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MACKENZIE, sir ALEXANDER, trafiquant de fourrures, explorateur et auteur, né en 1764 à Stornoway, dans l’île de Lewis, Écosse, troisième des quatre enfants de Kenneth Mackenzie, de la ferme Melbost (à deux milles à l’est de Stornoway), et d’Isabella Maciver, qui appartenait à une éminente famille de cette ville ; en 1812, il épousa Geddes Mackenzie, et ils eurent trois enfants ; décédé le 12 mars 1820 à Mulinearn, près de Dunkeld, Écosse.

Au cours des années 1770, une forte dépression économique frappa l’île de Lewis, et, en 1774, le père d’Alexander Mackenzie décida d’aller rejoindre son frère John à New York. Sa femme était morte alors que leur fils Alexander était encore enfant. Kenneth Mackenzie s’embarqua pour l’Amérique du Nord avec ses deux sœurs et son fils Alexander, laissant derrière lui ses deux filles. (Le frère aîné d’Alexander, Murdoch, étudia la médecine ; un document familial affirme en termes concis qu’il « entra [ensuite] dans la marine et se perdit sur la côte de Halifax ».) Quelques mois seulement après l’arrivée de la famille, éclata la Révolution américaine : Kenneth et John rallièrent le King’s Royal Régiment of New York, levé par sir John Johnson*. Kenneth obtint une commission de lieutenant en 1776 et servit jusqu’à sa mort survenue subitement à l’île Carleton (New York) en 1780. Le jeune Alexander avait été confié à ses tantes, qui l’amenèrent d’abord à Johnstown, dans la vallée de la Mohawk, où Johnson possédait de grandes propriétés. En 1778, les conditions de vie dans la vallée devinrent difficiles pour les Loyalistes, et ses tantes l’envoyèrent à Montréal où il fréquenta l’école.

Les études de Mackenzie furent de courte durée. À un jeune gaillard ardent et ambitieux, la traite des fourrures promettait une vie d’aventures et un avenir intéressant. En 1779, Mackenzie se joignit à la Finlay and Gregory, société formée par James Finlay et John Gregory, qui pratiquait la traite dans l’Ouest depuis 1773. La compagnie fut réorganisée sous le nom de Gregory, MacLeod and Company en 1783, année où Finlay, pionnier bien connu parmi les trafiquants de fourrures britanniques de Montréal, prit sa retraite et fut remplacé par Normand MacLeod*. En 1784, Mackenzie, qui avait passé cinq ans dans le bureau de la compagnie à Montréal, désirait vivement s’essayer à la traite. Gregory lui confia « une petite quantité de marchandises de pacotille », que celui-ci porta à Detroit. Il est évident que les employeurs de Mackenzie avaient une très bonne impression de lui, car, quelques mois plus tard, MacLeod se rendit à Detroit pour lui offrir une part dans l’entreprise. L’offre valait à la condition qu’il acceptât de se rendre à Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota) au printemps de 1785 et de servir dans un poste du Far West – ce que Mackenzie était tout disposé à accepter.

Les changements radicaux qui survenaient dans la traite des fourrures amenèrent la compagnie à prendre de l’expansion. Peu après la cession du Canada à la Grande-Bretagne en 1763, les trafiquants britanniques de Montréal, à l’instar des Français avant eux, s’étaient aventurés dans ce qui est maintenant l’ouest du Canada et avaient commencé à s’enfoncer de plus en plus loin, à l’ouest, en quête de fourrures. Finlay avait construit un poste dans la vallée de la Saskatchewan en 1767 ou 1768, et, en 1778, Peter Pond avait atteint la rivière Athabasca, découvrant les riches ressources pelletières de la région avoisinante. Cet intérêt grandissant pour le Nord-Ouest et l’ activité croissante dans cette région survenaient justement au moment où la Révolution américaine menaçait de priver Montréal de l’important facteur que représentait, pour le commerce des fourrures, la région située au sud des Grands Lacs. Detroit et Michillimakinac (Mackinaw City, Michigan), lieux de transit dune grande partie des fourrures, seraient probablement en territoire américain. Il ne faisait pas de doute que les colonies américaines, devenues indépendantes, réserveraient aussitôt la région méridionale des Grands Lacs à leurs propres ressortissants. Les trafiquants de Montréal qui avaient travaillé dans cette région se tournèrent par conséquent vers le Nord-Ouest pour y trouver de nouvelles sources de fourrures.

Il en résulta naturellement une brusque hausse de la concurrence dans le Nord-Ouest, et il apparut bientôt que celle-ci pourrait être à la fois coûteuse et périlleuse : coûteuse parce que les trafiquants se trouveraient souvent dans la nécessité d’enchérir les uns sur les autres, et périlleuse parce que, si l’on ne pouvait se procurer les fourrures par des méthodes honnêtes, on serait toujours tenté, dans ces solitudes où personne ne maintenait l’ ordre public, de recourir à des moyens relevant de la perfidie et de l’illégalité. Bien des problèmes surgirent du fait que la traite était pratiquée par des particuliers ou de petites sociétés. Il était évident que ces problèmes ne pourraient être réglés que par des regroupements. Certains ne tardèrent pas à se réaliser. Le plus notable d’entre eux fut, en 1779, la mise en commun de neuf sociétés, ce qui constitua un premier pas vers une entente à plus long terme et vers la création officielle de la North West Company, pendant l’hiver de 1783–1784. La réaction de la Gregory, MacLeod and Company devant ce puissant concurrent fut, à l’hiver suivant, de porter de deux à cinq le nombre de ses propres associés ; outre Mackenzie, Peter Pangman et John Ross se joignirent à la compagnie. Parmi le personnel de soutien, peu nombreux, se trouvait le cousin d’Alexander, Roderick McKenzie*, qui avait quitté l’Écosse depuis quelques mois et faisait son apprentissage de commis. Quand les associés se rencontrèrent à Grand Portage, en juin 1785, Mackenzie se vit assigner le district d’English River, avec quartier général à l’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan). Il devait y être affecté jusqu’en 1787.

