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WHITELEY, WILLIAM HENRY, pêcheur, marchand, fonctionnaire, auteur, inventeur et homme politique, né le 5 juin 1834 à Boston, fils aîné de William Henry Whiteley et d’Ann Maria Kelson ; le 9 février 1859, il épousa à Londres Louisa Ann Thompson, et ils eurent 12 enfants, dont 2 moururent en bas âge ; décédé le 18 août 1903 à St John’s.

William Henry Whiteley passa sa jeunesse à Boston où il apprit le métier d’imprimeur à l’American Traveller. Son père était mort noyé en 1844 ; sa mère s’étant remariée trois ans plus tard, la famille s’installa au sud de la côte du Labrador. Là, Whiteley s’initia à la pêche avec son beau-père, James Buckle. Dès l’âge de 21 ans, il exploitait un petit établissement de pêche dans l’île de Bonne-Espérance (Québec). Vers la même époque, il commença à tenir un journal, habitude qu’il allait conserver durant toute sa vie active. Les fragments qui subsistent décrivent en détail la vie quotidienne de ce coin isolé où l’on s’adonnait à la pêche, à la chasse et au trappage.

En 1858, Whiteley se rendit en Angleterre pour prendre possession de biens qu’un grand-oncle lui avait légués. C’est là qu’il fit la connaissance d’une parente éloignée, Louisa Ann Thompson, et l’épousa. Nanti des 427 £ qui résultaient de la vente de l’héritage, il rentra au Labrador avec sa femme et jeta les bases, à Bonne-Espérance, de ce qui allait devenir une vaste entreprise. Plusieurs familles pêchaient la morue, le saumon, le hareng et le phoque pour son compte ; en 1880, elle employait une cinquantaine de personnes. Au cours des dix années suivantes, la Job Brothers and Company de St John’s prit une hypothèque sur la propriété de Whiteley et lui avança de l’argent pour ses campagnes de pêche. En retour, il lui vendait ses prises et la représentait dans la région. Après la crise financière de 1894 [V. James Goodfellow*], il put négocier un règlement avec la Job Brothers, et dès lors, il exploita son entreprise en toute indépendance.

À Terre-Neuve, William Whiteley est connu avant tout comme inventeur de la trappe à morue. Il s’agit d’un filet monté sur une armature de grande dimension en forme de boîte et pourvue d’une ouverture vers laquelle les morues sont dirigées par un long filet qui va jusqu’au rivage. Selon ce que son fils George Carpenter a raconté en 1949, Whiteley aurait imaginé ce dispositif en 1865, au moment où il maintenait dans l’eau des poissons capturés à l’aide d’une seine. La famille passa l’hiver à confectionner le grand filet nécessaire à la fabrication du piège. Les essais, réalisés l’été suivant, furent tout à fait concluants. Par la suite, Whiteley allait affirmer que ses prises annuelles de morue étaient environ 30 fois plus élevées qu’auparavant. À un moment donné, le département fédéral de la Marine et des Pêcheries interdit l’utilisation du piège parce que l’on s’était plaint que Whiteley y prenait aussi du saumon, mais en 1876, il obtint l’autorisation de s’en servir de nouveau. En 1890, on estimait qu’à Terre-Neuve, environ 4 000 dispositifs de ce genre étaient en place. Bien que Whiteley ait peut-être gonflé ses chiffres, il est certain que son invention améliora la productivité et modifia la répartition des tâches. Comme les pêcheurs pouvaient passer plus de temps à terre, ils se consacrèrent davantage aux opérations de traitement et de conservation, ce qui réduisit la participation des femmes à ces activités.

En 1867, le gouvernement du Canada avait nommé Whiteley surveillant des pêcheries de la division de Bonne-Espérance, fonction qu’il allait exercer durant 30 ans. Il percevait les droits sur les permis de pêche, expliquait les règlements, mettait les pêcheurs en garde contre les pratiques illégales et réglait les litiges. D’aucuns se plaignaient qu’il favorisait les pêcheurs terre-neuviens au détriment des pêcheurs canadiens et que, étant lui-même pêcheur, il se trouvait en conflit d’intérêts. Lui-même et ses supérieurs rejetaient ces accusations. Toutefois, en août 1897, pour éviter l’humiliation d’une enquête, il remit sa démission en invoquant son « grand âge et les soucis de [son] entreprise ».

La tradition familiale raconte que, au moment de son mariage, Whiteley avait promis à sa femme « la plus belle maison de la côte ». Au début des années 1870, il fut en mesure de construire une grande maison à deux étages qui devint une halte fort prisée. Missionnaires, éducateurs, fonctionnaires, gens en voyage d’affaires ou d’agrément s’y arrêtaient. Le docteur Wilfred Thomason Grenfell* y séjourna souvent pendant la période où il offrit des services médicaux aux habitants du Labrador. Jusque vers 1865, les Whiteley vécurent toute l’année à Bonne-Espérance, puis, pendant plusieurs années, ils passèrent leurs hivers à Québec, où les enfants allaient à l’école. En 1881, le gouvernement ayant établi une liaison régulière par vapeur entre Terre-Neuve et le Labrador, Whiteley construisit à St John’s une maison qui devint la résidence d’hiver de sa famille.

