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Titre original :  I-5265.1 | Simeon Lesage, Montreal, QC, 1862

Provenance : Lien

LE SAGE, SIMÉON, avocat, fonctionnaire, propriétaire immobilier et fermier, né le 3 juin 1835 à L’Assomption, Bas-Canada, fils de Siméon Lesage, menuisier, et d’Adeline Desautels ; le 29 octobre 1863, il épousa à Montréal Adine Pemberton, et ils eurent huit enfants ; décédé le 9 novembre 1909 à Québec et inhumé trois jours plus tard au cimetière Notre-Dame de Belmont, à Sainte-Foy.

Après des études classiques au collège de L’Assomption de 1845 à 1852, Siméon Le Sage fait l’apprentissage du droit auprès de George-Étienne Cartier*. Admis au barreau le 2 mars 1857, il s’associe à ses amis Hector Fabre et Louis-Amable Jetté* et exerce à Joliette jusqu’en 1860, puis à Montréal. Au moment où leur collaboration prend fin, Le Sage décide de pratiquer seul sa profession à Montréal.

Plus intéressé par la politique que par la pratique du droit, Le Sage se porte candidat pour l’opposition dans Montcalm, sous la bannière libérale modérée de Louis-Victor Sicotte*, à l’occasion d’une élection partielle tenue en février 1862. Il se retire toutefois lorsqu’un autre candidat de l’opposition décide de rester en lice, ce qui pourrait diviser les votes et empêcher les deux hommes d’être élus. Entre 1863 et 1867, Le Sage semble remettre en question ses allégeances partisanes. Il refuse une candidature libérale aux élections générales de 1863, mais accepte en 1867 l’invitation de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau*, alors en quête de candidats favorables à la Confédération canadienne, de défendre la bannière conservatrice dans Montcalm. Il se heurte à un autre conservateur qui réside dans la circonscription et qui joue à fond cette carte. Battu par 295 voix, Le Sage se fait offrir par le premier ministre Chauveau le poste de « sous-chef », ou commissaire adjoint, au département de l’Agriculture et des Travaux publics. À ce moment, Chauveau met sur pied la première fonction publique québécoise et regroupe dans ce nouveau ministère quelques fonctionnaires et les responsabilités de compétence provinciale de deux anciens départements de la province du Canada, celui de l’Agriculture et celui des Travaux publics.

Le Sage commence alors une carrière de fonctionnaire, placé à 32 ans au sommet de la hiérarchie rudimentaire de la petite administration publique québécoise. Pressenti à plusieurs reprises pour un retour à la lutte électorale, notamment en 1874 dans Montcalm, en 1880 et en 1881 dans la circonscription fédérale de Chicoutimi et Saguenay, et en 1890 dans Montcalm de nouveau, il refusera chaque fois. Une succession de tragédies familiales l’incite en effet à la prudence dans sa carrière. Établis à Québec, les Le Sage perdent, en une semaine au début d’avril 1872, leurs trois jeunes enfants dans une épidémie de scarlatine. Enceinte, Adine Pemberton meurt à 36 ans d’un accès de scarlatine le 20 novembre 1879 avec l’enfant à naître. Le Sage se retrouve avec cinq enfants en bas âge à élever, dont certains ont une santé fragile.

À titre de commissaire adjoint, Le Sage se trouve au cœur de la formulation et de la gestion courante de la politique du gouvernement provincial en agriculture, colonisation, immigration, émigration, chemins de fer et travaux publics, de 1867 à 1888. Il a les coudées franches et bénéficie de l’appui de Chauveau, premier ministre jusqu’en 1873. Ses intérêts personnels l’orientent nettement vers la colonisation et l’immigration de colons, comme en témoignent sa correspondance personnelle et le contenu des rapports annuels de son département. Le Sage transmet donc assez bien le sentiment des milieux de la colonisation et se révèle un administrateur consciencieux et respectueux des désirs de ses ministres.

