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MORRISON, JOSEPH CURRAN, avocat, homme politique et juge, né le 20 août 1816 en Irlande, fils aîné de Hugh Morrison et de sa première femme, Mary Curran, et frère d’Angus Morrison ; le 23 juillet 1845, il épousa Elizabeth Bloor, et ils eurent trois fils et trois filles ; décédé le 6 décembre 1885 à Toronto.

On sait peu de chose de la famille et de l’enfance de Joseph Curran Morrison. Dans des récits de certains de ses contemporains, il est fait mention en passant des origines écossaises de son père et de relations familiales possibles du côté de sa mère. Ce qui est certain, c’est que Morrison fréquenta la Royal Belfast Academical Institution en 1826, et qu’en 1830 sa famille immigra au Haut-Canada. En 1831, son père devint aubergiste à York (Toronto), et Morrison fréquentait l’Upper Canada College. Hugh Morrison mourut en août 1834, et Joseph Curran Morrison entra en conflit avec la deuxième femme de ce dernier, Frances (Fanny), sœur de John Montgomery*, à propos du partage de l’héritage. À la suite de cela, les enfants de Mary Curran Morrison quittèrent leur belle-mère, et Morrison devint, à l’âge de 18 ans, chef d’une famille composée de ses quatre jeunes frères et sœurs. En 1834, il s’inscrivit comme étudiant en droit et entra au bureau de Simon Ebenezer Washburn*. Angus, son frère cadet, devait suivre ses traces en droit et en politique.

Après avoir été admis au barreau en 1839, Morrison s’associa à un autre élève de Washburn, William Hume Blake* ; en 1842, George Skeffington Connor* vint se joindre à eux. Morrison, qui s’occupait surtout de la clientèle commerciale, faisait de bonnes affaires comme avocat, tout en s’intéressant, de même que ses associés, à la politique réformiste. En 1841, il servit de secrétaire à Isaac Buchanan durant sa campagne. Deux ans plus tard, il fut nommé greffier du Conseil exécutif, fonction qu’il remplit pendant les quatre ans au cours desquelles ce conseil servit de cour d’appel. Au cours des années 1840, Morrison se lia à plusieurs autres réformistes ; en 1844, il s’engagea à donner des fonds pour aider George Brown* à fonder le Globe et il s’intéressa avec Francis Hincks à la création d’un système d’enseignement public. Morrison fut nommé au bureau d’Éducation (qui allait devenir le conseil de l’Instruction publique en 1850), lors de sa première réunion en 1843, et il y demeura pendant 30 ans. Egerton Ryerson déclarait, en 1857, que Morrison, après avoir été élu député, « consacrait davantage de temps que n’importe quel homme politique au Canada » à servir de médiateur, ou de « trait d’union », entre lui-même et le conseil, d’une part, et la législature, de l’autre.

La carrière politique de Morrison avait débuté en 1848, année où il fut élu député d’York West. À l’Assemblée, il appuya le gouvernement réformiste de Louis-Hippolyte La Fontaine* et de Robert Baldwin*. De 1852 à 1857, il représenta la circonscription de Niagara, dont il avait remporté le siège pour la première fois au terme d’une élection partielle décrétée lorsque Hincks, élu dans deux circonscriptions, en abandonna une. En juin 1853, Morrison fut nommé solliciteur général dans le gouvernement de Hincks et d’Augustin-Norbert Morin*, et il occupa ce poste jusqu’à ce que le ministère soit défait en septembre 1854. Durant le temps qu’il passa dans le ministère de Hincks, il pencha de plus en plus du côté des conservateurs. En 1856, il entra au cabinet de sir Allan Napier MacNab* et d’Étienne-Paschal Taché*, peu de temps avant la démission de ceux-ci, le 23 mai. Le 24 mai, il fut nommé receveur général dans le gouvernement que venaient de former John Alexander Macdonald* et Taché ; il cumulait cette fonction avec celle de membre du Conseil des commissaires des chemins de fer. Au cours de l’année 1856, il agit également comme commissaire chargé de la codification des lois du Haut-Canada. Il ne se représenta pas dans la circonscription de Niagara aux élections de 1857, et le Globe donna à entendre que cette décision était due à des pressions de la part de ses électeurs. Il ne réussit pas à retrouver son siège à l’Assemblée, se faisant battre d’abord dans Peel, puis dans Ontario South par Oliver Mowat*. La population d’Ontario South n’accorda pas grande attention à la défense modérée des réalisations du gouvernement qu’il lui présenta. Morrison n’eut guère plus de succès en insistant sur les arrangements à conclure avec le Bas-Canada au sujet de questions telles que la représentation basée sur la population et les écoles « séparées ». Il démissionna du cabinet en février 1858, en même temps que deux autres ministres qui avaient également été battus aux élections. Un mois plus tard, il perdait une autre occasion de siéger à l’Assemblée en se faisant battre cette fois dans la circonscription d’Oxford North. En février 1860, après une année comme officier de l’état civil à la ville de Toronto, il fut invité par Macdonald à entrer dans son cabinet en tant que solliciteur général. Il accepta mais connut la défaite une fois de plus à l’élection partielle de Grey, en février 1861. Apparemment poussé par ses collègues, Morrison revint sur sa décision de démissionner et demeura au sein du cabinet jusqu’au mois de mars 1862, malgré les protestations de l’opposition.

