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EWART (Euart), JOHN, architecte et homme d’affaires, né le 31 janvier 1788 à Tranent (Lothian, Écosse), fils de William Euart et de Margaret Dobson ; en 1810, il épousa Jane Wilson, de la paroisse de Cranston (Lothian), et ils eurent 11 enfants ; décédé le 18 septembre 1856 à Toronto.

En 1810, John Ewart avait terminé son apprentissage dans l’industrie du bâtiment et avait reçu son brevet d’artisan. Il travailla probablement à Édimbourg, aux chantiers de construction de New Town, mais après 1811, comme beaucoup d’autres constructeurs écossais remplis d’ambition, il alla s’établir à Londres, espérant sans doute obtenir des commandes lucratives ou se faire reconnaître comme architecte. La mort de deux de ses enfants, qui survint dans cette ville, et la récession qui toucha le secteur de la construction après les guerres napoléoniennes furent peut-être les raisons qui le décidèrent à s’embarquer pour New York avec sa famille vers 1816. Moins de trois années plus tard, les Ewart étaient installés à York (Toronto). Même si le besoin de nouveaux bâtiments qui se faisait sentir dans cette ville depuis la guerre de 1812 avait attiré « un grand nombre de bons artisans », Ewart fut vite reconnu comme un constructeur de talent et trouva du travail presque immédiatement. D’après les registres, son premier contrat l’amena à construire le York Hospital (1819–1820), immeuble sans ornement, de style georgien, qui était bien en deçà de ses capacités de dessinateur, mais dont les plans furent presque certainement établis en consultation avec William Warren Baldwin*, médecin et avocat éminent.

La décennie suivante, la plus productive de sa carrière au Canada, vit Ewart devenir le premier dessinateur de grande valeur dans le domaine architectural à York. En 1822, il fut chargé des plans et de la construction de l’église St Paul, première église catholique de la ville, sise rue Chapel (rue Power) [V. William John O’Grady*]. En parfaite harmonie avec la taille des immeubles environnants, l’édifice était une version Regency – simple mais élégante dans ses proportions – du style baroque qui eut longtemps la faveur de l’Église catholique au Canada, mais ici Ewart s’inspira des églises écossaises qu’il connaissait, et notamment de l’église paroissiale St George à Glasgow (1807). Faite de brique, matériau moins coûteux que la pierre et fourni par le sol boueux d’York, l’église St Paul fut décrite en 1824 par un éminent paroissien, James Baby*, comme « le bâtiment le plus élégant du genre dans le Haut-Canada et [...] aussi le moins cher ».

L’édifice du Parlement provincial, bâti en 1818, l’hôpital et l’église St Paul constituaient les quelques monuments que la capitale possédait en 1824. (L’église anglicane en bois et le lointain fort York, fait en grande partie de bois rond et de brique, ne comptaient guère.) En tant que complexe urbain, la ville restait lamentablement au-dessous de Londres, dont Ewart se rappelait si bien la splendeur architecturale. Il fallait construire des édifices prestigieux, en particulier un ensemble aménagé sur une place publique, et Ewart trouva en Baldwin un citoyen influent qui partageait ses vues et l’aidait parfois à les réaliser.

En 1824, Ewart traça les plans du palais de justice et de la prison du district de Home (avec certaines particularités fondées sur l’expérience des tribunaux que possédait Baldwin) ; les deux édifices à fronton, en brique, furent érigés en retrait de la rue King, de part et d’autre d’une place dessinée par Ewart et délimitée par les rues King, Toronto, Newgate (rue Adelaide) et Church. La qualité architecturale de ces édifices et leur emplacement donnent à penser que Ewart prévoyait la construction d’un bâtiment central majestueux ; John George Howard* en dessina les plans plus tard, mais il ne fut jamais bâti. Le côté nord de la place fut bientôt parachevé grâce à l’érection de deux temples aux formes harmonieuses : la chapelle méthodiste Newgate Street de Robert Petch, adossée à la cour de la prison, et l’église St Andrew, située à l’arrière du palais de justice et conçue en 1830 par Ewart, membre de la congrégation presbytérienne. Il est évident que dans les plans de cette église, construite à temps pour l’arrivée du révérend William Rintoul, Ewart introduisit des traits architecturaux empruntés aux ouvrages Regency de John Soane en Grande-Bretagne : de hauts pilastres, des baies de fenêtres sans ornement, des surfaces linéaires nerveusement ciselées sur les murs extérieurs et, au niveau du toit, des acrotères surhaussés (quelques-uns contenant des cheminées). La place témoignait d’un effort louable pour regrouper, dans le centre commercial de la ville, l’ordre public, la religion et l’agrément de la vie urbaine.

