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CAMPBELL, sir ALEXANDER, avocat, homme politique, administrateur scolaire, homme d’affaires et fonctionnaire, baptisé le 9 mars 1822 à Hedon, Angleterre, fils de James Campbell et de Lavinia Scatcherd ; le 17 janvier 1855, il épousa à Beverley, Angleterre, Georgina Fredrica Locke Sandwith, et ils eurent deux fils et trois filles ; décédé le 24 mai 1892 à Toronto.

James Campbell, médecin d’origine écossaise, immigra dans la province du Canada avec sa famille en 1823. D’abord installés à Montréal, les Campbell s’établirent à Lachine dix ans plus tard, puis à Kingston, dans le Haut-Canada, en 1836. Alexander Campbell fit de bien meilleures études qu’on en faisait généralement au Canada au début du xixe siècle. Son premier instituteur fut un ministre presbytérien. Bien que sa famille ait été anglicane, il fréquenta ensuite avec son frère Charles James le séminaire catholique de Saint-Hyacinthe, dans le Bas-Canada, où il acquit une maîtrise suffisante du français pour le parler en public. De là, il passa à la Midland District Grammar School de Kingston, puis entreprit ses études de droit au cabinet de Henry Cassady. Après la mort de ce dernier, en septembre 1839, il poursuivit son stage chez John Alexander Macdonald ; il avait alors 17 ans. Campbell était le deuxième stagiaire de Macdonald ; le premier avait été Oliver Mowat*. Pendant quelque temps, ces trois jeunes gens destinés à une brillante carrière travaillèrent ensemble dans le cabinet de Macdonald, à Kingston. Reçu au barreau en 1843, Campbell devint l’associé de Macdonald ; en 1849, ils mirent fin à cette association, qui en elle-même n’avait pas été particulièrement importante. Par contre, l’alliance politique qu’ils avaient nouée au cours des années 1840 était telle qu’ils allaient demeurer étroitement liés jusqu’à ce que Campbell quitte la politique, en 1887.

Campbell commença sa carrière publique au conseil municipal de Kingston où, de 1850 à 1852, il fut échevin du quartier Victoria. En 1858, puis en 1864, on l’élut au Conseil législatif de la province (dont il fut le président de février à mai 1863) ; il représentait la vaste division de Cataraqui, qui englobait Kingston et la totalité des circonscriptions de Frontenac et d’Addington. À la fin de 1861, Macdonald, alors procureur général du Haut-Canada, lui offrit un siège au sein du cabinet qu’il tentait désespérément de former. Campbell accepta à la condition que Thomas Clark Street* et John Hillyard Cameron*, deux tories de la vieille garde, y entrent aussi, mais Macdonald refusa. L’incident semble indiquer que Campbell entretenait de meilleures relations que Macdonald avec les groupes tories de Toronto et de l’ouest du Haut-Canada.

Peut-être le moment décisif de la carrière préconfédérale de Campbell survint-il à l’occasion de la crise déclenchée par la démission, le 21 mars 1864, du gouvernement de coalition de John Sandfield Macdonald* et d’Antoine-Aimé Dorion. Comme Adam Johnston Fergusson* Blair n’avait pas réussi à former un gouvernement, le gouverneur général, lord Monck, demanda à Campbell d’essayer. Il n’y parvint pas davantage, et cet échec anéantit sa seule chance réelle de devenir un grand leader politique. Le 30 mars, il accéda au rang de ministre en obtenant, dans le gouvernement de John Alexander Macdonald et de sir Étienne-Paschal Taché*, le poste de commissaire des Terres de la couronne, qu’il occupa jusqu’au 30 juin 1867. À titre de membre de ce cabinet de coalition, on le délégua aux conférences de Charlottetown et de Québec en 1864 ; il est donc l’un des Pères de la Confédération.