Whiteley s’intéressait à une foule de choses. Un ami rappelait que, en dépit de son isolement, « on rencontrait rarement d’homme plus intelligent et plus cultivé ». En 1882, il fit réimprimer, à St John’s, Labrador : a poetical epistle, de George Cartwright*, et par la suite, il écrivit une courte histoire de la région pour l’Evening Telegram. Les Whiteley étaient de fervents congrégationalistes. Ils soutenaient les œuvres de la mission du Labrador, fondée dans les années 1860 par le ministre congrégationaliste Charles Carroll Carpenter, et étaient des fidèles actifs de l’église Queen’s Road de St John’s. William Whiteley fut invité à participer, à titre de délégué, au deuxième Conseil international « congregational » qui devait se tenir à Boston en 1899, mais son travail le retint.

Une fois qu’il eut un domicile à St John’s, Whiteley prit part à la vie publique de Terre-Neuve. On lui confia le mandat d’organiser la participation de la colonie à l’International Fisheries Exhibition qui se tint à Londres en 1883, et il se rendit sur les lieux avant le commissaire, Ambrose Shea. Six ans plus tard, il vint en tête du scrutin dans Harbour Grace en défendant les couleurs du Parti libéral de sir William Vallance Whiteway. Il avait d’abord voulu se présenter dans Sainte-Barbe, mais la Job Brothers and Company lui avait demandé de se retirer. Selon l’Evening Telegram, on l’avait même menacé de le ruiner. Dans un article intitulé « Tyranny ! Tyranny ! Tyranny ! », le journal accusa la « clique des marchands », et surtout sir Robert Thorburn, Moses Monroe*, Walter Baine Grieve* et Augustus Frederick Goodridge, d’user de leur influence pour empêcher Whiteley d’être candidat du « parti des travailleurs » dans Sainte-Barbe. À la Chambre d’assemblée, il exerça la fonction de président de comité et intervint régulièrement sur les pêches. En avril 1890, il présenta la motion tendant à la deuxième lecture d’un projet de loi qui réglementait l’utilisation de trappes à morue et autres engins de pêche. Il ne se présenta pas aux élections de 1893.

William Henry Whiteley dirigea son entreprise de Bonne-Espérance jusqu’en 1902. Cette année-là, sa santé le força à rester à St John’s, où il mourut en 1903. « Homme bon et aimable », il laissait de « nombreux amis » à Terre-Neuve et au Labrador.

Shannon Ryan

Il subsiste un certain nombre de journaux de William Henry Whiteley ; ceux-ci, avec d’autres papiers de famille, sont en la possession d’une petite-fille, Mlle Mary Whiteley de St John’s. Une copie de la pétition adressée par le sujet au département de la Marine et des Pêcheries, datée du 15 août 1876, est entre les mains de William Henry Whiteley, de la Memorial Univ. of Nfld, St John’s.

AN, RG 23, 273, dossier 2003, 1re partie ; 315, dossier 2587, 1re partie.— Evening Telegram (St John’s), 19 mars, 4–5 mai 1883, 9, 11 oct. 1889, 29 avril, 6 juin 1890, 21 déc. 1903.— Newfoundlander, 29 mai 1883.— Trade Review (St John’s), 7 nov. 1903.— G. [C.] Whit[e]ley, « How the cod trap was invented », Western Star (Corner Brook, T.-N.), 1er juill. 1949 : 17, 22.— L. G. Chafe, Chafe’s sealing book ; a history of the Newfoundland sealfishery from the earliest available records down to and including the voyage of 1923, H. M. Mosdell, édit. (3e éd., St John’s, 1923), 45.— Nfld men (Mott).— Mark Ronayne, « The Newfoundland cod traps », Canada, Dép. des Pêcheries, Trade News (Ottawa), 9 (1956–1957), n° 4 : 3–7. [L’illustration et la description du fonctionnement des trappes à morue ont paru sous le titre de « Newfoundland cod trap in fishing order », en note éditoriale, en réponse à cet article, dans le n° 6 : 6].— Shannon Ryan, Fish out of water : the Newfoundland saltfish trade, 1814–1914 (St John’s, 1986).— A. S. Whiteley, A century on Bonne Espérance : the saga of the Whiteley family (Ottawa, 1977).

Bibliographie générale

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Shannon Ryan, « WHITELEY, WILLIAM HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/whiteley_william_henry_13F.html.

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Auteur de l'article:   Shannon Ryan
Titre de l'article:   WHITELEY, WILLIAM HENRY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   19 avril 2014