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Titre original :  François Blanchet - Tome I L’étudiant et le savant

Provenance : Lien

BLANCHET, FRANÇOIS, auteur, médecin, professeur, chirurgien, officier de milice, homme d’affaires, seigneur, homme politique, fonctionnaire et juge de paix, né le 3 avril 1776 à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, Québec, fils de Jean-Baptiste Blanchet, fermier, et de Marie-Geneviève Destroismaisons ; le 9 septembre 1802, il épousa Catherine-Henriette Juchereau Duchesnay, et ils eurent trois filles et un fils ; décédé le 24 juin 1830 à Québec.

François Blanchet fit ses études au petit séminaire de Québec de 1790 à 1794, puis il entreprit un stage en médecine auprès de James Fisher, qui lui apprit l’anglais et le mit en contact avec les personnalités les plus influentes du monde médical et politique de l’époque. En 1799, sur les conseils de Fisher et du docteur John Mervin Nooth, et grâce à une somme de 8 000# héritée de son père l’année précédente, il alla poursuivre ses études à New York, au Columbia College. En plus de se roder aux idées démocratiques, Blanchet, étudiant sérieux, studieux et ambitieux, reçut le titre de bachelier en médecine à la suite de la présentation de sa thèse Recherches sur la médecine ou l’Application de la chimie à la médecine, qui fut publiée en français à New York en 1800. Il s’intéressa aussi aux sciences de la nature, notamment à la minéralogie et à la physique. Il acquit des livres sur ces sujets et publia quelques articles dans le New York Médical Repository. En 1801, il fut élu membre de l’American Philosophical Society, à laquelle il soumit deux mémoires sur les origines de la lumière et des aurores boréales.

Blanchet revint au Bas-Canada au début de l’été de 1801. Le 1er juillet, après avoir réussi l’examen devant les examinateurs en médecine du district de Québec, il reçut l’autorisation de pratiquer la médecine et la chirurgie dans la province. L’année suivante, il épousa la fille du riche seigneur de Beauport, Antoine Juchereau* Duchesnay, laquelle apportait une dot de 20 000# qui permit à Blanchet d’ouvrir, quelques mois plus tard, un cabinet dans une belle maison de la rue des Remparts. En 1804, il commença à donner chez lui des leçons particulières « de chimie appliquée à la médecine ». L’année suivante, il loua sa maison et en acquit une autre rue des Pauvres (côte du Palais), près de l’Hôtel-Dieu.

En 1805, Blanchet fut nommé chirurgien du le, bataillon de milice de la ville de Québec. L’année suivante, avec Pierre-Stanislas Bédard, Jean-Thomas Taschereau, Louis Bourdages, Joseph-Bernard Planté et Joseph Levasseur-Borgia*, il fonda le Canadien. En tant que propriétaire de ce journal, que le gouverneur sir James Henry Craig* considérait comme une publication séditieuse, Blanchet fut toutefois destitué de son grade de chirurgien le 14 juin 1808. L’année suivante, il fut élu député de la circonscription de Hertford à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada. Il y siégea jusqu’au 29 février 1816, puis il représenta de nouveau cette circonscription du 6 avril 1818 jusqu’à sa mort.

Même si Blanchet entreprit une carrière politique, il resta toujours étroitement associé au monde médical. Pendant la guerre de 1812, le gouverneur sir George Prevost* le nomma surintendant des hôpitaux de la milice du Bas-Canada, fonction qu’il exerça jusqu’en 1816 et qui lui fut réassignée en 1823. La même année, il devint membre du corps médical et du comité de direction de l’hôpital des Émigrants. En 1830, on lui offrit les postes de surintendant de l’hôpital et d’officier de santé du port de Québec. Cette année-là, il devint examinateur en médecine pour le district de Québec.

La médecine québécoise doit beaucoup à Blanchet sur le plan des réformes entreprises au début du xixe siècle. Il fut un des premiers organisateurs de la profession médicale au Bas-Canada. En 1818, par exemple, il tenta de fonder une société médicale à Québec, mais le projet échoua. En 1826, il fut un des collaborateurs du premier journal de médecine publié au pays, le Journal de médecine de Québec/Quebec Medical Journal, fondé par François-Xavier Tessier. De plus, à partir de 1823, il participa à diverses actions en vue de rendre électifs les bureaux d’examinateurs en médecine.

Pionnier de l’éducation médicale, Blanchet fut un des premiers médecins à donner des cours privés et à tenter de mettre sur pied un enseignement médical progressif et uniforme. À titre de député, il défendit divers projets de loi à la chambre d’Assemblée afin que les milieux hospitaliers puissent offrir une formation pratique aux étudiants. En 1823, avec Anthony von Iffland*, il remit en activité le dispensaire de Québec, lequel assurait l’enseignement de l’anatomie, de la chimie, de la médecine et de la chirurgie. Deux ans plus tard, l’hôpital des Émigrants offrait aussi une formation pratique aux étudiants.

