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ROBINSON, CHRISTOPHER, avocat, fonctionnaire et éditeur, né le 21 janvier 1828 à York (Toronto), troisième fils de John Beverley Robinson* et d’Emma Walker ; le 2 juillet 1879, il épousa Elizabeth Street Plumb, fille de Josiah Burr Plumb*, et ils eurent trois fils et une fille ; décédé le 31 octobre 1905 à Toronto.

Issu de l’élite torontoise, Christopher Robinson fréquenta l’Upper Canada College, obtint une licence ès arts au King’s College et une maîtrise ès arts au Trinity College, puis fut admis au barreau en 1850. Les dix années suivantes, il s’occupa surtout de droit commercial. Après qu’un différend sur ses honoraires lui eut coûté la clientèle de la Canada Agency Association en 1861, il plaida souvent, en général aux assises de la circonscription judiciaire de l’ouest de l’Ontario. Il s’y tailla une réputation enviable ; s’exprimant avec retenue, il préférait le raisonnement aux rodomontades. À Toronto, il partagea un cabinet avec ses frères James Lukin et John Beverley* jusqu’en 1868, puis entra dans une longue association avec Henry O’Brien. Il devint conseiller de la reine en 1863.

De 1856 à 1872, Robinson fut arrêtiste pour la Cour du banc de la reine, puis de 1872 à 1885, éditeur des Reports (recueils de jugements) de la Cour des plaids communs. À force de relire des comptes rendus de procès, il en vint à fort bien connaître la loi. En 1875, avec Frank John Joseph, il lança un répertoire de causes relevant de la common law et de l’equity. Cet ouvrage en quatre volumes était le premier au Canada à aborder en partie le corpus naissant du « droit constitutionnel », selon le Canada Law Journal. L’étude de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et de la distribution des pouvoirs qu’il prévoyait avait créé depuis 1867 un nouveau champ d’intérêt pour la profession juridique. D’autres versions du répertoire parurent en 1880 et 1884, et le « Robinson et Joseph » devint un classique.

Robinson raffina sa réputation en participant à une série de procès célèbres, souvent à titre de procureur du gouvernement fédéral. Ce fut lui qui représenta la couronne quand Patrick James Whelan* porta en appel sa condamnation pour le meurtre de Thomas d’Arcy McGee*, d’abord en décembre 1868 devant la Cour du banc de la reine, puis en janvier 1869 devant la Cour d’appel de l’Ontario. L’appel ayant été rejeté et Whelan pendu, Robinson apparut comme l’un des avocats de confiance du gouvernement de sir John Alexander Macdonald*, qui avait appuyé la poursuite de tout son poids. En 1876, dans une affaire issue du scandale du Pacifique et d’allégations partisanes de fraude électorale, il affirma, mais en vain, que le rédacteur en chef libéral George Brown* avait diffamé le juge Adam Wilson* et nui, de ce fait, au déroulement d’un procès.

Macdonald faisait tellement confiance à Robinson que, en 1884, il le choisit, avec D’Alton McCarthy* et Hugh MacMahon, pour représenter Ottawa devant le comité judiciaire du Conseil privé dans le litige frontalier qui opposait l’Ontario et le Manitoba. L’année suivante, le premier ministre et le ministre de la Justice, sir Alexander Campbell*, le nommèrent avocat principal au procès que Louis Riel* devait subir à Regina pour haute trahison. Certains journalistes eurent beau alléguer qu’il n’avait aucune expérience en matière de droit criminel, il exposa avec talent le point de vue de la couronne, faisant valoir que les actes de Riel, contrairement à ce qu’affirmait la défense, n’étaient pas le fait d’un fou. Après que Riel eut lancé un appel déchirant au jury, Robinson, selon l’historien Desmond Morton, récapitula son argumentation avec une « logique stricte, glaciale ». Riel fut déclaré coupable et pendu.

Dès la fin des années 1870, Robinson avait acquis un tel renom qu’il participait souvent à des procès devant la nouvelle Cour suprême du Canada. En 1880, dans l’affaire opposant la municipalité de Fredericton à la Reine, qui mettait à l’épreuve l’Acte de tempérance du Canada, il affirma, au nom de la municipalité, que la réglementation de la vente d’alcool relevait des droits civils, donc qu’elle ressortissait à la compétence provinciale et ne devait pas tomber sous le coup du droit criminel fédéral : « Si le Parlement du dominion peut tout criminaliser, disait-il, il peut, en pratique, étendre son emprise sur tous les droits civils assignés exclusivement aux Assemblées provinciales. » Le tribunal confirma néanmoins la validité de la loi, mais parce qu’elle s’inscrivait dans un secteur de compétence fédérale, à savoir le commerce. Par la suite cependant (dans les affaires opposant Russell à la Reine et la Banque de Toronto à Lambe), le Conseil privé accorda plus de poids à cet argument de Robinson, même s’il ne plaida pas, et la compétence fédérale en matière de commerce fit l’objet d’une interprétation plus stricte. Comme la plupart des hommes de loi de son époque, Robinson était obsédé par l’évolution de la répartition des pouvoirs fédéraux et provinciaux. Quelques mois avant de mourir, en 1905, dans l’une de ses rares déclarations publiques, il affirma aux journaux que, selon lui, la constitution n’imposait aucune obligation au gouvernement fédéral en matière d’écoles confessionnelles dans les nouvelles provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Si l’on excepte ces grandes affaires, Robinson travaillait surtout pour des chemins de fer, la municipalité de Toronto et des sociétés, quoique, à l’occasion, il ait défendu des clients plus humbles, dont une femme qui avait été renversée par un wagon de la Toronto Street Railway Company. Il était si réputé dans les cercles conservateurs qu’on le consultait souvent lorsqu’il y avait des postes à pourvoir au sein de l’appareil judiciaire en Ontario. Lui-même refusa toujours un siège de juge : les avocats de sa stature estimaient que les salaires et le prestige de la magistrature n’étaient pas à leur mesure.

