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CONMEE, JAMES, entrepreneur, fonctionnaire et homme politique, né le 13 octobre 1848 dans le canton de Sydenham, Haut-Canada, fils de Matthew Conmee et de Rosanna O’Shaughnessy ; le 12 octobre 1874, il épousa dans le canton de St Vincent, Ontario, Emily Florence Cox, et ils eurent sept filles et un fils ; décédé le 23 juillet 1913 à Prescott, Arizona, et inhumé à Port Arthur (Thunder Bay, Ontario).

Fils d’immigrants irlandais pauvres, James Conmee grandit dans l’Insh Block du canton de Sydenham. Une source indique qu’il fréquenta des écoles locales jusqu’à l’âge de 15 ans, mais des écrits plus tardifs insistent sur son manque d’instruction, hypothèse que viennent appuyer ses faiblesses en grammaire. Dans le dernier mois de la guerre de Sécession, lui-même et son frère s’entraînèrent comme volontaires dans le 8th New York Regiment of Cavalry. Par la suite, la presse et la tradition familiale donnèrent presque des dimensions épiques à cet épisode de leur vie, ce qui contribua à donner à James des allures de batailleur et d’aventurier. James Conmee arriva à Fort William (Thunder Bay) en 1872 pour travailler à la scierie d’Adam Oliver* et de Joseph Davidson sur la rivière Kaministiquia. Ses qualités d’entrepreneur ne tardèrent pas à se manifester. En 1876–1877, il détint le contrat de transport du courrier entre Silver Islet et Pigeon River. Ensuite, il se lança dans l’exploitation forestière et la construction ferroviaire. Les travaux de pose de rails qu’il fit en 1877 pour le Prince Arthur’s Landing and Kaministiquia Railway l’amenèrent à exécuter des contrats plus importants pour le chemin de fer du Pacifique : sur la section A, régie par le gouvernement, puis, avec un associé du nom de John Donald McLennan, sur le tronçon Port Arthur-Current River, et enfin sur la lointaine section de Michipicoten, au nord du lac Supérieur.

Conmee commença sa carrière dans les affaires publiques en 1878 en tant qu’estimateur et percepteur d’impôts à la municipalité de Shuniah. L’année suivante, il fut élu échevin du quartier le plus populeux de cette localité, Prince Arthur’s Landing South. Dès novembre 1881, d’aucuns le comparaient à un échevin peu instruit mais rusé de Chicago. Au milieu de l’hiver de cette année-là, tandis qu’il travaillait dans la forêt sur la section A, il montra ses talents de débatteur en discutant avec un compatriote irlandais, James McTeigue, de la constitutionnalité du projet de loi répressif imposé en Irlande par le gouvernement du premier ministre de la Grande-Bretagne, William Ewart Gladstone. Élu maire de Port Arthur en décembre 1884, Conmee put tenter sa chance sur la scène provinciale à la faveur de la subdivision d’Algoma en deux circonscriptions, quelques mois plus tard. À l’élection partielle de juillet 1885 dans Algoma West, il remporta la victoire sous la bannière libérale. Fort impressionnant, son premier discours à l’Assemblée législative, au début de 1886, attira l’attention de la presse torontoise et des ministres d’Olivet Mowat* parce qu’il défendait les droits provinciaux. Bientôt, Conmee eut toute une réputation à Toronto : « député à l’Assemblée législative, homme d’État, patriote, penseur, propriétaire de scieries et constructeur de chemins de fer ». Accusé en 1885 de fraude à l’endroit de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique relativement à des contrats de travaux au lac Supérieur, il sortit vainqueur de ses batailles judiciaires en 1889. À cause des fortes sommes en jeu et de l’envergure des avocats (notamment Britton Bath Osler* et D’Alton McCarthy*), sa renommée de bagarreur était devenue encore plus solide auprès des électeurs et de la presse. L’un des rares catholiques de l’Assemblée législative, il se révélerait utile au gouvernement en 1894 en présentant un projet de loi permettant l’usage facultatif du scrutin secret aux élections des écoles séparées.

