DCB/DBC Mobile beta
+

MORRISON, ANGUS, avocat et homme politique, né le 20 janvier 1822 à Édimbourg, deuxième fils de Hugh Morrison et de Mary Curran, et frère cadet de Joseph Curran Morrison ; le 5 août 1846, il épousa Janet Anne Gilmor, et ils eurent quatre fils et deux filles ; décédé le 10 juin 1882 à Toronto.

Angus Morrison fut amené dans le Haut-Canada par son père, veuf et sergent licencié du 42e d’infanterie (Royal Highland Regiment). Hugh Morrison s’installa dans le canton de Georgina en juin 1830 avec l’intention apparente d’exploiter une ferme. En janvier 1831, il était marié à la sœur de John Montgomery*, Frances (Fanny), avait déménagé à York (Toronto) et avait ouvert la taverne Golden Ball. Il n’y a pas de document attestant qu’Angus Morrison ait fréquenté l’Upper Canada College, comme on le mentionne souvent ; il est plus vraisemblable qu’il ait étudié dans une école secondaire de Toronto. Après la mort de son père en août 1834 et à la suite d’un désaccord dans sa famille à propos de la succession, il se peut qu’il ait reçu de son frère Joseph Curran la plus grande partie de son instruction. En 1839, celui-ci ouvrit un cabinet d’avocats avec William Hume Blake*, et Angus Morrison s’y joignit à titre de clerc. Admis au barreau en 1845, ce dernier s’établit à son compte dans la rue King, centre financier et commercial de la ville.

Morrison était un jeune homme extrêmement populaire et bien connu dans la ville. Large de poitrine, de taille moyenne, arborant une épaisse chevelure frisée et de chics favoris taillés en forme de côtelettes, il était considéré comme un élégant gentleman. Toutefois, sa réputation publique reposait en grande partie sur ses exploits sportifs. Il participa aux courses annuelles d’aviron sur le lac Ontario et fut déclaré « champion de la baie de Toronto » en 1840 et 1841 ; fervent joueur de curling, il prit part à de nombreuses compétitions d’une journée entière tenues dans la baie. Morrison aida à organiser le Toronto Curling Club et le Toronto Rowing Club et fut président du second pendant un bon nombre d’années. Fidèle à ses origines écossaises, il s’occupa activement de la St Andrew’s Society. Comme on pouvait le prévoir, Morrison mit à profit ses relations familiales et sociales et son image publique pour se bâtir une pratique juridique substantielle, fondée sur des liens avec des compagnies plutôt que sur des apparitions à la cour. Il agit à titre d’avocat pour beaucoup d’organismes, dont l’Ontario Building Society, l’University of Toronto et, après son ouverture en 1867, la Banque canadienne de commerce. La popularité de Morrison favorisa aussi sans aucun doute son élection au poste d’échevin du quartier St James, en 1853 et 1854.

Pendant l’été de 1854, à la suite de l’effondrement du gouvernement de Francis Hincks et d’Augustin-Norbert Morin*, Morrison fut choisi candidat réformiste pour la circonscription nouvellement créée de Simcoe North, lors d’une assemblée qui eut lieu à Barrie. Remportant l’élection en juillet, il prouva rapidement qu’il était un homme politique de talent. Même s’il habitait Toronto, il n’en était pas moins tenu en haute estime dans sa circonscription et donna son appui aux questions locales d’intérêt populaire. Plus important peut-être fut le rôle stratégique qu’il joua avec habileté dans la distribution locale des faveurs politiques chaque fois que l’occasion s’en présentait.