Par ailleurs, dans les années 1890, Robinson se distingua à titre de premier juriste canadien à devenir un plaideur en vue devant des organismes internationaux. En 1893, à Paris, au cours de l’arbitrage du litige de la mer de Béring [V. sir John Sparrow David Thompson*], il fit valoir que l’achat de l’Alaska par les États-Unis ne leur avait donné aucune compétence territoriale sur cette étendue d’eau. Son opinion prévalut, et le Times de Londres le félicita. Dix ans plus tard, à la demande du gouvernement libéral de sir Wilfrid Laurier*, il exposa la position canado-britannique dans le litige sur la frontière de l’Alaska. En 1894, il avait refusé un titre de chevalier. La seule fonction publique qu’il accepta fut celle de chancelier du Trinity College, qu’il exerça de 1902 à 1905.

Après sa mort, en 1905, une revue américaine de droit déclara que, durant toute sa carrière, Christopher Robinson avait mené des « luttes acharnées, tant interprovinciales qu’internationales, contre des criminels qui défendaient leur vie, des provinces qui cherchaient à s’étendre, de grosses sociétés avides de profits ».

Patrick Brode

Le condensé original en quatre volumes des lois de l’Ontario compilé par Christopher Robinson et Frank John Joseph a été publié à Toronto sous le titre de A digest of the reported cases determined in the courts of Common Law and Equity, in the province of Ontario […] (1875–1880). Une nouvelle édition en deux volumes, [...] in the now province of Ontario [...] a paru au même endroit en 1880 et A digest of the reported cases determined in the superior courts of Ontario, and the Supreme Court of Canada [...] (being a continuation of Robinson’s and Joseph’s digest) [...] a été publié en un seul volume en 1884. Les deux derniers condensés sont des ouvrages de référence juridiques que l’on consulte encore de nos jours, communément appelés « Robinson and Joseph ».

AO, F 23, MU 475, Robinson à Campbell, 6 juill. 1883 ; MU 476, Robinson à Campbell, 20 déc. 1883 ; J. A. Macdonald à Campbell, 13 févr. 1884 ; F 44, J. B. et Christopher Robinson à Henry Long, 24 juin 1861 ; F 2132, MU 2385, Robinson à James Reynolds, 13 mai 1861.— Globe, 24 juill. 1884, 11 juill. 1885.— Annuaire, Toronto, 1859–1863, 1868–1869.— C. R. W. Biggar, Sir Oliver Mowat [...] a biographical sketch (2 vol., Toronto, 1905).— Canada, Parl., Doc. de la session, 1886, n° 43 : 199–209 ; Statuts, 1878, c.16.— Canada Law Journal, 11 (1875) : 235 ; 23 (1887) : 383 ; 41 (1905) : 311, 809–817.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— Careless, Brown, 2 : 348s.— City of Fredericton v. the Queen, (1880), SCR, 3 : 505–574, particulièrement 525.— Commemorative biog. record, county York.— Follet v. Toronto Street Railway Company, Ontario Appeal Reports (Toronto), 15 (1888) : 346–357.— Green Bag (Boston), 18 (1906) : 1–8 (notice nécrologique rédigée par R[obert] Vashon Rogers*, et portrait en regard de la p. 1).— Julia Jarvis, Three centuries of Robinsons : the story of a family (éd. rév., [Toronto], 1967), 176–185.— Bora Laskin, Laskin’s Canadian constitutional law : cases, texts, and notes on distribution of legislative power, A. S. Abel et J. I. Laskin, édit. (4e éd. rév., Toronto, 1975).— National encyclopedia of Canadian biog. (Middleton et Downs).— The Ontario Copper Lightning Rod Company v. Hewitt, Upper Canada Common Pleas Reports (Toronto), 30 (1879) : 172–183.— The Queen v Louis Riel, introd. de Desmond Morton (Toronto Buffalo, N.Y., 1974), xx, 57.— Regina v. Wilkinson – re Brown, Upper Canada Queen’s Bench Reports (Toronto), 41 (1877) : 47–127.— Re North York election case, Paterson v. Mulock, Upper Canada Common Pleas Reports, 32 (1882) : 458–475.— The roll of pupils of Upper Canada College, Toronto, January, 1830, to June, 1916, A. H. Young, édit. (Kingston, Ontario, 1917).— T. P. Slattery, « They got to find mee guilty yet » (Toronto et Garden City, N.Y., 1972), 290.

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Patrick Brode, « ROBINSON, CHRISTOPHER (1828-1905) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/robinson_christopher_1828_1905_13F.html.

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