Après 1867, Campbell ne fut plus jamais candidat à des élections. Appelé au Sénat le 23 octobre de cette année-là, il y siégea jusqu’à sa démission, le 7 février 1887. Au cours de cette période, il exerça des fonctions très diverses au cabinet : maître général des Postes à quatre reprises, (1867–1873, 1879–1880, 1880–1881, 1885–1887), surintendant général des Affaires indiennes et ministre de l’Intérieur en 1873, receveur général de 1878–1879, ministre de la Milice et de la Défense en 1880, et enfin ministre de la Justice et procureur général de 1881 à 1885. De plus, il fut ministre intérimaire du Revenu intérieur en 1868–1869 et leader du gouvernement au Sénat de 1867 à 1873, puis de 1878 à 1887. Sous le gouvernement libéral d’Alexander Mackenzie, de 1873 à 1878, il dirigea le parti conservateur à la Chambre haute. Nommé conseiller de la reine en 1856, il fut fait chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges en 1879. Il représenta le Canada à Londres en 1887, à l’occasion de la première conférence coloniale, qui fut surtout un déploiement de cérémonies. Nommé lieutenant-gouverneur de l’Ontario le 1er juin de la même année, il le resta jusqu’à sa mort, cinq ans plus tard. Durant une brève période après cette nomination, les trois jeunes gens qui avaient travaillé ensemble à Kingston en 1839 formèrent une étonnante constellation politique : Macdonald était premier ministre conservateur du Canada ; Mowat, qui malgré une querelle de longue date avec Macdonald demeurait l’ami de Campbell, était premier ministre libéral de l’Ontario ; et Campbell en était le lieutenant-gouverneur.

Campbell était loin de restreindre ses activités à la politique et à la pratique du droit. De 1861 à 1864, il fut doyen de la faculté de droit du Queen’s College de Kingston. Ses intérêts commerciaux étaient nombreux dans les années 1850 ; il s’était occupé notamment de diverses compagnies de chemin de fer, de la Kingston Fire and Marine Insurance Company et de la Cataraqui Cemetery Company. Une bonne partie de ses activités commerciales commencèrent en 1873, à la chute du premier gouvernement Macdonald. Comme il se trouvait dans l’opposition, il eut beaucoup de loisirs jusqu’à son entrée, en 1878, au deuxième gouvernement Macdonald. Dans les années 1870, il fut président de l’Intercolonial Express Company, mise sur pied au moment de l’inauguration du chemin de fer Intercolonial, vice-président de l’Isolated Risk Fire Insurance Company of Canada, président du conseil de la succursale torontoise de la Banque consolidée du Canada et membre des conseils d’administration de la Kingston and Pembroke Railway Company et de la London and Canadian Loan and Agency Company. En outre, il détenait des actions de l’Ives Mining Company et de la Banque maritime de la Puissance du Canada, et s’occupait de la Boiler Inspection and Insurance Company et de la Canadian Express Company. Au début des années 1870, il acheta des terrains houillers de Charles Tupper*, et en 1873, avec John Beverley Robinson et Richard John Cartwright*, il fit l’acquisition d’une région houillère de la Nouvelle-Écosse dont l’exploitation ne se révéla pas rentable. Dans les années 1880, il spécula sur des terres de l’Ouest canadien. À sa mort, il était président de deux sociétés : l’Imperial Loan and Investment Company of Canada Limited et la Boiler Inspection and Insurance Company.

C’était chose facile pour Campbell de maintenir d’étroites relations d’affaires avec d’éminents libéraux de Kingston, comme Cartwright et Charles Fuller Gildersleeve. Mais, ce qui étonne peut-être davantage, il en avait aussi avec d’importants libéraux fédéraux qui avaient peu à voir avec Kingston. À titre de vice-président de l’Isolated Risk Fire Insurance Company, entreprise essentiellement formée de libéraux, il côtoyait cependant des tories bien connus, tel Matthew Crooks Cameron*. Le président en était Alexander Mackenzie, et le conseil d’administration se composait de personnalités libérales comme Edward Blake*, George Brown*, Adam Crooks*, William McMaster* et Robert Wilkes*. Kingston occupa toujours une place de choix dans les entreprises auxquelles Campbell participa. Ses activités commerciales, politiques et sociales, tout comme son mariage, le plaçaient au centre d’un réseau qui liait plusieurs grandes familles de la ville : les Campbell, les Macdonald, les Strange, les Kirkpatrick, les Gildersleeve et les Cartwright.