La carrière de Morrison ressemble beaucoup à celle de Hincks, en ce qu’il combina étroitement l’activité politique et la promotion des chemins de fer. Il écrivit, à propos de ses années au gouvernement, qu’il avait été « en arrière de la scène », ce qui donne une idée de la difficulté qu’il y a à mesurer l’importance de son influence. Identifié de très près à l’Ontario, Simcoe and Huron Railroad Union Company (la Northern Railway Company of Canada à partir de 1858), il en fut un des premiers membres du conseil d’administration, qu’il présida de 1852 à 1862. Durant ces dix ans, la compagnie de chemin de fer essaya à plusieurs reprises, mais sans succès, d’établir des liaisons par bateau à partir du terminus de Collingwood ; elle connut également une faillite en 1857 ainsi que les débuts de l’œuvre de réorganisation de Frederic William Cumberland dans les années 1860, laquelle fut couronnée de succès. Bien qu’interrogé au cours du procès de 1853 sur « l’affaire des £10 000 », dans laquelle Hincks et John George Bowes* étaient impliqués, Morrison ne semble pas avoir eu quelque chose à faire avec la vente qu’ils effectuèrent des obligations de l’Ontario, Simcoe and Huron Railroad Union Company.

Par l’intermédiaire de promoteurs comme Isaac Buchanan et Samuel Zimmerman*, Morrison eut des liens, à la fois en tant qu’avocat et homme politique, avec d’autres compagnies de chemin de fer que la Northern Railway. Bien que Morrison fut connu comme « le député de Zimmerman », ces liens furent souvent de courte durée et se limitèrent à des périodes où les promoteurs avaient un besoin particulier de ses connaissances en droit ou de ses services comme médiateur. Nommé agent du gouvernement auprès de la Great Western Railway en 1853, il présida, la même année, une réunion d’actionnaires qui approuva la fusion de la Toronto and Guelph Railway, à l’état de projet, et du Grand Tronc. En une autre occasion, les dissensions à propos de la Woodstock and Lake Erie Railway and Harbour Company survenues après la mort de son promoteur, Zimmerman, se révélèrent insolubles même pour les talents de négociateur de Morrison. La mort de Zimmerman en 1857 avait laissé ses affaires de transport dans un grand désordre. Les exécuteurs testamentaires nommèrent Morrison président de la compagnie de chemin de fer en avril 1857, mais, devant l’échec de la médiation et l’institution d’une enquête parlementaire, il donna sa démission en moins d’un mois. Pendant qu’il travaillait pour les exécuteurs testamentaires, Morrison réussit, en tant que receveur général, à persuader Thomas Gibbs Ridout*, caissier en chef (directeur général) de la Bank of Upper Canada, de faire endosser par la banque les valeurs en papiers négociables de Zimmerman s’élevant à £2 000 000, lesquelles, selon l’historien Barrie Drummond Dyster, étaient « frauduleusement gonflées » et « grevées par de vagues obligations dans le transport et les opérations bancaires ». En faisant cela, Morrison, toujours selon Dyster, « blanchissait un cabinet profondément impliqué », mais mettait un lourd fardeau sur le dos de la Bank of Upper Canada. Son activité à la fois comme membre du cabinet et du monde des affaires illustre bien le conflit d’intérêts qui était en train de discréditer de plus en plus Morrison et ses amis politiques.