Les ambitions de la North West Company allaient grandement influer sur la carrière de Mackenzie. Dès le début, la compagnie désirait étendre son rayon d’action à travers tout le continent. Déjà, en octobre 1784, dans un mémoire soumis à Haldimand, gouverneur de la province de Québec, elle déclarait son intention « d’explorer à ses propres frais [les territoires situés] entre 55° et 65° de latitude, [soit] toute la portion de pays qui va de l’ouest de la baie d’Hudson à la partie nord de l’océan Pacifique ». Passant sous silence le monopole et les droits de la Hudson’s Bay Company, elle continuait en évoquant « l’opportunité de concéder à la compagnie un droit exclusif [...] de traite dans le Nord-Ouest [...] pour dix ans », en compensation de l’ouverture d’une nouvelle région. Cette proposition n’eut pas de suite, mais la North West Company saisit toutes les occasions d’améliorer ses connaissances géographiques de l’Ouest. Sa source d’information immédiate fut Peter Pond, qui faisait partie de l’association formée en 1783–1784. En 1785, en se fondant sur ses propres voyages et en questionnant les Indiens, Pond avait esquissé une carte incluant la région située au nord du lac Athabasca. Exacte dans ses grandes lignes, elle montrait une rivière qui allait se déverser, au nord, dans le Grand Lac des Esclaves, d’où une deuxième rivière coulait vers l’océan Arctique. Plus tard, après avoir eu accès au récit du troisième voyage de James Cook* dans le Pacifique, et avoir appris l’existence d’un inlet de l’Alaska que Cook avait pris erronément pour un estuaire et nommé rivière Cook, Pond ne tint pas compte de ses informateurs indigènes, confondit ses désirs avec des réalités et sauta à la conclusion que c’était là l’embouchure de la grande rivière qui prenait sa source dans le Grand Lac des Esclaves. Sur une carte subséquente, dressée en 1787, de petits cours d’eau coulent encore en direction de l’Arctique, mais la grande rivière s’oriente en direction ouest, vers le Pacifique. Et, deuxième interprétation fautive qui ne serait pas sans importance pour Mackenzie, Pond sous-estima grossièrement la distance du lac Athabasca au Pacifique. On n’avait encore fait aucun calcul précis de longitude dans la région du lac Athabasca, et Pond plaça le lac à quelque 700 milles à l’ouest de sa vraie situation.

Il y avait, chez Pond, un fond de violence et de mauvaise humeur qui allait entraîner la fin brusque de sa carrière dans le commerce des fourrures. On le soupçonnait déjà d’être responsable de la mort d’un concurrent, le trafiquant Jean-Étienne Waddens*, en 1782. En outre, en 1787, John Ross, que la Gregory, MacLeod and Company avait envoyé dans la région de l’Athabasca pour faire concurrence à Pond, fut tué d’un coup de feu par suite d’une bagarre. Une fois de plus les rivalités commerciales avaient dégénéré en violence. Il devenait évident que des mesures étaient souhaitables pour réduire les dangers de la concurrence. La mort de Ross eut pour résultat immédiat la fusion de la Gregory, MacLeod and Company avec la North West Company. La nouvelle entreprise comptait 20 actions, et Mackenzie reçut l’une des quatre qui furent assignées aux quatre associés survivants de la Gregory, MacLeod and Company. Pond ne fut pas exclu, mais il semble qu’on s’entendît pour que la saison de 1787–1788 fût la dernière qu’il passât dans l’Ouest. Il retourna à son poste de la rivière Athabasca, où il arriva le 21 octobre 1787. Mackenzie l’accompagnait à double titre, celui de commandant en second et de futur remplaçant. Même s’il était convaincu que Pond était un meurtrier, Mackenzie réussit à s’entendre raisonnablement bien avec lui. Ce dernier était à la fois un trafiquant accompli et un explorateur-né, et Mackenzie désirait beaucoup apprendre de lui tout ce qu’il pourrait en tirer.

Pond quitta pour de bon la région de l’Athabasca au printemps de 1788 et Mackenzie prit charge du département. Il allait succéder à Pond tant comme trafiquant que comme explorateur ; il devait bientôt se préparer à descendre le grand fleuve (l’actuel Mackenzie) qui prend sa source dans le Grand Lac des Esclaves. Rien ne nous permet de douter qu’en entreprenant cette expédition il s’ attendait à trouver le cours de la rivière tel, sensiblement, que Pond l’avait tracé sur sa carte de 1787. Pond, pour sa part, ne s’était jamais départi de deux de ses postulats fondamentaux mais erronés. En novembre 1789, avant que les détails de la première expédition de Mackenzie ne fussent connus dans l’Est, Pond eut plusieurs entretiens, à Québec, avec Isaac Ogden*, qui les résuma dans une lettre à son père. « II ne peut y avoir de doute, écrivait-il, que la source de la rivière Cook est maintenant entièrement découverte et connue. » Et, à la conviction de Pond que le voyage serait court, du Grand Lac des Esclaves à l’embouchure supposée de la rivière Cook, Ogden fit une allusion dans une note : « Un autre homme, nommé McKenzie, fut laissé par Pond au [Grand] Lac des Esclaves, avec instructions de descendre la rivière et [de se rendre] de là en Unalaska, et de même à Kamskatsha, et ensuite en Angleterre via la Russie, etc. » Que Mackenzie se conformât effectivement à des instructions précises, le fait en est prouvé par son propre récit de voyage, intitulé « Journal of a Voyage performed by Order of the N. W. Company, in a Bark Canoe in search of a Passage by Water through the N. W. Continent of America from Athabasca to the Pacific Ocean in Summer 1789 ». Mais il est certain que Mackenzie reçut avec plaisir ce mandat. Dans la préface du récit imprimé de ses voyages, il décrivit « la possibilité de réaliser une percée à travers le continent américain » comme le « plus cher projet qu’[il] bitionnai[t] ».

