La Confédération

Introduction

Parmi les 193 membres que comptent les Nations Unies en 2017, le Canada est l’une des plus vieilles nations. Pendant sa conception, dans les années 1860, les architectes de la confédération canadienne gardaient en mémoire les expériences infructueuses des États-Unis d’Amérique et de l’Amérique latine unie de Simón Bolívar, et connaissaient le pouvoir du nationalisme dans la création des États unifiés allemand et italien. Les promoteurs de la confédération avaient une vision d’une nouvelle nationalité canadienne similaire, qui s’exprima poétiquement avec Thomas D’Arcy McGee, politiquement avec sir John Alexander Macdonald et sir George-Étienne Cartier, et musicalement avec Henry Herbert Godfrey. L’union qui donna lieu au Canada se produisit pendant cette décennie ; en dépit de sérieux défis, le pays survit et prospère depuis la Confédération, soit depuis 150 ans. À l’échelle internationale, la réussite du Canada, issue de sa ténacité et de ses principes démocratiques, est remarquable.

Les biographies de cet ensemble thématique mettent en lumière les succès et les échecs du Canada. Elles montrent aussi que beaucoup de Canadiens ne profitèrent pas pleinement des avantages de la résidence et de la citoyenneté canadiennes. L’homme politique D’Alton McCarthy reflétait l’arrogance de la majorité quand il affirma, en 1887 : « [Ce] n’est pas la religion qui est au fond de cette affaire, mais [...] un sentiment de race [...] Ne voyons-nous pas qu’aujourd’hui les [Canadiens] Français sont plus français qu’au moment où Wolfe [James Wolfe*] les a conquis sur les plaines d’Abraham ? Se mêlent-ils à nous, s’assimilent-ils […] Non, ils font tout selon le modèle français ; [...] je dis que ce sont eux qui menacent le plus la Confédération. » L’intolérance pleine de colère de McCarthy ne prédominait pas, mais les journalistes, les chefs religieux et les hommes politiques anglophones y firent souvent écho. Sans surprise, le nationalisme canadien-britannique alimenta le nationalisme canadien-français et remit en cause l’entente politique conclue au moment de la Confédération.

L’unité nationale est, à juste titre, le premier sujet abordé. À plusieurs reprises dans l’histoire canadienne, elle fut mise à l’épreuve ou détruite. Pendant les premières décennies de la Confédération, alors que le Canada s’étendait vers le Pacifique, les francophones et les catholiques luttèrent pour préserver leurs droits. Au cours de leur avancée vers l’ouest, les explorateurs et les pionniers assimilèrent ou affrontèrent ceux qu’ils trouvèrent sur leur route. Quand les anglophones arrivèrent en grand nombre dans ce qui deviendrait les provinces des Prairies, les tensions s’accrurent entre les nouveaux venus et les commerçants français et métis. Simultanément, les peuples autochtones virent leurs traditions brisées et leur population se réduisit considérablement : les fusils et les maladies des colons, et les politiques des gouvernements des provinces et du Canada firent des ravages. Le chef métis Louis Riel exprimait les craintes et les protestations non seulement des autochtones, mais aussi de la minorité francophone. Les luttes des années 1880 eurent des répercussions tout au long de l’histoire canadienne, et beaucoup des biographies présentées ici font ressortir les griefs persistants.

Le développement économique du pays, parfaitement symbolisé par l’expansion du réseau ferroviaire construit avant la Première Guerre mondiale, engendra de nombreux problèmes sociaux ; cependant, il fournit également les premiers moyens pour les résoudre, ainsi que les conditions élevées du niveau de vie dont jouissent la plupart des Canadiens à ce jour. Le Canada bénéficia de son extraordinaire richesse en ressources naturelles et de la proximité de l’économie dynamique des États-Unis. Dans cet ensemble thématique, les biographies montrent l’ingéniosité et l’initiative remarquables d’entrepreneurs, comme sir Adam Beck, qui contribuèrent grandement à faire de l’économie du Canada l’une des plus florissantes au monde. Cette prospérité attira des millions d’immigrants ; ceux-ci devinrent des producteurs et des consommateurs, et enrichirent ainsi leur pays d’adoption.

Au Canada, le sentiment national changea au fur et à mesure que les immigrants arrivaient, que des empires s’écroulaient et que le pays se transformait. Dans la première moitié du xxe siècle, le nationalisme canadien-britannique du siècle précédent faiblit : les deux guerres mondiales métamorphosèrent la manière dont les Canadiens se percevaient eux-mêmes. Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, des modifications aux politiques d’immigration menèrent à la fin de la domination protestante britannique dans les affaires politiques et économiques.

Le Canada ne célébra pas le cinquantième anniversaire de la Confédération en 1917 : sa grande armée combattait alors en Europe, tandis que les Canadiens d’origine britannique et française se querellaient amèrement au pays. En 1967, on commémora et célébra le centenaire, même si le Canada affrontait la menace de la séparation du Québec et que, selon le premier ministre Lester Bowles Pearson, le pays connaissait la pire crise de son histoire. En 2017, cette menace est moins présente, et un Canada différent a commencé à exprimer un vif sentiment national. Seul l’avenir dira quelle forme prendra le pays.

 

Entrée dans la Confédération

Date

Province ou territoire

1er juillet 1867

Nouveau-Brunswick

Nouvelle-Écosse

Ontario

Québec

15 juillet 1870

Manitoba

Territoires du Nord-Ouest

20 juillet 1871

Colombie-Britannique

1er juillet 1873

Île-du-Prince-Édouard

13 juin 1898

Territoire du Yukon

1er septembre 1905

Alberta

Saskatchewan

31 mars 1949

Terre-Neuve

1er avril 1999

Nunavut