DCB/DBC Mobile beta
+

CARON, sir ADOLPHE-PHILIPPE, avocat et homme politique, né le 24 décembre 1843 à Québec, fils de René-Édouard Caron* et de Marie-Vénérande-Joséphine Deblois ; le 25 juin 1867, il épousa à Québec Alice Baby ; décédé le 20 avril 1908 à Montréal.

Adolphe-Philippe Caron, seul fils survivant d’une famille bourgeoise de Québec, fréquente d’abord le petit séminaire de Québec, puis entreprend des études de droit qu’il termine au McGill College en 1865 ; outre le français, il parle et écrit déjà bien l’anglais. La même année, il est admis au barreau et se joint au bureau de Frederick Americus Andrews et de son fils Frederick William, à Québec. Il devient l’un des associés et le cabinet prend alors le nom d’Andrews, Caron, and Andrews.

Aux élections fédérales tenues à l’été de 1872, Caron brigue le siège de Bellechasse pour le Parti conservateur, mais il est défait par Télesphore Fournier*. En mars 1873, il est élu dans la circonscription de Québec, à l’occasion d’une élection partielle fédérale tenue à la suite de la nomination de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau* à la présidence du Sénat. Caron occupera ce siège jusqu’en 1891. Le 5 novembre 1873, le cabinet de John Alexander Macdonald* démissionne. Les élections qui ont lieu en janvier 1874 renvoient les conservateurs dans l’opposition. C’est l’époque où Hector-Louis Langevin tente d’affirmer son rôle de chef des députés conservateurs de la province de Québec à Ottawa. Caron figure au nombre des jeunes loups désireux de prendre des mains de Langevin le sceptre laissé par George-Étienne Cartier*, mais il ne sera jamais à la hauteur.

Lorsque les conservateurs reprennent le pouvoir, en septembre 1878, Caron est maintenu dans son rôle de député. Malgré ses tentatives en vue d’obtenir le portefeuille qui revient à la région de Québec, c’est le vétéran Langevin qui retourne au gouvernement et demeure le bras québécois de Macdonald. Caron est pourtant ministrable. Son attente dure deux ans, au cours desquels il fait sentir de plus en plus sa présence. C’est lui, par exemple, qui répond aux questions de l’opposition sur la milice et la défense pendant les périodes où le titulaire de ce département, Louis-Rodrigue Masson, malade, doit s’absenter. Durant quelques mois, sir Alexander Campbell* remplace Masson puis, en novembre 1880, c’est Caron qui accède au poste. Il sera responsable de la Milice et de la Défense durant plus de 11 ans.

Caron, qui n’a pas encore 37 ans, est alors le ministre le plus jeune du cabinet Macdonald, et il compte déjà sept années d’expérience parlementaire. Il conserve peut-être encore l’espoir de détrôner Langevin, mais l’arrivée au gouvernement fédéral de Joseph-Adolphe Chapleau*, en juillet 1882, viendra contrecarrer ses projets. Langevin, au courant des visées de Caron, aurait voulu l’écarter du gouvernement pour le remplacer par Chapleau. Caron réussira cependant à se maintenir.

Le principal apport de Caron à la vie politique du pays se fait donc à titre de ministre de la Milice et de la Défense. À peine est-il en poste, qu’il entre en conflit avec l’officier général britannique commandant de la milice canadienne, Richard George Amherst Luard*. Au contraire de son père et de plusieurs de ses collègues d’un côté ou de l’autre de la Chambre, Caron n’a jamais servi dans la milice. Par contre, le Canada est dans une phase, aussi timide soit-elle, d’affirmation nationale, et les miliciens canadiens anglophones ou francophones n’aiment guère les réguliers britanniques qui viennent leur servir des leçons de professionnalisme. L’affrontement entre Luard et Caron résulte de deux points de vue différents : d’une part, la vision impérialiste et londonienne de ce que devrait être la milice canadienne et, d’autre part, celle des hommes politiques canadiens qui, se satisfaisant trop souvent de nominations d’officiers faites à partir du critère des amitiés politiques plutôt que de celui de la compétence, ne voient pas la nécessité de bâtir une armée efficace. Caron n’est absolument pas démonté par un Luard qui s’appuie sur le gouverneur général, le marquis de Lorne [Campbell*]. Il se tire très bien d’affaire face à un général qui, outre qu’il manque de tact, ignore le français au point de retourner, pour qu’ils soient traduits, des documents rédigés dans cette langue. En s’imposant, le ministre joue un rôle dans la reconnaissance, par Londres, des données locales au moment de la nomination des officiers généraux pour le Canada.