Le quartier général de Mackenzie, dans la région de l’Athabasca, avait d’abord été situé à l’endroit connu par la suite sous le nom de « vieil établissement », que Pond avait fondé en 1778 à quelque 40 milles en amont de la rivière Athabasca. En 1788, Mackenzie envoya son cousin Roderick, qui travaillait alors avec lui, construire le premier fort Chipewyan, sur la rive sud du lac Athabasca, où il le rejoignit peu avant Noël. C’est de ce nouveau poste que Mackenzie partit pour son premier voyage de découverte, le 3 juin 1789. Son équipe était formée de quatre voyageurs canadiens, d’un jeune Allemand dont la présence n’est pas expliquée, d’un Indien chipewyan connu sous le nom d’English Chief*, et d’un certain nombre d’épouses indiennes et de serviteurs. On avança lentement et avec difficulté dans le cours supérieur de la rivière des Esclaves, aux rapides nombreux, et les glaces retardèrent l’expédition dans le Grand Lac des Esclaves ; mais, une fois dans le Mackenzie, l’avance fut rapide. Les quelque 1 075 milles que mesure ce fleuve furent parcourus en 14 jours seulement, à la vitesse moyenne de plus de 75 milles par jour. Sur près de 300 milles, le Mackenzie coulait d’une façon générale en direction ouest, comme l’avait prédit Pond, mais, à l’endroit connu maintenant sous le nom de Camsell Bend, le fleuve tournait carrément en direction nord et, jour après jour, maintenait cette orientation générale. La conclusion s’imposa enfin qu’il ne pouvait donner accès au Pacifique. « Je ne sais vraiment plus que faire ici », écrivait Mackenzie dans son journal, le 10 juillet – il n’était qu’à deux jours de la mer –, « étant assuré que de poursuivre dans cette direction ne permettra pas l’atteinte de l’objectif assigné à ce voyage, car il est évident que ces eaux ne peuvent que se déverser dans l’Océan du Nord. » Il décida néanmoins d’aller de l’avant « jusqu’à la décharge de ces eaux, puisque cela satisfera[it] la curiosité des gens à défaut de satisfaire leurs intentions ». Le temps brumeux le laissa dans l’incertitude pendant une brève période : avait-il vraiment atteint l’ océan Arctique ou simplement un grand lac ? Mais il n’est pas douteux qu’il ait atteint la mer. Il passa quatre nuits dans l’île Whale (île Garry, Territoires du Nord-Ouest), au large de l’embouchure du fleuve. Il avait ainsi baptisé cette île à cause des nombreuses baleines blanches qu’on avait vues dans les parages, et il fit des observations sur le flux et le reflux de la marée. L’expédition entreprit le retour au fort Chipewyan le 16 juillet et y parvint le 12 septembre. On avait fait le voyage, aller et retour – plus de 3 000 milles –, en 102 jours.

Bien qu’il eût, le premier, exploré l’un des grands fleuves du monde et que plus tard il finît par en éprouver de la fierté, Mackenzie eut d’abord une première réaction de frustration. Pendant qu’il assistait au rendez-vous annuel des Nor’Westers à Grand Portage, en 1790, il fit, dans une lettre à Roderick, la remarque suivante : « On parle à peine de mon expédition, mais c’est à quoi je m’attendais. » La réaction des associés s’explique par le fait que la plupart d’entre eux avaient l’habitude de faire de longs et pénibles voyages par voie de terre, et Mackenzie ayant échoué dans sa recherche d’une route vers le Pacifique, ses explorations se révélaient sans utilité immédiate pour la North West Company. Mais on ne saurait dire que la valeur personnelle de Mackenzie ne fut pas appréciée : une nouvelle entente au sein de la North West Company, prenant effet en 1792, lui accordait 2 des 20 actions de la compagnie, au lieu de l’unique action qu’il détenait depuis 1787. On prétend qu’il surnomma le Mackenzie « River Disappointment », mais cela est douteux. L’original de la lettre dans laquelle il est censé avoir utilisé ce nom a disparu, et le nom n’apparaît que dans l’une des quatre copies qu’on a conservées de cette lettre ; dans les trois autres, Mackenzie désigne le fleuve sous l’appellation de « Grand River ».

Mackenzie jouissait d’une force physique, d’une détermination et d’une résistance remarquables. Il disait posséder « une constitution et une ossature à la hauteur des entreprises les plus ardues ». Comme l’indique la rapidité avec laquelle il voyageait, c’était un rude meneur d’hommes. Selon l’historien Joseph Burr Tyrrell*, Mackenzie était « un homme autoritaire, et ceux qui l’accompagnaient – Blancs ou indigènes – n’étaient que des instruments servant à atteindre le but qu’il avait en tête ». Ce jugement est toutefois trop sévère. Au moment où l’explorateur doutait de pouvoir atteindre l’Arctique, il notait dans son journal : « Mes hommes manifestent un grand regret d’avoir à rebrousser chemin sans voir la mer, en quoi je les crois sincères, car nous avons fourni des étapes extrêmement dures en descendant la rivière, et je ne les ai jamais entendus grommeler ; [ils étaient] au contraire de bonne humeur [...] et se disent prêts à m’accompagner maintenant et en tout temps là où je déciderais de les conduire. » Il n’exagérait pas, puisque deux des quatre voyageurs qui s’étaient rendus avec lui jusqu’à l’Arctique firent également partie de sa deuxième expédition. Il avait veillé au bien-être de ses hommes, s’était efforcé de les protéger des dangers en cours de route et les avait tous ramenés sains et saufs.