La popularité de Morrison dans Simcoe North reposait cependant sur sa contribution à des projets de transport et leur promotion. Dans ces années où à la fois la métropole et l’arrière-pays soutenaient avec enthousiasme le développement de réseaux de communication, Morrison, qui représentait les intérêts de Toronto et de Simcoe North, gagna tout naturellement beaucoup d’appuis en favorisant la construction de chemins de fer, de canaux, en se faisant le promoteur de compagnies de navigation et de routes de colonisation, ces dernières étant d’un intérêt particulier pour les habitants de sa circonscription. Son élection sans opposition en 1857 n’a donc rien de surprenant. Toutefois, aux élections de 1861, le progrès dans le domaine du transport n’ayant pas répondu aux attentes, il dut mener une campagne vigoureuse et conserva son siège de justesse. En 1863, la situation avait empiré ; certaines sociétés, telles la Northern Railway Company of Canada dont il avait été l’un des administrateurs, étaient énormément endettées, ce qui causait des difficultés financières au conseil de comté de Simcoe et fournissait des armes d’attaque aux adversaires de Morrison. L’élection, qu’il perdit, se déroula dans le tumulte et l’on rapporta que « le whisky avait coulé à flots dans les cantons ».

Membre de la coalition réformiste, Morrison fut recruté par les conservateurs de Niagara pour une élection partielle en septembre 1864 ; il gagna par une faible majorité. Aux élections de 1867, même s’il perdit dans la circonscription provinciale de Simcoe North, il conserva le siège fédéral de Niagara aux conservateurs et fut réélu en 1872. À la chambre des Communes, il continua de s’intéresser aux projets de transport et, probablement à cause de son expérience, il fut l’un des whips du parti. En 1874, Morrison s’attela à la difficile tâche d’essayer d’arracher la circonscription fédérale de Toronto Centre des mains du libéral Robert Wilkes*. Il n’y réussit pas et, même si l’élection de Wilkes fut invalidée quelques mois plus tard, Morrison refusa de se présenter une autre fois.

En décembre 1874, Morrison accepta de voir son nom inscrit, avec ceux de Francis Henry Medcalf* et d’Andrew Taylor McCord, sur les bulletins de vote pour le choix du maire de Toronto, mais il se retira de la course avant le scrutin. Néanmoins, au mois de décembre suivant, il chercha activement à se faire nommer candidat à la mairie et après une campagne énergique il défit facilement Medcalf, titulaire du poste. Le Globe rapporta que la « popularité personnelle » de Morrison avait été la clé de sa victoire ; en effet, il ne perdit qu’un des neuf quartiers, recueillant 4 425 voix contre les 2 673 de Medcalf.

Devenu maire, Morrison continua de faire très bonne figure dans le public. En 1876, il représenta Toronto à l’Exposition internationale du centenaire de Philadelphie, acheta la fontaine qui y fut primée et en fit don à ses concitoyens ; à la même exposition, il assista à la victoire d’Edward Hanlan* dans la course d’aviron et lui remit une montre en or. Facilement réélu en 1877 et 1878, Morrison se révéla aussi bon administrateur. Il procéda à une réorganisation des comités permanents, créant un comité exécutif, il compléta la restructuration, attendue depuis longtemps, de la commission du service des eaux, et, en 1878, il mit fin à des négociations avec le gouvernement fédéral qui permirent à la ville de prendre possession des terrains où se tenaient les expositions.

Comme ce fut le cas pendant sa première expérience au conseil municipal dans les années 1850, Morrison se rendit compte de nouveau que les chemins de fer constituaient une question importante pour Toronto. Soucieux de ne pas répéter les désastres financiers antérieurs et considérant la piètre situation de l’économie, des hommes tels que George Laidlaw essayaient de promouvoir la construction de lignes ferroviaires secondaires à faible écartement. Le conseil municipal de Toronto s’y était montré favorable et, entre 1868 et 1876, il avait accordé $710 000 en primes à plusieurs projets, dont $100 000 en 1873 à la Credit Valley Railway de Laidlaw. Au début du premier mandat de Morrison, beaucoup de sociétés de chemin de fer étaient en difficulté financière, spécialement la Credit Valley Railway. Laidlaw, incapable d’attirer des capitaux privés, essayait énergiquement d’obtenir des fonds à tous les niveaux de gouvernement. Les promoteurs du chemin de fer avaient estimé que Morrison, en tant qu’administrateur, détenteur d’actions et avocat de la Credit Valley Railway, serait l’homme tout désigné pour le poste de maire, même si certains avaient craint qu’il ne manquât de « l’énergie » nécessaire pour obtenir une seconde prime par l’intermédiaire du conseil. Quoi qu’il en soit, quelques semaines seulement après l’élection de Morrison en 1875, le conseil municipal reçut les pétitions requises demandant l’octroi d’une prime de $250 000. La question fut remise à plus tard, dans l’attente d’un rapport de l’ingénieur de la ville, Francis Shanly, et ce n’est que le 7 mars 1877, à une réunion houleuse du conseil, où plusieurs échevins remirent leur démission, que l’on adopta le règlement accordant une prime. Selon la loi provinciale, les règlements allouant des primes devaient être approuvés par les contribuables, et Morrison présida une réunion publique convoquée dans ce but. Lorsqu’on procéda au vote, le 3 avril, le règlement fut approuvé.