Après son accession à l’Assemblée en 1885, Conmee avait continué de participer à des projets ferroviaires locaux en tant qu’entrepreneur. Il avait eu la charge de construire des tronçons du Port Arthur, Duluth and Western, de l’Ontario and Rainy River et, ce qui était plus lucratif, de l’Algoma Central, avec Charles Martin Bowman. Conmee comprit tôt l’importance des concessions de services publics municipaux. En 1884, lui-même, son entreprise, la Port Arthur (Ontario) Telephone Company, et la Toronto Telephone Manufacturing Company menèrent un vain combat pour conserver une concession malgré le monopole attaché au brevet Bell [V. Charles Fleetford Sise]. Il s’engagea dans d’autres entreprises hydrauliques et hydroélectriques, dont la Port Arthur Water, Light and Power Company, la Sault Ste Marie Water, Gas and Light Company et un projet à l’île aux Hérons dans les rapides de Lachine, près de Montréal, mais toutes se soldèrent par un échec, à cause d’un manque de capital. Ses critiques ne connurent jamais la nature exacte de ses engagements financiers ou politiques face à ces entreprises, ou à l’égard des contrats adjugés à son gendre James Whalen, de Port Arthur. Les ouvriers qu’il courtisait pour s’assurer leur vote rejetaient les allégations selon lesquelles il trompait ses employés ; ce qui comptait pour eux, c’était que Conmee crée de l’emploi. En 1894, l’Empire de Toronto fit cette observation révélatrice : « Il est homme [orienté vers les] affaires [lucratives] avant d’être un homme politique. »

La dépression qui s’abattit sur la région de Thunder Bay à cause de la fermeture des mines d’argent et de la pénurie de capital de risque au début des années 1890 marqua un point tournant dans la carrière politique de Conmee. Même si, en général, il défendait vigoureusement la politique des libéraux et même s’il demeura jusqu’en 1904 député libéral de la même circonscription (rebaptisée Port Arthur and Rainy River en 1902), il dut faire front avec ses électeurs contre la législation minière du gouvernement libéral, qui resserrait le contrôle de l’État sur l’industrie et ses revenus. Ce faisant, lui qui avait été le président fondateur de l’Ontario Mining Institute en 1894 gaspilla toute chance d’être le premier à occuper le poste de ministre des Mines de la province. Sa campagne en faveur des exploitants miniers et des concessionnaires de services publics atteignit son point culminant en 1899 : il réussit alors à faire ajouter au Municipal Act une modification inspirée de son expérience de promoteur et obligeant les municipalités à acheter les services publics d’électricité et de gaz détenus par l’entreprise privée avant de se doter de leurs propres services.

Conmee avait tenté d’entrer en politique fédérale en 1896 en se portant candidat dans la nouvelle circonscription de Nipissing. Sur la scène provinciale, les gouvernements successifs d’Arthur Sturgis Hardy* et de George William Ross faillirent tomber, leur réputation ayant été ternie en partie par les irrégularités commises par Conmee aux élections et par ses liens avec des compagnies ferroviaires et entreprises de services publics qui exigeaient des mesures législatives. À la fin de la dixième législature, en 1904, Conmee quitta le navire. Il n’eut aucune difficulté à se faire élire la même année à la Chambre des communes dans Thunder Bay et Rainy River, puis de nouveau en 1908 grâce à la politique du gouvernement de sir Wilfrid Laurier sur le transcontinental, dans le cadre de laquelle Ottawa dépensa de fortes sommes dans le nord-ouest de l’Ontario et dans le port du Lakehead (région de Thunder Bay). Au cours de ces années, Conmee s’intéressa surtout à l’énergie hydraulique et hydroélectrique.

On peut dire de James Conmee qu’il fut le principal personnage politique de sa génération dans le nord de l’Ontario. Au faîte de sa carrière, dans les années 1890, on le surnommait « Fighting Jim » et « the People’s Jim » (d’après le surnom de Gladstone, « the People’s William »). Ses électeurs voyaient en lui un de leurs semblables, un homme qui avait « été à l’école des épreuves et de l’adversité ». Ils avaient la même attitude que lui face au développement du nord de l’Ontario et à l’exploitation des richesses naturelles. Avec Daniel Francis Burk et quelques autres, Conmee pouvait se vanter d’avoir fait connaître aux hommes politiques de Toronto le « Nouvel-Ontario », particulièrement le district de la rivière à la Pluie. En outre, les journalistes et caricaturistes politiques de Toronto avaient un faible pour lui. Ils s’émerveillaient que cette pièce d’homme – il mesurait cinq pieds cinq pouces et pesait plus de 300 livres –, qui avait participé à des matchs de lutte jusque dans les années 1870 et reçu peu d’instruction, parle avec tant d’éloquence et ait écrit les paroles d’un chant patriotique, The national flag, sur une musique de Henry Herbert Godfrey*. Le Globe de Toronto en brossa le portrait suivant dans la manchette par laquelle il annonça sa mort : « Fils de ses œuvres et essentiellement démocrate, talentueux et très persévérant – fort dans les débats et [doué d]’une personnalité remarquable. » La maladie avait forcé Conmee à quitter la politique en 1911 et à passer l’hiver sous des cieux plus cléments. En 1913, lorsqu’il mourut en Arizona, il laissait une succession évaluée à 245 347 $, dont une bonne partie était constituée de propriétés immobilières.