Avant même que sa première expédition ne fût terminée, Mackenzie en avait une autre en tête. Il avait rencontré relativement peu d’Indiens et n’avait pas vu d’Inuit, mais, en remontant le fleuve, il avait tenté de questionner des indigènes qu’il avait rencontrés. Il espérait ainsi en tirer des renseignements sur les cours d’eau qui, situés à l’ouest des montagnes, pourraient vraisemblablement se diriger vers le Pacifique. Il s’était cependant rendu compte de certaines lacunes dans ses connaissances et de certaines déficiences de son équipement : il voulait y remédier avant de pousser ses explorations. Ses calculs des latitudes, qu’il fixait habituellement de 7 à 15 minutes trop au sud, le servirent assez bien, mais il ne disposait d’aucun instrument qui lui eût permis de déterminer les longitudes. Cette faiblesse fut montée en épingle, peut-être d’une manière quelque peu arrogante et embarrassante, par Philip Turnor*, arpenteur compétent au service de la Hudson’s Bay Company, qu’il eut l’occasion de rencontrer à Cumberland House (Saskatchewan) en juin 1790. Turnor nota à cette époque : « McKensie dit qu’il a été à la mer et pense que c’était la mer hyperboréenne, mais il ne semble pas familier avec les observations, ce qui me fait penser qu’il n’est pas bien sûr de l’endroit où il a été. » Mackenzie, en fait, savait parfaitement où il était allé, mais sa rencontre avec Turnor le confirma sans doute dans sa résolution de visiter Londres à titre privé au cours de l’hiver de 1791–1792 pour y recevoir des conseils et y acquérir du matériel. Il n’en était pas moins assez mal équipé quand il entreprit sa deuxième expédition, à l’automne de 1792, puisqu’il semble n’avoir disposé que d’un compas, d’un sextant, d’un chronomètre et d’un grand télescope. En dépit de la pauvreté relative de son équipement, l’exactitude dont Mackenzie fit preuve, en relevant sa position, de temps à autre, reste remarquable. Heureusement, il était alors conscient de la grande distance qu’il aurait à parcourir pour atteindre le Pacifique, car l’erreur de Pond sur la situation réelle du lac Athabasca avait été détectée : la longitude exacte du fort Chipewyan, établie par Turnor, pouvait maintenant être comparée aux relevés précédents de Cook sur la côte du Pacifique.

Pour sa deuxième entreprise, Mackenzie avait décidé de remonter la rivière de la Paix jusqu’à sa source, dans les montagnes, et de franchir ensuite la ligne de partage des eaux dans l’espoir de trouver sur le versant ouest une rivière qui le mènerait au Pacifique. Il partit du fort Chipewyan le 10 octobre 1792 et commença de remonter la rivière de la Paix, avec l’idée de construire un poste avancé où il pourrait passer l’hiver. Ce fut le fort Fork (Peace River Landing, Alberta), près du confluent des rivières de la Paix et Smoky. Au printemps, il éprouva de la difficulté à rassembler un équipage, mais put enfin se mettre en route le 9 mai 1793. Le récit de son départ du fort Fork illustre les étonnantes caractéristiques d’un canot d’écorce de bouleau utilisé pour la traite : « ses dimensions intérieures, écrivit-il, étaient de vingt-cinq pieds de longueur, exclusion faite de la courbure de l’étrave et de la poupe, sa cale de vingt-six pouces et sa largeur de quatre pieds neuf pouces. Il était en même temps si léger que deux hommes pouvaient le porter d’une traite sur trois ou quatre milles de bon chemin. Dans cette mince embarcation, nous plaçâmes des provisions, des marchandises qui devaient servir de présents, des armes et munitions, le bagage, d’un poids atteignant trois mille livres, et l’équipage, [formé] de dix personnes. » Mackenzie avait choisi Alexander Mackay pour commander en second ; deux Indiens, à qui l’on confierait les rôles d’interprètes et de chasseurs, et six voyageurs composaient le personnel de l’expédition. Mackenzie joua de malchance dans le cas de certains membres de l’équipage qu’il avait dû accepter de prendre avec lui. Quelques jours seulement après le départ, certains d’entre eux furent si épouvantés par les portages du canon de la rivière de la Paix qu’ils le supplièrent d’abandonner complètement son entreprise. Mais, en dépit de ces plaintes et de nombreuses autres qu’ il eut à essuyer par la suite, il put poursuivre son avance et maintenir la discipline et quelque apparence de bon moral au sein de son équipe.

À la fin de mai, Mackenzie avait atteint le point où les rivières Parsnip et Finlay se rejoignent pour former la rivière de la Paix. Il décida de remonter la Parsnip, suivant en cela le conseil d’un vieil Indien qui lui dit qu’un portage, à la tête des eaux, le conduirait, au delà d’une hauteur, vers une grande rivière coulant en direction de l’ouest. Cette affirmation était exacte, mais le voyage dans les petits ruisseaux et lacs qui reliaient entre elles des rivières plus grandes, sur chaque versant des montagnes, se révéla fort difficile, spécialement dans le ruisseau James que Mackenzie baptisa avec à-propos « Bad River ». Enfin, le 18 juin, il descendit la rivière McGregor et atteignit le Fraser ; ignorant son existence, il conclut hâtivement qu’il devait avoir atteint le cours supérieur du Columbia. Quatre jours plus tard, il l’avait descendu jusqu’à l’emplacement du futur fort Alexandria (Alexandria, Colombie-Britannique), ainsi baptisé en son honneur. Rendu là, il put discuter avec les Indiens qui lui déconseillèrent fortement de pousser plus avant. Ils lui dirent que certaines parties du fleuve étaient virtuellement infranchissables et que son embouchure se trouvait encore loin au sud. Selon eux, le meilleur moyen d’atteindre l’océan était de beaucoup la voie de terre, passablement plus courte. Mackenzie devrait remonter le Fraser, jusque dans les environs de son grand tributaire, la rivière West Road, dont ensuite il suivrait la vallée en direction ouest.