Plusieurs dossiers font l’objet de préoccupations et d’interventions considérables de la part de Le Sage. Ainsi, devant l’émigration des Canadiens français aux États-Unis et la forte immigration britannique au Canada, il participe activement à des tentatives en vue d’intensifier l’immigration européenne francophone ainsi qu’à l’exercice des pouvoirs constitutionnels de la province dans ce domaine. De 1868 à 1875, on multiplie les mesures incitatives et Le Sage est au centre de l’action. Il rédige une brochure intitulée la Province de Québec et l’Émigration européenne, tirée à 80 000 exemplaires, qui sera rééditée et utilisée comme instrument de promotion. En outre, à compter de 1870, Le Sage prend part à l’établissement d’agences à Québec et à Montréal chargées d’accueillir les immigrants et de tenter de les retenir au Québec. Ces dernières servent également de centres d’hébergement, de placement, d’information et d’organisation du transport pour ceux qui décident de s’établir dans la province. Enfin, à partir de 1871, on emploie des représentants en Europe, tant sur le continent que dans les îles Britanniques, qui ont pour mission d’attirer une immigration agricole de bonne moralité, surtout parmi ceux qui possèdent un petit pécule qui leur permettra de s’acheter une terre. Le Sage s’engage avec vigueur dans toutes ces activités, même si, avec le recul, leurs fondements paraissent illusoires et leur impact réel dérisoire. Les résultats n’atteignent pas les espérances et les immigrants qui arrivent, ouvriers, radicaux turbulents ou libres penseurs, se révèlent parfois loin du profil attendu. Désillusionné, le gouvernement provincial devient alors vulnérable aux velléités du fédéral de diriger les agences d’immigration provinciales à l’étranger. En 1875, il cède ses responsabilités en matière de sélection des immigrants, en grande partie par mesure d’économie, au grand désarroi de Le Sage. Cette question continue par la suite d’intéresser ce dernier, malgré les déceptions qui s’accumulent. La possibilité d’une action efficace reste néanmoins limitée, faute d’appui gouvernemental. Autant Le Sage s’illusionne sur les mérites de l’immigration francophone d’Europe, autant il montre plus de réalisme que le gouvernement dans les efforts de rapatriement qui débutent en 1871 et s’accélèrent à partir de 1875, prenant la relève de la solution européenne à l’exode des francophones. Dans les deux cas, les mesures adoptées aboutissent à des échecs quasi complets.

Les efforts de Le Sage concordent avec ses convictions personnelles quant à l’importance de la colonisation et s’inscrivent dans les courants idéologiques dominants chez les élites de la province. Au gouvernement, plusieurs partagent cet emballement, notamment Chauveau et Louis Archambeault*, son ministre. Le Sage est bien placé pour tenter d’améliorer un système d’intervention déjà implanté et surtout orienté vers la construction de chemins de colonisation, l’aide aux sociétés de colonisation, la diffusion de l’information et la protection des colons contre les saisies. Il suit de près les activités de peuplement et se voit souvent amené à composer avec les facettes politiques des travaux de colonisation, entre autres, le favoritisme. Il s’engage même, à titre privé, avec des associés français dans la Société de colonisation du Témiscamingue de 1884 à 1902. Il ne paraît pas manifester d’animosité envers les exploitants forestiers et le département des Terres de la couronne, qui les représente dans une bonne mesure. Selon l’historien Pierre Trépanier, il semble privilégier l’exploitation forestière des régions avant leur peuplement. Par ailleurs, alors que les chemins de fer constituent, à partir du milieu des années 1870, un instrument remarquable de promotion de la colonisation et qu’ils relèvent en théorie du département que dirige Le Sage, ce dernier ne semble pas s’être beaucoup intéressé aux débats et aux questions ferroviaires ; il limite sa participation à son rôle de secrétaire du comité des chemins de fer.

Dans le domaine de l’agriculture, l’action de Le Sage s’appuie sur des expériences d’amélioration des techniques, réalisées en bonne partie en France, et c’est peut-être dans ce secteur que sa contribution s’avère la plus réaliste et la plus novatrice. En collaboration avec Édouard-André Barnard*, il soutient les tentatives visant à développer la culture de la betterave à sucre, un choix qui s’inspire de l’expérience européenne et cherche à remplacer les importations de sucre antillais par une production locale. Les mêmes influences européennes et des évaluations de rentabilité des différentes productions agricoles font de Le Sage, à compter du début des années 1870, un partisan convaincu de l’industrie laitière et de la production de beurre et de fromage, notamment pour le marché britannique. Il participe à la fondation de la Société d’industrie laitière de la province de Québec en 1882 et se fait l’un des promoteurs de la réhabilitation de la vache canadienne. Il s’active dans les domaines de l’enseignement et de la recherche agricole expérimentale. Le Sage compte parmi ceux qui remettent en question le rôle du Conseil d’agriculture de la province de Québec et proposent son remplacement graduel par des organismes du département. Il s’engage enfin dans des projets de production de phosphates comme engrais agricoles.

