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HARGRAVE, JAMES, agent principal de la Hudson’s Bay Company, né le 19 novembre 1798 à Hawick, en Écosse, fils de Joseph Hargrave et de Jane Melrose, décédé le 16 mai 1865 à Brockville, Haut-Canada.

Fils d’un modeste et pieux Écossais des Lowlands, James Hargrave reçut une bonne instruction et une éducation sévère. Après avoir obtenu son diplôme de la Fysshe’s Academy à Galashiels à l’âge de 18 ans, il devint instituteur dans un village voisin. En 1819, il persuada son père, un administrateur foncier, d’émigrer au Canada à l’exemple de certains de leurs parents, estimant que la famille allait y connaître un meilleur sort. Hargrave arriva au pays en 1820 et entra au service de la North West Company ; il aida ses parents à s’établir confortablement dans une ferme près de Beauharnois, au Bas-Canada.

Durant le premier hiver où il s’adonna à la traite des fourrures, Hargrave occupa les fonctions de commis débutant à Sault-Sainte-Marie, Haut-Canada. Au printemps de 1821, il se rendit au fort William (Thunder Bay, Ontario) où il attira l’attention de John George McTavish*, un homme influent au sein de la North West Company. Lorsque les compagnies North West et Hudson’s Bay fusionnèrent en 1821, Hargrave conserva son poste de commis à la Hudson’s Bay Company et passa la saison suivante à York Factory sous la direction de McTavish, qui était devenu agent principal. En 1823, il fut nommé au district de la basse Rivière-Rouge où il séjourna durant quatre hivers ; il accompagnait cependant les convois qui, l’été venu, se rendaient à York. En 1827, s’étant distingué en tant que « commis, gardien de dépôt et de magasin », il obtint un poste permanent à York Factory, l’entrepôt de la compagnie établi sur les rives de la baie d’Hudson. Pendant les mois d’été mouvementés, lors de l’arrivée des convois apportant les fourrures du vaste département de Northern et des navires en provenance d’Angleterre effectuant leur voyage annuel, Hargrave se donnait beaucoup de mal pour mettre à jour des piles de factures et de comptes et classer d’innombrables articles de traite qu’il fallait répartir entre les divers districts. Au commencement de l’automne, le départ des navires chargés de fourrures annonçait une période de calme qui était accueillie avec soulagement. Hargrave se réjouissait particulièrement à l’arrivée des derniers livres et journaux, « ces fruits précieux de la civilisation », qui aidaient à tromper l’ennui des longues soirées d’hiver. Pour rompre la monotonie de son travail au bureau de comptabilité, il s’adonnait également à la chasse. Il raconta sur un ton enjoué comment il partait en excursion chaussé de raquettes, « emmitouflé dans trois épaisseurs de molleton et de daim », pour braver « les rigueurs du ciel arctique ».

Hargrave fit impression sur le gouverneur George Simpson*, et ce dernier le décrivit comme un homme d’ « une conduite et d’une moralité irréprochables », doué d’un sens des affaires dénotant « un esprit clair ». Simpson souhaitait que le commis obtînt un avancement rapide, mais Hargrave manquait d’expérience dans la traite avec les Indiens, ne parlait aucune de leurs langues et avait la réputation de posséder un caractère revêche. Même s’il devint chef de poste en janvier 1833, date à laquelle il assuma la direction d’York Factory, il ne fut officiellement nommé à la tête du district de ce même nom qu’en 1835.

Hargrave, qui était affligé d’une mauvaise santé, prit une année de congé en 1837. Au cours d’un voyage en Écosse, il fut reçu chaleureusement par la famille de ses amis William et Dugald Mactavish*, tous deux à l’emploi de la Hudson’s Bay Company. Leur sœur aînée, Letitia*, lui apparut bientôt comme la femme dont il rêvait. Contrairement à plusieurs de ses contemporains, Hargrave avait décidé de ne pas épouser une Indienne parce qu’il entendait quitter le territoire indien dès qu’il aurait amassé suffisamment d’argent pour vivre à l’aise. Rappelé inopinément à York Factory au début de 1838, il retourna en Écosse à l’automne de 1839 et il épousa Letitia le 8 janvier 1840. Ayant profité de la traversée annuelle pour ramener son épouse à York Factory, il eut la grande satisfaction de constater qu’elle s’adaptait rapidement au genre de vie mené sur les rives de la baie d’Hudson. Quatre enfants, tous nés à cet endroit, allaient lui apporter beaucoup de bonheur.