Il n’en demeure pas moins que les recommandations des généraux britanniques et le nationalisme canadien peuvent souvent aller de pair. Ainsi, c’est sous Caron qu’une cartoucherie est fondée à Québec en 1882 [V. Oscar Prévost*] ; même si le projet a été lancé avant son arrivée, sa réalisation vient augmenter la liste des productions locales destinées aux miliciens et cadre à merveille avec la Politique nationale du gouvernement de Macdonald. C’est aussi sous Caron que le développement du professionnalisme des forces de défense canadiennes se poursuit avec l’implantation, en 1883, de trois écoles d’infanterie et l’addition d’une batterie d’artillerie aux deux qui existent déjà. Mais tout cela ne va pas sans critiques. D’un côté, on parle de favoritisme politique puisque la cartoucherie se trouve à Québec. De l’autre, les officiers de milice qui siègent au Parlement se méfient de la nouvelle envergure que prend l’armée régulière par le biais des écoles qui sont mises sur pied, car il reste ainsi moins d’argent pour les soldats du dimanche qu’ils commandent. Effectivement, on alloue des fonds égaux aux 750 soldats de la force régulière et aux quelque 20 000 miliciens. Au Parlement, en 1883, Caron multiplie les garanties que les écoles ne constituent pas l’amorce d’une vaste armée professionnelle. En avançant avec circonspection sur la voie du professionnalisme et de la « canadianisation » des forces, il ne fait que retarder l’inévitable.

Les crédits augmentent sous la gouverne de Caron (même si l’on exclut la campagne du Nord-Ouest de 1885), mais les questions d’ordre prioritaire sont trop nombreuses pour qu’on puisse les régler toutes. Tandis qu’on multiplie le nombre de militaires professionnels, il faut stabiliser et même réduire les montants destinés à la milice : on met de côté des projets de construction ou de rénovation ; les réguliers sont plutôt mal payés et ne jouissent pas d’un régime de retraite garanti. Même si le ministre prend son rôle à cœur, ce que certains miliciens de l’opposition sont prêts à lui concéder, il n’y a aucun doute que les considérations politiques prévalent trop souvent. Pour Caron, il semble plus important de conserver la faveur des milliers de miliciens que celle des centaines de militaires professionnels qu’il a pris bien soin de disséminer partout au Canada. Ainsi, les craintes qu’une vaste armée de métier vienne prendre la relève de la milice sont-elles contrées. Les parlementaires qui sont aussi officiers peuvent alors se sentir quelque peu à l’abri de l’arrogance des officiers de la régulière qui pourraient leur faire perdre du panache auprès des électeurs miliciens.

La campagne du Nord-Ouest [V. sir Frederick Dobson Middleton* ; Louis Riel*] au printemps de 1885 permet à Caron d’affirmer un dynamisme déjà évident dans ses actions précédentes. En expédiant près de 8 000 hommes à plus de 1 800 milles de leurs principaux centres d’approvisionnement, le ministre doit faire preuve d’audace et d’initiative. Or il réussit de façon magistrale à organiser la formation et l’expédition d’unités ainsi que leur soutien logistique dans des conditions particulièrement difficiles. La milice, mal préparée et inexpérimentée, s’en tire fort bien, ce qui met en péril les budgets à venir des troupes régulières.

En fait, l’ingéniosité compense le manque d’expérience. On improvise un service d’ambulances de campagne, et la coopération de la Hudson’s Bay Company (fournitures) et de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique (transport) s’avère des plus importantes pour le succès de l’entreprise. Caron presse deux régiments canadiens-français de se rendre sur les lieux afin de bien faire montre de la loyauté de la province de Québec dans ce genre de crise. Une de ces unités, le 9e bataillon de milice de Québec, est commandée par Guillaume Amyot*, député de Bellechasse.