Le deuxième palais de justice d’Ewart, conçu en 1827 pour le district de London, différait nettement du bâtiment d’York. Le terrain découvert et inégal, situé entre l’emplacement proposé pour la ville de London et la rivière Thames, suggérait une ambiance féodale et, par conséquent, l’utilisation de la pierre, mais le souci d’économie commandait l’emploi de la brique. Érigé grâce aux capitaux de la maison de commerce de Thomas Clark* et de Samuel Street*, le palais de justice était une construction gothique d’allure Regency faisant penser à la Royal Military Academy de James Wyatt, à Woolwich (Londres), qui venait d’être construite lors de l’arrivée d’Ewart en Angleterre. L’ouvrage d’Ewart, un édifice rectangulaire avec, à chaque coin, une tour octogonale et arc-boutée, était et reste encore une construction pittoresque mais fonctionnelle, conçue pour s’inscrire dans un cadre rustique par un homme sensible aux premières manifestations romantiques qui, en architecture, précédèrent le retour au style gothique de la période victorienne.

En 1826, Ewart avait préparé en vain une soumission pour un projet fort débattu et qui était un morceau de choix : concevoir un nouvel édifice du Parlement pour remplacer celui qui avait brûlé deux ans plus tôt. Des plans furent présentés par Ewart, Baldwin, John Ford et Joseph Nixon, et ce dernier remporta le concours – succès qui s’avéra inutile à cause du projet soumis plus tard par Thomas Rogers, de Kingston. On ne sait pas de quelle nature étaient les plans d’Ewart mais, à titre de constructeur, il continua de s’intéresser au principal immeuble public d’York ; lorsque l’entrepreneur Matthew Priestman fit faillite, Ewart et Thomas Parke* devinrent les premiers contremaîtres des travaux de construction de l’édifice, qui fut inauguré en 1832.

Les plans qu’apparemment Ewart dessina pour l’Upper Canada College, construit à York en 1829–1830, ont été perdus. Son dernier contrat, à ce que l’on sache, un ensemble de trois pavillons auquel on donna le nom de William Osgoode*, fut entrepris en 1829 pour le compte de la Law Society of Upper Canada ; un des pavillons fut érigé (un immeuble de brique, à parapets) et, l’année suivante, une maison d’étudiants fut ajoutée sur le côté de l’immeuble. Par la suite, la plupart des caractéristiques Regency d’Osgoode Hall furent masquées par les modifications et les ajouts de Henry Bowyer Joseph Lane et de la firme Cumberland and Storm, mais les moulures lisses et sobres conçues par Ewart décrivent encore aujourd’hui leurs courbes autour de l’entrée originale. Des moulures tout aussi souples, bien particulières à son œuvre, encadrent également la porte de la Bank of Upper Canada, dont la construction débuta en 1825 au coin de la rue Duke (rue Adelaide) et de la rue George. C’était probablement, encore une fois, le résultat d’une fructueuse collaboration entre Ewart, qui était habile à dessiner les plans, et Baldwin, qui connaissait les besoins d’York en matière d’architecture.

Après 1830, Ewart cessa de faire du dessin architectural. Les styles qu’il connaissait le mieux se démodaient de plus en plus, et peut-être avait-il commencé à souffrir de ce qui faisait le tourment de bien des constructeurs : le durcissement des artères des jambes (il allait mourir de la gangrène). Il conserva néanmoins un chantier de construction et un quai jusqu’à sa mort. Son entreprise de construction, fort lucrative, fut probablement prise en charge par des sous-traitants ; cet arrangement, de toute évidence, lui permit de retourner souvent en Grande-Bretagne et à New York pour affaires. À Toronto, il continua de jouer un rôle de premier plan dans plusieurs organismes et entreprises, de même qu’au sein du groupe d’architectes de la ville. Il fut membre à vie du conseil d’administration du York General Burying Ground (aménagé en 1826), premier président du York Mechanics’ Institute en 1830, membre fondateur d’une association de bienfaisance en 1836, la St Andrew’s Society de Toronto, et président du Toronto Cricket Club en 1840. Propriétaire de vastes terrains et défenseur du projet visant à faire de Toronto un important terminus dans le domaine des transports, il avait été l’un des membres fondateurs, en 1837, avec William Allan et d’autres personnes, de la City of Toronto and Lake Huron Rail Road Company, à laquelle il fut lié durant quelque dix années ; en 1843, il prépara des plans expérimentaux pour les terre-pleins de la voie ferrée. En 1841, Ewart, Robert Sympson Jameson, le docteur William Charles Gwynne* et William Botsford Jarvis* avaient été nommés membres d’un conseil chargé de l’administration de l’asile provincial temporaire pour les aliénés [V. William Rees*]. Quatre ans plus tard, avec un groupe d’autres constructeurs et d’architectes (dont Lane, Thomas Storm et William Thomas), il fit également partie d’un comité formé en vue de fonder une société de construction et de crédit, dont le président était William Henry Boulton*.

