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EDDY, JONATHAN, officier et fonctionnaire, né en 1726/1727 à Norton, Massachusetts, fils d’Eleazar Eddy et d’Elizabeth Cobb ; le 4 mai 1749, il épousa Mary Ware, et ils eurent quatre fils ; décédé en août 1804 dans le canton d’Eddy (Maine).

La carrière militaire de Jonathan Eddy commença en 1755. Cette année-là, il s’enrôla dans le détachement de la Nouvelle-Angleterre qui, sous le commandement de John Winslow*, devait prendre part à une expédition à l’isthme de Chignectou, en Nouvelle-Écosse, contre le fort français Beauséjour (près de Sackville, Nouveau-Brunswick) [V. Robert Monckton* ; Louis Du Pont* Duchambon de Vergor]. Trois ans plus tard, il reçut du Massachusetts une commission de capitaine pour lever une compagnie en vue de « la réduction du Canada », mais l’expédition avorta après l’échec sanglant de James Abercromby* devant le fort Carillon (près de Ticonderoga, New York). Puis, au début du printemps de 1759, Eddy obtint une nouvelle commission de capitaine pour recruter, dans la région de Norton, des hommes qui serviraient au fort Beauséjour, rebaptisé fort Cumberland. Il y demeura du 5 mai 1759 au 30 septembre 1760.

Après son licenciement, en 1760, Eddy retourna à Norton. Trois ans plus tard, il vint s’établir avec sa famille dans la région de Chignectou. À l’instar de milliers d’autres habitants de la Nouvelle-Angleterre, il avait été attiré en Nouvelle-Écosse par l’offre de terres fertiles et à bon marché, et par la promesse d’un avenir prospère. Il alla s’installer sur une terre qu’il connaissait bien. Peu après son arrivée, il devint grand prévôt adjoint du comté de Cumberland et, de 1770 à 1775, il fut député à la chambre d’Assemblée. Apparemment, il ne prit pas trop au sérieux ses responsabilités à Halifax, puisque, le 20 juillet 1775, son siège fut déclaré vacant pour raison d’absentéisme. À peu près au même moment, Eddy et son ami John Allan jouaient un rôle de premier plan dans la mise sur pied d’un mouvement révolutionnaire dans la région de Chignectou, tout en se montrant de plus en plus enthousiasmés par la cause patriotique en Nouvelle-Angleterre. Beaucoup d’habitants de la Nouvelle-Angleterre qui s’étaient établis en Nouvelle-Écosse en vinrent à s’opposer aux autorités provinciales pendant que la situation évoluait dans leur pays d’origine. Eddy et Allan furent puissamment encouragés par ce qu’ils prenaient pour un sentiment antibritannique croissant partout dans la province. À la fin de 1775 et au début de 1776, Eddy, en particulier, semblait obsédé par l’idée de déclencher aussitôt que possible une insurrection de grande envergure dans la colonie. Il espérait parvenir à ses fins en encourageant George Washington et le Congrès continental à envoyer une « armée de libération » en Nouvelle-Écosse, comme on l’avait fait dans la province de Québec [V. Richard Montgomery*]. Aussi, en février 1776, Eddy et 14 compagnons quittèrent-ils la région de Chignectou pour aller discuter de la situation avec Washington. Le 27 mars, le général américain écouta patiemment les arguments d’Eddy en faveur d’une invasion de la Nouvelle-Écosse, mais, à cause de l’« état d’incertitude » qui prévalait alors, il ne put offrir aucune aide militaire. C’est un Eddy plutôt désillusionné qui alla ensuite trouver le Congrès, à Philadelphie, où sa requête pressante tomba aussi dans des oreilles insensibles. Il retourna dans le comté de Cumberland en mai et décida de faire un dernier appel à la General Court of Massachusetts, en vue d’une offensive destinée à libérer la Nouvelle-Écosse.