Mackenzie n’était pas homme à reculer devant les difficultés, et il craignit qu’un tel changement dans ses plans ne fût interprété comme un abandon et ne nuisît au moral de ses gens : « dans un voyage comme celui-là, nota-t-il dans son journal, un retour en arrière ne pouvait manquer de refroidir l’ardeur, de miner le zèle et d’affaiblir la confiance de ceux qui n’ont pas de plus grand motif dans l’entreprise que d’en suivre le chef ». Telles étaient, ajouta-t-il, les réflexions qui « attristaient et tourmentaient » son esprit. Il décida, néanmoins, qu’il fallait suivre les conseils des Indiens, et, le lendemain, 23 juin, il entreprit de retourner vers la West Road.

Le 4 juillet, le canot et le surplus de provisions avaient été cachés près du confluent du Fraser et de la West Road, et les membres de l’expédition, lourdement chargés, se mirent en route vers le littoral. Mackenzie, pour sa part, portait du pemmican et autres victuailles, d’un poids approximatif de 70 livres, sans compter des armes, des munitions et son télescope. Il se dirigea vers l’ouest en empruntant la vallée de la West Road, ou du moins en ne s’en éloignant guère, et en suivant la plupart du temps des pistes bien battues par les Indiens. Plus tard, il remonta le ruisseau Ulgako, affluent de la West Road, et, après s’en être éloigné, continua sa marche en direction ouest vers les lacs Tanya. Là, les propos des Indiens lui indiquèrent qu’il avait le choix, soit de se diriger au nord vers la rivière Dean, soit au sud, vers la Bella Coola. Il adopta ce dernier itinéraire et, en marchant vers le sud, traversa le col Mackenzie, à 6 000 pieds d’altitude, le plus haut sommet jamais atteint au cours de ses voyages. Le 17 juillet, il pénétra dans la gorge profonde de la Bella Coola et fut accueilli par des Bella Coolas dans un petit établissement qu’il baptisa « Friendly Village ». Deux jours plus tard, ayant descendu la rivière tumultueuse, il tomba sur six curieuses cabanes indiennes construites sur pilotis, à environ 25 pieds de hauteur. « De ces cabanes, écrivit-il, je pus apercevoir l’embouchure de la rivière et [me rendre compte qu’elle] se déchargeait dans un étroit bras de mer. » C’est de cette façon, singulièrement dénuée d’émotion, que Mackenzie nota la fin du premier voyage à travers l’Amérique, au nord du Mexique.

En dépit de petites alertes, Mackenzie avait réussi jusque-là à entretenir de bonnes relations avec les Indiens de rencontre. Il n’en alla pas de même à l’embouchure de la Bella Coola avec les Bella Bellas qui ne se montrèrent nullement amicaux : on réussit de justesse à éviter les conflits ouverts. En conséquence, on ne se livra guère à l’exploration après qu’on eut atteint l’endroit où la marée commençait à se faire sentir, mais Mackenzie put se procurer un canot et descendre le bras North Bentinck, dans lequel se décharge la Bella Coola, et de là se rendre jusqu’au chenal Dean. À ce dernier endroit, il rencontra un plus grand nombre de Bella Bellas, qui, raconta-t-il, le considérèrent « avec un air d’indifférence et de dédain ». Mackenzie poursuivit son récit en disant : « L’un d’entre eux, en particulier, me fit comprendre, d’un air insolent, qu’un grand canot était venu récemment dans cette baie, qui portait des gens comme moi, et que l’un d’eux, qu’il appela Macubah, avait fait feu sur lui et sur ses amis, et que Bensins l’avait frappé au dos, du plat de son épée. » Il semblerait que Macubah fût George Vancouver*, et l’on a suggéré que Bensins fût Archibald Menzies*, le botaniste qui faisait partie de l’expédition ; mais il n’était pas avec Vancouver quand ce dernier explora le chenal Dean le 2 juin, et aucun des journaux de l’expédition ne fait mention de difficultés avec les Indiens. Ce qui eût été une rencontre historique entre Mackenzie et Vancouver fut raté par un peu plus de six semaines.

Pendant la nuit du 21 juillet, les membres de l’expédition dormirent sur un grand rocher, dans le chenal Dean ; le lendemain matin, Mackenzie « mélangea du vermillon dans de la graisse fondue » et inscrivit, sur la face sud-est du rocher, l’inscription fameuse : « Alexander Mackenzie, du Canada, par voie de terre, le vingt-deux juillet mil sept cent quatre-vingt-treize. » Le rocher a été identifié, et les mots de Mackenzie, reproduits d’une manière permanente.

Mackenzie entreprit le voyage de retour le 23 juillet et arriva au fort Chipewyan le 24 août. Une fois de plus, il voyagea à une vitesse phénoménale. Frank C. Swannell, explorateur expérimenté des régions sauvages, estime que, compte tenu des divers retards inévitables, Mackenzie fit en moyenne, dans son voyage vers l’ouest, et tant par terre que par mer, 20 milles par jour. « Le véritable critère de son habileté comme voyageur, affirme Swannell, c’est son voyage de retour, par un chemin connu, alors qu’il était moins lourdement chargé, ayant laissé ‘ derrière des caches pour assurer son ravitaillement. À pied, du « Friendly Village », sur la Bella Coola, jusqu’au Fraser, il couvrit en moyenne 25 milles par jour. Les 860 milles de voyage par eau demandèrent 24 jours, portages compris, soit une moyenne de 36 milles par jour. » La distance totale parcourue, aller et retour, fut d’un peu plus de 2 300 milles. Une fois de plus, Mackenzie ramena son équipe saine et sauve, sans aucun blessé, et, malgré certaines difficultés avec les aborigènes au cours de ce deuxième voyage, jamais pendant ses grandes expéditions il ne tira un coup de feu dans un mouvement de colère.