Des préoccupations d’ordre familial poussèrent James Hargrave à réclamer le poste d’agent principal qu’on lui promettait depuis longtemps. Pendant près de dix ans, il avait administré un poste important et onéreux ; avec le déclin qui marqua le commerce des fourrures dans les années 40, il commençait à perdre l’espoir d’obtenir la sécurité financière. En outre, il était déçu de ce que le gouverneur lui refusait la permission d’assister à la réunion que le conseil du département de Northern tenait chaque année à Norway House (Manitoba), sous le prétexte que le caractère essentiel de ses services lui interdisait de s’absenter d’York Factory, même pour une courte période. Il finit par obtenir le poste désiré en janvier 1844. À cette époque, Hargrave désirait ardemment amener sa famille à un poste plus rapproché du « monde civilisé ». Le climat rigoureux de la région le laissait souvent perclus de rhumatismes, et le travail sédentaire lui avait fait prendre un excès de poids. En 1846, au retour de l’unique voyage qu’il fit pour participer à la réunion du conseil, il partit en congé avec sa femme, qui était souffrante. Croyant fermement aux vertus d’une « bonne éducation morale et religieuse », il mit son fils Joseph James* à l’école en Écosse. À l’été de 1847, il revint avec sa famille à York Factory où il dut passer, à son grand déplaisir, encore quatre années. La situation lui était rendue encore plus pénible par suite du manque de personnel compétent, du travail accablant que nécessitait le traitement des commandes privées en provenance de la colonie de la Rivière-Rouge et, en 1849, de la perte du navire d’approvisionnement, le Graham, qui risquait d’entraver la bonne marche d’un système qu’il avait soigneusement mis au point. À l’été de 1851, il abandonna très volontiers York Factory à William Mactavish et, par voie de terre, il alla prendre la direction de Sault-Sainte-Marie, où se trouvait le dépôt d’approvisionnement des districts du lac Huron et du lac Supérieur. Sa femme vint le rejoindre au cours de l’été suivant.

James Hargrave ne connut que des déboires et des souffrances à Sault-Sainte-Marie. Courtois et bienveillant dans la vie privée, il adoptait en affaires une attitude rigide qui froissait ses clients américains plus accommodants. De plus, ses dépenses personnelles dépassèrent de beaucoup le montant qu’il avait prévu. Après avoir été affligé par le décès subit de son épouse en septembre 1854, il eut la douleur de perdre son plus jeune enfant quelques mois plus tard. À l’été de 1855, il se rendit en Écosse où il eut la lourde tâche de régler les affaires de ses beaux-parents. Ne pouvant obtenir un autre congé, parce que le gouverneur voyait en lui la seule personne capable de remplacer à York Factory William Mactavish qui était malade, Hargrave retourna à son ancien poste en 1856. Finalement, il quitta officiellement le service de la compagnie le 1er juin 1859, après un congé d’un an en Écosse.

Comme il entretenait une correspondance avec le personnel disséminé dans les vastes domaines de la Hudson’s Bay Company, Hargrave écrivit une quantité prodigieuse de lettres durant sa carrière. Les registres de ses brouillons de lettres, qui renferment un grand nombre de détails sur l’organisation de la traite, révèlent qu’il s’efforçait constamment de répondre aux besoins de chaque district d’une manière équitable et économique. Sa correspondance privée, dans laquelle il apparaît comme un ami sûr et un confident, constitue la plus riche source de renseignements qui nous reste sur la vie menée dans l’Ouest du Canada pendant la première moitié du xixe siècle. En plus de contenir de précieuses observations sur le milieu des trafiquants de fourrures avec son mélange de coutumes indiennes, britanniques et françaises, ces lettres fournissent une foule de renseignements précis sur la vie privée de plusieurs contemporains de Hargrave.

Paradoxalement, James Hargrave ne se livra jamais lui-même à l’activité principale du commerce des fourrures : il ne mena jamais la vie du trafiquant qui passait l’hiver à troquer des peaux, et l’été à parcourir des centaines de milles en canot ou sur les York boats de la compagnie. Il demeura plutôt à York Factory où son travail d’administrateur compétent fut un élément essentiel du succès des vastes activités commerciales de la Hudson’s Bay Company.

En juin 1859, peu de temps avant son retour d’Écosse, Hargrave épousa en secondes noces Margaret Alcock. Il passa un an à Toronto, puis il s’installa à Brockville dans la riche propriété de Burnside House mais il ne put profiter longtemps des fruits de son labeur : il mourut cinq ans plus tard à l’âge de 66 ans et fut inhumé auprès de sa première femme au cimetière St James à Toronto.

Sylvia Van Kirk

La correspondance de James Hargrave, qui comprend 26 volumes, est conservée aux APC, MG 19, A21, sér. 1. Seulement quelques-unes des lettres qu’il a reçues ont été publiées dans Hargrave correspondence (Glazebrook) ; celles qu’il a écrites sont encore inédites.  [s. v. k.]

APC, MG 19, A2, sér. 2, 1, pp.111–165.— HBC Arch., A.33/3, ff.210–224 ; A.34/1, f.104 ; A.34/2, f.34 ; A.36/7 (testament et papiers concernant la succession de James Hargrave).— McGill University Libraries, Dept. of Rare Books and Special Coll., ms coll., James Hargrave diary (mfm aux HBC Arch.).— PABC, Donald Ross papers, James Hargrave letters, 1839–1851.— Mactavish, Letters of Letitia Hargrave (MacLeod).

Bibliographie générale

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Sylvia Van Kirk, « HARGRAVE, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hargrave_james_9F.html.

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Auteur de l'article:   Sylvia Van Kirk
Titre de l'article:   HARGRAVE, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   2 septembre 2014