abri des inquiétudes matérielles. Une chute dans un escalier d’école laissa le jeune Painchaud quasi infirme et lui rendit la marche extrêmement pénible. Malgré ce handicap, il entreprit en 1835 des études classiques au petit séminaire de Québec comme externe, études qu’il termina en 1840. C’est au cours de la classe de troisième qu’il se sentit une vocation missionnaire. À sa sortie du séminaire, il voulut embrasser l’état ecclésiastique, mais son infirmité ne le lui permit pas. Il fit alors l’apprentissage de la médecine auprès de son père et du docteur James Douglas*, puis il se rendit à Paris pour parfaire sa formation. Le 28 novembre 1846, de retour à Québec, il reçut sa licence pour exercer la médecine et la chirurgie. Peu après, il entra à l’hôpital de la Marine et des Émigrés, probablement en qualité de médecin interne, sous la direction du docteur Douglas. Il ne recevait alors aucune rémunération. En septembre 1847, il devint médecin résidant et se vit attribuer un salaire annuel de £100. Il resta à cet hôpital jusqu’au printemps de 1848.

Contrairement à son père, ce n’est ni par sa pratique médicale ni par son activité publique que Painchaud s’est distingué. C’est plutôt par le rôle considérable, quoique effacé, qu’il a joué dans l’établissement des premières conférences de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Québec. En 1845, il avait profité de son séjour dans la capitale française pour nouer de nombreux liens avec cette association catholique. En plus de s’inscrire à diverses confréries et de fréquenter les couvents, il était devenu membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée en 1833 par Frédéric Ozanam et ses amis. Il avait participé activement aux réunions et aux œuvres de la conférence Saint-Séverin. La tradition lui attribue l’implantation de cette société à Québec à son retour en 1846, mais en fait, elle y était déjà établie depuis deux ans, ne s’inspirant cependant que largement des buts et des méthodes de la société de Paris. Il semble que ce soit une lettre circulaire datée du 16 juin 1846, du président général de la société à Paris, Jules Gossin, à Mgr Joseph Signay*, qui amena ce dernier à vouloir régulariser le statut de la conférence de Québec. La réunion du 12 novembre 1846, présidée par Charles-François Baillargeon*, alors curé de la cathédrale, ne marqua donc pas un commencement absolu, mais une renaissance pour la jeune société. Lors de la réunion suivante, tenue le 19 novembre, le député Jean Chabot, qui présidait déjà l’ancienne conférence, fut élu président. Ce n’est qu’à la réunion du 26 novembre suivant que figurèrent pour la première fois au procès-verbal de la conférence les noms des docteurs Painchaud père et fils. Ce dernier fit tant et si bien que, le 7 mars 1847, Québec comptait neuf conférences, toutes dues à son activité débordante. Il en établit même une à l’hôpital de la Marine et des Émigrés, dédiée à saint Louis de Gonzague. En août 1847, la conférence de Québec reçut son agrégation de Paris et, deux mois plus tard, les huit nouvelles conférences et le conseil particulier de Québec étaient aussi agrégés. Il s’agissait, comme on le soulignera plus tard, du « premier lien qui rattacha l’Ancienne et la Nouvelle France depuis la séparation de 1760 ».

Bien au fait des pratiques de Paris, Painchaud se révéla à la fois l’âme dirigeante et la cheville ouvrière de la nouvelle société, sans pour autant y occuper un poste de premier plan, imitant en cela Ozanam. S’il sut implanter à Québec l’esprit de zèle et de piété qui prévalait à Paris, on ne saurait affirmer que Painchaud fut inspiré des mêmes préoccupations sociales qu’Ozanam. Pour lui, la misère matérielle n’était pas une affaire de justice sociale, mais une occasion de faire le bien et de s’attirer des mérites spirituels. Le but de la société était de venir en aide aux plus démunis, de secourir les malheureux. La visite des pauvres à domicile, l’éducation des enfants indigents devaient, en plus de les soulager matériellement, leur apporter un réconfort moral et les toucher « jusqu’au fond de l’âme ».

Toute cette activité ne satisfaisait cependant pas le zèle de Painchaud. En 1845, au moment où il habitait à Paris, il avait fait vœu de se consacrer aux missions s’il arrivait un jour à marcher sans difficulté. En 1849, son état s’étant considérablement amélioré, il s’offrit à Mgr Modeste Demers*, évêque de l’île de Vancouver, comme médecin et catéchète, lui faisant aussi don de sa fortune et de son patrimoine. Le 9 septembre 1849, il s’embarqua pour Paris où il séjourna jusqu’à la fin de 1851, secondant l’évêque dans ses démarches pour trouver du secours et l’introduisant dans la société qu’il avait connue lors de son premier séjour à Paris.