Campbell ne fut pas un grand ministre, mais certaines de ses décisions administratives eurent des répercussions considérables. Ministre de la Justice au moment de la capture de Louis Riel*, en 1885, il tenait absolument à ce que le chef des Métis subisse son procès ailleurs qu’à Winnipeg. Comme il l’expliqua à Macdonald, Riel devait « être conduit à Regina sous bonne garde, puis y être jugé, devant [Hugh Richardson*] et un jury de six [anglophones], en vertu de l’Acte des Territoires du Nord-Ouest », qui n’autorisait pas un prisonnier à avoir un jury mixte. Un procès à Winnipeg, surtout devant des jurés francophones, aurait pu aboutir aisément à un autre verdict que la culpabilité, ce qui, aux yeux de Campbell, aurait été un « déni de justice ». Ainsi le Canada aurait pu ne pas connaître la crise qui entoura l’exécution de Riel, ou en connaître une fort différente.

Veiller à ce que Riel ne bénéficie d’aucun traitement de faveur correspondait bien aux méthodes administratives de Campbell. C’était un homme froid, consciencieux, attaché aux traditions, légaliste, étroit, paternaliste et économe. En 1885, dans un avis qu’il donnait à Macdonald, il soulignait les problèmes causés par « la satisfaction constante de revendications excessives et [les] retards, ainsi que l’irritation et les torts qu’ils engendr[aient] » ; « tous, poursuivait-il, [en] parlent et ce sont des maux dont vous et moi ferions bien de prendre note [...] J’espère que nous prendrons un nouveau départ. »

Si Campbell fut un personnage important, ce n’est pas parce qu’il siégea longtemps au cabinet, mais parce qu’il fut à la fois un homme de confiance du premier ministre, à qui il prodigua des conseils sur un très large éventail de questions, et un administrateur politique au sein du parti conservateur. Ce dernier rôle fut primordial dans la carrière de Campbell : c’était un organisateur astucieux qui agissait souvent à titre de délégué de Macdonald. Ce fut particulièrement le cas au cours du premier gouvernement de ce dernier, de 1867 à 1873. Pendant ces années (ses plus actives comme administrateur du parti), il exerça constamment la fonction de maître général des Postes, sauf pendant quatre mois. Il dispensa assidûment, dans l’intérêt de son parti, les faveurs que sa charge lui permettait de distribuer. Les augmentations de salaire des employés des Postes, les congés, les nominations étaient accordés selon des critères partisans. C’est pourquoi on lui prêtait parfois beaucoup plus de pouvoir qu’il n’en avait en fait. En 1887, le Week de Toronto émit l’avis qu’il avait remporté une grande victoire en se faisant nommer, en 1867, maître général des Postes : « Cette nouvelle fonction n’exigeait pas d’aussi grands talents de juriste que la précédente [celle de commissaire des Terres de la couronne], mais des intérêts publics importants et un système de favoritisme très étendu y étaient attachés. »

Selon Campbell, la chute du gouvernement, survenue en 1873, était imputable à Macdonald : au début de novembre, il nota que le régime aurait pu tenir « si seulement sir John A. était resté sobre pendant la dernière quinzaine ». Il participa moins qu’en 1872 à l’organisation des élections générales de 1874, et après la cuisante défaite des conservateurs cette année-là il délaissa peu à peu l’administration du parti. C’est John Graham Haggart* qui prit sa succession dans l’est de l’Ontario. Vers 1875, Campbell se consacra surtout aux affaires, et à compter de 1878 à ses fonctions ministérielles. C’est donc surtout en examinant la portée et la nature de ses activités à l’époque des élections de 1872 que l’on comprendra son rôle d’administrateur. On aura en même temps une bonne idée de ce qu’était la politique au xixe siècle.