D’un certain point de vue, l’expédition de Mackenzie au Pacifique ressembla malheureusement à son voyage jusqu’à l’Arctique : la route qu’il avait explorée ne s’avéra d’aucune utilité immédiate pour la North West Company. Il avait ajouté à la carte du monde une énorme portion de terre, mais les routes qu’allaient emprunter, dans les années subséquentes, les convois des trafiquants de fourrures seraient découvertes par Simon Fraser* et David Thompson*.

Dans sa demi-solitude du fort Chipewyan, au cours de l’hiver de 1793–1794, Mackenzie, agité et très nerveux, semble avoir frôlé la dépression. L’automne précédent, il avait eu l’intention de mettre son journal au net, mais, par la suite, il informa son cousin Roderick : « la plus grande partie de mon temps, je la passais en vaines spéculations. J’en vins si bien à prendre une telle habitude de penser que j’étais souvent perdu dans mes rêveries et incapable d’écrire et d’en venir au fait. » En janvier 1794, il était décidé à quitter l’Ouest : « Je ne pense plus qu’à retourner en bas. Je suis maintenant plus inquiet que jamais. Car je pense qu’il est impardonnable à un homme de rester dans ce pays s’il peut se permettre de le quitter. »

Mackenzie n’avait pas, toutefois, l’intention d’abandonner la traite des fourrures. Bien au contraire, son voyage jusqu’au Pacifique avait éveillé en lui le désir de voir la traite organisée sur des bases beaucoup plus larges et plus efficaces. En route pour Montréal, en septembre 1794, il rendit visite à Simcoe, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, et lui donna une idée de son projet. Il proposait que la North West Company participât à un effort conjoint avec la Hudson’s Bay Company et l’East India Company. À la Hudson’s Bay Company, l’on demanderait de mettre à la disposition du groupe ses voies d’approvisionnement, via la baie d’Hudson, grâce auxquelles on pourrait à peu de frais livrer les marchandises au cœur du continent ; quant à l’East India Company, on attendrait d’elle qu’elle modifiât son monopole dans le commerce avec la Chine, de façon à permettre qu’on y vendît des fourrures expédiées à partir de la côte du Pacifique. Cette idée n’était pas tout à fait nouvelle : en 1789, Alexander Dalrymple, hydrographe de l’East India Company, avait publié son Plan for promoting the fur-trade, and securing it to this country, by uniting the operations of the East-India and Hudson’s-Bay companys. Dalrymple partageait avec Mackenzie un intérêt pour la côte du Pacifique aussi bien que pour la rivière qui prenait sa source dans le Grand Lac des Esclaves, et, en partie à cause de ses pressions, le gouvernement britannique avait projeté la mise sur pied d’expéditions pour l’exploration du littoral et de la rivière à partir de 1790. La menace d’une guerre avec l’Espagne avait retardé l’expédition par mer, qui avait finalement mis à la voile en 1791, sous les ordres de Vancouver. Le commandement de l’expédition terrestre devait être assumé par le capitaine John Frederick Holland*, qui était arrivé à Québec à l’ automne de 1790 pour y apprendre que Mackenzie l’avait devancé et avait déjà exploré le Mackenzie.

Tant qu’il s’occupa activement de la traite des fourrures, Mackenzie continua de prôner une forme ou l’autre de projet de collaboration, du genre de celui qu’il avait esquissé devant Simcoe, mais il en fut détourné pendant quelque temps par une offre d’association que lui fit la McTavish, Frobisher and Company. Une décennie plus tôt, Simon McTavish avait compris qu’il serait essentiel, pour le succès de la North West Company, que fût créée à Montréal une agence qui dirigeât les achats de fournitures et la mise en marché des fourrures. Il avait si bien manœuvré que son entreprise non seulement assumait ce double rôle, mais détenait aussi une majorité des actions de la North West Company. L’association de Mackenzie prit effet en 1795 ; chaque printemps, il se rendit à Grand Portage pour assister au rendez-vous annuel avec les hivernants. Graduellement, cependant, le côté hyperactif de sa nature s’affirma de nouveau. Sur beaucoup de questions touchant à la direction interne, il se trouva d’accord avec les hivernants plutôt qu’avec ses collègues. Son rêve d’une stratégie plus élargie pour la traite refit surface, ce qui provoqua des différends entre lui et McTavish ; la traite qui se ferait à partir de la baie d’Hudson ou de la côte du Pacifique ne profiterait pas à Montréal, où McTavish avait concentré toutes ses affaires. En 1799, Mackenzie était de nouveau extrêmement nerveux, et, à l’époque où prit fin son association avec la compagnie, le 30 novembre 1799, il partit brusquement pour l’Angleterre.

Mackenzie désirait depuis longtemps publier le récit de ses voyages, et ce fut son premier objectif à Londres. Ses Voyages from Montreal [...] to the Frozen and Pacific oceans [...], publiés en décembre 1801, retinrent largement l’attention. Les journaux proprement dits de ses voyages sont précédés d’une bonne histoire générale de la traite des fourrures ; cette partie a peut-être été écrite surtout par Roderick McKenzie, qui avait amassé de la documentation sur l’histoire de la traite des fourrures. Les journaux eux-mêmes furent révisés, en vue de la publication, par William Combe, un prolifique écrivain qui avait antérieurement mis au net le texte des Voyages de John Meares, publiés en 1790. Le 10 février 1802, Mackenzie fut créé chevalier, peut-être à l’instigation d’Edward Augustus, duc de Kent et Strathearn. La seule lettre que nous ayons du duc à Mackenzie, en date du 1er novembre 1819, indique qu’ils entretenaient des relations d’amitié.