Blanchet joua un rôle important dans l’amélioration de l’hygiène publique dans la région de Québec. En 1817, il fit partie d’un comité spécial pour encourager « l’inoculation de la vaccine ». Le besoin d’une surveillance et d’une aide plus grande à l’endroit des immigrants européens retint aussi son attention. Il se montra favorable au renforcement des lois sur la quarantaine et à la création d’un hôpital pour les contagieux. Il lutta à la chambre d’Assemblée pour promouvoir ce dernier projet qui prit forme en 1816 avec la fondation du premier hôpital des immigrants à l’île aux Ruaux. En 1823, il fit partie du premier comité sanitaire de la ville de Québec, qui devait trouver des moyens pour lutter contre les épidémies et pour assurer l’assistance médicale aux immigrants.

Blanchet occupait donc une place de premier plan sur la scène médicale québécoise du début du xixe siècle. Ce rôle tenait entre autres à trois facteurs Blanchet était un homme informé, au fait des mesures qu’on commençait à prendre aux États-Unis dans le domaine médical ; il figurait parmi les médecins les mieux qualifiés de la ville, ce qui lui conférait une certaine notoriété et dotait ses projets d’une plus grande crédibilité ; enfin, comme doyen des médecins de l’Assemblée, c’était ordinairement à lui qu’on faisait appel quand on voulait défendre un projet de loi important.

Blanchet connut aussi une carrière politique active. Ses idées s’inscrivaient dans la ligne de pensée du parti canadien, dont il fut du reste un des principaux porte-parole. Il était en faveur des institutions démocratiques et, selon son expression, « d’une constitution libérale ». À la veille des élections de 1810, le gouverneur Craig le fit emprisonner pour sédition avec les autres propriétaires du Canadien. Relâché en juillet suivant, il vendit ses droits de propriété dans le journal.

Comme homme politique, Blanchet participa de près à divers débats relatifs à la démocratisation des structures administratives de la colonie, à la gestion des fonds publics et au problème des subsides. À plusieurs reprises, entre 1818 et 1828, il intervint personnellement à la chambre d’Assemblée pour demander que celle-ci obtienne des pouvoirs accrus en ces domaines.

À la suite de la menace que représentait pour les Canadiens le projet d’union de 1822 et de l’impasse devant laquelle se trouvait la colonie face au problème des subsides, Blanchet adressa à Londres, en 1824, un mémoire intitulé Appel au Parlement impérial et aux habitans des colonies angloises, dans l’Amérique du Nord, sur les prétentions exorbitantes du gouvernement exécutif et du Conseil législatif de la province du Bas-Canada. Ce document visait à faire connaître les principaux griefs du parti canadien à l’endroit des conseils exécutif et législatif. Outre certaines attaques contre les « hommes en place et ceux qui [voulaient] dominer la majorité », Blanchet revendiquait l’examen par la chambre d’Assemblée des journaux du Conseil législatif, l’élection des membres de ce conseil, le contrôle par la chambre des salaires des hauts fonctionnaires et la responsabilité ministérielle. Afin d’établir de meilleurs contacts entre la métropole et la colonie, Blanchet fit aussi plusieurs tentatives pour obtenir la nomination d’un agent canadien en Grande-Bretagne, mais la mesure qu’il fit voter à cette fin en 1825 fut rejetée par le Conseil législatif.

Sur le plan économique, Blanchet s’intéressa beaucoup au développement des communications intérieures. En 1811, il proposa la création d’un bureau de poste provincial. Il défendit ensuite divers projets de loi portant notamment sur l’amélioration des communications terrestres entre le Haut et le Bas-Canada et la mise en valeur de moyens visant à promouvoir la circulation des biens et des personnes à l’intérieur du Bas-Canada, comme la construction de routes et de ponts, l’amélioration des installations portuaires et le développement de la navigation à vapeur sur le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Halifax. En 1829, il présida un comté dont le rapport fut publié sous le titre de Reports from the special committee on roads and other internal communications.

Blanchet fut également sensible à certains problèmes qui se posaient en milieu rural, notamment celui du manque de terres. Toujours en 1829, il fut chargé par la chambre de présenter une adresse au gouverneur sur ce point. Il rapporta que le système adopté pour la concession des terres de la couronne était inadéquat, car les colons n’avaient ordinairement pas les moyens de se porter acquéreurs de ces terres. Il suggérait plutôt qu’on les octroie gratuitement aux colons.

Blanchet participa aussi à l’essor de l’éducation au Bas-Canada. Au début du siècle, divers groupes se plaignaient de l’état de l’éducation dans la province, et en particulier dans les campagnes. Les écoles primaires étaient presque inexistantes et, au niveau secondaire, les séminaires restaient inaccessibles à la majorité de la population. On demandait davantage d’établissements publics et on proposait, pour les financer, que les sommes nécessaires soient tirées des rentes et des revenus des biens des jésuites. Blanchet présenta en 1814 un projet de loi sur l’enseignement élémentaire au Bas-Canada. Dès l’année suivante, il fut appelé à faire partie du comité parlementaire chargé de s’enquérir de l’état et des progrès de l’éducation depuis la promulgation de la loi scolaire de 1801.