La campagne militaire a été bien menée. L’après-campagne laisse place à des récriminations sans nombre. Bien sûr, la division rniliciens-réguliers s’exacerbe. Surtout, plusieurs confrères de Caron lui en veulent d’avoir été fait chevalier de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges le 25 août 1885, alors qu’il n’aurait guère cherché à obtenir des décorations pour ceux qui ont exposé leur vie sur le terrain. En fait, c’est le ministre des Colonies qui a suggéré le nom de Caron, contre l’avis de Macdonald qui avait argué de la jeunesse de son ministre, âgé de 41 ans. Pour leur part, tout ce que les parlementaires-miliciens ont obtenu de la Chambre des communes, c’est une motion de félicitations et de remerciements.Même le rapport officiel de l’opération, daté de 1886, les mentionne à peine.

En novembre 1885, Caron se rend à Winnipeg afin de régler les dernières affaires administratives entourant la campagne. Il est alors invité à un banquet le jour prévu pour la pendaison de Riel. Même si l’exécution sera remise au 16 novembre à Regina, en acceptant cette invitation, Caron devient une cible de choix pour les francophones canadiens qui en veulent au gouvernement conservateur d’avoir fait exécuter la sentence. On l’accuse d’avoir voulu fêter sous l’échafaud de Riel, ce qui est insoutenable puisque Caron savait, en quittant Ottawa, que la pendaison serait retardée. En mars 1886, aux Communes, Caron se défend de toutes les accusations lancées contre lui. Il n’a fait, dit-il, que servir l’ordre public en étant solidaire de son gouvernement. Sans doute, en se maintenant contre vents et marées, contribue-t-il, avec ses collègues francophones Langevin et Chapleau qui réagissent comme lui, à empêcher une brisure du pays suivant des lignes linguistiques. Il ne sera pas le seul Canadien français, en cette occasion, ou après, à accepter de se soumettre plutôt que de se démettre. Mais sa position devient pathétique. On peut même se demander si Caron ne s’est pas trop bien défendu dans cette affaire. En politique, les accusés ont souvent tendance à suivre le chemin inverse du processus judiciaire en voulant à tout prix prouver leur innocence plutôt que de laisser à leurs accusateurs le poids de la preuve. Dans le cas précis du banquet de Winnipeg, on peut parler d’un certain manque de jugement de la part de Caron.

L’année 1887 est une année d’élections générales qui permettent encore une fois aux conservateurs de s’en tirer au Québec, mais en y perdant beaucoup de partisans, en particulier dans la région de la ville de Québec, dont Caron est le responsable. Son courage politique et celui de ses amis francophones ne suffisent pas à détourner la vague de mécontentement soulevée par la pendaison de Riel. Leur message suivant lequel il faut attribuer cet acte au fanatisme protestant ne passe pas complètement. Puis toutes les frustrations des miliciens engagés en politique resurgissent. Certaines sont ressenties par d’ex-amis politiques, comme Amyot qui accuse Caron de tous les maux : avoir perdu la région de Québec au profit des libéraux ; avoir mis Honoré Mercier* au Parlement provincial ; l’avoir traité injustement en ne défrayant pas son bataillon de certaines dépenses durant la campagne, parce qu’il aurait osé défendre la cause des Canadiens français et de Riel jusqu’au bout.

L’année suivante, la descente aux enfers de Caron se continue, en particulier dans certains journaux anglophones. On l’accuse de favoritisme à l’égard du Québec et on demande qu’un anglophone prenne sa place. Macdonald le protège et, ce faisant, lui laisse sans doute de faux espoirs à propos de ses chances de remplacer Langevin, dont l’intégrité est soumise à de dures attaques en 1890. Des parties du dossier que les ennemis politiques de Langevin ont eues entre les mains pourraient bien être venues de Caron.

Si Langevin et Caron s’affrontent quant à la direction du Parti conservateur au Québec, par contre dans l’affaire des écoles manitobaines [V. Alexandre-Antonin Taché*], ils se tiennent. Cette longue lutte de six ans, commencée en 1890, se terminera sous Wilfrid Laurier*, au détriment des francophones manitobains. Caron et les Canadiens français conservateurs défendront la cause des écoles catholiques dans cette partie du pays, et participeront ainsi à la défaite conservatrice de 1896 au profit des libéraux.

Le 6 juin 1891, la mort de Macdonald a fait disparaître un important rempart de protection pour Caron. En janvier 1892, celui-ci est muté contre son gré au ministère des Postes. Les attaques contre son intégrité politique se poursuivent, bien qu’elles soient peu solides par rapport aux mœurs politiques de l’époque. En même temps, l’influence des conservateurs francophones du Québec diminue au sein du parti. Aux élections de mars 1891, les libéraux ont obtenu pour la première fois depuis 1878, plus de sièges que les conservateurs au Québec. Caron, quant à lui, a été élu dans Rimouski, qu’il représentera jusqu’en 1896.

