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McCLINTOCK, sir FRANCIS LEOPOLD, officier de la marine et explorateur de l’Arctique, né le 8 juillet 1819 à Dundalk (république d’Irlande), deuxième des 12 enfants de Henry McClintock, agent des douanes, et d’Elizabeth Melesina Fleury ; le 12 octobre 1870, il épousa à Monasterboice (république d’Irlande) Annette Elizabeth Dunlop, et ils eurent trois fils et deux filles ; décédé le 17 novembre 1907 à Londres.

Francis Leopold McClintock s’engagea dans la marine royale comme volontaire de première classe le 22 juin 1831. Il commençait sa carrière en temps de paix, c’est-à-dire à un moment où le service actif était plutôt monotone, et l’avancement, lent. En poste au large de l’Amérique du Sud jusqu’en 1835, il passa ensuite deux ans comme midshipman dans les eaux britanniques. De 1838 à 1841, il servit dans les eaux des Antilles et de l’est du Canada, où il assuma la fonction de second maître suppléant à compter du 23 octobre 1838. En 1841–1842, il étudia à Portsmouth, en Angleterre, en vue de devenir lieutenant, mais il passa deux ans comme maître-canonnier en second au large du Brésil avant d’obtenir ce grade le 29 juillet 1845. Il servit ensuite dans le Pacifique, puis rentra au pays en 1847.

Février 1848 serait pour McClintock un point tournant : nommé lieutenant en second de l’Enterprise, il participerait à l’expédition de sir James Clark Ross* dans l’Arctique en vue de retrouver sir John Franklin* et son équipage, dont on était sans nouvelles depuis 1845. Les navires de Ross passèrent l’hiver de 1848–1849 au havre Leopold, dans l’île Somerset, dans les Territoires du Nord-Ouest ; au printemps, quatre équipes partirent en traîneau à la recherche de Franklin. Ross et McClintock firent le voyage le plus long et le plus fructueux : entre le 15 mai et le 23 juin, ils parcoururent la côte nord de l’île Somerset, puis revinrent par sa côte ouest, que les Européens n’avaient pas encore explorée. Ils n’avaient trouvé aucune trace de Franklin, mais avaient cartographié environ 150 milles nautiques de littoral. L’historien sir Clements Robert Markham dirait de McClintock que cet homme « court [et] svelte » avait à l’époque « un corps nerveux et musclé capable de résister très longtemps à la fatigue et aux privations ».

Ce premier contact de McClintock avec le traîneau ferait date dans l’histoire de l’Arctique. Peu d’explorateurs polaires avaient parcouru de longues distances sur la glace, et le vétéran Ross, qui avait beaucoup voyagé avec les Inuit, était l’un des rares qui se soient déjà déplacés en traîneau dans l’Arctique. McClintock apprit beaucoup de lui, mais comprit aussi qu’il était possible d’améliorer les choses. À son retour chez lui en novembre 1849, il commença à concevoir un meilleur équipement ainsi qu’un tout nouveau système de transport par traîneau.

Voulant profiter du fait que les navires de la marine comptaient plusieurs membres d’équipage, McClintock mit au point un système selon lequel les traîneaux étaient tirés par des hommes plutôt que par des chiens ; ce système comportait les principales caractéristiques suivantes : équipes de six ou sept marins dirigées par un officier ; équipes de reconnaissance allant porter les provisions et le combustible ; équipe de soutien accompagnant le groupe principal pendant la moitié du voyage d’aller ou presque et transportant le surplus de provisions (celles-ci étaient nécessairement plus lourdes au début du voyage) ; traîneaux, matériel de campement, vêtements et nourriture, tous préparés selon les instructions de McClintock, qui s’était fort peu inspiré des modèles inuit de l’époque ; voiles pour voyager sous le vent ; et enfin, noms, devises et drapeaux pour favoriser l’esprit d’équipe. Ce système révolutionnerait l’exploration polaire en étendant le rayon d’action des expéditions maritimes de milliers de milles. Dès les quatre premières années qui suivirent sa mise au point en 1849, il permit de découvrir de vastes régions de l’archipel Arctique.