Tout au long de sa carrière politique, Blanchet siégea au sein de nombreux comités formés par la chambre d’Assemblée afin d’encourager l’éducation. Il agit aussi à maintes reprises comme porte-parole à la chambre de plusieurs organismes, telles la Société d’éducation de Québec, la Société de l’école britannique et canadienne du district de Québec et l’École nationale et gratuite de Québec, lorsqu’elles demandaient des fonds afin d’acheter des écoles ou de pouvoir continuer à financer leurs établissements. Il veilla aussi à la promotion et à l’encouragement de quelques projets de nature scientifique, comme la publication de l’atlas topographique de Joseph Bouchette*, l’élargissement de la collection d’histoire naturelle du Canada de Pierre Chasseur* et la création d’un collège agricole au Bas-Canada.

Blanchet fut juge de paix du district de Québec entre 1815 et 1825. Il présida aussi l’assemblée des citoyens qui fut tenue le 21 octobre 1817 pour demander l’érection de la ville de Québec en municipalité. L’année suivante, il devint membre de la Société d’agriculture.

Blanchet avait du bien au soleil. Il se porta notamment acquéreur de la seigneurie Saint-Denis-De La Bouteillerie, que possédait son beau-père. À la mort de ce dernier, le couple Blanchet reçut une partie des terres en héritage. Blanchet reconstitua ensuite l’ensemble du fief en achetant les parts de ses beaux-frères. De plus, il possédait une terre sur les bords de la rivière Bécancour, une autre près du lac Saint-François, dans le canton de Tring, et une troisième sur la rivière Saint-Charles. Il était également propriétaire d’une boulangerie dans le faubourg Saint-Roch et de deux maisons dans la haute ville.

François Blanchet mourut à Québec le 24 juin 1830, à l’âge de 54 ans ; il fut inhumé trois jours plus tard dans l’église de sa paroisse natale. Il apparaît comme un réformateur de premier plan du monde médical bas-canadien et un critique averti de la réalité politique et sociale de la colonie au début du xixe siècle.

Jacques Bernier

François Blanchet est l’auteur de : Recherches sur la médecine ou l’Application de la chimie à la médecine (New York, 1800) ; Appel au Parlement impérial et aux habitans des colonies angloises, dans l’Amérique du Nord, sur les prétentions exorbitantes du gouvernement exécutif et du Conseil législatif de la province du Bas-Canada (Québec, 1824) ; et Reports from the special committee on roads and other internal communications (Québec, 1829).

ANQ-Q, CE2-6, 4 avril 1776, 27 juin 1830 ; CN1-178, 8 oct. 1798 ; CN1-230, 8 mai, 13 juill., 9, 11 oct. 1809.— APC, MG 24, B1 ; RG 4, A1, 20 ; 149 ; 219 ; 325 ; 328 ; RG 8, I (C sér.), 1218 : 234 ; RG 9, I, A5, 4 : 1.— ASQ, Fichier des anciens.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, févr.-mai 1812 ; 1815–1816 ; 1818 ; 1825–1830.— Le Canadien, 18 juin 1808.— La Gazette de Québec, 5 mars 1801, 13 déc. 1804, 20 nov. 1806, 13 avril 1815, mars 1816, 23 avril, 20 mai, 21 déc. 1818, 7 déc. 1820, 13 avril, 5 juill. 1821, 28 août 1823.— La Minerve, 28 juin 1830.— Almanach de Québec, 1806–1808 ; 1812–1816 ; 1830.— F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— F.-M. Bibaud, le Panthéon canadien (A. et V. Bibaud).— Hare et Wallot, les Imprimés dans le B.-C.— Officers of British forces in Canada (Irving), 101.— Wallace, Macmillan dict. Abbott, Hist. of medicine, 50.— T.-P. Bédard, Histoire de cinquante ans (1791–1841), annales parlementaires et politiques du Bas-Canada, depuis la Constitution jusqu’à l’Union (Québec, 1869), 104, 237.— F.-X. Chouinard et al., la Ville de Québec, histoire municipale (4 vol., Québec, 1963–1983), 2 : 36–37.— Ouellet, Bas-Canada, 16–18.— P.-G. Roy, la Famille Juchereau Duchesnay (Lévis, Québec, 1903), 275, 277–301.— J.-P. Wallot, « le Bas-Canada sous l’administration de sir James Craig (1807–1811) » (thèse de ph.d., univ. de Montréal, 1965).— Jacques Bernier, « François Blanchet et le Mouvement réformiste en médecine au début du xixe siècle », RHAF, 34 (1980–1981) : 223–244.— « Les Blanchet », BRH, 38 (1932) : 735–740.

Bibliographie générale

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Jacques Bernier, « BLANCHET, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/blanchet_francois_6F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Bernier
Titre de l'article:   BLANCHET, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   28 juillet 2014