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MUIR, ALEXANDER, fonctionnaire, instituteur, administrateur scolaire, poète, musicien et milicien, né le 5 avril 1830 à Lesmahagow (district de Lanark, Strathclyde), Écosse, fils de John Muir, instituteur, et de Catherine McDiarmid, veuve ; il épousa d’abord Agnes Thomson (décédée en 1864), avec qui il eut deux fils et une fille, puis le 21 novembre 1865, Mary Alice Johnston, et de ce mariage naquirent un fils et une fille ; décédé le 26 juin 1906 à Toronto.,

Arrivé au Canada en 1833, Alexander Muir fit ses études primaires auprès de son père, qui enseignait dans une école en bois rond du canton de Scarborough, un peu à l’est de Toronto. La famille fréquentait l’église presbytérienne, où Alexander, qui était doté d’une puissante voix de baryton, fut chef du chœur. Il n’eut guère d’autre formation musicale que celle qu’il acquit dans la chorale. Comme bon nombre d’immigrants écossais, les Muir accordaient beaucoup d’importance aux études. En 1851, Alexander quitta le Queen’s College de Kingston avec une licence ès arts. Toute sa vie, il garda la passion des sports de plein air et des jeux de compétition. Il pratiqua l’athlétisme, la crosse, le curling, l’aviron et le palet ; il assuma des fonctions administratives au sein de plusieurs organismes d’athlétisme. Par moments, il fit aussi du journalisme, et d’avril 1875 à janvier 1876, il fut greffier du village de Newmarket.

Après avoir obtenu sa licence, Muir entreprit une carrière d’instituteur et de directeur d’école qui le mena à Scarborough, puis à Leslieville et Yorkville (deux localités qui font à présent partie de Toronto), à Newmarket et à Beaverton ainsi qu’à Parkdale (également partie de la capitale aujourd’hui). En 1880, il s’installa à Toronto même. Huit ans plus tard, il devint le premier directeur de la Gladstone Avenue School de Toronto, poste qu’il allait occuper jusqu’à sa mort. Muir avait la réputation d’être un éducateur progressiste, et contrairement à certains de ses contemporains, il ne croyait pas aux vertus disciplinaires de la baguette de bouleau. Par la poésie, la musique et l’athlétisme, il s’efforça d’instiller à ses élèves un profond respect pour le Canada et son histoire.

Fier de ses antécédents britanniques, Muir manifestait une intense loyauté au drapeau et à l’Empire. On le voit par le vaste éventail d’organisations auxquelles il appartint. De 1861 à 1867, il fut simple soldat dans le 2nd Battalion of Rifles (Queen’s Own Rifles of Toronto) [V. William Smith Durie*], et il était présent à l’escarmouche de Ridgeway au cours des raids féniens de 1866 [V. Alfred Booker* ; John O’Neill*]. En 1892, il fut président de l’Army and Navy Veterans’ Association, et en 1894, il servit de barde aux Militia Veterans of ‘66. En outre, c’était un presbytérien convaincu, un membre de la loge torontoise d’Orange et un partisan de l’homme politique D’Alton McCarthy*. Cependant, il est surtout connu en tant qu’auteur de la chanson The maple leaf for ever, écrite en octobre 1867 pendant qu’il vivait à Leslieville. On raconte qu’il se promenait aux abords de chez lui avec son ami George Leslie (qui exploitait une pépinière dans le village nommé en son honneur) lorsque ce dernier lui proposa la feuille d’érable comme thème d’une inscription de dernière minute au concours de chants patriotiques parrainé par la Société calédonienne de Montréal. Quoi qu’il en soit de la véracité de cette histoire, ou des autres anecdotes sur les origines de la chanson, Muir rédigea un texte en quelques heures et l’envoya le jour même. Sa chanson remporta le deuxième prix (le premier prix alla à celle de James David Edgar*) et, encouragé par des amis, Muir décida de la publier. N’ayant pas trouvé de mélodie à son goût, il en composa une lui-même. L’impression de 1 000 exemplaires lui coûta 30 $ et la vente ne lui en rapporta que 4. Faute d’avoir protégé son droit d’auteur, il ne toucha aucune redevance sur la fort lucrative édition qu’Abraham* et Samuel Nordheimer publièrent en 1871. Il composa d’autres chants patriotiques – en tout, quatre parurent de 1890 à 1900 – mais aucun ne connut autant de succès que The maple leaf for ever. En fait, cette chanson devint si populaire auprès de la population anglophone que souvent, on en parlait comme de l’hymne national du Canada. Toutefois, elle connut un déclin prononcé bien avant que le Ô Canada de Calixa Lavallée* et d’Adolphe-Basile Routhier* n’acquière ce statut officiel, en 1980. Il était exclu que ce titre échoie à la chanson de Muir en raison de son ton probritannique. Elle célébrait en effet le Canada comme un lieu où « le chardon, le trèfle et la rose enlacent / Pour toujours la feuille d’érable », sans mentionner la fleur de lis, et le major-général James Wolfe* y était appelé « le héros intrépide ». Ces paroles lui aliénaient inévitablement les Canadiens français.

Peu après la mort d’Alexander Muir, on rebaptisa en son honneur la dernière école qu’il avait dirigée. Des fonds recueillis au fil des ans par souscription publique en vue de lui construire un monument commémoratif servirent en 1933 à l’aménagement d’un parc public. L’érable de sa maison de Leslieville, parce qu’il est associé à sa chanson, est « dorloté » par le service des Parcs de Toronto.

J. Paul Green

Deux versions du texte The maple leaf for ever figurent dans l’article de J. R. Robertson, « Alexander Muir’s life », Robertson’s landmarks of Toronto, 6 : 496–586, qui renferme aussi un certain nombre de ses autres poèmes ainsi que des photographies du sujet à diverses époques de sa vie. Une affirmation contenue dans Alexander Muir, patriot and poet (réimprimé à partir du Sentinel de Toronto [Toronto, 1958]), brochure publiée par l’ordre d’Orange, selon laquelle « il porta jusqu’à la tombe un bras perclus à la suite d’une blessure reçue au cours de la rébellion du Nord-Ouest » n’a pu être confirmée. [j. p. g.]

Toronto Board of Education, Records, Arch. and Museum, Alexander Muir/Gladstone Junior and Senior Public School, vert. file.— Globe, 27–28 juin 1906, 20 juill. 1923 : 4.— Globe and Mail, 25 janv. 1968.— Toronto Daily Star, 27 juin 1906 : 12.— Toronto Star, 23 avril 1977 : F6.— E. S. Caswell, Canadian singers and their songs ; a collection of portraits, autograph poems and brief biographies ([3e éd.], Toronto, 1925).— Encyclopedia of music in Canada (Kallmann et al.), 593, 613, 653, 729–730.— J. A. Morrison, « The author of The maple leaf », Dalhousie Rev., 26 (1946–1947) : 85–92.— Selections from Scottish Canadian poets ; being a collection of the best poetry written by Scotsmen and their descendants in the Dominion of Canada (Toronto, 1900), 294–295.— [Ethel Willson Trewhella et al.], History of the town of Newmarket (s.l., [1968]), 193.

Bibliographie générale

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J. Paul Green, « MUIR, ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/muir_alexander_13F.html.

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Auteur de l'article:   J. Paul Green
Titre de l'article:   MUIR, ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   23 octobre 2014