Finalement, Le Sage semble s’être peu occupé des travaux publics, sauf dans leurs aspects techniques. Bien sûr, il y a la construction de la façade principale de l’Hôtel du Parlement entreprise en 1883 [V. Eugène-Étienne Taché*], mais son rôle semble avoir été mineur, si ce n’est qu’il tente d’obtenir que la décoration de l’édifice revienne à son ami Napoléon Bourassa*.

L’année 1888 constitue un point tournant dans la carrière de Le Sage. Jusqu’en 1887, il avait survécu sans mal aux changements de gouvernement et entretenu des relations excellentes avec la plupart de ses ministres, soit Louis Archambeault (1867–1874), Pierre Garneau (1874–1876), Charles-Eugène Boucher* de Boucherville (1876–1878), Henri-Gustave Joly (1878–1879), Joseph-Adolphe Chapleau* (1879–1881), John Jones Ross (1881–1882), Elisée Dionne (1882–1884) et finalement Ross. Il n’avait eu à « subir » qu’un gouvernement libéral, très bref en 1878–1879, et ses rapports avec son ministre Joly, également premier ministre, avaient été très bons.

Au début du gouvernement d’Honoré Mercier* en 1887, Le Sage paraît jouir de la faveur de ce dernier, et son ministre James McShane* lui laisse toute liberté d’agir. D’ailleurs, l’affaire Riel en 1885 [V. Louis Riel*] l’a bouleversé, mettant en conflit son nationalisme et son allégeance conservatrice. Il n’est pas fâché de la défaite conservatrice en 1886 et ses sympathies vont plutôt aux conservateurs nationaux. Cependant, la création, selon lui improvisée, d’un département de l’Agriculture et de la Colonisation en 1888, et surtout la nomination du curé François-Xavier-Antoine Labelle* à titre de sous-commissaire, ont pour effet de lui retirer la responsabilité des deux domaines qui lui tenaient à cœur, outre l’immigration et le rapatriement. Le Sage est relégué aux Travaux publics pour le reste de sa carrière, secteur pour lequel il n’a pas d’affinités particulières.

Âgé de 53 ans et fonctionnaire depuis 21 ans, Le Sage envisage la retraite. Son département est toutefois sous la responsabilité de Pierre Garneau, un des leaders des conservateurs nationaux avec lequel il a déjà travaillé. Les deux hommes s’entendent bien, et Garneau protège Le Sage contre les manœuvres de libéraux plus orthodoxes. Le Sage offre sa démission, mais les conditions de retraite qu’il demande font traîner l’affaire jusqu’à la chute du gouvernement Mercier en 1891, dont Le Sage ne manque pas de se réjouir d’ailleurs. Le retour au pouvoir des conservateurs stabilise sa situation. En 1897, les libéraux le laissent en place, et en 1901, au moment de la création d’un ministère de la Colonisation et des Travaux publics, il hérite des Travaux publics alors qu’il espérait renouer avec la colonisation. Il sert entre autres sous la direction des ministres Lomer Gouin* (1901–1905) et Louis-Alexandre Taschereau* (1907–1909), avant de prendre sa retraite le 30 juin 1909 ; il compte alors 41 ans et demi de service. En plus de sa pension, le gouvernement lui verse une allocation supplémentaire afin qu’il règle le vieux dossier de l’abolition des barrières à péage sur les chemins et les ponts, ce qui le tient occupé et lui permet de conserver son bureau.