Campbell assuma beaucoup de responsabilités durant la période des élections, dont l’examen de la situation qui régnait dans diverses parties du pays. Ainsi, peu après le début de la campagne, il réclama un « document sur le Manitoba » à Alexander Morris*, administrateur de cette province et des Territoires du Nord-Ouest, informa Macdonald que John George Bourinot* avait préparé une étude sur les relations entre la Nouvelle-Écosse et le Canada et demanda au premier ministre de dicter un document d’ordre général sur les « réalisations du gouvernement ». Après avoir consulté Henry Nathan, député de Victoria, et Donald Alexander Smith*, député de Selkirk, il conseilla à Macdonald de tenir les élections de Colombie-Britannique « le plus tôt possible » et celles du Manitoba « dans la dernière moitié d’août ou la première semaine de septembre ». Il aida sir George-Étienne Cartier* à remporter l’élection partielle tenue en septembre 1872 dans la circonscription de Provencher puis, après la mort de Cartier en mai 1873, il participa à la campagne dont Riel sortit vainqueur. En décembre 1872, à propos de la délicate question de Riel et des Métis, Campbell avait demandé au premier ministre : « Que pensez-vous de ma proposition qui consiste à prélever dans le fonds des services secrets les £500 que Donald Smith recommande de verser aux Métis loyaux ? » En juillet 1873, il devint ministre de l’Intérieur ; les problèmes manitobains relevaient dorénavant de sa compétence.

Le financement des élections de 1872 donna lieu, l’année suivante, à une Commission royale d’enquête sur le scandale du Pacifique. Appelé à témoigner, Campbell prétendit avoir à peine entendu parler des contributions massives que sir Hugh Allan* avait versées l’année précédente. Pourtant (l’amnésie est une maladie qui fut très courante chez les tories en 1873...), il en savait long sur le financement de la campagne. En juillet 1872, au bureau des commissaires de la Trust and Loan Company of Canada, à Toronto, William Cleghorn lui avait dit que lui-même et son personnel contribueraient à la caisse électorale. Plus tard dans la campagne, Campbell avait eu à faire face à un incident fort curieux : Macdonald avait emprunté 10 000 $, à des fins électorales, de John Shedden* et du frère de Campbell, Charles James. Leur garantie, expliqua ce dernier à Alexander, était « l’engagement écrit de sir John comme membre du gouvernement de [leur] rembourser la somme prêtée ». On ne sait pas exactement comment Campbell sortit Macdonald de l’embarras, mais fort heureusement il le connaissait bien et put régler les problèmes financiers qui, selon lui, provenaient de ce que le premier ministre, entre le moment de son élection en 1872 et la défaite de son gouvernement en novembre 1873, était souvent ivre.

Même après sa nomination au Sénat, en 1867, Campbell veilla aux affaires du parti conservateur à la chambre des Communes. Par exemple, il offrit un poste de sénateur au docteur James Alexander Grant*, député de Russell, en échange de sa loyauté pendant la crise parlementaire de 1873. En outre, il participa activement aux manœuvres qui visèrent à empêcher Donald Alexander Smith de faire défection à la veille de la chute du gouvernement.

Tenir la presse en respect faisait aussi partie des grandes préoccupations de Campbell. C’était une tâche difficile et importante, car en Ontario le parti conservateur avait un adversaire puissant, le Globe de Toronto, propriété de George Brown. Les conservateurs tentèrent à plusieurs reprises de contrer son influence, mais ils n’y parvinrent jamais [V. James Beaty]. Néanmoins, il y avait une guerre des journaux, et Campbell, tant qu’il fut maître général des Postes, en fut l’un des principaux combattants. Il se servait des annonces des Postes pour forcer la loyauté des éditeurs indisciplinés et faire vivre des journaux insolvables. Pour obtenir des réclames ou des contrats d’imprimerie du gouvernement, un journal devait figurer sur la « Liste » pour reprendre le terme employé en 1871 par F. Munro, propriétaire d’un journal d’Orangeville. De plus, bien des journalistes demandaient de l’aide à Campbell. À l’occasion, il agissait sans délai. Pendant la campagne de 1872, James George Moylan*, du Canadian Freeman de Toronto, demanda une avance sur « quelques milliers de dollars de travaux d’imprimerie ». Moins de cinq jours plus tard, il recevait de l’argent, sans doute parce qu’il avait menacé de suspendre la publication en pleine campagne. L’Ontario Workman, premier grand journal ouvrier de la province [V. James Samuel Williams*], figurait sur la liste de Campbell : pendant la campagne de 1872, les conservateurs obtinrent l’appui des ouvriers, et Macdonald comme Campbell participèrent au financement du journal.