Même si, comme « patroneux », Caron n’a pas la stature de Langevin, ses actions sont assez notoires pour que les libéraux le nomment dans leurs écrits. En 1892, on tente de le couler par un scandale [V. sir James David Edgar*], bien que ce soit Langevin qui se trouve au centre de l’affaire. En 1895, il est impliqué dans une autre prétendue affaire de pots-de-vin, bien qu’elle soit sans fondement. Cette nouvelle accusation, combinée à sa fermeté dans l’affaire des écoles manitobaines, amène sa déchéance. Il travaille intensément pour que le gouvernement conservateur vote une loi réparatrice qui irait contre le bannissement des écoles catholiques par le Manitoba. Ce projet de loi précipite la chute des conservateurs, mais auparavant, celle de Caron, qui n’a pas été inclus dans le dernier gouvernement conservateur de mai à juillet 1896 dirigé par sir Charles Tupper*. Puis, ce sera à nouveau l’opposition, à titre de député de Trois-Rivières jusqu’au 9 octobre 1900. En novembre suivant, Caron se présente dans la circonscription fédérale de Maskinongé et est battu. Les huit dernières années de sa vie seront l’occasion d’un retour aux sources. Conseiller de la reine depuis 1879, il s’adonne au droit et aux affaires, qui s’avèrent plus ou moins florissantes d’ailleurs.

Sir Adolphe-Philippe Caron était, dans le privé, un homme qui aimait la vie et se targuait de culture ; il lui arrivait de donner des réceptions avec musique et poésie. Il avait épousé Alice Baby en 1867, et deux enfants lui survécurent. Il mourut à Montréal, le 20 avril 1908, assez rapidement, bien qu’il ait été malade depuis plusieurs mois. Il fut inhumé au cimetière Notre-Dame de Belmont, à Sainte-Foy, près de Québec.

Serge Bernier et Pauline Dumont-Bayliss

Les papiers de sir Adolphe-Philippe Caron sont conservés aux AN, sous la cote MG 27, I, D3, et font l’objet d’un excellent instrument de travail de recherche préparé en 1977 par Diane Tardif-Côté. Le fonds, cédé par lady Caron dès 1908, est constitué de lettres, de télégrammes, de coupures de presse, de mémorandums, notes et rapports, de discours et de papiers personnels. La correspondance qui porte sur la rébellion du Nord-Ouest est particulièrement intéressante. L’acte de mariage et l’acte de sépulture de Caron se trouvent aux ANQ-Q, CE1-1, 25 juin 1867, 23 avril 1908.

Différentes brèves entrées dans des encyclopédies ou des volumes de biographies contiennent souvent des erreurs. Les Débats, pour les années où Caron a siégé à la Chambre des communes, soit de 1873 à 1900, et des journaux comme la Presse, la Minerve et le Courrier du Canada permettent de cerner certains événements importants de la carrière politique de Caron. Le volume 3 de Historique des circonscriptions électorales fédérales, 1867–1980 (4 vol., [Ottawa, 1982 ?]) et les rapports des élections générales, dressés pour la Chambre des communes et inclus dans les Doc. de la session, sont des outils de référence utiles. Caron fait l’objet de mentions dans de nombreux ouvrages. Pour mieux comprendre son rôle à titre de ministre de la Milice et de la Défense, on se rapportera aux pages que lui consacrent Desmond Morton dans Ministers and generals : politics and the Canadian militia, 1868–1904 (Toronto et Buffalo, N.Y., 1970) et Stephen John Harris dans Canadian brass : the making of a professional army, 1860–1939 (Toronto, 1988), malgré certaines réserves peu justifiées qu’on y rencontrera. Il faut aussi consulter Désilets, Hector-Louis Langevin, pour situer un peu mieux Caron par rapport au parti conservateur de l’époque.  [s. b. et p. d. b.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Serge Bernier et Pauline Dumont-Bayliss, « CARON, sir ADOLPHE-PHILIPPE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/caron_adolphe_philippe_13F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/caron_adolphe_philippe_13F.html
Auteur de l'article:   Serge Bernier et Pauline Dumont-Bayliss
Titre de l'article:   CARON, sir ADOLPHE-PHILIPPE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   24 avril 2014