Malgré sa nomination pour un quatrième mandat en décembre 1878, Morrison refusa d’être candidat à la mairie et, après avoir tenté, sans grand enthousiasme, de se faire réélire à ce poste en 1880, il se retira de la vie publique. Son cabinet d’avocats, qui à ce moment-là s’appelait Morrison, Sampson and Gordon, avait prospéré et lui fournissait certainement un revenu plus que suffisant. Morrison avait été nommé conseiller de la reine en 1873. Sa mort, survenue durant la nuit du 10 juin 1882, fut un choc pour la communauté tout entière, et ses funérailles, où on rapporta avoir compté plus de 90 voitures, constituèrent un événement marquant dans l’histoire de la ville.

Victor Loring Russell

AO, MU 472, Thomas McCraken à Alexander Campbell, 26 oct. 1876 ; MU 508, Alexander Campbell à R. J. Cartwright, 28 juin 1873 ; MU 1 376, J. A. Macdonald à Egerton Ryerson, 7 févr. 1862 ; RG 1, C-IV, Georgina Township papers, Concession 7, Lot 3 ; RG 22, ser.6-2, York County, testament de Hugh Morrison, 11 juin 1833 ; RG 49, I-7-B-3, box 8, Credit Valley Railway file.— APC, MG 24, B40, 5 : 237s.— CTA, Angus Morrison information file ; RG 1, A1, 1876 ; 12 juin 1882 ; RG 2, B1, 1876 ; 1877 ; RG 5, H1.— Canadian North-West (Oliver), II : 875.— Macdonald, Letters (J. K. Johnson et Stelmack), II : 160, 247.— Canadian Freeman (Toronto), 15 juin 1863, 8 sept. 1864, 22, 29 août, 19 sept. 1867.— Colonial Advocate (Toronto), 12 août 1834.— Examiner (Toronto), 11 mars 1840.— Globe, déc. 1874, janv. 1876.— Northern Advance and County of Simcoe General Advertiser (Barrie, Ontario), 12, 19, 26 juill. 1854, 5 févr. 1857, 12 juin 1861, 3, 24 juin 1863, 8 août 1867.— Canadian biog. dict., I : 419s.— Dominion annual register, 1882 : 352.— Toronto directory, 1833–1834 ; 1846–1847 ; 1850 ; 1856 ; 1871–1880.— A. F. Hunter, A history of Simcoe County (2 vol., Barrie, 1909 ; réimpr., 1948).— Angus MacMurchy, Sketch of the life and times of Joseph Curran Morrison and Angus Morrison [...] (s.l., [1918]).— V. Ross et Trigge, Hist. of Canadian Bank of Commerce, II : 10.— D. G. G. Kerr, « The 1867 elections in Ontario : the rules of the game », CHR, 51 (1970) : 369–385.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Victor Loring Russell, « MORRISON, ANGUS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/morrison_angus_11F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/morrison_angus_11F.html
Auteur de l'article:   Victor Loring Russell
Titre de l'article:   MORRISON, ANGUS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   29 juillet 2014