Sans fortune personnelle, Le Sage a réussi à vivre sur un pied de notable en bonne partie grâce à la fortune de sa femme, cohéritière de Louis Guy*, avec ses frères Henry et William Pemberton, décédés sans enfants. Adine Pemberton a ainsi pu acheter en 1869 pour 4 000 $ une maison rue Sainte-Geneviève et pour 2 400 $, en 1878, la ferme dite de Cap-Rouge au sud du chemin Sainte-Foy, qui servira de résidence de campagne. Comme les Le Sage avaient opté pour le régime de la séparation de biens, ce sont les enfants qui héritent par substitution de la fortune de leur mère. Légataire universel par le testament de son épouse daté de 1873, Le Sage doit conserver ces biens pour ses enfants et les leur transmettre. La succession comprend des prêts à terme remboursables par versements pour des propriétés vendues dans le centre de Montréal, de sorte que les revenus entrent assez régulièrement et totalisent 22 671 $ au décès d’Adine en 1879. Le Sage peut aussi compter sur son salaire annuel de commissaire adjoint. Il est assez à l’aise pour faire un séjour de quatre mois en Europe avec ses filles en 1895. Il investit aussi dans l’immobilier, soit dans les terres de Sans Bruit, le long du chemin Sainte-Foy, qui valent environ 10 000 $ en 1906 et dans des terrains contigus au manège militaire de Québec (5 400 $). Il achète même en 1882 une ferme à Hébertville et tente de l’exploiter avec l’aide de plusieurs métayers, sans grand succès. Dans les situations de crise sous le régime Mercier, il caresse l’idée d’aller s’y installer et de représenter la circonscription de Chicoutimi. Finalement, il s’en départit en 1900. Malgré son aisance financière, Le Sage continue d’affronter des revers, dont les échecs répétés de son fils Jules aux examens du barreau et ses difficultés à lui trouver une occupation rémunératrice, ainsi que la maladie de sa fille Marie, qui doit être internée en 1898.

À partir de 1905, Siméon Le Sage met de l’ordre dans ses affaires. Il rend compte de son administration de la succession de sa femme qui s’élève, avec les intérêts accumulés, à 57 350 $, dont 45 300 $ dus aux quatre enfants et plus de 7 000 $ en créances à recouvrer qu’ils devront aussi se partager. En réalité, cette fortune n’est pas disponible puisqu’elle a servi à l’entretien et au logement de la famille. Le Sage fait donc donation à ses enfants, en pleine propriété, de l’actif de la succession de sa femme, à l’exception de la maison familiale. Finalement, son testament permet aux enfants de récupérer ce qu’il ne leur a pas déjà versé en faisant d’eux des créanciers privilégiés de sa propre succession, composée notamment de polices d’assurance-vie totalisant 25 000 $ plus les intérêts accumulés. Dans l’ensemble, ses affaires sont en règle. Sa mort subite, le 9 novembre 1909, suit de quelques mois à peine le début de sa retraite.

Marc Vallières

La biographie qui précède doit beaucoup aux travaux approfondis de Pierre Trépanier sur Siméon Le Sage. Le lecteur pourra consulter notamment : Siméon Le Sage : un haut fonctionnaire québécois face aux défis de son temps (1867–1909) (Montréal, 1979) ; « Siméon Le Sage (18351909) : un notable d’autrefois dans l’intimité », et « l’Idéologie d’un haut fonctionnaire nationaliste : Siméon Le Sage (18351909) », l’Action nationale (Montréal), 47 (1978) : 469496 et 654684 ; « Siméon Le Sage et l’Affaire du Témiscamingue (1884–1902) », Rev. de l’univ. d’Ottawa, 47 (1977) : 365–376.  [m. v.]

Siméon Le Sage est l’auteur de : la Province de Québec et l’Émigration européenne (Québec, 1870).

AC, Québec, État civil, Catholiques, Notre-Dame de Québec, 12 nov. 1909 ; Minutiers, Cyrille Tessier.— ANQ-M, CE5-14, 3 juin 1835.— ANQ-Q, P-149.— Le Soleil, 10 nov. 1909.

Bibliographie générale

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Marc Vallières, « LE SAGE, SIMÉON », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_sage_simeon_13F.html.

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Auteur de l'article:   Marc Vallières
Titre de l'article:   LE SAGE, SIMÉON
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   21 décembre 2014