F. Brent Scollie

Un exemplaire de la partition de la chanson que James Conmee a écrite avec Henry Herbert Godfrey, The national flag (Toronto, 1898), est conservé à la Bibliothèque nationale du Canada, à Ottawa, Division de la musique.

AN, MG 26, G ; MG 28, III 20, registre des lettres de Van Horne, 4 : 989–992 ; 14 : 671 ; 19 : 996 ; 33 : 526s. ; registre des lettres de Shaughnessy, 4 : 316, 339, 976 ; 5 : 106s. ; 38 : 938 (copies) ; RG 31, C1, 1861, Sydenham Township, [Ontario] ; 1881, 1891, Algoma, Ontario ; RG 43, AIII, 1, 751, dossier 1958.— AO, F 644, MU 21–22 ; RG 22-398, 1913, no 775.— National Arch. (Washington), RG 94 (Records of the Adjutant General’s Office), Record and pension office records, 8th New York Regiment of Cavalry, Enlistment records, James Conway [Conmee] ; Pension file, John Conway [Conmee], files 894411 et 950517.— Daily Journal (Fort William [Thunder Bay], Ontario), 24–25 août 1898.— Daily News (Port Arthur [Thunder Bay]), 4, 11, 15 janv. 1910, 24 juill. 1913.— Daily Sentinel (Port Arthur), 12–15 août 1884, 14 janv. 1889.— Daily Times-Journal (Fort William), 2–4 nov. 1904, 4 juill. 1905, 24 juill. 1913.— Empire (Toronto), 29 janv., 12 févr. 1894.— Evening Star (Toronto), 27 août, 19 sept. 1896, publié peu la suite sous le titre Toronto Daily Star, 24 juill. 1913.— Globe, 30 janv. 1886, 30 mars 1905, 12 mars 1910 (Saturday magazine), 24 juill. 1913.— News-Chronicle (Port Arthur), 12 avril 1933.— Owen Sourd Sun (Owen Sourd, Ontario), 25 juill. 1913.— Toronto Daily Mail, 30 janv. 1886, 24 avril 1891, 16 févr. 1894.— Weekly Herald and Algoma Miner (Prince Arthur’s Landing, par la suite Port Arthur), 1882–1901.— Weekly Sentinel (Prince Arthur’s Landing ; Port Arthur), 1876–1894.— World (Toronto), 22 févr., 12–22 mars 1897.— M. E. Arthur, « The frontier politician », dans Aspects of nineteenth-century Ontario [...], F. H. Armstrong et al., édit. (Toronto et Buffalo, N.Y., 1974), 278–296.— Canada, Chambre des communes, Journaux, 1905, app., vol. 2 : 101.— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 3 : 29.— Canadien men and women of the time (Morgan ; 1898).— Laurel Conmee Whalen, « Incidents in the life of James Conmee, 1848–1913 », Thunder Bay Hist. Museum Soc., Papers and Records, 11 (1983) : 53–62.— Cyclopædia of Canadien biog. (Rose et Charlesworth), 2.— In the High Court of Justice, Queen’s Bench Division : between Conmee & McLennan, plaintiffs, and the Canadian Pacific Railway Company, defendants : 33 mile contract [...] pleadings ; McCarthy, Osler, Hoskin & Creelman, plaintiffs’ solicitors ; Wells & MacMurchy, defendants’ solicitors ([Toronto], 1889).— Saturday Night, 2 août 1913 : 3.

Bibliographie générale

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F. Brent Scollie, « CONMEE, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/conmee_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   F. Brent Scollie
Titre de l'article:   CONMEE, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   28 juillet 2014