En août, le gouvernement du Massachusetts rejeta la proposition d’Eddy, tout en promettant des provisions et des munitions à toute force militaire qu’il pourrait lever. Eddy partit immédiatement pour Machias (Maine), où il savait pouvoir trouver quelque appui à son projet. Il ne put toutefois y recruter qu’une vingtaine d’hommes. Le 13 août, juste au moment où cette armée de libération allait mettre à la voile pour la Nouvelle-Écosse, arriva John Allan. Ce dernier fit tout ce qu’il put pour dissuader Eddy de poursuivre ce qu’il considérait comme une entreprise insensée. Mais, plutôt que d’écouter les sages avis de son associé, Eddy donna ordre à ses hommes de mettre le cap sur la baie de Passamaquoddy (Nouveau-Brunswick) d’abord, où l’on trouva 7 nouvelles recrues, puis sur Maugerville, où 27 colons yankees et 16 Indiens (dont Ambroise Saint-Aubin*) s’enrôlèrent. Ensuite le petit parti de guerre s’achemina lentement en direction de l’isthme de Chignectou, leur objectif étant de s’emparer du fort Cumberland ; en chemin, on fit prisonnier un détachement qui avait reçu une affectation du commandant du fort, le lieutenant-colonel Joseph Goreham*. Le 5 novembre, la troupe d’Eddy, qu’avaient ralliée quelques Acadiens de Memramcook, arriva près du fort britannique. À ce moment, Eddy savait que les autorités de Halifax avaient offert, par proclamation, une récompense de £200 pour sa capture et de £100 pour celle d’Allan.

Les colons proaméricains du comté de Cumberland furent profondément déçus du petit nombre de combattants conduits par Eddy et de son manque d’artillerie ; afin de combattre cette impression, Eddy eut la folie de promettre l’arrivée imminente, en renfort, de centaines d’Américains. Ses assurances n’ayant pas réussi à dissiper le pessimisme prévalant, il commença, pour intimider ses anciens amis, à détruire leurs maisons et leurs biens, dans l’espoir de les forcer à l’appuyer dans l’attaque qu’il se proposait de diriger contre le fort. Cent d’entre eux environ se joignirent à Eddy, ce qui lui donna 180 hommes, soit en gros le même nombre qu’en comptait le fort.

Le 12 novembre, Eddy envoya une sommation au fort, mais Goreham refusa de se rendre. Aussi, dans la nuit du 14, les rebelles (au nombre de 80 seulement, le reste étant de faction aux avant-postes ou affecté à la garde des prisonniers) tentèrent un assaut, facilement repoussé ; une nouvelle attaque, le 22, n’obtint pas plus de succès. Eddy établit alors un blocus, dans l’espoir de voir bientôt arriver les renforts américains. Mais, le 27, ce furent des troupes britanniques, aux ordres de Thomas Batt et de Gilfred Studholme*, qui arrivèrent, venant de Windsor (Nouvelle-Écosse) ; le matin du 29, elles se joignirent à la garnison pour repousser les envahisseurs en direction de Memramcook. Une fois la région nettoyée, Goreham publia une amnistie, par laquelle il étendait son pardon à presque tous les colons du comté de Cumberland, mais faisait une exception pour Eddy, lequel se rendit à Maugerville, puis à Machias. Si Eddy devait plus tard caresser le projet d’une autre attaque contre le fort Cumberland, il ne se produisit aucune autre invasion de la Nouvelle-Écosse pendant la révolution, et les efforts des Américains se réduisirent à des tentatives pour attirer à eux les Indiens de la région [V. John Allan]. À bien des égards, ce qu’on a qualifié de rébellion d’Eddy relève de l’opéra bouffe. Elle montre, cependant, non seulement à quel point le mouvement révolutionnaire fut faible en Nouvelle-Écosse, mais aussi combien il y avait peu d’intérêt réel, en Nouvelle-Angleterre, à libérer ce qu’on a appelé l’« avant-poste de la Nouvelle-Angleterre ». En dernière analyse, et spécialement quand on se rend compte de la profonde influence que la présence de la marine royale dans les eaux de la Nouvelle-Écosse exerçait sur les réalités stratégiques de ce territoire, il semble évident que la tâche entreprise par Eddy était sans espoir.