De nouveau, dans les dernières pages de ses Voyages, Mackenzie avait fait état de son projet de collaboration entre la North West Company, la Hudson’s Bay Company et l’East India Company. En janvier 1802, il présenta son plan à lord Hobart, secrétaire d’État aux Colonies. À son projet, il avait incorporé les pêcheries du littoral du Pacifique. Mackenzie songeait aussi à un établissement central à la baie de Nootka (Colombie-Britannique) et à deux postes avancés, l’un au nord, l’autre au sud. Mais, entre-temps, une complication était survenue. En 1798, avant que Mackenzie n’eût quitté le Canada, la New North West Company (nommée parfois XY Company) s’était formée autour de la puissante association de traite Forsyth, Richardson and Company, et bientôt elle fit une vive concurrence à la vieille entreprise de traite, la North West Company. Dès 1800, Mackenzie avait acquis des actions dans la New North West Company à laquelle on donna quelquefois, à partir de 1802, le nom de Sir Alexander Mackenzie and Company. Hobart suggéra que la première étape vers un accord encore plus important des commerçants intéressés à la traite serait la fusion des deux compagnies qui opéraient à partir de Montréal. Mackenzie rentra à Montréal en 1802 pour réaliser ce projet, mais l’antagonisme était trop vif entre Simon McTavish et lui pour que la fusion fût possible. Toutefois, la possibilité d’une coalition se dessina soudain en 1804, à la mort de McTavish. Mackenzie était depuis longtemps un ami intime du neveu et successeur de McTavish, William McGillivray*. Pendant plusieurs années, à Montréal, les deux hommes, qui étaient célibataires, avaient partagé la même résidence, et leur amour de la bonne chère était en ville un sujet de conversation. Mais s’il avait beaucoup d’amis et si, socialement, il était populaire, Mackenzie, dans le domaine de la traite, en était venu de toute évidence à être considéré comme un fauteur de troubles. Il fut exclu de la nouvelle association.

Désœuvré, Mackenzie se laissa persuader de se lancer en politique. Le 16 juin 1804, il fut élu député de la circonscription de Huntingdon à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada. Bien qu’il y siégeât officiellement jusqu’en 1808, il n’assista qu’à la première session ; en janvier 1805, comme il l’avouait à son cousin Roderick, il en avait déjà « franchement soupé de la vie parlementaire ». Il désirait sincèrement « que ceux qui avaient cru être [ses] is en [l’]aidant à obtenir une si honorable situation se fussent employés à autre chose ». Il ne paraît pas avoir pris très au sérieux ses responsabilités de député, d’autant qu’il partit pour Londres à l’automne de 1805 et ne fit par la suite que de courts séjours au Canada, le dernier en 1810.

La description de la région de la rivière Rouge, dans les Voyages de Mackenzie, aurait été, à ce qu’on dit, la première à éveiller l’intérêt de lord Selkirk [Douglas] pour ce territoire, et c’est peut-être ce fait qui les amena à se rencontrer. En 1808, tous deux désireux d’influencer la Hudson’s Bay Company, mais pour des raisons tout à fait différentes, ils commencèrent à acheter des actions de cette compagnie. Mackenzie espérait, par ses pressions, assurer l’usage de la voie d’approvisionnement de la baie d’Hudson aux trafiquants de Montréal ; Selkirk visait la concession, dans la région de la rivière Rouge, d’une terre où fonder une colonie. Au début, leurs relations furent cordiales : Mackenzie avait l’impression, semble-t-il, que la concession recherchée par Selkirk serait modeste et ne nuirait pas à la traite des fourrures. Mais quand furent révélées les immenses dimensions du projet, Mackenzie et les représentants de la North West Company firent l’impossible pour empêcher l’octroi de la concession, qui fut néanmoins approuvée par la General Court (assemblée des actionnaires) de la Hudson’s Bay Company, à la fin de mai 1811. Trois mois plus tard, Mackenzie apprit l’échec d’une autre de ses tentatives en vue d’obtenir un appui gouvernemental à son plan de réorganisation de la traite : un mémoire qu’il avait soumis, en mars 1808, au vicomte Castlereagh, alors secrétaire d’État aux Colonies, fut enfin étudié, en août 1811, par le comité de commerce du Conseil privé, qui refusa de s’engager.

À cette époque, Mackenzie avait décidé de prendre sa retraite en Écosse. Le 12 avril 1812, dans une lettre à Roderick McKenzie, il annonçait son mariage avec Geddes Mackenzie, une des jumelles de George Mackenzie, Écossais qui était mort en 1809 après avoir fait fortune à Londres. La nouvelle mariée avait 14 ans ; Mackenzie en avait 48. Geddes et sa sœur avaient hérité du domaine d’Avoch ; à l’époque de son mariage, Mackenzie l’acheta au prix de £20 000. Lady Mackenzie et lui résidaient habituellement à Londres au cours de la saison où la haute société s’y trouvait et vivaient le reste de l’année à Avoch, où Mackenzie s’intéressa aux affaires locales et à diverses améliorations. Le couple eut une fille en 1816 et deux fils en 1818 et 1819. À l’époque de la naissance de ses fils, la santé de Mackenzie baissait et le mal de Bright semble en avoir été la cause principale. En janvier 1820, Mackenzie alla en consultation à Édimbourg ; en mars, sur le chemin du retour à Avoch, il mourut subitement dans une auberge, près de Dunkeld.

La renommée de sir Alexander Mackenzie est solidement fondée sur ses deux remarquables expéditions, toutes deux à l’intérieur d’immenses régions jusque-là inexplorées. Il n’avait que 29 ans à son retour du Pacifique, en 1793, et la relative inefficacité dont il fit preuve par la suite donne de sa carrière subséquente l’impression de n’avoir pas été à la hauteur de ses premières réalisations. La fusion de la New North West Company avec la North West Company, en 1804, fut l’occasion de son exclusion de la traite des fourrures au Canada et, en 1811, Selkirk déjoua sa tentative de s’ assurer une part prépondérante dans la Hudson’s Bay Company. Ce n’est guère qu’après sa mort que la Hudson’s Bay Company, réorganisée depuis peu, adopta beaucoup d’aspects de son plan qui voulait étendre la traite des fourrures à la grandeur du continent.