McClintock repartit à la recherche de Franklin avec l’équipe de Horatio Thomas Austin* ; nommé lieutenant en premier à bord de l’Assistance en février 1850, il fut également chargé des déplacements en traîneau. L’équipe hiverna dans le détroit de Barrow et, au printemps de 1851, plus de 20 groupes parcoururent en traîneau le centre de l’archipel. Ils découvrirent des centaines de milles de littoral, surtout dans les îles Parry. McClintock fit le voyage le plus long : entre le 15 avril et le 4 juillet, il se rendit vers l’ouest jusqu’à l’île Melville et parcourut environ 760 milles. Les membres de l’expédition rentrèrent à leur base en septembre et, le 11 octobre, McClintock fut promu commandant.

Le 10 février 1852, McClintock prit le commandement de l’Intrepid pour la grande expédition de recherche d’Edward Belcher*. McClintock faisait partie du groupe de recherche vers l’ouest, dirigé par Henry Kellett*, qui passa l’hiver de 1852–1853 au large de l’île Melville. Là encore, il organisa les déplacements en traîneau et, au printemps, beaucoup d’équipes partirent à la recherche de Franklin et explorèrent de nouveaux territoires. Entre le 4 avril et le 18 juillet, l’équipe de McClintock parcourut en traîneau la distance record de 1 210 milles et découvrit des parties des îles du Prince-Patrick, Emerald, Eglinton et Melville. Les membres de l’expédition passèrent un deuxième hiver dans l’Arctique puis, à l’été de 1854, ils rentrèrent à leur base après avoir abandonné, sur l’ordre de Belcher, quatre des cinq navires, dont l’Intrepid. McClintock fut promu capitaine le 21 octobre 1854.

Le même mois, John Rae*, de la Hudson’s Bay Company, déclarait qu’il avait trouvé, près de la terre du Roi-Guillaume, des indices du triste sort qu’avait connu l’expédition de Franklin. À l’annonce de cette nouvelle, l’Amirauté abandonna ses recherches. Cependant, lady Franklin [Griffin*], qui voulait savoir comment son mari avait péri, prépara sa propre expédition, et McClintock, qui n’avait pas d’emploi dans la marine en 1855–1856, devint son conseiller. Lady Franklin acheta le yacht à vapeur Fox et, le 18 avril 1857, en confia le commandement à McClintock. Le Fox quitta Aberdeen le 2 juillet, mais se prit dans la baie de Baffin et passa l’hiver à dériver dans les glaces. En 1858, McClintock reprit le voyage et atteignit le détroit de Bellot, non loin de l’inlet du Prince-Regent, où il hiverna. D’avril à juin 1859, lui et William Robert Hobson menèrent chacun un groupe d’hommes jusqu’à la terre du Roi-Guillaume. Ils y trouvèrent des restes, des squelettes et deux messages confirmant hors de tout doute que Franklin et ses hommes y avaient péri. À cette occasion, les traîneaux avaient été tirés par des hommes et par des chiens, en raison du petit nombre de membres d’équipage du Fox. (À partir de ce moment-là, McClintock recommanderait un usage toujours croissant des chiens, mais la marine s’entêterait longtemps à n’utiliser que des hommes.) Rentré au pays en septembre 1859, McClintock reçut bien des distinctions pour avoir contribué à révéler le sort de Franklin. On lui remit notamment des diplômes honorifiques et, le 23 février 1860, on le créa chevalier.

McClintock fit son dernier voyage dans l’Arctique de juillet à novembre 1860, à titre de commandant du Bulldog dans une expédition visant à étudier le tracé d’une voie pour un câble télégraphique qui relierait l’Écosse au Labrador, en passant par le Groenland. Durant tout le reste de sa carrière, il s’occuperait de service courant. Commandant du Doris en Méditerranée en 1861–1862 et de l’Aurora autour de la Grande-Bretagne de 1863 à 1865, il fut commodore en Jamaïque de 1865 à 1868. Promu contre-amiral le 1er octobre 1871, il occupa le poste de surintendant de l’arsenal maritime de Portsmouth de 1872 à 1877, avant d’être nommé vice-amiral le 5 août 1877. Sa dernière affectation dans la marine fut celle de commandant en chef de la station navale de l’Amérique du Nord et des Antilles, de 1879 à 1882, ce qui l’amenait souvent à Halifax. En février 1884, il fut élu « frère aîné » de la Trinity House, poste qu’il occuperait jusqu’à sa mort. Promu amiral le 7 juillet 1884, soit la veille même de sa retraite, il fut fait chevalier commandeur de l’ordre du Bain en 1891. McClintock avait continué de s’intéresser à l’exploration même après ses expéditions dans l’Arctique. Entré au conseil de la Royal Geographical Society en 1869, il joua aussi un rôle important dans l’organisation de deux expéditions : celle de George Strong Nares dans l’Arctique en 1875–1876 (McClintock était alors membre du comité spécial de l’Arctique formé par l’Amirauté) et celle de Robert Falcon Scott dans l’Antarctique, de 1901 à 1904. Un certain nombre de lieux géographiques du Canada, dont le plus connu est le M’Clintock Channel, portent son nom.