Le reste du périple de Painchaud ne fut qu’une suite de mésaventures. Embarqué au Havre vers la fin de 1851, il repartit de New York au printemps suivant sur un bateau d’émigrés à destination de San Francisco, navire sur lequel il fit office de médecin de bord. À la suite d’une mutinerie, le vaisseau dut faire escale à Rio de Janeiro, au Brésil, où le médecin et son compagnon, le père Laroche, décidèrent de rebrousser chemin et de tenter de continuer le voyage en passant par le Nicaragua. Le père Laroche mourut d’épuisement au cours de la traversée de l’isthme. À nouveau embarqué pour remonter la côte du Pacifique, Painchaud fit naufrage sur les rives mexicaines. Dans l’impossibilité de poursuivre son voyage, il gagna alors Colima, au Mexique, où il érigea un hôpital et se constitua une clientèle fort lucrative. Il écrivit à Mgr Demers en 1852 : « La divine Providence m’a probablement placé ici, pour venir plus promptement en aide à la mission, car j’y fais de l’argent, j’attends les ordres de votre Grandeur. » Il se rendit ensuite à Tamazula, dans l’état actuel de Jalisco, pour exploiter une mine d’argent où il engloutit tous ses biens ; peu après, il tomba malade, et on croit qu’il mourut à une petite distance de Tonila où il aurait été enterré le 7 avril 1855.

Joseph Painchaud est resté méconnu malgré le rôle qu’il a joué dans l’implantation de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Québec. Derrière les clichés d’une presse pieuse – « héroïque chrétien, enfant obéissant, écolier modèle, étudiant digne et réservé » –, se cache une âme tourmentée, animée d’un zèle religieux peu commun, parfois excessif, mais surtout hantée par l’idée du salut. Sa dévotion à Notre-Dame de la Salette, sa participation à de nombreuses confréries, son œuvre au sein de la Sociétés de Saint-Vincent-de-Paul et sa vocation missionnaire sont toutes ordonnées à une seule fin, s’attirer autant de mérites qu’il est possible dès cette vie afin d’assurer son salut éternel. Il écrivait en 1850 : « Je ne suis pas beaucoup partisan des prières et bonnes œuvres après la mort, c’est un mauvais système, il vaut mieux s’attirer des grâces pendant la vie, à la mort il est tard. En faisant du bien sur la terre, c’est autant de mérites devant Dieu. » Sa correspondance reflète un caractère religieux et dévoile une personnalité, tous deux symptomatiques de l’évolution idéologique de la société canadienne-française autour de 1850. Du père au fils, du candidat réformiste aux élections de 1836 au missionnaire laïque, du fondateur de la Société médicale de Québec à l’apôtre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, ce sont non seulement deux générations qui se suivent, mais deux visions du monde qui se succèdent et se heurtent parfois.

Louis Painchaud

ANQ-Q, CE1-1, 5 juin 1815, 13 juin 1819 ; P-437.— Arch. privées, Louis Painchaud (Québec), Corr. de Joseph Painchaud, 1849–1851.— Le Canadien, 12 janv. 1859.— P.-G. Roy, Fils de Québec, 4 : 32–33.— C.-J. Magnan, le Docteur Joseph Painchaud, fondateur de la Société de Saint-Vincent de Paul au Canada, 1819–1919 (Montréal, 1919).— Robert Rumilly, la Plus Riche Aumône : histoire de la Société de Saint-Vincent-de-Paul au Canada (Montréal, 1946).— [Henri Têtu], les Noces d’or de la Société de Saint-Vincent de Paul à Québec, 1846–1896 (Québec, 1897).— [Thomas Tremblay], la Société de Saint-Vincent-de-Paul : son but, son esprit et ses avantages spirituels (Québec, 1943).— Sylvio Leblond, « le Dr Jos. Painchaud et sa famille », SCHÉC Rapport, 23 (1955–1956) : 53–59.— C.-J. Magnan, « la Fondation de la première conférence de Saint-Vincent de Paul à Québec », BRH, 32 (1926) : 699–702.— Arthur Maheux, « l’Ozanam du Canada : Joseph Painchaud », Rev. de l’univ. Laval, 9 (1955) : 735.— « Petite Galerie historique canadienne, le Dr. Jos. Painchaud », L’Action catholique (Québec), 19 sept. 1948 : 2.

Bibliographie générale

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Louis Painchaud, « PAINCHAUD, JOSEPH (né en 1819 ; mort vers 1855) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/painchaud_joseph_1819_1855_8F.html.

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Auteur de l'article:   Louis Painchaud
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   30 juillet 2014