On constate donc à quel point Campbell joua un rôle stratégique au cours des élections de 1872. Macdonald lui confia le soin d’assurer sa réélection dans Kingston, et sans doute s’occupa-t-il aussi des autres circonscriptions du vieux district de Midland. Avant la Confédération, ce territoire avait constitué l’assise du pouvoir de Macdonald mais, à partir du moment où il évolua sur une scène plus vaste, il délégua à Campbell une bonne partie de l’administration du parti dans ce district. De toutes les circonscriptions dont Campbell eut la charge en 1872, la plus importante était Kingston, où il organisa minutieusement la réélection du premier ministre. Il le tint au courant des événements et veilla à ce qu’on le choisisse comme candidat. Le 11 juillet, il se réjouit d’avoir manœuvré l’évêque catholique de Kingston, Edward John Horan* : « L’évêque m’a promis aujourd’hui qu’il parlera à ses gens demain – la désaffection l’afflige beaucoup, surtout en ce moment où une demi-douzaine de catholiques font campagne avec votre concours – il dit n’avoir coutume de parler à l’église que dans les crises les plus graves, mais il estime que c’en est une et le fera. » Cependant, neuf jours plus tard, Campbell pressa Macdonald de venir à Kingston, « certains catholiques, certains de [ses] anciens amis et beaucoup d’hommes plus jeunes » menaçaient sa réélection. Il fit revenir à Kingston les électeurs qui travaillaient à l’extérieur de la ville, sauf s’ils étaient libéraux ; ceux-là, il veilla à ce qu’on les retienne à leur travail. Les partisans loyaux reçurent des récompenses : de l’argent dans certains cas, ou la possibilité d’un emploi s’ils avaient rendu des services particulièrement utiles. En même temps, Campbell s’occupait des circonscriptions situées entre Toronto et la vallée de l’Outaouais. Il encourageait et conseillait les candidats, trouvait des fonds, tançait les fonctionnaires qui ne se montraient pas assez amicaux, persuadait les collaborateurs du parti de continuer leur travail, faisait appel aux chefs religieux et tentait de minimiser les effets de l’esprit de discorde. On comprend pourquoi, dans une lettre écrite en août, le sénateur John Hamilton* faisait allusion aux élections que Campbell « manipul[ait] à Kingston ».

La carrière publique de Campbell correspond à un modèle fort courant au xixe siècle. C’est par la politique qu’il se hissa au plus haut échelon de la société ontarienne. Il dut toutefois son ascension à sa propre utilité politique, non à une amitié personnelle avec Macdonald. Ils n’étaient pas de grands amis. La dissolution de leur association d’avocats en 1849 s’était d’ailleurs faite dans des circonstances extrêmement désagréables. Sir Joseph Pope*, secrétaire particulier de Macdonald, devait plus tard dire : « Sir John et sir Alexander n’étaient pas des amis intimes, mais si leurs rapports étaient peu chaleureux, c’était pour des raisons personnelles ; politiquement, ils furent toujours [...] très proches. » Cette entente fut extrêmement utile à Macdonald ; Campbell exerçait, avec une grande compétence, une foule de fonctions d’une valeur inestimable. Il avait pour ami et homme de confiance le sénateur John Hamilton, puissant homme d’affaires montréalais, et par l’intermédiaire de son frère Charles James, il avait des relations avec le milieu des affaires torontois. Sir Richard Cartwright et Oliver Mowat, deux hommes que Macdonald détestait, demeurèrent toujours les amis de Campbell ; ces relations lui permettaient, à tout le moins, de savoir ce qui se passait dans des cercles où Macdonald avait peu de contacts. Toutefois, Campbell ne représentait pas une menace pour son chef ; il n’avait pas la personnalité pour rivaliser avec lui. C’était un homme distant, qui méprisait les masses et avait passablement tendance à se moquer des aspects populaires de la politique. Le Sénat lui convenait mieux que la chambre des Communes. Cependant, il savait bien que pour demeurer en place un gouvernement avait besoin d’hommes doués de grandes capacités électorales, d’hommes populaires dans tout le pays. D’où son commentaire à Macdonald en décembre 1872 : « Aucune nomination de sénateur [au cabinet] ne peut renforcer la position du gouvernement auprès des Communes ou de la population, au contraire. »