W. Kaye Lamb

La maison d’Alexander Mackenzie à Avoch, en Écosse, a été incendiée en 1833 et ses papiers ont été détruits par les flammes. Il a présenté une bonne copie de l’original de son journal de l’expédition dans l’Arctique au marquis de Buckingham ; cette copie se trouve présentement à la BL, Stowe mss 793, ff.1–81. Le journal de la seconde expédition existe seulement dans la version publiée des voyages de Mackenzie, version éditée par William Combe. Un registre de lettres contenant 11 lettres écrites par Mackenzie de New York en 1798 constitue le document le plus important existant encore ; il est conservé aux PAM, HBCA, F.3/1. Roderick McKenzie a reçu un nombre considérable de lettres de son cousin, mais il semble avoir détruit les originaux, lesquels n’existent plus qu’en transcriptions (APC, MG 19, C1) ; l’exactitude de ces dernières est souvent douteuse. Des copies d’autres lettres sont dispersées dans des collections, relatives à la traite des fourrures, conservées aux APC, MG 19, et aux AUM, P 58, G1.

Heureusement, le beau portrait de Mackenzie peint par sir Thomas Lawrence a été sauvé de l’incendie d’Avoch ; il se trouve présentement à la Galerie nationale du Canada à Ottawa. On sait qu’un autre portrait a été exécuté par James Sharples à New York en 1798 ; on suppose qu’il a disparu dans l’incendie.

Le récit de Mackenzie, Voyages from Montreal, on the river St. Laurence, through the continent of North America, to the Frozen and Pacific oceans ; in the years, 1789 and 1793 ; with a preliminary account of the rise, progress, and present state of the fur trade of that country, [William Combe, édit.], a été publié à Londres en 1801 ; une seconde édition, en deux volumes, a paru en 1802. D’autres éditions ont été publiées à New York et à Philadelphie la même année ; une traduction française et deux en allemand ont également été éditées en 1802. Une traduction abrégée en russe a paru en 1808. Les éditions les plus utiles parmi celles, complètes ou partielles, qui ont paru par la suite sont Exploring the northwest territory : Sir Alexander Mackenzie’s journal of a voyage by bark canoe from Lake Athabasca to the Pacific Ocean in the summer of 1789, T. H. McDonald, édit. (Norman, Okla., 1966). Il s’agit de la première publication du texte même du journal du premier voyage de Mackenzie. First man west : Alexander Mackenzie’s journal of his voyage to the Pacific coast of Canada in 1793, Walter Sheppe, édit. (Berkeley, Calif., et Los Angeles, 1962). The journals and letters of Sir Alexander Mackenzie, introd. de W. K. Lamb, édit. (Cambridge, Angl., 1970). Cet ouvrage constitue le no 41 des séries spéciales de la Hakluyt Soc. ; il comprend le texte du journal de la première expédition de Mackenzie, le journal de la seconde expédition tel qu’il a été publié en 1801, et toutes les lettres et fragments de lettres connus, de même qu’une bibliographie complète. Le volume 1 des Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest (Masson) contient les « Reminiscences » by the Honorable Roderic McKenzie being chiefly a synopsis of letters from Sir Alexander Mackenzie ».

La liste des biographies de Mackenzie comprend : Roy Daniells, Alexander Mackenzie and the north west (Londres, 1969) ; J. K. Smith, Alexander Mackenzie, explorer : the hero who failed (Toronto et New York, [1973]), une évaluation hautement critiquable ; M. S. Wade, Mackenzie of Canada : the life and adventures of Alexander Mackenzie, discoverer (Édimbourg et Londres, 1927) ; [H.] H. Wrong, Sir Alexander Mackenzie, explorer and fur trader (Toronto, 1927).

Les autres ouvrages utiles pour la compréhension du personnage sont : Basil Stuart-Stubbs, Maps relating to Alexander Mackenzie : a keepsake for the Bibliographical Society of Canada/Société bibliographique du Canada ([Vancouver], 1968) ; R. P. Bishop, Mackenzie’s Rock : with a map showing the course followed by the explorer from Bella Coola, B.C., to the rock, and illustrated with views along the route (Ottawa, [1924]) ; M. W. Campbell, NWC (1957) ; Morton, Hist. of Canadian west ; Rich, Hist. of HBC ; H. R. Wagner, Peter Pond, fur trader and explorer ([New Haven, Conn.], 1955) ; T. Bredin, « Mackenzie, Slave Lake and Whale Island », Beaver, outfit 294 (été 1963) : 54s. ; R. H. Fleming, « McTavish, Frobisher and Company of Montreal », CHR, 10 (1929) : 136–152, et « The origin of « Sir Alexander Mackenzie and Company », CHR, 9 (1928) : 137–155 ; R. G. Glover, « Hudson’s Bay to the Orient », Beaver, outfit 281 (déc. 1950) : 47–51 ; E. A. Mitchell, « New evidence on the Mackenzie-McTavish break », CHR, 41 (1960) : 41–47 ; Franz Montgomery, « Alexander Mackenzie’s literary assistant », CHR, 18 (1937) : 301–304 ; J. K. Stager, « Alexander Mackenzie’s exploration of the Grand River », Geographical Bull. (Ottawa), 7 (1965) : 213–241 ; F. C. Swannell, « Alexander Mackenzie as surveyor », Beaver, outfit 290 (hiver 1959) : 20–25, et « On Mackenzie’s trail », Beaver, outfit 289 (été 1958) : 9–14.  [w. k. l.]

Bibliographie générale

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W. Kaye Lamb, « MACKENZIE, sir ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 3 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mackenzie_alexander_5F.html.

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Auteur de l'article:   W. Kaye Lamb
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
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