Le 18 mars 1862, Morrison devint juge puîné de la Cour des plaids communs. Il accéda à la Cour du banc de la reine en août 1863 et fut transféré à la Cour d’appel de l’Ontario le 30 novembre 1877. En dépit d’une santé déficiente dans ses dernières années, il demeura en fonction jusqu’en 1885. En tant qu’avocat, Morrison avait plaidé comme procureur de la couronne dans plusieurs spectaculaires procès pour meurtre, dont celui de James McDermott et de Grace Marks* en 1853 et celui de James Brown, accusé du meurtre de John Sheridan Hogan*, en 1860. Une fois juge, il présida plusieurs autres procès fameux et ce fut lui qui prononça la sentence des 11 derniers Féniens à être jugés à Toronto pour leur participation aux raids de 1866. Sa réputation de juge reposait sur sa connaissance du droit des affaires, son intuition, sa compréhension de la nature humaine et le bon sens qu’il mettait dans ses causes. Bien qu’une notice nécrologique parue dans le Canada Law Journal exprime des doutes sur « le bien-fondé des motifs de ses jugements », elle rend hommage à ces qualités et reconnaît que Morrison était « en fin de compte particulièrement correct ».

Dans le privé, Morrison était bien vu, et ceux qui avaient travaillé avec lui au tribunal s’en souvenaient avec affection. Il fut président de la St Andrew’s Society de Toronto de 1850 à 1852 et « sénateur » de l’University of Toronto pendant 25 ans, avant d’en être le chancelier de 1863 à 1876. Son goût pour l’horticulture fit que Woodlawn, sa propriété, achetée de William Hume Blake en 1844, devint une sorte de lieu touristique renommé pour ses jardins et sa serre ainsi que pour l’hospitalité du maître de maison. Blake a pu se plaindre du « manque total de réserve » de Morrison, mais il reste que la plupart de ses contemporains trouvaient impossible de se battre contre son humour et son bon sens et il demeura en excellents termes avec des hommes comme George Brown, qui devait devenir un de ses opposants politiques. Morrison a joué un rôle important, bien que discret, dans la vie politique de son époque, en servant de lien entre les dirigeants politiques pour lesquels il travailla et le monde des affaires.

En collaboration

AO, MU 139, W. H. Blake à Edward Blake, 18 avril 1868 ; Hardy (Arthur Sturgis) papers ; RG 1, C-IV, Georgina Township papers, Concession 7, Lot 3 ; RG 22, ser.6-2, York County, testament de Hugh Morrison, 11 juin 1833.— APC, MG 24, B40, 5 : 895 ; D16, 48 ; MG 26, A.— York County Surrogate Court (Toronto), no 5 844, testament de J. C. Morrison, 5 juill. 1882 (mfm aux AO).— Macdonald, Letters (J. K. Johnson et Stelmack), I-II.— Northern Railway of Canada, Report submitted by the board of directors [...] (Toronto), 1860–1863.— Ontario, Simcoe and Huron Railroad Union Company, Report by the chief engineer to the directors (Toronto), 1852–1853 ; Report submitted by the board of directors [...] (Toronto), 1854–1855 ; 1857–1858.— Globe, 12 janv., juill. 1854, janv. 1858, 26 juin, 8–9 oct. 1861, 7 déc. 1885.— Mail ([Niagara-on-the-Lake, Ontario]), juin.–nov. 1856, 13, 20 mai, déc. 1857.— Whitby Chronicle (Whitby, Ontario), 26 nov. 1857–7 janv. 1858.— Dent, Canadian portrait gallery, IV : 48s.— Dominion annual register, 1885 : 271s.— Political appointments, 1841–65 (J.-O. Coté).— Read, Lives of judges, 347–364.— Careless, Brown, I-II.— B. D. Dyster, « Toronto 1840–1860 : making it in a British Protestant town » (1 vol. en 2, thèse de {{ph.d}}., Univ. of Toronto, 1970).— Angus MacMurchy, Sketch of the life and times of Joseph Curran Morrison and Angus Morrison [...] (s.l., [1918]).— Joseph Schull, Edward Blake, the man of the other way (1833–1881) (Toronto, 1975).— C. B. Sissons, Egerton Ryerson, his life and letters (2 vol., Toronto et Londres, 1937–1947).— « Mr Justice Morrison », Canada Law Journal, nouv. sér., 21 (1885) : 425s.— Shortt, « Hist. of Canadian currency, banking and exchange : the passing of the Upper Canada and Commercial banks », Canadian Banker, 12 : 193–216.

Bibliographie générale

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En collaboration, « MORRISON, JOSEPH CURRAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/morrison_joseph_curran_11F.html.

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Auteur de l'article:   En collaboration
Titre de l'article:   MORRISON, JOSEPH CURRAN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   16 septembre 2014