Sur les 11 enfants de John Ewart, 7 vécurent jusqu’à l’âge adulte ; aucun d’eux ne prit sa relève en tant que constructeur ou dessinateur. Deux de ses fils, John et George, se lancèrent dans les affaires à Toronto, grâce au soutien financier de leur père dans une large mesure. Après la mort d’Ewart, sa fortune fut évaluée à £100 000. L’une de ses filles, Jane, épouse de sir Oliver Mowat*, et l’un de ses petits-fils, John Skirving Ewart*, éminent avocat et auteur qui mourut en 1933, héritèrent de son intérêt pour la chose publique.

Marion Bell MacRae

Une étude non signée concernant un projet de boutiques pour la ruelle Market (rue Colborne), à Toronto, attribuée à John Ewart, est conservée à la MTL, dans les papiers J. G. Howard, sect. iii, architectural plans, n° 410.

AAT, Sér. 1, AB 01.07.— AO, RG 22, sér. 155, testament de John Ewart.— APC, RG 5, A1 : 41612–41614, 54861–54862, 57196–57211, 58629–58641, 69561–69567, 69814–69818, 73396–73397, 74105–74110, 77624–77626, 87344–87346, 119540–119541.— Arch. privées, Janet Fitzgerald (Toronto), Ewart family papers and records.— BLHU, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 26 : 64, 350.— GRO (Édimbourg), Tranent, Reg. of baptisms, 31 janv., 10 févr. 1788.— MTL, William Allan papers, City of Toronto and Lake Huron Rail Road Company papers, John Ewart, reports to the president and directors, 1er août, 6 déc. 1845 ; J. G. Howard papers, sect. ii, diaries, 19 juill. 1841, 3, 8 mai 1843, 18 avril–2 mai 1845.— Toronto Necropolis and Crematorium, Reg. of burials.— UWOL, Regional Coll., Vertical file, n° 412 (London, Court-house and gaol, corr. and accounts relative to building, 1826–1828).— H.-C., House of Assembly, Journal, 1831–1832, app. : 96–99 ; Statutes, 1836, chap. 5.— Town of York, 1815–34 (Firth), 41–42, 324n.— Examiner (Toronto), 9 sept. 1840, 6 oct. 1844.— Globe, 2 déc. 1845.— Leader, éd. quotidienne, 20 sept. 1860.— Toronto Patriot, 28 févr., 21 août 1840, 10 août 1841, 15 oct. 1844.— Alfred Sylvester, Sketches of Toronto, comprising a complete and accurate description of the principal points of interest in the city, its public buildings [...] (Toronto, 1858), 23, 29, 36, 56–57.— Toronto directory, 1833–1834 : 11 ; 1846–1847 : 24, 36.— [G. P. Ure], The band-book of Toronto ; containing its climate, geology, natural history, educational institutions, courts of law, municipal arrangements, &c. &cc, by a member of the press (Toronto, 1858), 171, 268.— Eric Arthur, Toronto, no mean city ([Toronto], 1964), 65.— C. K. Clarke, A history of the Toronto General Hospital [...] (Toronto, 1913).— Hist. of Middlesex, 91.— Law Soc. of U.C., Osgoode Hall : a short account of the hall, issued by the Law Society of Upper Canada, 1832–1932 (Toronto, 1932), 8.— MacRae et al., Hallowed walls, 85.— MacRae et Adamson, Cornerstones of order.— Middleton, Municipality of Toronto, 1 : 440 ; 2 : 746–747.— Robertson’s landmarks of Toronto, 4 : 121.— C. T. Campbell, « The beginning of London », OH, 9 (1910) : 73.

Bibliographie générale

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Marion Bell MacRae, « EWART, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 27 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ewart_john_8F.html.

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Auteur de l'article:   Marion Bell MacRae
Titre de l'article:   EWART, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   27 août 2014