À son retour à Machias, Jonathan Eddy se vit confier la responsabilité de protéger l’établissement ; en août 1777, il participa à la défense de Machias, lors d’une attaque par un escadron de sir George Collier*. Après cet événement, et probablement à cause des vives critiques de John Allan et d’autres anciens amis du comté de Cumberland sur sa façon de diriger la défense, Eddy retourna temporairement dans sa ville natale ; puis, en 1781, il alla s’installer tout près, à Stoughtonham (Sharon). Il fut, en 1782 et 1783, député de Stoughtonham à la General Court of Massachusetts. En 1784, il décida de s’établir sur la rive est de la rivière Penobscot (Maine), dans ce qui deviendrait le canton d’Eddy. Il y fut bientôt le factotum de la communauté qui s’y développait. Il présida le comité qui invita son vieil ami de Maugerville, Seth Noble, à prendre charge de l’église à Kenduskeag Plantation (Bangor), et, le 19 juin 1790, il fut nommé juge spécial à la Cour des plaids communs, greffier aux homologations de testaments et juge de paix du comté de Penobscot. En 1800, il fut aussi nommé maître de poste de l’endroit. Il s’engagea dans le commerce avec l’île Grand Manan, au Nouveau-Brunswick, en 1785, après qu’il eut acheté le schooner Blackbird. En 1801, en reconnaissance de ses services à la cause révolutionnaire, le Congrès lui concéda 1 280 acres de terre dans le district de Chillicothe (Ohio). Eddy n’y vécut pas, toutefois, et il mourut dans le canton d’Eddy en août 1804. Sa femme lui survécut pendant une décennie.

George A. Rawlyk

APC, MG 11, [CO 217] Nova Scotia A, 94 : 330–338 ; 95 : 108–110, 113–115 ; 96 : 93, 354–357, 383–385. Mass., Dept. of the State Secretary, Arch. Division (Boston), Mass. arch., 144 : 161–168 ; 164 : 176, 366s. ; 192 : 205–211 ; 195 : 335–337 ; 197 : 372 ; 198 : 13, 54–56, 62, 97, 239–241 ; 239 : 371.— American arch. (Clarke et Force), 5e sér., 2 : 734 ; 3 : 881, 909. « Calendar of papers relating to Nova Scotia », APC Report, 1894 : 345, 355–357, 359–365.— Military operations in eastern Maine and N.S. (Kidder).— George Washington, The writings of George Washington, from the original manuscript sources, 1745–1799, J. C. Fitzpatrick, édit. (39 vol., Washington, 1931–1944), 4 : 437s.— Directory of N.S. MLAs, 110, 389. Charles Eddy, Genealogy of the Eddy family (Brooklyn, N.Y., 1881), 19. J. H. Ahlin, Maine Rubicon : downeast settlers during the American revolution (Calais, Maine, 1966), 11–157. Brebner, Neutral Yankees (1969), 271–287. S. D. Clark, Movements of political protest in Canada, 1640–1840 (Toronto, 1959), 53–74. W. B. Kerr, The Maritime provinces of British North America and the American revolution (Sackville, N.-B., [1941] ; réimpr., New York, [1970]), 62–82. J. W. Porter, Memoir of Col. Jonathan Eddy of Eddington, Me. : with some account of the Eddy family, and of the early settlers on Penobscot River (Augusta, Maine, 1877). G. A. Rawlyk, Nova Scotia’s Massachusetts : a study of Massachusetts-Nova Scotia relations, 1630 to 1784 (Montréal et Londres, 1973), 219–240. J. D. Snowdon, « Footprints in the marsh mud : politics and land settlement in the township of Sackville, 1760–1800 » (thèse de m.a., Univ. of N.B., Fredericton, 1975). G. [T.] Stewart et G. [A.] Rawlyk, A people highly favoured of God : the Nova Scotia Yankees and the American revolution (Toronto, 1972), 45–76. D. C. Harvey, « Machias and the invasion of Nova Scotia », SCH Rapport, 1932 : 17–28.

Bibliographie générale

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George A. Rawlyk, « EDDY, JONATHAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/eddy_jonathan_5F.html.

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Auteur de l'article:   George A. Rawlyk
Titre de l'article:   EDDY, JONATHAN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   23 juillet 2014