La plus grave faiblesse politique de sir Alexander Campbell était de ne pas avoir de territoire bien à lui ; son quartier général était Kingston, le foyer de Macdonald. Pendant les dernières années de l’Union, il eut une assise électorale, fragile il est vrai, en qualité de conseiller législatif élu, mais même alors il la partageait avec Macdonald. L’alliance qui l’unissait avant 1864 à certains tories de la vieille garde avait davantage d’importance. Dans le contexte instable de l’Union, où gouvernements et leaders s’usaient vite, cette alliance faillit suffire à lui assurer le leadership des conservateurs haut-canadiens. Puis, à compter de 1867, il n’y eut plus de Chambre haute élue au niveau fédéral, si bien qu’il devint impossible à de petits groupes d’exercer l’immense pouvoir qu’ils avaient eu avant 1864. Campbell accepta ce changement et, durant le premier gouvernement fédéral de Macdonald, il assista son chef avec loyauté. Qu’il ait siégé au premier cabinet prouve que Macdonald avait de l’estime pour lui. L’Ontario n’avait que cinq ministres dans ce cabinet, dont trois libéraux (Adam Johnston Fergusson Blair, William Pearce Howland* et William McDougall*) ; les deux conservateurs étaient de Kingston, et seul Macdonald avait un siège aux Communes. Le fait que Macdonald ait réalisé une combinaison aussi dangereuse politiquement démontre combien il tenait à l’assistance de Campbell. Cet homme utile, sûr et compétent ne pouvait pas menacer son leadership mais le renforcer. Il était le lieutenant politique idéal.

Donald Swainson

Alexander Campbell est l’auteur de : Speeches on divers occasions ([Ottawa], 1885).

AN, MG 26, A.— AO, MU 469–487 ; RG 24, sér. 6.— PAM, MG 12, B1, ébauche de télégramme, 19 août 1873 ; télégramme, Campbell à Morris, 21 août 1873 ; B2.— Canada, prov. du, Parl., Débats parl. sur la confederation ; Royal Commission to inquire into a certain resolution moved by the Honourable Mr. Huntington, in Parliament, on April 2nd, 1873, relating to the Canadian Pacific Railway, Report (Ottawa, 1873).— Confederation : being a series of hitherto unpublished documents bearing on the British North America Act, Joseph Pope, édit. (Toronto, 1895).— In memoriam : Sir Alexander Campbell, K.C.M.G., born March 9, 1822, died May 24, 1892 ([Toronto, 1892]).— Canadian directory of parl. (Johnson).— CPC, 18641887.— Répertoire des ministères canadiens.— M. K. Christie, « Sir Alexander Campbell » (thèse de m.a., Univ. of Toronto, 1950).— Creighton, Macdonald, young politician.— B. S. Osborne et Donald Swainson, Kingston : building on the past (Westport, Ontario, 1988).— Swainson, « Personnel of politics » ; « Alexander Campbell : general manager of the Conservative party (eastern Ontario section) », Historic Kingston, no 17 (1969) : 78–92.

Bibliographie générale

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Donald Swainson, « CAMPBELL, sir ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/campbell_alexander_12F.html.

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Auteur de l'article:   Donald Swainson
Titre de l'article:   CAMPBELL, sir ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   19 avril 2014