Les plus grandes réalisations de sir Francis Léopold McClintock furent sa contribution à la résolution du mystère Franklin et sa conception d’un système de transport par traîneau qui permit d’explorer rapidement bien des îles de l’Arctique canadien. On reprocha à son système d’être trop lent et trop laborieux, et de ne pas emprunter suffisamment aux Inuit et à l’explorateur John Rae, qui avait adopté leurs méthodes avec succès. Il ne fait aucun doute que la marine britannique s’en tint à ce système trop longtemps après que des explorateurs scandinaves et américains eurent mis au point des méthodes bien plus efficaces ; celles-ci étaient inspirées des pratiques inuit, particulièrement de l’utilisation de chiens ainsi que de traîneaux plus légers et plus souples. La course vers le pôle Sud que se livrèrent Roald Amundsen* et Scott en 1911–1912, course qui se solda par la victoire facile du premier et la mort du second, est souvent citée comme l’exemple classique de l’affrontement entre les deux systèmes et la condamnation finale de la méthode utilisée par la marine. Néanmoins, le système de McClintock avait fort bien réussi à répondre aux urgents besoins des expéditions qui partaient à la recherche de Franklin dans les années 1850, et c’est dans ce contexte qu’il faut l’évaluer.

Clive Holland

Le récit de sir Francis Leopold McClintock de l’expédition du Fox a été publié sous le titre The voyage of the « Fox » in the Arctic seas : a narrative of the discovery of the fate of Sir John Franklin and his companions (Londres, 1859), et a fait l’objet de nombreuses éditions. La première édition a été réimprimée en fac-similé et publiée à Edmonton, en 1972.

En outre, McClintock a fait paraître les rapports suivants dans des revues de géographie : « Réminiscences of Arctic ice-travel in search of Sir John Franklin and his companions » dans Royal Dublin Soc., Journal, 1 (1856–1857) : 183–238 (accompagné d’illustrations et de descriptions de spécimens géologiques de Samuel Haughton, professeur de géologie au Trinity College, Dublin, 239–250) ; « Surveys of h.m.s. Bulldog » et « On Arctic sledge-travelling », parus dans Royal Geographical Soc., Proc. (Londres), 5 (1860–1861) : 62–70 et 19 (1874–1875) : 464–479.

Les papiers de McClintock, dont ses journaux personnels, des rapports pour les années 1848–1849, 1852–1854, et 1857–1859, ainsi que sa correspondance, sont conservés au National Maritime Museum, à Londres.

Scott Polar Research Institute (Cambridge, Angleterre), ms 248/439 (F. L. McClintock, 28 lettres à lady Jane Franklin et Sophia Cracroft, la nièce de lady Franklin), 1857–1875).— Debrett’s peerage, baronetage, knightage, and companionage [...] (Londres, 1907).— DNB.— Dominion annual rev., 1880–1882.— A. G. E. Jones, « Admiral Sir Leopold McClintock : a different view », Fram, the Journal of Polar Studies (Bangor, Me), 2 (1985) : 290–325 ; « Sir James Clark Ross and the voyage of the Enterprise and Investigator, 1848–49 », Geographical Journal (Londres), 137 (1971) : 165–179.— C. R. Markham, « Admiral Sir Leopold M’Clintock, k.c.b. », Geographical Journal, 31 (janv.–juin 1908) : 1–11, et photographie en regard de la p. 1 ; Life of Admiral Sir Leopold McClintock [...] (Londres, 1909).— John Rae, John Rae’s correspondence with the Hudson’s Bay Company on Arctic exploration, 1844–1855, E. E. Rich et A. M. Johnson, édit., introd. de J. M. Wordie et R. J. Cyriax (Londres, 1953), c.

Bibliographie générale

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Clive Holland, « McCLINTOCK, sir FRANCIS LEOPOLD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcclintock_francis_leopold_13F.html.

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Auteur de l'article:   Clive Holland
Titre de l'article:   McCLINTOCK, sir FRANCIS LEOPOLD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   2 octobre 2014